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Raphael Lahlou

Sur les ondes de RCF CORSICA, vers midi 20, après le Journal...Billet d'humeur du 26 février 2015. Evadez vous !En ce 26 février, il est peut-être bon de chercher à s?évader de quelques îles. C'est du moins ce que se disait, ce même jour, en 1815, Napoléon, en son petit royaume d'exil, celui de l'île d'Elbe. La France y gagna une page de plus à son épopée nationale, déjà bien remplie et même remuante, quelques héros aussi, errants entre les lignes, en caractères imprimés, déposés sur le papier, après avoir été des caractères de belle trempe, mais soudain vaincus par la vie et dans l'action, par la petite bête affreuse qui s?appelle : politique. La France y gagna donc un chapitre d'aventures aux étapes rapides et nombreuses. Napoléon, au bout de son évasion formidable, allait perdre, lui, une bataille épique. Une bataille de légende et de poésie brutale sur une morne plaine. Celle que Victor Hugo sut raconter mieux que nul autre. Ce poète barbu et parfois capricieux, immense et tapageur, ce grand sachem du romantisme, saluons-le aussi ; mais revoyons-le tout bambin, au berceau de sa naissance, survenue à Besançon qui n'est pas une île, le 26 février de l'an 1802 ; mais l'enfant Hugo, lui aussi, s?évadera vite de Besançon. Pour découvrir notamment la Corse, et Bastia. Il s?évadera encore, comme Napoléon d'Elbe. L'Empereur et roi d'une île, lui, en 1815, retrouva la France mais, à Waterloo, la Belgique lui fut une route fatale. Il finit dans une autre île, atlantique, aux abords de l'Afrique, au climat moins heureux surtout que celui d'Elbe. Ce fut Sainte-Hélène. Une autre bataille commençait, face aux Anglais, comme toujours. Celle-là Napoléon ne la perdrait pas. Elle marquera son ultime évasion, celle destinée à d'autres caractères imprimés, dont ceux d'un géographe de bonne tenue, M. de Las Cases, et de son fameux ?Mémorial de Sainte-Hélène?.Napoléon, qui aura beaucoup navigué dans sa vie finalement courte, dans sa longue aventure politique, étatique et militaire, aurait pu devenir non pas un génie de l'artillerie, mais un officier de marine. Son destin, assurément, aurait été tout différent. Mais l'une des choses à ne pas négliger, c'est bien celle-ci : les îles ont été d'importantes étapes, d'importants degrés de sa vie, de sa marche à l'étoile vers le pouvoir, dans son ambition grande et dans sa chute aussi, qui ne fut pas, au final, une déchéance complète. En lisant ?Le Mémorial' ou tant de livres, venus sous diverses formes, sur Napoléon depuis sa mort, on découvre que l'aventure, même météorique, rapide et cinglante, brusque, virile, vaillante et malchanceuse qu'offrait sa vie, ne peut cesser de fasciner bien des petits garçons, et pas seulement Victor Hugo devenu barbu. Et passé lui aussi, non sans orgueil, par quelques îles, elles à quelques encablures de l'Angleterre !Il y a des rudesses, décidément, des abrupts et des élans, des horreurs et des beautés terribles dans cette vie de Napoléon, il y a des îles aux trésors, des îles placées sur son parcours comme les cailloux ou les bouts de pain du Petit Poucet. Ou jetées en petits paquets qui sont, tour à tour, précieux ou piégés devant ses pas. Les îles fascinent Napoléon. Sacha Guitry et bien d'autres nous l'ont dit, déjà, de longue date. Elles ont pour lui une attirance et une importance singulières. Elles sont aussi une menace constante. Un canon de pistolet anglais pointé sur sa vie. Elles ont un prestige inquiétant, chargé de quelques bonheurs et d'angoisses surtout, ce que ne démentirait pas l'étrange charme aventureux et vénéneux des récits insulaires variés d'un autre rêveur à pipe et perroquet, d'un autre écrivain aussi imposant que Victor Hugo : Pierre Mac Orlan, né, lui, en 1882, toujours un 26 février. Ce poids des îles pour Napoléon et sur lui, cette rêverie et cette menace, cette origine qui lui venait aussi d'une île, et cette mort qui lui vint enfin dans une île, cette passion forte des îles, donc, un historien, enjoué mais pas frivole, nous la raconte aujourd'hui encore, avec éclat, une voracité heureuse, une franche solidité, avec juvénilité et élégance. Son nom ? David Chanteranne. Son livre, qui dit une vie de Napoléon en neuf étapes, est un ouvrage tout entier rempli de faits passionnants ; il est tissé, gréé et peuplé d'îles ; il est formé de moments forts et d'évasions ; c'est neuf jours choisis ou cueillis, neuf vies et neuf îles, surtout, dont Napoléon s?arrache, dans lesquelles il s?attache, il fait la guerre ou cherche la paix. Pour comprendre ou redécouvrir Napoléon, pour chercher à le deviner, plongez dans ce livre vibrant, qui frétille comme un poisson, bien vif et vigoureux, même : péchez ce livre au bout de votre ligne impatiente et découvrez, donc, et sans attendre, sous la belle plume subtile de David Chanteranne, ?L'Insulaire?, les neufs vies de Napoléon.?, aux solides éditions du Cerf.Vous ne vous évaderez pas facilement de ce livre-là. Et, même si vous n'êtes pas un passionné napoléonien, vous ne resterez pas insensible à ce beau et palpitant parcours insulaire, romanesque autant qu'historique qui vaut tous les récits d'aventure. Vous aurez l'impression d'être des enfants gâtés, ce qui est bon dans les hivers froids. Une seule consigne, une seule carte au trésor, un seul mot de passe : jetez-vous sur ce livre, sans attendre de découvrir l'île d'Elbe ou d'en vouloir sortir ! Faites comme Napoléon, évadez vous? Mais par la lecture ! RL.
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