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#401 Les politiques sont-ils déconnectés du réel ? Avec Boris Vallaud (partie 2)
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Boris Vallaud est un politique, ancien président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, député des Landes et auteur de Nos vies ne sont pas des marchandises. Il vient de démissionner de la présidence du groupe PS au moment où on enregistre cet épisode. Je dois être honnête, ce n'est pas un hasard qu'en 9 ans de podcast je n'ai jamais invité de politiques encore ou presque.Ce n'est paspar désintérêt puisque les sujets que je traite sont profondément politiques. Mais parce que je voulais que ça soit une vraie conversation, pas une interview de promo, pas des éléments de langage, pas du positionnement de campagne. Je voulais qu'on parle de ce qui m'intéresse vraiment : pourquoi la société se fragmente, pourquoi les gens votent pour des gens qui ne défendent pas leurs intérêts, pourquoi la démocratie est sous pression, et ce qu'on peut y faire concrètement. Avec Boris, ça a marché j'ai l'impression mais je me méfie de mes propres incompétences à mettre en difficulté un politique en même temps. Le livre part d'une idée simple et tranchante, celle que l'on vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, de notre attention jusqu'à notre imaginaire. Et cette colonisation est d'autant plus efficace qu'elle est silencieuse, on ne voit pas l'avant et l'après. Il existe une normalisation progressive de l'idée que tout a un prix, que tout se marchande, et que si vous ne pouvez pas payer, c'est votre problème. Dans cet épisode, nous parlons de ça, mais aussi de ce que ça produit politiquement. Parce que la marchandisation ne détruit pas que les services publics, elle détruit les liens, crée des épidémies de solitude, fragmente les territoires, et au bout, elle crée un appel d'air pour ceux que Boris appelle les marchands d'ordre. Et la convergence Trump-Musk qu'on voit se déployer en ce moment, c'est exactement ça : quand le marché a tout pris, la dernière chose à acheter, c'est la démocratie elle-même. J'ai questionné Boris Vallaud sur la fiscalité des milliardaires où les 500 plus grandes fortunes françaises représentent 40% du PIB contre 12% il y a vingt ans, et où le taux d'effort fiscal des milliardaires est inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Nous parlons de la réforme des retraites et de pourquoi certaines réformes qui semblent économiquement solides se fracassent politiquement. Nous parlons de désindustrialisation — et de qui en est responsable, les politiques ou les dirigeants d'entreprise qui ont théorisé la France sans usines. Nous parlons d'intelligence artificielle comme révolution industrielle que la classe politique n'a pas encore vraiment regardée en face. Nous parlons d'écologie, d'agriculture, et de pourquoi la transition est vécue comme une menace par ceux qui ont le moins de marge de manœuvre. Et nous parlons des angles morts de la gauche — Boris les nomme lui-même, sans esquiver. Ce qui m'a frappé dans cet épisode, c'est quelque chose que je n'attendais pas : son rapport aux gens qui votent contre ce qu'il représente. Il ne les méprise pas. Il dit qu'il les connaît, qu'ils sont bien, qu'il leur donne raison sur beaucoup de choses. Et que c'est ça qui lui donne envie de continuer malgré tout — pas la conviction d'avoir raison, mais la conviction que les gens méritent mieux que ce qu'on leur propose. Dans cet épisode, nous parlons de marchandisation, de services publics, de retraites, de désindustrialisation, de fiscalité, d'intelligence artificielle, d'écologie, de démocratie et de réseaux sociaux, de la gauche et de ses angles morts, et de ce que représenter veut vraiment dire quand on passe ses vendredis en permanence dans les Landes. Citations marquantes > On vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, jusqu'à soi-même, jusqu'à son imaginaire, jusqu'à sa conscience. > C'est une avancée plus subreptice mais plus certaine qu'un coup d'état. Précisément parce qu'on ne voit pas l'avant et l'après. Et puis on se retrouve soi-même marchandise, au milieu de codes qui sont ceux du marché. > Quand on abandonne la société au marché, la dernière Bastille à prendre, c'est la démocratie. > Les milliardaires ont un taux d'effort fiscal inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Si tout le monde faisait le même effort, le juste effort, tout le monde vivrait mieux. > Je ferme la porte à l'égoïsme et j'ouvre la porte sur la rencontre. Les gens sont courageux, généreux, intéressants. --- Idées centrales 1. La marchandisation est un coup d'État sans avant ni après ~00:12:40 — 00:18:00 Le marché n'a pas besoin d'une déclaration de victoire. Il avance par normalisation silencieuse. Le train où payer pour s'asseoir avec sa famille est devenu normal. La crèche où une amende a créé un marché du retard. Le moment où on n'est plus seulement un consommateur mais une marchandise soi-même. Baudrillard avait critiqué la société de consommation mais n'avait pas imaginé un marché aussi totalisant et totalitaire selon Boris. Ce qui est redoutable, c'est précisément l'absence de rupture visible. Pourquoi ça compte : ça change la façon dont on parle de capitalisme. Ce n'est plus un ennemi déclaré, c'est une colonisation du quotidien. 2. Le service public coûte moins cher que son absence ~00:25:54 — 00:29:52 La santé française représente 12% du PIB, gratuite à l'usage, avec une espérance de vie supérieure aux États-Unis où la santé représente 18% du PIB, privée, et laisse des dizaines de millions de personnes sans couverture correcte. La vraie question n'est pas l'État sait-il gérer ? mais combien coûte la marchandisation ? C'est un retournement rhétorique qui déplace le débat là où il devrait être. Pourquoi ça compte : ça donne des armes concrètes dans un débat trop souvent posé en termes abstraits. 3. La mixité scolaire fonctionne, et personne n'en parle ~00:31:40 — 00:36:00 À Toulouse, les enfants du quartier du Mirail ont été intégrés dans les collèges du centre-ville, dont Fermat et Saint-Sernin. Résultat : leur taux de réussite au brevet a rejoint la moyenne nationale. Personne n'y a perdu. Tout le monde a été tiré vers le haut. C'est une réponse concrète, documentée, à la logique de ségrégation scolaire qui progresse avec la marchandisation de l'éducation. Pourquoi ça compte : une victoire réelle, mesurable, qui ne fait pas la une. 4. L'IA est une révolution industrielle sans politique à sa hauteur ~01:03:05 — 01:07:10 Boris reconnaît la sidération. Il propose l'analogie de la Red Team du ministère de la Défense, qui fait appel à des auteurs de science-fiction pour imaginer les menaces du futur. Ce même travail devrait être fait sur l'IA. La question concrète qu'il pose : si votre enfant s'oriente aujourd'hui vers une formation, comment savoir si elle sera encore utile dans cinq ans ? Le marché est incapable de donner de la valeur à l'utilité sociale, et c'est l'IA qui va redessiner ce partage. Pourquoi ça compte : une position qui n'est ni dans la panique ni dans l'euphorie, avec une proposition d'action. 5. La démocratie est la dernière Bastille du marché ~01:17:25 — 01:21:15 La convergence Trump-Musk n'est pas une coïncidence. Les 7 plus grandes entreprises américaines de la tech ont une capitalisation boursière qui dépasse le PIB des 27 pays de l'Union européenne. Quand le rapport de forces entre puissance publique et puissance privée est aussi déséquilibré, et que les oligarques de la tech contrôlent les plateformes sur lesquelles se forment les opinions, la démocratie délibérative est structurellement fragilisée. Pourquoi ça compte : ça sort la menace sur la démocratie du registre anecdotique pour la replacer dans la logique marchande. 6. La gauche a des angles morts qu'elle refuse de regarder ~01:21:15 — 01:25:20 Boris les nomme sans esquiver : la mondialisation, qu'elle a soutenue sans voir la désindustrialisation venir ; la crise environnementale, où elle a tardé ; la culture, devenue orpheline ; et surtout les territoires ruraux, la France des sous-préfectures, qui ne se sent pas représentée. Ce qui est frappant, c'est qu'il l'admet sans chercher à s'en sortir avec une formule. Pourquoi ça compte : un politique qui admet ses angles morts crédibilise tout le reste de ce qu'il dit. --- Questions posées dans l'interview 1. De tous les sujets possibles, pourquoi avoir choisi la marchandisation comme angle central de ce livre ? 2. Comment on sort d'un système d'hyper-marchandisation quand il est global et qu'aucun pays ne peut le faire seul ? 3. Qu'est-ce qui vous intéresse encore dans la politique nationale là où la politique locale semble plus efficace et plus proche des gens ? 4. Combien coûte vraiment la marchandisation — est-ce que l'État social revient finalement moins cher que son absence ? 5. Pourquoi les Français ont-ils du mal à accepter que le problème est en haut plutôt qu'en bas, sur la fiscalité des héritages et des grandes fortunes ? 6. Comment expliquer que la gauche perde des batailles culturelles sur des sujets où les chiffres sont pourtant de son côté ? 7. La désindustrialisation depuis Mitterrand — erreur fondamentale, ou choix assumé par les dirigeants d'entreprise autant que par les politiques ? 8. Est-ce que la démocratie peut survivre aux réseaux sociaux, et a fortiori aux réseaux sociaux alimentés par l'IA ? 9. Quels sont les angles morts de la gauche — les sujets qu'elle refuse de regarder en face ? 10. Si vous ne deviez choisir qu'un seul premier acte contre la marchandisation, ce serait lequel ? --- Références citées dans l'épisode Livres / auteurs - Nos vies ne sont pas des marchandises, Boris Vallaud (le livre de l'invité, fil conducteur de l'épisode) - Jean Baudrillard, critique de la société de consommation (*La Société de consommation*) — cité ~00:13:42 dans le contexte de la colonisation par le marché - Antoine Fouchet [À VÉRIFIER orthographe] — son travail sur la CSG, le financement de la protection sociale et la désindustrialisation — cité ~00:47:50 et ~01:25:24 - Printemps silencieux [À VÉRIFIER : attribué à Rachel Carson dans la tradition écologiste] — cité ~01:12:40 comme livre tragique et intéressant sur la disparition des insectes - Camille Penny — cité brièvement sur le thème de la générosité et de l'égoïsme — ~01:34:49 Films / séries - Matrix, Wall-E, Avatar, Black Mirror — cités comme œuvres culturelles qui ont anticipé les enjeux de l'IA et du contrôle numérique — ~01:20:45 Études / données - Les 500 plus grandes familles françaises représentent 40% du PIB (contre 12% il y a 20 ans) — ~00:36:34 - Taux d'effort fiscal des milliardaires inférieur à la première tranche de l'impôt sur le revenu — ~00:38:42 - 160 milliards d'euros d'aides aux entreprises, étude du Sénat — ~00:40:00 - 25 à 30% de non-recours au RSA — ~00:55:03 - Fondation Jean-Jaurès : étude sur la corrélation entre fermeture des PMU/bistrots et progression du vote RN — ~01:18:15 - Cité des sciences : 76% des Français pensent avoir l'esprit critique, mais 40% refusent de parler à des gens avec qui ils ne sont pas d'accord — ~01:18:34 - France : 12% du PIB consacré à la santé / États-Unis : 18% — ~00:26:00 - Exemple Sanofi : 1 milliard d'euros d'aides publiques à la recherche, puis licenciements de chercheurs — ~00:40:00 Personnalités / modèles - Vienne (Autriche) : modèle de logement social, 80% de locataires, 60% de logements publics, mixité sociale préservée — ~00:18:00 - Landes : zéro EHPAD à but lucratif, régie publique de l'eau, premier département producteur d'énergie photovoltaïque — ~00:18:00 / ~01:17:09 - Toulouse, collège du Mirail : mixité scolaire avec Fermat et Saint-Sernin — ~00:33:00 - Red Team du ministère de la Défense : auteurs de science-fiction pour anticiper les menaces — ~01:20:00 - Arnaud Montebourg, travail commun au ministère du Redressement productif — ~00:58:34 - Léo Lagrange / Front populaire : politique du temps libéré — ~01:26:14 - Jacques Chirac : Notre maison brûle — ~01:08:00 Timestamps clés 00:08:25 — Intro : l'invité et le livre Greg présente Boris Vallaud et l'angle de l'épisode : on vit dans une immense boutique, et ce n'est pas anodin. 00:12:40 — La marchandisation, plus sûre qu'un coup d'État Une avancée silencieuse, sans avant ni après visible. On se retrouve marchandise sans l'avoir décidé. 00:15:32 — Le train, la crèche : les exemples du quotidien Payer pour s'asseoir avec sa famille. L'amende à la crèche qui a créé un marché du retard. La normalisation par petites touches. 00:17:49 — Ce que ça produit : inégalités, solitude, extrême droite Explosion des inégalités, délitement du lien, épidémies de solitude. Et un appel d'air pour les marchands d'ordre. 00:20:38 — Politique locale vs nationale Ce qui l'attire encore dans la politique nationale quand les permanences dans les Landes ressemblent à ce que la politique devrait être. 00:25:54 — Combien coûte vraiment la marchandisation ? France 12% du PIB pour la santé, États-Unis 18%. Espérance de vie plus courte, inégalités plus grandes. La question se retourne. 00:33:42 — La mixité scolaire de Toulouse : ça marche Les enfants du Mirail dans les collèges du centre-ville : taux de réussite au brevet rejoint la moyenne nationale. Personne n'y a perdu. 00:43:38 — Neuf ans de permanences J'ai rencontré quasiment que des gens bien. Y compris ceux qui votent pour des gens qu'il combat. 00:51:39 — Le Cerfa de 24 pages pour un enfant handicapé La réalité concrète de ce que le désengagement de l'État produit sur les gens les plus vulnérables. 00:57:51 — La désindustrialisation : politique ou patronat ? Les dirigeants qui ont théorisé la France sans usines. La souveraineté industrielle comme prochaine bataille. 01:03:04 — L'IA : révolution sans boussole politique Parcoursup, les formations qui vont disparaître, le sens du travail. Les questions que la classe politique n'a pas encore osé poser. 01:07:10 — Écologie et agriculture : les paysans en première ligne Mondialisation déloyale, réchauffement, perte de biodiversité. Le modèle agricole des années 60 est en train de se briser. 01:17:23 — La dernière Bastille Quand on abandonne la société au marché, c'est la démocratie qu'on abandonne. La convergence Trump-Musk expliquée. 01:21:16 — Les angles morts de la gauche Il les nomme : la mondialisation, la crise environnementale, la culture, les territoires ruraux. Rare autocritique politique. 01:25:57 — Reconquérir le temps libéré On l'a libéré du travail. On l'a donné aux galeries marchandes et aux réseaux sociaux. Comment le reprendre. 01:34:44 — Fermer la porte à l'égoïsme Le mot de la fin : les gens sont courageux, généreux, intéressants. C'est ça qui donne encore envie.

#401 Les politiques sont-ils deconnectés du réél? Avec Boris Vallaud (Partie 1)
Durée : 51m44s30-06-202647.37 MB
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Boris Vallaud est un politique, ancien président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, député des Landes et auteur de Nos vies ne sont pas des marchandises. Il vient de démissionner de la présidence du groupe PS au moment où on enregistre cet épisode. Je dois être honnête, ce n'est pas un hasard qu'en 9 ans de podcast je n'ai jamais invité de politiques encore ou presque.Ce n'est paspar désintérêt puisque les sujets que je traite sont profondément politiques. Mais parce que je voulais que ça soit une vraie conversation, pas une interview de promo, pas des éléments de langage, pas du positionnement de campagne. Je voulais qu'on parle de ce qui m'intéresse vraiment : pourquoi la société se fragmente, pourquoi les gens votent pour des gens qui ne défendent pas leurs intérêts, pourquoi la démocratie est sous pression, et ce qu'on peut y faire concrètement. Avec Boris, ça a marché j'ai l'impression mais je me méfie de mes propres incompétences à mettre en difficulté un politique en même temps. Le livre part d'une idée simple et tranchante, celle que l'on vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, de notre attention jusqu'à notre imaginaire. Et cette colonisation est d'autant plus efficace qu'elle est silencieuse, on ne voit pas l'avant et l'après. Il existe une normalisation progressive de l'idée que tout a un prix, que tout se marchande, et que si vous ne pouvez pas payer, c'est votre problème. Dans cet épisode, nous parlons de ça, mais aussi de ce que ça produit politiquement. Parce que la marchandisation ne détruit pas que les services publics, elle détruit les liens, crée des épidémies de solitude, fragmente les territoires, et au bout, elle crée un appel d'air pour ceux que Boris appelle les marchands d'ordre. Et la convergence Trump-Musk qu'on voit se déployer en ce moment, c'est exactement ça : quand le marché a tout pris, la dernière chose à acheter, c'est la démocratie elle-même. J'ai questionné Boris Vallaud sur la fiscalité des milliardaires où les 500 plus grandes fortunes françaises représentent 40% du PIB contre 12% il y a vingt ans, et où le taux d'effort fiscal des milliardaires est inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Nous parlons de la réforme des retraites et de pourquoi certaines réformes qui semblent économiquement solides se fracassent politiquement. Nous parlons de désindustrialisation — et de qui en est responsable, les politiques ou les dirigeants d'entreprise qui ont théorisé la France sans usines. Nous parlons d'intelligence artificielle comme révolution industrielle que la classe politique n'a pas encore vraiment regardée en face. Nous parlons d'écologie, d'agriculture, et de pourquoi la transition est vécue comme une menace par ceux qui ont le moins de marge de manœuvre. Et nous parlons des angles morts de la gauche — Boris les nomme lui-même, sans esquiver. Ce qui m'a frappé dans cet épisode, c'est quelque chose que je n'attendais pas : son rapport aux gens qui votent contre ce qu'il représente. Il ne les méprise pas. Il dit qu'il les connaît, qu'ils sont bien, qu'il leur donne raison sur beaucoup de choses. Et que c'est ça qui lui donne envie de continuer malgré tout — pas la conviction d'avoir raison, mais la conviction que les gens méritent mieux que ce qu'on leur propose. Dans cet épisode, nous parlons de marchandisation, de services publics, de retraites, de désindustrialisation, de fiscalité, d'intelligence artificielle, d'écologie, de démocratie et de réseaux sociaux, de la gauche et de ses angles morts, et de ce que représenter veut vraiment dire quand on passe ses vendredis en permanence dans les Landes. Citations marquantes > On vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, jusqu'à soi-même, jusqu'à son imaginaire, jusqu'à sa conscience. > C'est une avancée plus subreptice mais plus certaine qu'un coup d'état. Précisément parce qu'on ne voit pas l'avant et l'après. Et puis on se retrouve soi-même marchandise, au milieu de codes qui sont ceux du marché. > Quand on abandonne la société au marché, la dernière Bastille à prendre, c'est la démocratie. > Les milliardaires ont un taux d'effort fiscal inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Si tout le monde faisait le même effort, le juste effort, tout le monde vivrait mieux. > Je ferme la porte à l'égoïsme et j'ouvre la porte sur la rencontre. Les gens sont courageux, généreux, intéressants. --- Idées centrales 1. La marchandisation est un coup d'État sans avant ni après ~00:12:40 — 00:18:00 Le marché n'a pas besoin d'une déclaration de victoire. Il avance par normalisation silencieuse. Le train où payer pour s'asseoir avec sa famille est devenu normal. La crèche où une amende a créé un marché du retard. Le moment où on n'est plus seulement un consommateur mais une marchandise soi-même. Baudrillard avait critiqué la société de consommation mais n'avait pas imaginé un marché aussi totalisant et totalitaire selon Boris. Ce qui est redoutable, c'est précisément l'absence de rupture visible. Pourquoi ça compte : ça change la façon dont on parle de capitalisme. Ce n'est plus un ennemi déclaré, c'est une colonisation du quotidien. 2. Le service public coûte moins cher que son absence ~00:25:54 — 00:29:52 La santé française représente 12% du PIB, gratuite à l'usage, avec une espérance de vie supérieure aux États-Unis où la santé représente 18% du PIB, privée, et laisse des dizaines de millions de personnes sans couverture correcte. La vraie question n'est pas l'État sait-il gérer ? mais combien coûte la marchandisation ? C'est un retournement rhétorique qui déplace le débat là où il devrait être. Pourquoi ça compte : ça donne des armes concrètes dans un débat trop souvent posé en termes abstraits. 3. La mixité scolaire fonctionne, et personne n'en parle ~00:31:40 — 00:36:00 À Toulouse, les enfants du quartier du Mirail ont été intégrés dans les collèges du centre-ville, dont Fermat et Saint-Sernin. Résultat : leur taux de réussite au brevet a rejoint la moyenne nationale. Personne n'y a perdu. Tout le monde a été tiré vers le haut. C'est une réponse concrète, documentée, à la logique de ségrégation scolaire qui progresse avec la marchandisation de l'éducation. Pourquoi ça compte : une victoire réelle, mesurable, qui ne fait pas la une. 4. L'IA est une révolution industrielle sans politique à sa hauteur ~01:03:05 — 01:07:10 Boris reconnaît la sidération. Il propose l'analogie de la Red Team du ministère de la Défense, qui fait appel à des auteurs de science-fiction pour imaginer les menaces du futur. Ce même travail devrait être fait sur l'IA. La question concrète qu'il pose : si votre enfant s'oriente aujourd'hui vers une formation, comment savoir si elle sera encore utile dans cinq ans ? Le marché est incapable de donner de la valeur à l'utilité sociale, et c'est l'IA qui va redessiner ce partage. Pourquoi ça compte : une position qui n'est ni dans la panique ni dans l'euphorie, avec une proposition d'action. 5. La démocratie est la dernière Bastille du marché ~01:17:25 — 01:21:15 La convergence Trump-Musk n'est pas une coïncidence. Les 7 plus grandes entreprises américaines de la tech ont une capitalisation boursière qui dépasse le PIB des 27 pays de l'Union européenne. Quand le rapport de forces entre puissance publique et puissance privée est aussi déséquilibré, et que les oligarques de la tech contrôlent les plateformes sur lesquelles se forment les opinions, la démocratie délibérative est structurellement fragilisée. Pourquoi ça compte : ça sort la menace sur la démocratie du registre anecdotique pour la replacer dans la logique marchande. 6. La gauche a des angles morts qu'elle refuse de regarder ~01:21:15 — 01:25:20 Boris les nomme sans esquiver : la mondialisation, qu'elle a soutenue sans voir la désindustrialisation venir ; la crise environnementale, où elle a tardé ; la culture, devenue orpheline ; et surtout les territoires ruraux, la France des sous-préfectures, qui ne se sent pas représentée. Ce qui est frappant, c'est qu'il l'admet sans chercher à s'en sortir avec une formule. Pourquoi ça compte : un politique qui admet ses angles morts crédibilise tout le reste de ce qu'il dit. --- Questions posées dans l'interview 1. De tous les sujets possibles, pourquoi avoir choisi la marchandisation comme angle central de ce livre ? 2. Comment on sort d'un système d'hyper-marchandisation quand il est global et qu'aucun pays ne peut le faire seul ? 3. Qu'est-ce qui vous intéresse encore dans la politique nationale là où la politique locale semble plus efficace et plus proche des gens ? 4. Combien coûte vraiment la marchandisation — est-ce que l'État social revient finalement moins cher que son absence ? 5. Pourquoi les Français ont-ils du mal à accepter que le problème est en haut plutôt qu'en bas, sur la fiscalité des héritages et des grandes fortunes ? 6. Comment expliquer que la gauche perde des batailles culturelles sur des sujets où les chiffres sont pourtant de son côté ? 7. La désindustrialisation depuis Mitterrand — erreur fondamentale, ou choix assumé par les dirigeants d'entreprise autant que par les politiques ? 8. Est-ce que la démocratie peut survivre aux réseaux sociaux, et a fortiori aux réseaux sociaux alimentés par l'IA ? 9. Quels sont les angles morts de la gauche — les sujets qu'elle refuse de regarder en face ? 10. Si vous ne deviez choisir qu'un seul premier acte contre la marchandisation, ce serait lequel ? --- Références citées dans l'épisode Livres / auteurs - Nos vies ne sont pas des marchandises, Boris Vallaud (le livre de l'invité, fil conducteur de l'épisode) - Jean Baudrillard, critique de la société de consommation (*La Société de consommation*) — cité ~00:13:42 dans le contexte de la colonisation par le marché - Antoine Fouchet [À VÉRIFIER orthographe] — son travail sur la CSG, le financement de la protection sociale et la désindustrialisation — cité ~00:47:50 et ~01:25:24 - Printemps silencieux [À VÉRIFIER : attribué à Rachel Carson dans la tradition écologiste] — cité ~01:12:40 comme livre tragique et intéressant sur la disparition des insectes - Camille Penny — cité brièvement sur le thème de la générosité et de l'égoïsme — ~01:34:49 Films / séries - Matrix, Wall-E, Avatar, Black Mirror — cités comme œuvres culturelles qui ont anticipé les enjeux de l'IA et du contrôle numérique — ~01:20:45 Études / données - Les 500 plus grandes familles françaises représentent 40% du PIB (contre 12% il y a 20 ans) — ~00:36:34 - Taux d'effort fiscal des milliardaires inférieur à la première tranche de l'impôt sur le revenu — ~00:38:42 - 160 milliards d'euros d'aides aux entreprises, étude du Sénat — ~00:40:00 - 25 à 30% de non-recours au RSA — ~00:55:03 - Fondation Jean-Jaurès : étude sur la corrélation entre fermeture des PMU/bistrots et progression du vote RN — ~01:18:15 - Cité des sciences : 76% des Français pensent avoir l'esprit critique, mais 40% refusent de parler à des gens avec qui ils ne sont pas d'accord — ~01:18:34 - France : 12% du PIB consacré à la santé / États-Unis : 18% — ~00:26:00 - Exemple Sanofi : 1 milliard d'euros d'aides publiques à la recherche, puis licenciements de chercheurs — ~00:40:00 Personnalités / modèles - Vienne (Autriche) : modèle de logement social, 80% de locataires, 60% de logements publics, mixité sociale préservée — ~00:18:00 - Landes : zéro EHPAD à but lucratif, régie publique de l'eau, premier département producteur d'énergie photovoltaïque — ~00:18:00 / ~01:17:09 - Toulouse, collège du Mirail : mixité scolaire avec Fermat et Saint-Sernin — ~00:33:00 - Red Team du ministère de la Défense : auteurs de science-fiction pour anticiper les menaces — ~01:20:00 - Arnaud Montebourg, travail commun au ministère du Redressement productif — ~00:58:34 - Léo Lagrange / Front populaire : politique du temps libéré — ~01:26:14 - Jacques Chirac : Notre maison brûle — ~01:08:00 Timestamps clés 00:08:25 — Intro : l'invité et le livre Greg présente Boris Vallaud et l'angle de l'épisode : on vit dans une immense boutique, et ce n'est pas anodin. 00:12:40 — La marchandisation, plus sûre qu'un coup d'État Une avancée silencieuse, sans avant ni après visible. On se retrouve marchandise sans l'avoir décidé. 00:15:32 — Le train, la crèche : les exemples du quotidien Payer pour s'asseoir avec sa famille. L'amende à la crèche qui a créé un marché du retard. La normalisation par petites touches. 00:17:49 — Ce que ça produit : inégalités, solitude, extrême droite Explosion des inégalités, délitement du lien, épidémies de solitude. Et un appel d'air pour les marchands d'ordre. 00:20:38 — Politique locale vs nationale Ce qui l'attire encore dans la politique nationale quand les permanences dans les Landes ressemblent à ce que la politique devrait être. 00:25:54 — Combien coûte vraiment la marchandisation ? France 12% du PIB pour la santé, États-Unis 18%. Espérance de vie plus courte, inégalités plus grandes. La question se retourne. 00:33:42 — La mixité scolaire de Toulouse : ça marche Les enfants du Mirail dans les collèges du centre-ville : taux de réussite au brevet rejoint la moyenne nationale. Personne n'y a perdu. 00:43:38 — Neuf ans de permanences J'ai rencontré quasiment que des gens bien. Y compris ceux qui votent pour des gens qu'il combat. 00:51:39 — Le Cerfa de 24 pages pour un enfant handicapé La réalité concrète de ce que le désengagement de l'État produit sur les gens les plus vulnérables. 00:57:51 — La désindustrialisation : politique ou patronat ? Les dirigeants qui ont théorisé la France sans usines. La souveraineté industrielle comme prochaine bataille. 01:03:04 — L'IA : révolution sans boussole politique Parcoursup, les formations qui vont disparaître, le sens du travail. Les questions que la classe politique n'a pas encore osé poser. 01:07:10 — Écologie et agriculture : les paysans en première ligne Mondialisation déloyale, réchauffement, perte de biodiversité. Le modèle agricole des années 60 est en train de se briser. 01:17:23 — La dernière Bastille Quand on abandonne la société au marché, c'est la démocratie qu'on abandonne. La convergence Trump-Musk expliquée. 01:21:16 — Les angles morts de la gauche Il les nomme : la mondialisation, la crise environnementale, la culture, les territoires ruraux. Rare autocritique politique. 01:25:57 — Reconquérir le temps libéré On l'a libéré du travail. On l'a donné aux galeries marchandes et aux réseaux sociaux. Comment le reprendre. 01:34:44 — Fermer la porte à l'égoïsme Le mot de la fin : les gens sont courageux, généreux, intéressants. C'est ça qui donne encore envie. Suggestion d'autres épisodes à écouter : - #376 Quelles stratégies pour reconstruire une France autonome et résiliente? Avec Arnaud Montebourg - Partie 1 (https://audmns.com/UxFQjUM) - #229 Travaillez moins pour travailler mieux: réenvisager la valeur travail avec Céline Marty (https://audmns.com/IRoKxrv) - #282 La décroissance est-elle réaliste? Avec Timothée Parrique (https://audmns.com/jvOrQIt)

[MOMENT] Les effets de la canicule sur nos corps avec Alice Desbioles
Durée : 13m58s25-06-202612.79 MB
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Alice Desbioles est médecin, je l'avais reçu en 2021 sur le sujet de l'anco-anxiété sur lequel elle a écrit un livre dans lequel elle documente, preuves scientifiques à l'appui, les effets de notre environnement sur notre santé physique et mentale. Je l'ai connu à travers ce livre et j'ai adoré cette conversation, pas sur les chiffres de la crise écologique comme la canicule que l'on traverse, mais sur ce qu'elle nous fait, à nous, en tant qu'êtres humains. Ce qu'elle révèle de nos contradictions. Et de notre incapacité collective à nous fixer des limites — alors que ces limites sont, littéralement, la condition de notre survie. Dans cet épisode, nous parlons de l'effet rebond technologique (plus de routes, plus de voitures ; plus de 5G, plus de temps sur l'écran), du sens des limites en médecine, de la métaphore des 24 heures de la Terre, de la liberté mal posée comme argument, de l'éco-anxiété comme signe de solidité psychique, du stress aigu versus chronique, et de la manière de repeindre nos villes en vert plutôt que de les fuir. J'ai aussi questionné Alice sur ce que la science documente sur les effets des forêts sur la santé. La réponse est vertigineuse. CITATIONS MARQUANTESOn est aussi, finalement, des grands enfants. Et là, il n'y a plus personne pour nous fixer de limites. Mais pourtant, ces limites, elles sont indispensables à notre survie.— Alice Desbioles Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom.— Alice Desbioles Le progrès, pour moi, c'est maximiser le bien-être. Et le bien-être, ce n'est pas que l'accumulation de technologies et de biens.— Alice Desbioles L'éco-anxiété traduit déjà un certain courage, une certaine force de caractère, une certaine solidité qui nous permet d'avancer malgré toutes ces informations.— Alice Desbioles Si on reprend à l'échelle des 24 heures, l'espace des 150 dernières années, c'est même pas un clignement d'œil. On a tout cramé, comme des ados.— Gregory Pouy IDÉES CENTRALES (BIG IDEAS)1. L'effet rebond : la technologie ne résout jamais le problème qu'elle prétend résoudre (00:21)Plus tu rajoutes des routes, plus il y a de voitures. Plus la 5G est rapide, plus les gens passent de temps sur leur téléphone. L'innovation réplique la demande au lieu de la satisfaire. C'est une des lois les moins enseignées de notre rapport à la technique. 2. Le sens des limites comme condition de survie collective (01:03)Alice le constate en réanimation : on va toujours plus loin, parfois contre la volonté des patients eux-mêmes. La même logique du toujours plus s'applique à la société entière. Les limites ne sont pas une contrainte : elles sont ce qui rend la vie possible. Les 9 limites planétaires existent pour cette raison. 3. La métaphore des 24 heures : on a brûlé en un clin d'œil ce qui s'est construit en presque toute l'histoire de la Terre (02:53)Si l'existence de la planète = 24h, l'humain est arrivé à la dernière minute et demie. Les énergies fossiles se sont formées pendant les 23h58 où on n'était pas là. Et on les a consommées en quelques secondes à peine. Tout est là. 4. La liberté comme argument mal posé (03:22)La liberté de rouler à 130 km/h sur autoroute opposée à la liberté d'un enfant de grandir sans asthme chronique. Ce n'est pas la même liberté. Et quand on ne le dit pas clairement, le débat est perdu d'avance. 5. L'éco-anxiété comme signe de bonne santé mentale (07:26)C'est une question que je pose et qui mérite d'être posée : est-ce que ne pas être éco-anxieux en 2021, c'est pas un peu inquiétant ? Alice confirme : l'éco-anxiété traduit une solidité psychique, pas une fragilité. C'est le déni qui devrait inquiéter. 6. Stress aigu vs. stress chronique : ce que le corps absorbe et ce qu'il ne peut pas absorber (08:20)Le stress aigu est physiologique, il sert à agir. Le stress chronique, lui, détruit. Et notre société — vitesse, notifications, bruit, pollution — est une machine à fabriquer du stress chronique. 7. Repeindre les villes en vert plutôt que les fuir (12:51)La dichotomie ville-campagne est un faux débat. La vraie question, c'est comment faire entrer la nature dans les espaces urbains : cours d'école végétalisées, mobilités actives, espaces verts. L'OMS et la science le documentent. Les effets sont cardiaques, mentaux, immunitaires. QUESTIONS POSÉES DANS L'INTERVIEW- Est-ce que l'innovation technologique résout vraiment les problèmes qu'elle prétend résoudre ?- Comment as-tu constaté, en médecine, cette incapacité collective à se fixer des limites ?- Qu'est-ce que les 9 limites planétaires nous disent de notre rapport au monde ?- En quoi l'argument de la liberté est-il souvent mal posé dans les débats environnementaux ?- Comment réinventer les récits collectifs pour donner envie de changer ?- Est-ce que l'éco-anxiété n'est pas, finalement, un signe de bonne santé mentale ?- Peux-tu nous expliquer comment fonctionne le stress, physiologiquement ?- Quelle est la différence entre le stress et l'angoisse ?- Est-ce que le meilleur acte écologique reste de vivre en ville ?- Comment intégrer davantage de nature dans nos environnements urbains sans opposer ville et campagne ?RÉFÉRENCES CITÉES DANS L'ÉPISODEConcepts scientifiques et institutionnels - Les 9 limites planétaires (cadre scientifique de Rockström et al.) — (01:40)- Recommandations de l'OMS sur les espaces verts et la santé — (05:37)- Revue scientifique sur les effets des forêts sur la santé physique et mentale (citée dans le livre d'Alice Desbioles) — (12:03)Politiques publiques - La Convention citoyenne pour le climat (proposition de limitation de vitesse à 110 km/h sur autoroute) — (03:22)- Condamnations de la France par la Commission européenne pour non-respect des seuils de pollution de l'air — (04:33)Références culturelles et linguistiques - Étymologie de écologie (discours sur la maison) et économie (gestion de la maison) — (02:11)- Citation Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom — (03:22)- Les écoles en forêt en Allemagne et dans les pays scandinaves — (13:33)Livre - Le livre d'Alice Desbioles (non titré dans cet extrait, mais mentionné avec bibliographie) — (12:03)À venir dans l'émission - Mention d'un futur épisode avec un expert du low-tech — (06:12)TIMESTAMPS CLÉS (OPTIMISÉS YOUTUBE)00:00 – Introduction du moment Greg présente le format : un extrait d'épisode qui a marqué les esprits. 00:21 – L'effet rebond : pourquoi la tech ne résout pas ce qu'elle promet Plus de routes = plus de voitures. Plus de 5G = plus de temps sur l'écran. L'innovation amplifie la demande au lieu de la satisfaire. 01:03 – Alice : le sens des limites, ce que la réanimation nous apprend Témoignage fort : une patiente âgée réanimée contre sa volonté fait scandale auprès du médecin. Jusqu'où va-t-on ? Les 9 limites planétaires posent la même question. 02:11 – Écologie, économie : retour à la racine des mots L'écologie, c'est le discours sur la maison. L'économie, c'est la gestion de la maison. Et la maison est mal gérée. 02:53 – La métaphore des 24h : on a tout brûlé en un clignement d'œil Si la vie de la Terre = 24h, l'humain arrive à 1 minute 30. Les fossiles se sont formés pendant les 23h58 où on était absents. On les a consommés en quelques secondes. 03:22 – Liberté vs. limites : le débat mal posé La liberté de rouler à 130 km/h contre la liberté d'un enfant de grandir sans asthme. Ce ne sont pas les mêmes libertés. 05:37 – Redéfinir le progrès : pas plus vite, mais mieux vivre Le vrai progrès, c'est maximiser le bien-être — espaces verts, mobilités actives, contact avec la nature. L'OMS le documente. 07:26 – L'éco-anxiété, signe de bonne santé mentale ? Être éco-anxieux en 2021, c'est regarder la réalité en face. C'est le déni qui devrait inquiéter. 08:20 – Stress aigu vs. stress chronique : ce que le corps supporte ou pas Explication claire et pédagogique : le stress aigu est physiologique et bénéfique. Le stress chronique, lui, détruit — sommeil, digestion, santé cardiovasculaire. 09:56 – Stress vs. angoisse : quelle différence ? Le stress a une cause identifiable. L'angoisse est diffuse, globale, sans objet clair. C'est souvent ça qui la rend plus difficile à traverser. 12:03 – La science des forêts : effets cardiaques, immunitaires, mentaux Des études documentent les effets positifs de la nature sur la santé. Ce n'est pas une intuition — c'est de la recherche. 12:51 – Repeindre les villes en vert plutôt que les fuir La vraie question n'est pas ville vs. campagne. C'est comment faire entrer la nature là où vivent les gens. Suggestion d'épisode à écouter : #167 Comment gérer l'anxiété due au réchauffement climatique avec Alice Desbiolles (https://audmns.com/Wucmnld)

#400 Et si aimer était notre mission? Avec Harry Roselmack
Durée : 1h02m23-06-202657.19 MB
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Harry Roselmack, journaliste et philosophe. Son dernier essai, L'amour malgré la peur, est une enquête métaphysique sur ce qui constitue vraiment la nature humaine et sur l'amour. Et il m'a semblé que pour un épisode 400 ca faisait vraiment du sens :) J'ai rencontré Harry une première fois et il y a quelque chose que j'aime dans notre façon de parler ensemble : on ne se ménage pas et on s'apprécie vraiment. On a eu une vraie conversation sur ce qui coince dans le monde aujourd'hui à commencer par la peur, l'économie comme fiction collective, la technologie sans sagesse, et puis cette idée que j'ai trouvé centrale qui est que l'on a tous du libre arbitre mais personne ne l'utilise vraiment. Dans cet épisode, nous parlons de métaphysique comme outil pratique et pas comme matière à thèse. J'ai questionné Harry sur ses propres peurs, sur ce qu'il pense de Dieu, sur la mort vue comme changement d'état, et sur son pari un peu fou : dans trois ou quatre générations, la sagesse sera la norme. CITATIONS MARQUANTES- Le courage, c'est pas de ne pas avoir peur. C'est d'affronter ses peurs — voire d'aimer les affronter.- On revendique le libre arbitre mais en vérité on ne l'utilise pas. On ne fait que réagir.- L'économie, c'est un imaginaire. Il n'y a pas d'argent, il n'y a pas d'économie concrètement. Et pourtant cet imaginaire est plus fort que le réel.- La mort, c'est un changement d'état. Ce n'est pas une chute dans le néant.- Dieu n'est pas amour. Dieu a choisi l'amour pour faire l'espace-temps.BIG IDEASLa peur n'est pas l'opposé de l'amour — elle en est l'obstacle (~00:26:20)L'amour est transcendant : on ne demande jamais à quelqu'un pourquoi il est amoureux. La peur, elle, est un produit de l'évolution gravé dans nos gènes via l'épigénétique. Elle masque cet amour et l'empêche de rayonner. Diminuer la peur, c'est laisser l'amour exister. C'est la thèse centrale du livre. Le libre arbitre qu'on revendique mais qu'on n'exerce pas (~00:38:53)À chaque stimulus, on réagit instinctivement au lieu de choisir. Harry appelle ça le grand djihad des sages musulmans : la guerre qu'on mène dans sa tête avant de la mener dans le monde. C'est là que tout se joue. L'économie est un imaginaire devenu plus puissant que le réel (~00:34:51)On savait depuis 70 ans ce qui allait se passer avec le climat. On a rien fait à cause de l'économie. Mais l'économie n'existe pas concrètement — c'est une convention. Ce qui est vertigineux, c'est qu'une fiction soit devenue plus forte que la physique du monde. L'humanité est en émergence, pas aboutie (~00:37:00)Harry pense que l'anthropologie génèse n'est pas terminée. L'être humain guidé par la sagesse n'est pas encore là. On n'est plus préhistoriques, mais on n'est pas arrivés. Cette idée change tout : nos comportements actuels ne sont pas notre nature définitive. La mort comme changement d'état (~01:04:00)Les atomes de carbone qui nous composent ont une durée de vie de plusieurs milliards d'années. Ce qui s'arrête à la mort, c'est leur cohérence en tant que nous. L'information qui fait notre esprit n'a, métaphysiquement, aucune raison de disparaître. On sait pas ce que ça devient — mais ça continue, autrement. Dieu n'est pas amour — il a choisi l'amour (~01:20:59)La distinction la plus radicale de l'épisode. Dire Dieu est amour en fait une propriété automatique. Dire Dieu a choisi l'amour en fait un acte libre — exactement ce qu'Harry nous demande de faire nous-mêmes chaque jour. QUESTIONS POSÉES DANS L'INTERVIEW- Pourquoi l'amour malgré la peur — de quelle peur s'agit-il précisément ?- Toi, tu as peur de quoi ?- Comment convaincre des gens d'aller vers ces valeurs dans une société qui valorise la performance ?- Est-ce que tu ne crois pas que nos comportements sont basés sur des imaginaires plutôt que sur le réel ?- Comment on développe la sagesse collective — faut-il toucher le fond d'abord ?- Comment tu redéfinis le succès, et à quel moment la philosophie est entrée dans ta vie ?- Comment tu distingues harmonie et équilibre — tu utilises les deux mots ?- Est-ce que la mort ne serait pas la plus belle des frictions — celle qui donne le sens à la vie ?- Comment dialogue en toi la partie animale qui a peur et le fragment du divin ?- Qu'est-ce qui te donne envie du futur ?RÉFÉRENCES CITÉESLivres - L'amour malgré la peur — Harry Roselmack — tout au long- Il n'est pas trop tard pour naître — Harry Roselmack (premier essai métaphysique) — ~01:17:30- La Simulation — Loïc H. (s'appuie sur la physique quantique) — ~00:49:15Philosophes / penseurs - Platon et Socrate — la cité gouvernée par des principes — ~00:33:46- Lao-Tseu / Tao Te Ching — d'une justesse hallucinante — ~01:16:12- Hegel — la peur de la mort comme moteur de nos vies — ~01:10:13- Copernic / Galilée — l'héliocentrisme, les vérités cachées renversées par la pensée — ~00:52:14- Rousseau — malheur à celui qui possède tout (cité approximativement par Grégory) — ~00:43:32- Sartre — aimer pour être aimé en retour — ~01:14:30Références culturelles - Terminator / Matrix — la technologie autonome annoncée par la fiction — ~00:56:31- Physique quantique — principe d'incertitude, matière comme vide — ~00:47:25TIMESTAMPS CLÉS (orienté valeur)00:23:19 — Intro : l'amour comme nature profonde, présentation d'Harry 00:25:01 — Harry arrive après une matinée chaotique — la philosophie à l'épreuve du réel 00:26:20 — Pourquoi malgré la peur : la peur inscrite dans nos gènes vs l'amour transcendant 00:27:32 — Les peurs d'Harry : la mort de ses proches, la séparation, le vide 00:29:25 — Brave et gentil sont devenus des insultes — la réhabilitation des valeurs douces 00:30:37 — Réhabiliter les valeurs collectivement : seul face à des profiteurs, tu perds 00:33:44 — La philosophie peut nous sauver : Socrate, Platon, les principes stables 00:34:42 — L'économie comme imaginaire plus fort que le réel — et le climat ignoré pendant 70 ans 00:37:49 — Pourquoi la philo revient à la mode : on a atteint le zénith d'une façon de penser absurde 00:38:53 — Le libre arbitre qu'on n'exerce pas : réagir vs choisir 00:40:02 — La lutte dans la tête avant la vraie vie — le grand djihad 00:41:30 — Le succès redéfini : Harry n'a jamais été impressionné par la notoriété 00:46:28 — Contrôle et émerveillement : pourquoi les couchers de soleil nous touchent 00:47:25 — Monde déterministe mais pas prédéterminé — on peut intervenir 00:49:15 — La théorie de la simulation (Loïc H.) et la réponse métaphysique d'Harry 00:50:42 — Définition simple de la métaphysique : l'étude de tout ce qui existe, y compris l'imaginé 00:55:49 — Je veux participer à sauver le monde — assumer l'ambition 00:57:28 — Développer la sagesse aussi vite qu'on développe la technologie 00:59:25 — 70 ans = rien à l'échelle cosmologique — le changement prend des générations 01:02:10 — Le courage, c'est une histoire d'amour avec l'inconnu 01:04:00 — La mort comme changement d'état — les atomes durent des milliards d'années 01:08:17 — La quête existentielle n'attend pas la crise : être philosophe quand ça va bien 01:09:33 — La Silicon Valley a supprimé les frictions positives : l'ennui, la perte, la réflexion 01:10:29 — La mort n'est pas notre raison d'être — la relation harmonieuse l'est 01:16:12 — La mission d'Harry : redonner de l'actualité à des savoirs anciens 01:19:43 — Dieu vs religions — décorréler les deux, les dogmes comme problème 01:20:59 — Dieu n'est pas amour — il a choisi l'amour pour faire l'espace-temps 01:24:21 — L'amour de soi comme fondation ? Question finale VLAN 01:25:13 — Fin Suggestion d'autres épisodes à écouter : - #291 Redonner du sens à notre existence avec Harry Roselmack (https://audmns.com/iNmFdfO) - [SOLO] Les 5 vérités inconfortables que j'ai apprise pour faire durer l'amour (https://audmns.com/cTiuBky) - [Hors-Serie] Tout ce que j'aurais voulu savoir en amour avec Alain de Botton (partie 1) (https://audmns.com/jiDhQhD)

[Solo ] 3 idées essentielles et 3 conseils de vie d'Edgar Morin
Durée : 34m12s18-06-202631.32 MB
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Edgar Morin, philosophe, sociologue, épistémologue, résistant, cinéphile, centenaire. Il est mort le 29 mai 2026 à 104 ans. Son dernier livre s'appelait Leçons d'un siècle de vie. J'avais son contact depuis le début de VLAN. On a des gens en commun. Et je n'ai jamais osé décrocher le téléphone, par peur de déranger. Chaque année, je me disais : non, cette fois c'est trop. Jusqu'à ce qu'il soit trop tard. C'est la leçon la plus bête et la plus douloureuse que je retienne de sa disparition. Cet épisode solo est un hommage. Je me suis plongé dans ses dernières conférences et dans Leçons d'un siècle de vie pour en tirer trois idées fondamentales et trois leçons de vie. Pas des recettes, pas des listes à appliquer. Edgar Morin lui-même aurait détesté ça. Plutôt ce que sa pensée a changé dans ma façon de regarder le monde, l'IA, la complexité, l'amour, et ce qu'on appelle l'avenir. Dans cet épisode, je parle de la pensée complexe, de l'homo demens, de la transfiguration, de la poly-identité, de la navigation dans l'incertitude, et de ce qu'il appelait l'état poétique. J'aborde aussi ce que ça dit de l'intelligence artificielle, de la mondialisation ratée, et du mouvement des Gilets Jaunes. CITATIONS MARQUANTES- Toute vie est une navigation dans un océan d'incertitude à travers quelques îles ou archipels de certitude où on peut se ravitailler. — Edgar Morin- Je sens que j'approche des limites de la vie, mais je crois que le sentiment d'essayer d'être utile et de continuer à vivre dans les ferveurs de la poésie, de la vie, tout ceci m'entretient bien. — Edgar Morin- Ceux qui croient comprendre tous les problèmes humains uniquement à partir de l'économie oublient la religion, la foi, l'amour, qui ne relèvent absolument pas du calcul économique. — Edgar Morin- La poésie de la vie, suprêmement, c'est l'amour. — Edgar Morin- En sachant que vous êtes un moment dans cette aventure et que vous y participez. Alors essayez d'y participer de la meilleure façon. — Edgar Morin (à ses ~100 ans, sur comment garder confiance)IDÉES CENTRALES 1. L'erreur n'est pas un bug, c'est le moteur de la pensée (~07:19)Morin défend que toute connaissance est une traduction suivie d'une reconstruction. Il n'y a pas de différence fondamentale entre une perception et une hallucination. L'erreur a trois sources : le malentendu, la partialité et l'idéalisme. Ce troisième type est le plus redoutable : les idées qui finissent par nous gouverner non pas parce qu'on nous les impose, mais parce qu'on y croit sincèrement. Le solutionnisme technologique, la croissance comme valeur absolue, l'économie elle-même sont des exemples de cette servitude volontaire. Ce qui est frappant chez Morin, c'est qu'il distingue les erreurs fructueuses des erreurs stériles, et qu'il les analyse au lieu de les nier. 2. L'humain est un oxymore sur pattes (~11:28)Morin refuse la flatterie envers l'espèce humaine. Il ne parle pas seulement d'homo sapiens mais d'homo demens, homo faber, homo mythologicus, homo economicus, homo ludens. Nous sommes tout ça en même temps, et c'est précisément cette contradiction qui nous permet d'aimer, de créer et d'espérer. Vouloir optimiser l'humain pour en retirer la part irrationnelle, comme le promettent certains projets d'IA ou de transhumanisme, c'est aussi retirer ce qui donne envie du futur. 3. La dialogique : deux vérités opposées peuvent être simultanément vraies (~13:15)La mondialisation est la meilleure et la pire chose arrivée à l'humanité. Pour la première fois, tous les êtres humains partagent une communauté de destin. Et ce même processus conduit à des catastrophes écologiques, économiques et démographiques. Tenir cette tension sans la résoudre artificiellement, c'est ce que Morin appelle la dialogique. Dans un monde où les réseaux sociaux récompensent les positions tranchées, refuser de simplifier ce qui ne peut pas l'être est un acte de résistance. 4. La transfiguration : le changement vient de l'intérieur des systèmes (~15:03)Juan Carlos élevé dans le franquisme qui devient garant de la démocratie espagnole. Gorbatchev apparatchik qui se transforme en humaniste planétaire. Le pape François, évêque conformiste qui renoue avec le message évangélique. Morin appelle ça la transfiguration : un travail souterrain de la conscience qui peut surgir brusquement. Dans une époque où l'on a l'impression de ne rien pouvoir faire face à Trump ou Musk, cette idée donne de l'espoir concret. 5. L'état poétique comme hygiène de vie (~24:35)Survivre, c'est respirer et se nourrir. Vivre, c'est conduire sa vie avec ses risques et ses possibilités de jouissance. L'état poétique, c'est cet état second que l'on obtient dans un échange de sourire, devant un paysage, à l'écoute d'une symphonie ou lors d'une conversation qui dure trop longtemps sur une terrasse. Morin disait qu'à 99 ans, il entrait encore en trance dès les premières mesures du premier mouvement de la 9e de Beethoven. La question que ça me pose : est-ce que je me laisse toucher comme ça, dans un monde dopé à la dopamine ? QUESTIONS STRUCTURANTES DE L'ÉPISODE- Qu'est-ce que la pensée complexe et pourquoi les réponses simples à des questions complexes sont-elles des mensonges bienveillants ?- Comment un esprit intelligent peut-il se laisser posséder par une idée fausse ?- Quelle est la différence entre une erreur fructueuse et une erreur stérile ?- Pourquoi l'homo demens, la part de folie humaine, n'est pas un défaut à corriger mais une ressource ?- Qu'est-ce que la dialogique et pourquoi deux vérités opposées peuvent-elles être simultanément vraies ?- Qu'est-ce que la transfiguration et quand est-ce qu'elle se produit dans l'histoire ?- Qu'est-ce qu'une poly-identité et en quoi l'accepter améliore les relations humaines ?- Comment naviguer dans l'incertitude sans verser dans le fatalisme ou le naïf optimisme ?- Quelle est la différence entre survivre et vivre, selon Morin ?- Qu'est-ce que l'état poétique et comment le retrouver dans un monde saturé d'informations ?RÉFÉRENCES CITÉESLivres - Leçons d'un siècle de vie — Edgar Morin (source principale de l'épisode) [~02:52]- L'autocritique — Edgar Morin (sur comment un esprit intelligent se laisse posséder par une idée) [~09:08]Penseurs et citations - La Boétie — concept de servitude volontaire [~08:23]- Oscar Wilde — La vérité pure est simple... elle est très rarement pure et jamais simple. [~29:54]- Karl Marx — La vieille taupe qui sait si bien travailler sous terre pour apparaître brusquement. [~16:38]Figures historiques citées comme exemples de transfiguration - Juan Carlos d'Espagne [~15:03]- Mikhaïl Gorbatchev [~15:03]- Pape François [~15:03]Références culturelles et artistiques - La Petite Danseuse de Degas (Louvre) — expérience poétique de Morin [~25:56]- 9e Symphonie de Beethoven, premier mouvement (Salle Gaveau) [~25:56]- Marguerite Duras — Morin a habité chez elle à la Libération [~27:16]- Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde — là où Morin a rencontré Sabah, sa dernière femme, à 88 ans [~22:10]Épisode connexe Vlan - Marouane Méry — épisode sur la manipulation et la manière dont on peut être manipulé par ses propres croyances [~09:08]Podcast connexe - VLAN Leadership — le deuxième podcast de Gregory, sur les CEOs qui font les choses différemment [~17:15]TIMESTAMPS CLÉS (YouTube)00:00 — Introduction et regret fondateurJ'aurais dû l'appeler. Depuis dix ans que j'avais son contact, j'ai toujours eu peur de déranger. Il est mort à 104 ans. Cet épisode est l'hommage que j'aurais voulu lui rendre en direct. 02:52 — Qui était vraiment Edgar Morin ?Né Edgar Nahum en 1921, Morin est un pseudonyme de résistant. Sociologue, philosophe, cinéphile, amoureux à répétition, il a traversé le krach de 29, le nazisme, le stalinisme, mai 68, le Covid et l'IA. Une vie impossible à résumer mais fascinante à suivre. 04:39 — La pensée complexe expliquée simplementMorin casse l'approche analytique héritée des Lumières. La réalité humaine, une relation, une économie : ça ne se démêle pas fil par fil. Quand on tire sur un fil, les autres bougent. C'est précisément ce que j'essaie de faire sur Vlan depuis le début. 07:19 — L'erreur est inséparable de la connaissanceTrois sources : le malentendu, la partialité, et l'idéalisme. Ce troisième type est le plus dangereux : ce sont les idées qui nous gouvernent parce qu'on y croit sincèrement. Morin lui-même en a été victime à 21 ans avec le communisme. 11:28 — Homo sapiens + homo demensL'humain n'est pas rationnel. Il est aussi fou, créateur de mythes, joueur, voué au profit. Vouloir effacer cette part irrationnelle, c'est le projet de toutes les utopies qui ont dégénéré en dystopie. Et c'est ce que certains projets autour de l'IA rejouent aujourd'hui. 15:03 — La transfiguration : l'espoir vient de l'intérieurJuan Carlos, Gorbatchev, le pape François. Des figures formées dans des systèmes fermés qui, une fois au pouvoir, ont retourné la situation pour l'humanité. Ce travail souterrain de la conscience peut surgir brusquement. C'est peut-être la chose la plus rassurante que j'ai lue depuis longtemps. 17:43 — L'identité est toujours plurielleÀ la question qui es-tu ?, Morin répondait un être humain. Il vivait sa poly-identité non comme une anomalie mais comme une richesse. Dans un monde où l'appartenance à un groupe exige l'exclusion des autres, c'est un exemple à suivre. 20:07 — Toute vie est une navigation dans l'incertitudeNé quasi mort-né, orphelin à 10 ans, résistant, exilé... Et à 88 ans, il rencontre sa dernière femme au Festival de Fès par hasard total. Chaque malchance peut devenir une chance. Et chaque chance porte en elle une malchance future. 24:35 — Survivre vs vivre : l'état poétiqueLa survie est nécessaire à la vie. Mais une vie réduite à la survie, ce n'est plus la vie. L'état poétique, c'est l'émotion devant ce qui nous touche : un sourire, un paysage, une symphonie, une conversation sur une terrasse. À 99 ans, Morin entrait encore en trance dès les premières mesures de la 9e de Beethoven. 29:07 — Ce que les Gilets Jaunes demandaient vraimentCe n'était pas seulement une revendication économique. C'était une demande d'existence, de reconnaissance, de dignité. Et le fait que ce mouvement ait été tué dans l'œuf sans qu'on écoute ce qu'il voulait dire, on va le payer longtemps. 31:19 — Ce que Morin change dans ma façon de voir le mondeLa complexité, l'homo demens face à l'IA, et la poésie de la vie. Et une dernière citation à ne pas oublier : Essayez d'y participer de la meilleure façon. Prononcée à une centaine d'années. Difficile de trouver mieux.

#399 Face face à la réalité de l'inceste avec Romain Lemire (partie 2)
Durée : 36m36s16-06-202633.51 MB
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C’est la 2ème fois que je reçois un Lemire et chaque fois ce sont des épisodes fondamentaux pour Vlan!Le 1er frère que j’ai reçu c’était Vincent pour parler du conflit Israélo-Palestinien, 1 an après le 7 octobre. Un double épisode qui a beaucoup marqué. Cette fois, je reçois Romain, un de ses frères pour parler d’inceste.Romain a gagné le prix Goncourt du 1er roman pour Clément, une autobiographie romancée et ce livre m’a boulversé. J’ai moi même été en contact proche avec un pédophile lorsque j’étais enfant mais vu les chiffres ca n’a rien d’étonnant. Ce qui est tabou ce n’est pas l’inceste, c’est d’en parler….Avec ce livre, on rentre dans le Paris des années 80, dans la vie d'une famille bourgeoise intellectuelle, avec un père adoré, super prof de français, poétique, drôle, plein d'amis et qui violait ses fils depuis leurs 7 ans. Dans cet épisode, j'ai questionné Romain sur la mécanique du silence, sur ce que ça fait dans la tête d'un enfant qui ne sait même pas ce qu'est un pénis, sur la dissociation qui peut durer des décennies, sur les sabotages amoureux, sur la reconstruction. Nous parlons aussi des chiffres qui donnent le vertige, 160 000 enfants par an, 9 milliards d'euros de coût annuel en France. Et du courage de parler. Parce que, spoiler alerte, ça finit bien. Citations marquantes1. Il faut un village pour violer un enfant. Il faut un violeur, et puis il faut tous les gens autour qui perçoivent des choses et qui se taisent. 2. Le silence ne protège pas. Il détruit. 3. C'est dans le narcissisme qu'il y a de la violence. Dans l'amour, il n'y en a pas. 4. Quand on parle de l'inceste comme d'un tabou, effectivement le dire est tabou. Et donc ça, il faut en sortir. Parce que le faire n'est pas tabou. 160 000 enfants par an — on ne voit pas très bien où est le tabou. 5. Moi, pendant des décennies, je me disais: je suis condamné. Il n'y a aucune raison que j'en sorte. Et en fait, on n'est pas condamné à ça. Idées centrales discutéesL'inceste raconté à hauteur d'enfantRomain a fait un choix littéraire qui change tout: raconter l'inceste depuis la perspective de l'enfant, en temps réel. À 7 ans, Clément ne sait pas ce qu'est un pénis en érection. Il appelle ça de l'huile. Il ne sait rien. C'est précisément pour ça qu'il ne peut ni nommer ni dénoncer. Ça retourne complètement la question pourquoi il n'a rien dit? — parce qu'un enfant n'a tout simplement pas les mots ni les cadres pour le faire.Timestamp: P1 ~00:10:30 Le prédateur n'est pas le monstre qu'on imagineOn a tous en tête l'image du violeur dans le parking. La réalité statistique est autre: les incesteurs et violeurs sont représentatifs de l'ensemble de la société. Sympas, drôles, avec une vie épanouie et plein d'amis. Le père de Romain était adulé de ses élèves, un grand prof de littérature. Et on connaît tous, sans le savoir, au moins un violeur. Et on l'aime. C'est vertigineux.Timestamp: P1 ~00:06:48 Le silence est une condition, pas un accidentLe silence ne vient pas que des victimes. Il vient de l'entourage entier — du frère qui voit et part se coucher, des amis du père qui savaient dans les années 60-70, des mutations silencieuses d'établissement. Le silence ne protège pas, il détruit. Et c'est la condition absolument nécessaire, voire suffisante, pour que les prédateurs agissent pendant des années.Timestamp: P1 ~00:25:00 La dissociation: vivre en se regardant vivreLes victimes de traumatismes infantiles développent souvent un état de dissociation: on se regarde vivre depuis les gradins, on n'est pas vraiment là où on est. Romain l'a vécu pendant des décennies. Cet état sabote les relations amoureuses, génère une fatigue constante, empêche de se projeter. Vivre en existant — trouver cette phrase dans un livre d'une amie a été pour lui une révélation: c'est exactement ce qu'il cherchait à atteindre.Timestamp: P1 ~00:42:15 La reconstruction est une errance, pas un programmeRomain ne s'est pas reconstruit par une thérapie structurée. Il s'est reconstruit par les autres, par les amours, par les limites trouvées à tâtons. À 45 ans, il s'est rendu compte qu'il était résilient sans savoir par où il était passé. Comme quelqu'un qui arrive à l'étape suivante après une journée de brouillard complet. C'est de là que vient le livre: essayer de comprendre rétrospectivement son propre chemin.Timestamp: P2 ~00:05:53 L'onde de choc va bien au-delà de la victime directe9 milliards d'euros par an en France. C'est le coût chiffré des agressions sexuelles sur mineurs: soins, justice, addictions, arrêts maladie, dépressions, suicides. Et humainement: la mère qui réalise en lisant le livre qu'elle s'est plantée à chaque fois pendant des décennies, la sœur bipolaire qui meurt à 47 ans, les partenaires amoureux qui subissent les ruptures sans comprendre. Il y a le village qui agresse, le village qui souffre, et un troisième village de gens qui n'avaient rien à voir avec l'histoire et qui en subissent quand même les éclats.Timestamp: P1 ~00:49:22 La justice punit encore la victimeQuand un enfant dénonce, dans de nombreux cas c'est lui qui quitte le foyer, pas le père. Des mères qui refusent de présenter l'enfant à un père violent risquent la prison. Le père garde son canapé et sa télé. Romain est clair: on est à la préhistoire sur ces questions. MeToo a ouvert une fenêtre depuis dix ans, mais il reste un long chemin à faire.Timestamp: P2 ~00:19:49 Questions posées dans l'interview- Pourquoi c'est toi qui as écrit ce livre et pas un de tes frères?- Comment ça résonne dans la tête d'un enfant de 7 ans — est-ce qu'il comprend ce qui lui arrive?- Comment repère-t-on les signes qu'un enfant ne va pas bien à cause d'un inceste?- Il y avait des gens autour de ton père qui savaient — et qui ont choisi de se taire?- Pourquoi vous avez décidé de faire une interview à trois avec vos frères chez Léa Salamé?- Comment ta mère a-t-elle vécu la lecture du roman?- Comment tu te es reconstruit concrètement — au-delà de la psychothérapie?- Il y a une scène où Clément va de lui-même vers son père à 13 ans. Comment tu expliques ça aujourd'hui?- Qu'est-ce que tu voudrais dire aux victimes qui n'ont encore jamais parlé à personne?- Est-ce que MeToo te redonne espoir sur l'évolution de ces questions?Références citées dans l'épisodeLivres - Françoise Dolto, Le complexe du homard (P1 ~00:15:32) — lu par Romain enfant; le livre dit que les relations sexuelles entre parents et enfants ne sont pas normales, mais l'enfant ne s'y retrouve pas parce que ce qu'il vit ne ressemble pas à de la violence physique- Vanessa Springora, Le consentement (P1 ~00:18:08) — cité parmi les livres majeurs sur ces sujets- Camille Kouchner, La familia grande (P1 ~00:18:08) — cité dans le même groupe de témoignages littéraires- Neige Sinno, Triste Tigre (P1 ~00:18:08) — cité (Triste tique dans le transcript, clairement Triste Tigre)- Frédéric Pommier, Derrière les arbres (P1 ~00:18:22 et ~00:45:19) — livre sur l'amnésie traumatique, cité deux fois; contraste avec l'expérience de Romain qui n'a jamais eu d'amnésie traumatiquePersonnes - Gabriel Matzneff (P1 ~00:29:47) — cité dans le contexte post-68, auteurs qui racontaient leurs relations avec des enfants- Claude François (P1 ~00:29:47) — cité pour ses déclarations sur les jeunes filles entre 14 et 18 ans- Lola Lafon (P2 ~00:31:56) — citée pour sa phrase MeToo est la seule joie politique de mon existence- Patrick Bruel (P2 ~00:16:55) — mentionné dans l'actualité (accusations en cours)- Flavie Flament (P2 ~00:17:21) — mentionnée comme exemple de victime droguée- Abbé Pierre (P2 ~00:33:49) — dans le contexte d'un panneau de manifestation: Not all men but même l'Abbé PierreAssociations - Face à l'inceste, présidente Solène Favre (P1 ~00:49:56) — source du chiffre de 9 milliards d'euros par anÉmissions - Léa Salamé, interview des trois frères Lemire (P1 ~00:17:34)Timestamps clés00:00 Introduction — L'inceste touche 1 enfant sur 10, 160 000 par an en France 01:53 Présentation de Romain Lemire et du roman Clément (Prix Goncourt du premier roman) 03:40 Le père: un homme adulé, grand prof de français, et pédocriminel 07:08 La vérité statistique: on connaît tous au moins un violeur. Et on l'aime. 10:30 À hauteur d'enfant: pourquoi un gamin de 7 ans ne peut pas comprendre ce qui lui arrive 12:42 Titouan dort à côté. Victor voit et part se coucher. Le silence des proches. 15:32 Françoise Dolto et le complexe du homard: quand l'enfant lit un livre qui parle de lui sans le reconnaître 17:20 L'interview à trois chez Léa Salamé et la cohésion familiale, exception remarquable 19:40 La mère lit le livre et réalise qu'elle s'est plantée à chaque fois pendant des décennies 25:00 Il faut un village pour violer un enfant — le silence est une condition suffisante 28:43 Arrêter de boire: pourquoi dire je réduis ne marche pas 31:00 Les mutations du père, le contexte post-68, Matzneff 40:30 Titouan dit non. Et Clément, à 13 ans, va de lui-même vers son père. 41:52 Vivre en existant — comprendre la dissociation et ses effets sur 40 ans de vie 45:00 Les histoires d'amour qui finissent toujours. L'auto-sabotage sans le savoir. 49:22 9 milliards d'euros par an: le coût chiffré de l'inceste en France 51:30 C'est dans le narcissisme qu'il y a de la violence. Dans l'amour, il n'y en a pas. [PARTIE 2] 02:00 Masculinité toxique: 75% des victimes sont des filles, 97% des agresseurs sont des hommes 06:10 Comment Romain s'est reconstruit: par les autres, par l'errance, par l'écriture 11:35 Prix Goncourt: Pour une fois, je n'avais plus les mots. 13:25 J'ai été violé. Pas je me suis fait violer. L'enjeu de la langue. 19:49 Ce qui scandalise Romain: c'est l'enfant qui quitte son foyer, pas le père 29:10 Intervenir dans les écoles dès le CP pour nommer les choses 31:36 MeToo comme joie politique. La phrase de Lola Lafon. 33:49 Not all men but même l'Abbé Pierre 34:31 Conclusion VLAN: ouvrir la porte sur un monde où les questions de genre sont réglées

#399 Faire face à la réalité de l’inceste avec Romain Lemire (partie 1)
Durée : 53m33s16-06-202649.03 MB
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C’est la 2ème fois que je reçois un Lemire et chaque fois ce sont des épisodes fondamentaux pour Vlan!Le 1er frère que j’ai reçu c’était Vincent pour parler du conflit Israélo-Palestinien, 1 an après le 7 octobre. Un double épisode qui a beaucoup marqué. Cette fois, je reçois Romain, un de ses frères pour parler d’inceste.Romain a gagné le prix Goncourt du 1er roman pour Clément, une autobiographie romancée et ce livre m’a boulversé. J’ai moi même été en contact proche avec un pédophile lorsque j’étais enfant mais vu les chiffres ca n’a rien d’étonnant. Ce qui est tabou ce n’est pas l’inceste, c’est d’en parler….Avec ce livre, on rentre dans le Paris des années 80, dans la vie d'une famille bourgeoise intellectuelle, avec un père adoré, super prof de français, poétique, drôle, plein d'amis et qui violait ses fils depuis leurs 7 ans. Dans cet épisode, j'ai questionné Romain sur la mécanique du silence, sur ce que ça fait dans la tête d'un enfant qui ne sait même pas ce qu'est un pénis, sur la dissociation qui peut durer des décennies, sur les sabotages amoureux, sur la reconstruction. Nous parlons aussi des chiffres qui donnent le vertige, 160 000 enfants par an, 9 milliards d'euros de coût annuel en France. Et du courage de parler. Parce que, spoiler alerte, ça finit bien. Citations marquantes1. Il faut un village pour violer un enfant. Il faut un violeur, et puis il faut tous les gens autour qui perçoivent des choses et qui se taisent. 2. Le silence ne protège pas. Il détruit. 3. C'est dans le narcissisme qu'il y a de la violence. Dans l'amour, il n'y en a pas. 4. Quand on parle de l'inceste comme d'un tabou, effectivement le dire est tabou. Et donc ça, il faut en sortir. Parce que le faire n'est pas tabou. 160 000 enfants par an — on ne voit pas très bien où est le tabou. 5. Moi, pendant des décennies, je me disais: je suis condamné. Il n'y a aucune raison que j'en sorte. Et en fait, on n'est pas condamné à ça. Idées centrales discutéesL'inceste raconté à hauteur d'enfantRomain a fait un choix littéraire qui change tout: raconter l'inceste depuis la perspective de l'enfant, en temps réel. À 7 ans, Clément ne sait pas ce qu'est un pénis en érection. Il appelle ça de l'huile. Il ne sait rien. C'est précisément pour ça qu'il ne peut ni nommer ni dénoncer. Ça retourne complètement la question pourquoi il n'a rien dit? — parce qu'un enfant n'a tout simplement pas les mots ni les cadres pour le faire.Timestamp: P1 ~00:10:30 Le prédateur n'est pas le monstre qu'on imagineOn a tous en tête l'image du violeur dans le parking. La réalité statistique est autre: les incesteurs et violeurs sont représentatifs de l'ensemble de la société. Sympas, drôles, avec une vie épanouie et plein d'amis. Le père de Romain était adulé de ses élèves, un grand prof de littérature. Et on connaît tous, sans le savoir, au moins un violeur. Et on l'aime. C'est vertigineux.Timestamp: P1 ~00:06:48 Le silence est une condition, pas un accidentLe silence ne vient pas que des victimes. Il vient de l'entourage entier — du frère qui voit et part se coucher, des amis du père qui savaient dans les années 60-70, des mutations silencieuses d'établissement. Le silence ne protège pas, il détruit. Et c'est la condition absolument nécessaire, voire suffisante, pour que les prédateurs agissent pendant des années.Timestamp: P1 ~00:25:00 La dissociation: vivre en se regardant vivreLes victimes de traumatismes infantiles développent souvent un état de dissociation: on se regarde vivre depuis les gradins, on n'est pas vraiment là où on est. Romain l'a vécu pendant des décennies. Cet état sabote les relations amoureuses, génère une fatigue constante, empêche de se projeter. Vivre en existant — trouver cette phrase dans un livre d'une amie a été pour lui une révélation: c'est exactement ce qu'il cherchait à atteindre.Timestamp: P1 ~00:42:15 La reconstruction est une errance, pas un programmeRomain ne s'est pas reconstruit par une thérapie structurée. Il s'est reconstruit par les autres, par les amours, par les limites trouvées à tâtons. À 45 ans, il s'est rendu compte qu'il était résilient sans savoir par où il était passé. Comme quelqu'un qui arrive à l'étape suivante après une journée de brouillard complet. C'est de là que vient le livre: essayer de comprendre rétrospectivement son propre chemin.Timestamp: P2 ~00:05:53 L'onde de choc va bien au-delà de la victime directe9 milliards d'euros par an en France. C'est le coût chiffré des agressions sexuelles sur mineurs: soins, justice, addictions, arrêts maladie, dépressions, suicides. Et humainement: la mère qui réalise en lisant le livre qu'elle s'est plantée à chaque fois pendant des décennies, la sœur bipolaire qui meurt à 47 ans, les partenaires amoureux qui subissent les ruptures sans comprendre. Il y a le village qui agresse, le village qui souffre, et un troisième village de gens qui n'avaient rien à voir avec l'histoire et qui en subissent quand même les éclats.Timestamp: P1 ~00:49:22 La justice punit encore la victimeQuand un enfant dénonce, dans de nombreux cas c'est lui qui quitte le foyer, pas le père. Des mères qui refusent de présenter l'enfant à un père violent risquent la prison. Le père garde son canapé et sa télé. Romain est clair: on est à la préhistoire sur ces questions. MeToo a ouvert une fenêtre depuis dix ans, mais il reste un long chemin à faire.Timestamp: P2 ~00:19:49 Questions posées dans l'interview- Pourquoi c'est toi qui as écrit ce livre et pas un de tes frères?- Comment ça résonne dans la tête d'un enfant de 7 ans — est-ce qu'il comprend ce qui lui arrive?- Comment repère-t-on les signes qu'un enfant ne va pas bien à cause d'un inceste?- Il y avait des gens autour de ton père qui savaient — et qui ont choisi de se taire?- Pourquoi vous avez décidé de faire une interview à trois avec vos frères chez Léa Salamé?- Comment ta mère a-t-elle vécu la lecture du roman?- Comment tu te es reconstruit concrètement — au-delà de la psychothérapie?- Il y a une scène où Clément va de lui-même vers son père à 13 ans. Comment tu expliques ça aujourd'hui?- Qu'est-ce que tu voudrais dire aux victimes qui n'ont encore jamais parlé à personne?- Est-ce que MeToo te redonne espoir sur l'évolution de ces questions?Références citées dans l'épisodeLivres - Françoise Dolto, Le complexe du homard (P1 ~00:15:32) — lu par Romain enfant; le livre dit que les relations sexuelles entre parents et enfants ne sont pas normales, mais l'enfant ne s'y retrouve pas parce que ce qu'il vit ne ressemble pas à de la violence physique- Vanessa Springora, Le consentement (P1 ~00:18:08) — cité parmi les livres majeurs sur ces sujets- Camille Kouchner, La familia grande (P1 ~00:18:08) — cité dans le même groupe de témoignages littéraires- Neige Sinno, Triste Tigre (P1 ~00:18:08) — cité (Triste tique dans le transcript, clairement Triste Tigre)- Frédéric Pommier, Derrière les arbres (P1 ~00:18:22 et ~00:45:19) — livre sur l'amnésie traumatique, cité deux fois; contraste avec l'expérience de Romain qui n'a jamais eu d'amnésie traumatiquePersonnes - Gabriel Matzneff (P1 ~00:29:47) — cité dans le contexte post-68, auteurs qui racontaient leurs relations avec des enfants- Claude François (P1 ~00:29:47) — cité pour ses déclarations sur les jeunes filles entre 14 et 18 ans- Lola Lafon (P2 ~00:31:56) — citée pour sa phrase MeToo est la seule joie politique de mon existence- Patrick Bruel (P2 ~00:16:55) — mentionné dans l'actualité (accusations en cours)- Flavie Flament (P2 ~00:17:21) — mentionnée comme exemple de victime droguée- Abbé Pierre (P2 ~00:33:49) — dans le contexte d'un panneau de manifestation: Not all men but même l'Abbé PierreAssociations - Face à l'inceste, présidente Solène Favre (P1 ~00:49:56) — source du chiffre de 9 milliards d'euros par anÉmissions - Léa Salamé, interview des trois frères Lemire (P1 ~00:17:34)Timestamps clés00:00 Introduction — L'inceste touche 1 enfant sur 10, 160 000 par an en France 01:53 Présentation de Romain Lemire et du roman Clément (Prix Goncourt du premier roman) 03:40 Le père: un homme adulé, grand prof de français, et pédocriminel 07:08 La vérité statistique: on connaît tous au moins un violeur. Et on l'aime. 10:30 À hauteur d'enfant: pourquoi un gamin de 7 ans ne peut pas comprendre ce qui lui arrive 12:42 Titouan dort à côté. Victor voit et part se coucher. Le silence des proches. 15:32 Françoise Dolto et le complexe du homard: quand l'enfant lit un livre qui parle de lui sans le reconnaître 17:20 L'interview à trois chez Léa Salamé et la cohésion familiale, exception remarquable 19:40 La mère lit le livre et réalise qu'elle s'est plantée à chaque fois pendant des décennies 25:00 Il faut un village pour violer un enfant — le silence est une condition suffisante 28:43 Arrêter de boire: pourquoi dire je réduis ne marche pas 31:00 Les mutations du père, le contexte post-68, Matzneff 40:30 Titouan dit non. Et Clément, à 13 ans, va de lui-même vers son père. 41:52 Vivre en existant — comprendre la dissociation et ses effets sur 40 ans de vie 45:00 Les histoires d'amour qui finissent toujours. L'auto-sabotage sans le savoir. 49:22 9 milliards d'euros par an: le coût chiffré de l'inceste en France 51:30 C'est dans le narcissisme qu'il y a de la violence. Dans l'amour, il n'y en a pas. [PARTIE 2] 02:00 Masculinité toxique: 75% des victimes sont des filles, 97% des agresseurs sont des hommes 06:10 Comment Romain s'est reconstruit: par les autres, par l'errance, par l'écriture 11:35 Prix Goncourt: Pour une fois, je n'avais plus les mots. 13:25 J'ai été violé. Pas je me suis fait violer. L'enjeu de la langue. 19:49 Ce qui scandalise Romain: c'est l'enfant qui quitte son foyer, pas le père 29:10 Intervenir dans les écoles dès le CP pour nommer les choses 31:36 MeToo comme joie politique. La phrase de Lola Lafon. 33:49 Not all men but même l'Abbé Pierre 34:31 Conclusion VLAN: ouvrir la porte sur un monde où les questions de genre sont réglées Suggestion d'autres épisodes à écouter : - #359 Génocide, inceste, troubles psychatriques : peut-on vraiment rire de tout? avec Mamari (https://audmns.com/iBOcBio) - [Solo] Incel, masculinisme, Mazan : peut on résoudre cette violence ? (https://audmns.com/GzuqHJg) - #378 Briser l’omerta familiale autour de l'abus avec Marie Christiane Baudoux (https://audmns.com/GxdDcfR) - #191 Eduquer les plus jeunes sur les violences sexuelles avec Diariata N'Diaye (https://audmns.com/jkKcZCE)

[Moment] Découvrez votre style d'attachement avec Gwenaelle Persiaux
Durée : 12m55s11-06-202611.84 MB
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Gwenaelle Persiaux, psychologue. Dans ce moment extrait d'un épisode très écouté, je l'ai invitée à décortiquer quelque chose qu'on croit comprendre mais qu'on applique rarement à soi-même : la théorie de l'attachement. Dans cet épisode, nous parlons des quatre styles d'attachement, de pourquoi les évitants ont les zones aveugles les plus épaisses, et de pourquoi on peut être parfaitement compétent au travail tout en étant un désastre dans l'intimité. J'ai questionné Gwenaelle sur comment identifier son propre style sans se raconter d'histoires, et sur ce que le genre a encore à voir là-dedans. Citations marquantes- Si je suis dans un couple mais je ne l'investis pas vraiment, j'y suis sans y être, au moins je risque moins d'être blessée.- Plus on est insécure, plus il y a des défenses, donc moins on a accès à la connaissance de soi.- Ça ressurgit quand on devient parent. Ça ressurgit dans les grosses crises de couple. C'est là où on est beaucoup plus poreux.- On peut être sécure au boulot et puis, quand tu t'intéresses à leur vie amoureuse, c'est beaucoup moins sécure.- Plutôt que de le prendre avec la tête, je préfère toujours laisser parler le corps et la résonance du cœur.Big Ideas1. Les quatre styles ne sont pas des cases, mais des boussoles Sécure, évitant, anxieux, désorganisé : chacun correspond à une stratégie construite inconsciemment pour survivre à ses blessures d'enfance. Ce ne sont pas des étiquettes, ce sont des cartes de navigation intérieure. Pourquoi c'est important : comprendre le cadre avant de se chercher dedans évite les auto-diagnostics bâclés. Timestamp : 00:35 - 06:18* 2. On peut être compétent là où on s'est sécurisé, blessé là où on ne l'a pas fait Un bon soignant peut être complètement dépassé dans son couple. L'expérience professionnelle construit une sécurité fonctionnelle, mais les noyaux traumatiques non résolus ressurgissent dans l'intimité. Pourquoi c'est important : le succès visible masque souvent une fragilité invisible. Timestamp : 06:40 - 08:53* 3. Les évitants sont les champions du déni de leur propre profil Par définition, ceux qui évitent les émotions évitent aussi l'introspection. Leur zone aveugle est la plus épaisse. C'est souvent le regard de l'autre, conjoint ou ami proche, qui crée la fissure dans l'image qu'ils ont d'eux-mêmes. Pourquoi c'est important : l'auto-évaluation seule ne suffit pas. Timestamp : 10:47 - 11:56* 4. Le genre n'est pas neutre dans le style d'attachement Culturellement, les hommes sont encore orientés vers l'inhibition émotionnelle (évitants), les femmes vers l'expression et la demande (anxieuses). Les études restent nuancées, mais l'observation clinique le confirme largement. Pourquoi c'est important : les conflits de couple rejoignent souvent ce croisement évitant/anxieux. Timestamp : 11:56 - 12:08* Questions posées dans l'interview- Peux-tu nous définir les différentes typologies d'attachement ?- Est-ce que le style d'attachement est propre à la personne ou à la relation dans laquelle on se trouve ?- Est-ce qu'on a le même style d'attachement dans toutes nos relations, professionnelles, amicales, amoureuses ?- Comment identifier son propre style d'attachement quand on manque de recul sur soi-même ?- Pourquoi a-t-on tendance à projeter le style de l'autre avant de regarder le sien ?- Comment les défenses psychologiques bloquent-elles la connaissance de soi ?- Quels outils concrets peut-on utiliser pour commencer à identifier son style ?- Quel rôle jouent les personnes proches (conjoint, amis) dans ce travail d'identification ?- Y a-t-il une différence de genre dans la répartition des styles d'attachement ?- Dans quelle mesure la culture influence-t-elle l'expression ou l'inhibition émotionnelle ?Références citéesThéories et concepts - Théorie de l'attachement (cadre général) - mentionnée dès [00:35]- Psychanalyse et notion d'inconscient, défenses psychologiques - [09:23]- Concept de noyaux traumatiques non résolus (terminologie clinique) - [08:05]- Notion de persona (étymologie grecque, masque) - [07:27]Ressources mentionnées - Vidéos et livres sur l'attachement (non nommés explicitement) - [10:09]Timestamps clés (optimisés YouTube)00:00 - Introduction au moment Présentation du format et mise en contexte. 00:35 - Les 4 styles d'attachement Gwenaelle pose les bases : sécure, évitant, anxieux, désorganisé. Une personne sur deux serait sécure. Les trois autres styles correspondent à des stratégies de survie psychologique construites face aux blessures d'enfance. 02:06 - L'évitant : se protéger en ne sentant plus Profil détaillé du style évitant. Ces personnes ont appris que montrer leurs émotions était soit inutile (personne ne répondait), soit mal venu. Résultat : inhibition émotionnelle et distance relationnelle. 03:39 - L'anxieux : seul, je n'y arrive pas Le style anxieux naît d'un environnement où les émotions débordaient sans être régulées. Ces personnes cherchent constamment validation, présence et réassurance. C'est de l'anxiété relationnelle, pas nerveuse. 04:20 - Le désorganisé : le plus rare, le plus lourd Ce style oscille entre évitement total et demande fusionnelle, parfois d'une heure à l'autre. Toujours lié à des traumas lourds : maltraitance ou absence grave de figures parentales. 06:18 - Style lié à la personne ou à la relation ? Le style s'homogénéise avec l'âge. C'est avant tout une manière d'être au monde, construite inconsciemment. Mais des subtilités existent : on peut être sécure au travail et désorganisé dans l'intimité. 08:53 - Comment identifier son propre style ? Trois pistes : s'informer théoriquement jusqu'à ce que ça résonne, interroger les proches qui nous connaissent vraiment, et si besoin, travailler avec un thérapeute. Les zones aveugles sont inversement proportionnelles à la sécurité. 11:56 - Genre et attachement : les hommes évitants, les femmes anxieuses ? Observation clinique et culturelle : la société valide encore davantage l'expression émotionnelle chez les femmes, et l'inhibition chez les hommes. Ce croisement explique beaucoup de dynamiques de couple. Suggestion d'autres épisodes à écouter : - #245 comprendre les secrets des liens affectifs avec Gwenaelle Persiaux (https://audmns.com/hNGTIqO) - #259 Se sentir mal dans une société malade avec Gwenaelle Persiaux (https://audmns.com/EoyfCSz)

#398 Peut-on manipuler avec élégance? avec Marwan Mery (partie 2)
Durée : 33m43s09-06-202630.88 MB
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Merwan Mery a été négociateur au sein des forces spéciales françaises, fondateur de l'agence ADN et son dernier livre se nomme L'élégance de la manipulation. Tout un programme :) Je me suis dit depuis longtemps que la négociation, c'était une compétence pour les autres, je me défini moi même comme nul dans le domaine, aussi parce que je n'aime pas le conflit. Et puis en lisant le livre puis en discutant avec Merwan je me suis rendu compte que j'avais tout faux. Il est né au Liban en 1975, son père a sauvé sa famille d'un peloton d'exécution par les seuls mots. Et depuis, Marwan a fait de ça une vie entière. Dans cet épisode, nous parlons de pourquoi éviter le conflit, c'est se condamner à perdre, des vrais leviers pour débloquer une négociation, de ce que Trump révèle d'un négociateur piégé par sa propre rhétorique, et de comment sortir quelqu'un d'une emprise sans jamais casser le lien. J'ai questionné Marwan sur les 6 mécanismes universels qui nous rendent tous perméables à la manipulation, sur la différence entre gain réel et gain perçu, sur la technique d'inoculation psychologique pour protéger quelqu'un qu'on aime et évidemment sur la manipulation. Citations marquantes- Je préfère gérer 100 psychopathes, 200 sociopathes, 400 pervers qu'un passif agressif. C'est pas une blague.- La clôture d'une négociation ne se fait que sur de la perception. Il n'y a rien de rationnel.- L'absence de résistance de ta part ne fera qu'augmenter le niveau d'exigence de l'autre.- On est tous manipulés, on est tous manipulateurs et on est tous manipulables.- Si vous ne décidez pas pour vous, les gens décideront pour vous. C'est le principe de l'indécision.Idées centrales Idée 1 — La manipulation n'est pas un défaut moral, c'est une nécessité humaine Marwan distingue l'influence de la manipulation par un seul critère : l'intention. Pas l'acte. On manipule tous dès l'enfance, avant même de savoir parler — dès qu'on oriente la réalité pour obtenir quelque chose. Ne pas exercer d'influence sur l'autre, c'est se soumettre à lui. Refuser cette réalité ne protège pas, ça fragilise. C'est pourquoi se réconcilier avec la manipulation, c'est le début de la liberté. Timestamp : 02:17 – 20:30 Idée 2 — Distinguer position et enjeu : la clé de 100% des conflits Derrière chaque position affichée se cache un enjeu réel qui n'a, dans la quasi-totalité des cas, rien à voir avec elle. La prise d'otage de Munich en 1972 ? La position, c'est la libération de prisonniers. L'enjeu, c'est la cause palestinienne. Tant qu'on répond à la position, on ne résout rien. La seule voie, c'est de comprendre ce qu'il y a en dessous — et c'est toujours caché. Timestamp : 09:47 – 11:00 Idée 3 — L'ICP, intérêt commun partagé : transcender le conflit plutôt que l'affronter Quand tout oppose deux parties, le seul levier est de trouver la chose sur laquelle les deux peuvent dire oui. En grande distribution, face à l'hyperinflation : le distributeur et le fournisseur s'opposent sur tout — sauf sur une chose, faire revenir le consommateur en magasin. Ça suffit à créer un espace de négociation là où il n'y en avait plus. Timestamp : 11:00 – 16:00 Idée 4 — Les 6 mécanismes universels de perméabilité Marwan en a identifié six qui s'appliquent à tous, quelle que soit la culture : la mortalité (on agit pour ne pas mourir), l'émotion (qui prend souvent le pas sur la raison), le besoin de croire (donner du sens à ce qu'on ne comprend pas), la dissonance cognitive (les histoires qu'on se raconte pour éviter l'inconfort), le bénéfice supérieur (toutes nos actions sont guidées par lui), et l'économie des ressources (on choisit toujours le chemin le plus court). Ces six leviers font de chacun de nous une cible permanente. Timestamp : 23:39 – 27:08 Idée 5 — Ce qui compte, c'est le gain perçu, pas le gain réel Une négociation ne se clôture jamais sur des faits — seulement sur un sentiment. Quelqu'un qui se bat quatre heures pour obtenir 1% sera plus satisfait que celui qui obtient 20% en claquant des doigts. Le travail du négociateur, c'est de provoquer chez l'autre le sentiment de satiété — lui donner l'impression qu'il a tout arraché, même s'il a tout perdu. Timestamp : 38:02 – 40:41 Idée 6 — L'inoculation psychologique comme outil contre l'emprise Dire à quelqu'un ton partenaire te manipule, regarde ce qu'il fait ne sert à rien — le manipulateur l'a préparé à entendre exactement ça. En revanche, si on liste à l'avance les méthodes que le manipulateur va utiliser, sans cibler personne, la personne sous emprise fait elle-même le lien quand ces méthodes apparaissent. C'est l'électrochoc qui ouvre la fenêtre. Timestamp : 1:02:50 – 1:04:36 Idée 7 — L'IA et la société sans friction : ce qu'on est en train de perdre Plus une technologie promet de réduire l'effort, plus on l'adopte silencieusement. GPS, ascenseurs, smartphones — et maintenant l'IA. Le problème : on perd les compétences que ces outils remplacent. Et les générations qui n'ont connu que l'après ne peuvent même plus se poser la question. La friction, c'est ce qui donne de l'expérience. L'enlever, c'est enlever le sens. Timestamp : 28:17 – 36:53 Questions posées dans l'interview- Le titre L'élégance de la manipulation est volontairement transgressif — pourquoi choisir un mot que tout le monde fuit ?- À quel âge commence-t-on à manipuler ?- Qu'est-ce qui t'a amené à en faire une carrière — et quel rôle a joué ton histoire personnelle ?- Comment passe-t-on de quelqu'un qui évite le conflit à quelqu'un qui sait le gérer ?- Comment distinguer position et enjeu dans un conflit — et comment trouver l'ICP ?- Que révèle Trump, lu à travers le prisme d'un négociateur professionnel ?- Savoir qu'on est manipulables, est-ce libérateur ou anxiogène ?- Comment repérer qu'on est dans une bulle de filtre algorithmique — et comment s'en extraire ?- Quels sont les premiers signaux d'une emprise dans un couple, et comment sortir quelqu'un d'une emprise sans briser le lien ?- Face à quelqu'un qui refuse de bouger, quelle est la pire erreur — et quelle question fonctionne vraiment ? Références citéesLivres - L'élégance de la manipulation — Merwan Mehri (livre principal de l'épisode)- The Art of the Deal — Donald Trump, cité pour illustrer la méthode du passage en force (16:11)Événements historiques - Prise d'otage de Munich, JO 1972 — exemple canonique de distinction entre position affichée et enjeu réel (10:30)- Guerre du Liban, 6 décembre 1975 — le père de Marwan sauve la famille par la négociation face à un peloton d'exécution (03:35)Études et données - Étude Universcience sur l'esprit critique : 76% des Français pensent avoir un bon esprit critique, 40% refusent de parler à des gens avec qui ils ne sont pas d'accord (52:28)- Statistiques ONU sur la démographie mondiale : 8 milliards aujourd'hui, 10 milliards en chiffres médians d'ici 2050 (1:05:14)Références culturelles - Stranger Things (Netflix) — mentionné par Marwan pour évoquer la simplicité perçue des années 80 (1:05:14)- Pyramide de Maslow — référencée sur le bonheur dans les sociétés riches (1:10:19)Autres - Fabrice Midal — cité en parallèle, discussion sur la société sans friction et l'expérience (27:08)- Agence ADN — l'agence de Marwan, forme 3 000 à 4 000 personnes par an sur tous les continents (1:14:02)Timestamps clés (optimisés YouTube)00:00 — Introduction : manipulation, un mot qui fait peur Gregory se dit mauvais négociateur, Marwan aussi. Et pourtant. L'épisode s'ouvre sur une tension : pourquoi appeler un livre L'élégance de la manipulation quand le mot lui-même fait fuir ? 02:17 — Manipulation vs influence : tout est dans l'intention Ce qui différencie les deux, ce n'est pas l'acte — c'est l'intention derrière. On peut manipuler positivement et influencer négativement. Le médecin qui te dit que c'est le seul médicament te manipule. On l'accepte parce que l'intention est bonne. 03:35 — L'histoire personnelle de Marwan Né au Liban en 1975. Son père a sauvé la famille d'un peloton d'exécution le 6 décembre de la même année, par la seule force de la négociation. C'est là que tout a commencé. 05:48 — Comment se réconcilier avec le conflit Le conflit n'est pas une violence. C'est l'expression normale d'un désaccord. Savoir le gérer, c'est un hard skill comme les maths. Ceux qui savent se battre n'ont pas peur de se promener à deux heures du matin. Ceux qui savent négocier vivent différemment. 09:47 — La distinction position/enjeu : la clé de tout Derrière chaque position affichée se cache un enjeu réel — et dans 100% des cas, les deux n'ont rien à voir. Le mari en retard et la dispute qui s'ensuit : ce n'est pas le retard le sujet. C'est un besoin de respect qui n'est pas comblé. 11:00 — L'ICP : intérêt commun partagé Même quand tout oppose deux parties, il existe toujours quelque chose sur quoi les deux peuvent dire oui. C'est cet espace-là qu'il faut trouver. Distributeur vs fournisseur en pleine hyperinflation : l'ICP, c'est faire revenir le consommateur en magasin. Sans ça, tout le monde perd. 16:01 — Trump analysé par un négociateur des forces spéciales Trump est prévisible dans son imprévisibilité. Il pousse les curseurs au maximum, ça fonctionne face aux faibles. Mais face à l'Iran — qui ne se perçoit pas comme faible et n'a rien à perdre — il se retrouve dans une situation impossible. C'est le syndrome du tigre blessé. 23:39 — Les 6 mécanismes universels de perméabilité Mortalité, émotion, besoin de croire, dissonance cognitive, bénéfice supérieur, économie des ressources. Ces six leviers s'appliquent à tout le monde, partout, toujours. Connaître les 250 biais cognitifs du codex ne suffit pas à s'en protéger. 37:46 — La clôture d'une négociation : rien de rationnel Le gain réel ne compte pas. Ce qui compte, c'est le gain perçu. Battu 4 heures pour 1% = satisfaction maximale. Obtenu 20% en claquant des doigts = sentiment d'avoir laissé de l'argent sur la table. Le travail du négociateur, c'est de provoquer le sentiment de satiété. 42:27 — Les 4 pouvoirs pour asseoir sa crédibilité Institutionnel (ton statut), situationnel (ce que tu sais faire que les autres ne savent pas), relationnel (ta capacité à créer le lien), personnel (ce que tu es, ton genre, ton charisme, ta couleur de peau). On n'existe qu'au travers du pouvoir que l'autre nous confère. 44:44 — Le passif agressif : le profil le plus dangereux Marwan préfère 100 psychopathes à un passif agressif. Ce sont des gens qui sabotent le système de l'intérieur, qui retournent les équipes contre le patron, qui ne quittent jamais l'entreprise parce qu'ils savent qu'ils ne sont pas bankable ailleurs. 51:41 — Bulles de filtre : impossible de s'en protéger seul Les algos confirment toujours ta pensée originelle. Connaître les biais ne suffit pas à les éviter. La seule vraie protection : ne pas rester seul dans ses décisions. L'isolement décisionnel, c'est ce qui nous tue. 58:01 — Emprise dans un couple : les deux signaux à surveiller Privation de liberté et contrôle coercitif. Les deux s'installent si progressivement qu'au bout de deux ans, les gens ne se rendent même plus compte que demander la permission pour sortir, ce n'est pas normal. 1:02:50 — L'inoculation psychologique Ne pas dire il te manipule, regarde. Mais lister à l'avance les méthodes qu'il va utiliser. Quand il les utilise, la personne fait le lien elle-même. C'est l'électrochoc qui ouvre la fenêtre — sans provoquer de réactance. 1:05:14 — Comment redonner envie du futur Pas avec de l'optimisme naïf. En apprenant à gérer l'incertitude. En choisissant quelle fenêtre ouvrir. L'alphabétisation a chuté, la longévité a augmenté, la pauvreté a reculé — les données existent. C'est un choix de regard, pas une certitude. 1:12:06 — Ce qu'il faut retenir du livre Détourner un enfant d'un écran, libérer un proche d'une emprise, briser un discours radical : ça nécessite de l'expertise. Ça ne s'improvise pas. Et comme on manipule tous de toute façon, autant bien le faire.

10 #398 Peut-on manipuler avec élégance? avec Merwan Mery (partie 1)
Durée : 45m24s09-06-202641.58 MB
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Merwan Mery a été négociateur au sein des forces spéciales françaises, fondateur de l'agence ADN et son dernier livre se nomme L'élégance de la manipulation. Tout un programme :) Je me suis dit depuis longtemps que la négociation, c'était une compétence pour les autres, je me défini moi même comme nul dans le domaine, aussi parce que je n'aime pas le conflit. Et puis en lisant le livre puis en discutant avec Merwan je me suis rendu compte que j'avais tout faux. Il est né au Liban en 1975, son père a sauvé sa famille d'un peloton d'exécution par les seuls mots. Et depuis, Marwan a fait de ça une vie entière. Dans cet épisode, nous parlons de pourquoi éviter le conflit, c'est se condamner à perdre, des vrais leviers pour débloquer une négociation, de ce que Trump révèle d'un négociateur piégé par sa propre rhétorique, et de comment sortir quelqu'un d'une emprise sans jamais casser le lien. J'ai questionné Marwan sur les 6 mécanismes universels qui nous rendent tous perméables à la manipulation, sur la différence entre gain réel et gain perçu, sur la technique d'inoculation psychologique pour protéger quelqu'un qu'on aime et évidemment sur la manipulation. Citations marquantes- Je préfère gérer 100 psychopathes, 200 sociopathes, 400 pervers qu'un passif agressif. C'est pas une blague.- La clôture d'une négociation ne se fait que sur de la perception. Il n'y a rien de rationnel.- L'absence de résistance de ta part ne fera qu'augmenter le niveau d'exigence de l'autre.- On est tous manipulés, on est tous manipulateurs et on est tous manipulables.- Si vous ne décidez pas pour vous, les gens décideront pour vous. C'est le principe de l'indécision.Idées centrales Idée 1 — La manipulation n'est pas un défaut moral, c'est une nécessité humaine Marwan distingue l'influence de la manipulation par un seul critère : l'intention. Pas l'acte. On manipule tous dès l'enfance, avant même de savoir parler — dès qu'on oriente la réalité pour obtenir quelque chose. Ne pas exercer d'influence sur l'autre, c'est se soumettre à lui. Refuser cette réalité ne protège pas, ça fragilise. C'est pourquoi se réconcilier avec la manipulation, c'est le début de la liberté. Timestamp : 02:17 – 20:30 Idée 2 — Distinguer position et enjeu : la clé de 100% des conflits Derrière chaque position affichée se cache un enjeu réel qui n'a, dans la quasi-totalité des cas, rien à voir avec elle. La prise d'otage de Munich en 1972 ? La position, c'est la libération de prisonniers. L'enjeu, c'est la cause palestinienne. Tant qu'on répond à la position, on ne résout rien. La seule voie, c'est de comprendre ce qu'il y a en dessous — et c'est toujours caché. Timestamp : 09:47 – 11:00 Idée 3 — L'ICP, intérêt commun partagé : transcender le conflit plutôt que l'affronter Quand tout oppose deux parties, le seul levier est de trouver la chose sur laquelle les deux peuvent dire oui. En grande distribution, face à l'hyperinflation : le distributeur et le fournisseur s'opposent sur tout — sauf sur une chose, faire revenir le consommateur en magasin. Ça suffit à créer un espace de négociation là où il n'y en avait plus. Timestamp : 11:00 – 16:00 Idée 4 — Les 6 mécanismes universels de perméabilité Marwan en a identifié six qui s'appliquent à tous, quelle que soit la culture : la mortalité (on agit pour ne pas mourir), l'émotion (qui prend souvent le pas sur la raison), le besoin de croire (donner du sens à ce qu'on ne comprend pas), la dissonance cognitive (les histoires qu'on se raconte pour éviter l'inconfort), le bénéfice supérieur (toutes nos actions sont guidées par lui), et l'économie des ressources (on choisit toujours le chemin le plus court). Ces six leviers font de chacun de nous une cible permanente. Timestamp : 23:39 – 27:08 Idée 5 — Ce qui compte, c'est le gain perçu, pas le gain réel Une négociation ne se clôture jamais sur des faits — seulement sur un sentiment. Quelqu'un qui se bat quatre heures pour obtenir 1% sera plus satisfait que celui qui obtient 20% en claquant des doigts. Le travail du négociateur, c'est de provoquer chez l'autre le sentiment de satiété — lui donner l'impression qu'il a tout arraché, même s'il a tout perdu. Timestamp : 38:02 – 40:41 Idée 6 — L'inoculation psychologique comme outil contre l'emprise Dire à quelqu'un ton partenaire te manipule, regarde ce qu'il fait ne sert à rien — le manipulateur l'a préparé à entendre exactement ça. En revanche, si on liste à l'avance les méthodes que le manipulateur va utiliser, sans cibler personne, la personne sous emprise fait elle-même le lien quand ces méthodes apparaissent. C'est l'électrochoc qui ouvre la fenêtre. Timestamp : 1:02:50 – 1:04:36 Idée 7 — L'IA et la société sans friction : ce qu'on est en train de perdre Plus une technologie promet de réduire l'effort, plus on l'adopte silencieusement. GPS, ascenseurs, smartphones — et maintenant l'IA. Le problème : on perd les compétences que ces outils remplacent. Et les générations qui n'ont connu que l'après ne peuvent même plus se poser la question. La friction, c'est ce qui donne de l'expérience. L'enlever, c'est enlever le sens. Timestamp : 28:17 – 36:53 Questions posées dans l'interview- Le titre L'élégance de la manipulation est volontairement transgressif — pourquoi choisir un mot que tout le monde fuit ?- À quel âge commence-t-on à manipuler ?- Qu'est-ce qui t'a amené à en faire une carrière — et quel rôle a joué ton histoire personnelle ?- Comment passe-t-on de quelqu'un qui évite le conflit à quelqu'un qui sait le gérer ?- Comment distinguer position et enjeu dans un conflit — et comment trouver l'ICP ?- Que révèle Trump, lu à travers le prisme d'un négociateur professionnel ?- Savoir qu'on est manipulables, est-ce libérateur ou anxiogène ?- Comment repérer qu'on est dans une bulle de filtre algorithmique — et comment s'en extraire ?- Quels sont les premiers signaux d'une emprise dans un couple, et comment sortir quelqu'un d'une emprise sans briser le lien ?- Face à quelqu'un qui refuse de bouger, quelle est la pire erreur — et quelle question fonctionne vraiment ? Références citéesLivres - L'élégance de la manipulation — Merwan Mehri (livre principal de l'épisode)- The Art of the Deal — Donald Trump, cité pour illustrer la méthode du passage en force (16:11)Événements historiques - Prise d'otage de Munich, JO 1972 — exemple canonique de distinction entre position affichée et enjeu réel (10:30)- Guerre du Liban, 6 décembre 1975 — le père de Marwan sauve la famille par la négociation face à un peloton d'exécution (03:35)Études et données - Étude Universcience sur l'esprit critique : 76% des Français pensent avoir un bon esprit critique, 40% refusent de parler à des gens avec qui ils ne sont pas d'accord (52:28)- Statistiques ONU sur la démographie mondiale : 8 milliards aujourd'hui, 10 milliards en chiffres médians d'ici 2050 (1:05:14)Références culturelles - Stranger Things (Netflix) — mentionné par Marwan pour évoquer la simplicité perçue des années 80 (1:05:14)- Pyramide de Maslow — référencée sur le bonheur dans les sociétés riches (1:10:19)Autres - Fabrice Midal — cité en parallèle, discussion sur la société sans friction et l'expérience (27:08)- Agence ADN — l'agence de Marwan, forme 3 000 à 4 000 personnes par an sur tous les continents (1:14:02)Timestamps clés (optimisés YouTube)00:00 — Introduction : manipulation, un mot qui fait peur Gregory se dit mauvais négociateur, Marwan aussi. Et pourtant. L'épisode s'ouvre sur une tension : pourquoi appeler un livre L'élégance de la manipulation quand le mot lui-même fait fuir ? 02:17 — Manipulation vs influence : tout est dans l'intention Ce qui différencie les deux, ce n'est pas l'acte — c'est l'intention derrière. On peut manipuler positivement et influencer négativement. Le médecin qui te dit que c'est le seul médicament te manipule. On l'accepte parce que l'intention est bonne. 03:35 — L'histoire personnelle de Marwan Né au Liban en 1975. Son père a sauvé la famille d'un peloton d'exécution le 6 décembre de la même année, par la seule force de la négociation. C'est là que tout a commencé. 05:48 — Comment se réconcilier avec le conflit Le conflit n'est pas une violence. C'est l'expression normale d'un désaccord. Savoir le gérer, c'est un hard skill comme les maths. Ceux qui savent se battre n'ont pas peur de se promener à deux heures du matin. Ceux qui savent négocier vivent différemment. 09:47 — La distinction position/enjeu : la clé de tout Derrière chaque position affichée se cache un enjeu réel — et dans 100% des cas, les deux n'ont rien à voir. Le mari en retard et la dispute qui s'ensuit : ce n'est pas le retard le sujet. C'est un besoin de respect qui n'est pas comblé. 11:00 — L'ICP : intérêt commun partagé Même quand tout oppose deux parties, il existe toujours quelque chose sur quoi les deux peuvent dire oui. C'est cet espace-là qu'il faut trouver. Distributeur vs fournisseur en pleine hyperinflation : l'ICP, c'est faire revenir le consommateur en magasin. Sans ça, tout le monde perd. 16:01 — Trump analysé par un négociateur des forces spéciales Trump est prévisible dans son imprévisibilité. Il pousse les curseurs au maximum, ça fonctionne face aux faibles. Mais face à l'Iran — qui ne se perçoit pas comme faible et n'a rien à perdre — il se retrouve dans une situation impossible. C'est le syndrome du tigre blessé. 23:39 — Les 6 mécanismes universels de perméabilité Mortalité, émotion, besoin de croire, dissonance cognitive, bénéfice supérieur, économie des ressources. Ces six leviers s'appliquent à tout le monde, partout, toujours. Connaître les 250 biais cognitifs du codex ne suffit pas à s'en protéger. 37:46 — La clôture d'une négociation : rien de rationnel Le gain réel ne compte pas. Ce qui compte, c'est le gain perçu. Battu 4 heures pour 1% = satisfaction maximale. Obtenu 20% en claquant des doigts = sentiment d'avoir laissé de l'argent sur la table. Le travail du négociateur, c'est de provoquer le sentiment de satiété. 42:27 — Les 4 pouvoirs pour asseoir sa crédibilité Institutionnel (ton statut), situationnel (ce que tu sais faire que les autres ne savent pas), relationnel (ta capacité à créer le lien), personnel (ce que tu es, ton genre, ton charisme, ta couleur de peau). On n'existe qu'au travers du pouvoir que l'autre nous confère. 44:44 — Le passif agressif : le profil le plus dangereux Marwan préfère 100 psychopathes à un passif agressif. Ce sont des gens qui sabotent le système de l'intérieur, qui retournent les équipes contre le patron, qui ne quittent jamais l'entreprise parce qu'ils savent qu'ils ne sont pas bankable ailleurs. 51:41 — Bulles de filtre : impossible de s'en protéger seul Les algos confirment toujours ta pensée originelle. Connaître les biais ne suffit pas à les éviter. La seule vraie protection : ne pas rester seul dans ses décisions. L'isolement décisionnel, c'est ce qui nous tue. 58:01 — Emprise dans un couple : les deux signaux à surveiller Privation de liberté et contrôle coercitif. Les deux s'installent si progressivement qu'au bout de deux ans, les gens ne se rendent même plus compte que demander la permission pour sortir, ce n'est pas normal. 1:02:50 — L'inoculation psychologique Ne pas dire il te manipule, regarde. Mais lister à l'avance les méthodes qu'il va utiliser. Quand il les utilise, la personne fait le lien elle-même. C'est l'électrochoc qui ouvre la fenêtre — sans provoquer de réactance. 1:05:14 — Comment redonner envie du futur Pas avec de l'optimisme naïf. En apprenant à gérer l'incertitude. En choisissant quelle fenêtre ouvrir. L'alphabétisation a chuté, la longévité a augmenté, la pauvreté a reculé — les données existent. C'est un choix de regard, pas une certitude. 1:12:06 — Ce qu'il faut retenir du livre Détourner un enfant d'un écran, libérer un proche d'une emprise, briser un discours radical : ça nécessite de l'expertise. Ça ne s'improvise pas. Et comme on manipule tous de toute façon, autant bien le faire. Suggestion d'autres épisodes à écouter : - [SOLO] Atrophie sociale : anatomie d'une manipulation de masse (https://audmns.com/UouEwvn) - #342 Manipulation des idées : enquête sur un lobby libertarien mondial avec Anne-Sophie Simpère (https://audmns.com/NqsewHr) - Vlan #64 Comment vos émotions sont-elles manipulées à travers les réseaux sociaux? avec Guy Philippe Goldstein (https://audmns.com/bZIlUdE)

11 [Solo] Pourquoi sommes-nous si épuisés?
Durée : 39m08s04-06-202635.83 MB
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Ceci est un épisode Solo et donc une lecture de ma newsletter à laquelle vous pouvez vous abonner juste ici - Je vous invite également à participer à ma cagnotte sur Tipeee, c'est juste là.j'ai beaucoup approché ce sujet sans jamais en parler directement alors dans cet épisode, je parle de l'épuisement systémique, pas de fatigue passagère. J'interroge l'incertitude comme carburant silencieux de notre surcharge cognitive, l'accélération décrite par Hartmut Rosa, la pression financière documentée par Antoine Foucher, le capitalisme de la jouissance analysé par Michel Clouscard, la machine à attention qui se nourrit de notre peur, et l'isolement silencieux de nos grandes villes. J'ai questionné aussi le grand mensonge de la productivité, et ce que Viktor Frankl, Pablo Servigne, Byung Chul Han et Olivier Hamant ont chacun à nous dire sur comment traverser ça sans se noyer. Et je finis par trois directions concrètes, pas des solutions miracles, juste des pas de côté qui permettent de ne pas s'épuiser à nager à contre-courant.Citations marquantes - Notre réponse à l'épuisement est presque toujours la même : on essaie de trouver une méthode pour optimiser. Et c'est là que ça devient pathétique, parce que même ceux qui veulent ralentir adorent une méthode pour le faire rapidement.- L'amygdale ne fait pas vraiment la différence entre 'un lion va me dévorer' et 'je ne sais pas ce qui va se passer dans six mois avec mon boulot, mon loyer, la géopolitique, l'IA ou le prix de l'énergie.' Les deux produisent de l'épuisement.- On n'a jamais été aussi optimisé et pourtant on n'a jamais eu aussi peu de temps.- L'ennui est biologiquement plus proche de l'énergie que de la léthargie. Le vide n'est pas un problème à remplir, c'est une condition nécessaire à la pensée profonde.- L'épuisement que vous ressentez n'est pas une faiblesse. C'est une réponse rationnelle à un système qui n'est pas conçu pour l'humain. Idées centrales 1. L'épuisement est systémique, pas personnel Ce n'est pas parce que vous êtes mal organisé ou pas assez zen. Nous sommes collectivement victimes d'un système qui n'est pas conçu pour l'humain, avec des ressources inégales pour y faire face. L'individualiser, c'est exactement ce que le système veut qu'on fasse. [~03:00] 2. Notre cerveau est une machine à prédire coincée dans un monde imprévisible Pendant des millions d'années, l'anticipation était une question de survie. Aujourd'hui, cette même mécanique tourne en surchauffe permanente face à des menaces diffuses et globales qu'elle ne peut ni identifier clairement ni neutraliser. C'est là que commence l'épuisement, bien avant le surmenage. [~06:30] 3. Trois accélérations simultanées qui se renforcent Hartmut Rosa distingue l'accélération technique, l'accélération du changement social et l'accélération du rythme de vie lui-même. Nous vivons les trois en même temps, sans jamais avoir le temps de nous adapter à l'une avant que la suivante arrive. [~12:00] 4. La productivité vendue comme remède est souvent une cause supplémentaire L'ennui n'est pas de la paresse, c'est une émotion fonctionnelle qui prépare biologiquement le corps à l'action et ouvre la porte à la créativité. Remplir chaque vide par une stimulation externe, c'est se priver de la condition nécessaire à la pensée profonde. [~22:00] 5. Le contrat du travail est rompu, et on fait semblant de ne pas le voir Pendant les Trente Glorieuses, on doublait son niveau de vie en 15 ans. Aujourd'hui, il faut 84 ans, soit deux vies de travail. Ce n'est pas une opinion, c'est documenté. Et continuer à courir plus vite dans ce contexte s'appelle de l'épuisement par définition. [~17:00] 6. Nager en perpendiculaire plutôt qu'à contre-courant Résister frontalement épuise. Comme dans une baïne, la bonne réponse n'est pas de nager vers la plage mais à la perpendiculaire. Silence, soutien, sens : trois mouvements latéraux qui permettent de sortir sans s'y laisser noyer. [~28:00] Questions structurantes de l'épisode- Pourquoi notre réponse instinctive à l'épuisement est-elle toujours de chercher une méthode pour l'optimiser ?- En quoi l'incertitude du monde contemporain active-t-elle les mêmes mécanismes que la menace physique dans notre cerveau ?- Qu'est-ce que Hartmut Rosa entend exactement par immobilisme frénétique et en quoi ça décrit notre condition ?- Comment le passage de la société disciplinaire de Foucault à la société de la performance a-t-il transformé la domination en auto-exploitation ?- Pourquoi les médias et les algorithmes ont-ils intérêt à nous maintenir dans la peur plutôt que dans la réalité des chiffres ?- Ce que nous avons sacrifié à vivre en grande ville mérite-t-il vraiment qu'on ne le questionne pas ?- L'ennui est-il vraiment une ressource productive que l'on a collectivement décidé de détruire ?- Comment Viktor Frankl trouvait-il du sens dans les camps de concentration, et qu'est-ce que ça nous dit sur notre propre rapport à l'adversité ?- En quoi la résonance de Rosa est-elle incompatible avec le contrôle et la performance ?- Qu'est-ce que vous faites parce que vous en avez envie, et qu'est-ce que vous faites parce que vous avez peur de ne pas le faire ?Références citéesPersonnes - Pablo Servigne (chercheur sur l'effondrement, invité de Vlan!) : La vie danse toujours au bord du chaos. L'inverse du chaos, c'est la mort. [~05:00]- Donna Brothers (psychanalyste américaine) : concept d'anxiété cartésienne, l'idéal de certitude hérité de Descartes comme source de souffrance [~08:00]- Hartmut Rosa (sociologue et philosophe allemand) : trois formes d'accélération, immobilisme frénétique, concept de résonance [~11:00 / ~31:00]- Byung Chul Han (philosophe coréen) : société de la fatigue, dépression et burn-out comme symptômes civilisationnels [~15:00]- Antoine Foucher (ancien directeur général adjoint du MEDEF, invité de Vlan!) : livre Sortir du travail qui ne paye plus, distinction des trois périodes de progression salariale [~16:00]- Michel Clouscard (sociologue français) : mutation du capitalisme de la répression vers le capitalisme de la jouissance [~19:00]- Rousseau : Malheur à celui qui n'a plus rien à désirer. [~20:00]- René Girard (anthropologue français) : désir mimétique [~20:00]- Jonathan Crary (chercheur américain) : Le capitalisme est à l'assaut du sommeil (2013) [~22:30]- Reed Hastings (fondateur de Netflix) : notre plus grand concurrent est le sommeil [~22:30]- Yohan Hari (auteur, invité de Vlan!) : marché de l'attention [~23:00]- Kenneth Schlenger (fondateur de Opal, invité de Vlan!) : marché de l'attention [~23:00]- Sherry Turkle (professeure au MIT) : Seuls ensemble, trente ans d'étude de notre relation à la technologie [~25:00]- Bruno Marzloff (sociologue de la ville, invité de Vlan!) : plus une ville est grande, plus elle rend seul [~25:00]- Tim Ferris : La semaine de 4 heures comme symbole du mensonge productiviste [~27:00]- Olivier Hamant (biologiste, invité de Vlan!) : robustesse vs performance, l'arbre qui ne transforme que 1% de la lumière [~29:00]- Marc de Smedt (invité de Vlan!) : épisode sur le silence intérieur [~32:00]- Viktor Frankl (psychiatre autrichien, survivant des camps de concentration) : le sens comme condition de survie, déplacement du regard de soi vers l'autre [~34:00]- Sénèque : Ce n'est pas que nous ayons peu de temps, c'est que nous en perdons beaucoup. [~36:00]Livres - Le capitalisme est à l'assaut du sommeil, Jonathan Crary (2013)- Seuls ensemble, Sherry Turkle- Sortir du travail qui ne paye plus, Antoine Foucher- Sur la fonction de l'ennui, article de psychologie cité (deux auteurs non nommés)Films - Fight Club : Nous achetons des choses dont nous n'avons pas besoin... [~21:00]Sources - Centre d'observation de la société : données sur l'évolution de l'insécurité en France [~24:00]Timestamps clés (optimisés YouTube)00:00 - Le bracelet connecté et le piège de l'optimisation J'ai voulu mieux écouter mon corps. J'ai obtenu un tableau de bord qui me disait si je méritais d'être fatigué. La réponse à l'épuisement est presque toujours la même : trouver une méthode. Et c'est là que tout déraille. 03:00 - L'épuisement n'est pas un problème personnel Ce n'est pas parce que vous êtes mal organisé ou pas assez zen. C'est un épuisement systémique, dont nous sommes tous victimes à des degrés divers. L'industrie du développement personnel, 1.500 milliards de dollars, s'est construite exactement sur ce mensonge. 05:30 - Pablo Servigne et le chaos comme condition du vivant L'opposé du chaos, c'est la mort. Si c'est vrai, alors nous ne nous épuisons pas du chaos lui-même, mais de l'énergie colossale que nous dépensons à tenter de le fuir. 07:00 - L'amygdale et le lion derrière le rocher Notre cerveau ne distingue pas entre une menace physique et l'incertitude géopolitique, économique ou climatique. Les deux produisent la même mobilisation d'urgence. Répétée sur des années, cette mobilisation s'appelle de l'épuisement. 09:00 - L'anxiété cartésienne de Donna Brothers La pensée occidentale a construit un idéal de certitude. Quand on ne le trouve pas, on ne souffre pas de l'incertitude elle-même, mais de la collision entre ce qui est et ce qu'on croit qui devrait être. 11:30 - Hartmut Rosa et les trois accélérations Technique, sociale, rythme de vie. Elles se renforcent mutuellement et nous n'avons jamais le temps de nous adapter à l'une avant que la suivante arrive. On court de plus en plus vite pour rester sur place. 16:30 - Le contrat du travail est rompu Pendant les Trente Glorieuses, on doublait son niveau de vie en 15 ans. Aujourd'hui, il faut 84 ans. Deux vies de travail. Ce n'est pas une opinion. C'est la réalité documentée qu'Antoine Foucher résume dans son titre. 18:30 - De Foucault à Byung Chul Han : l'auto-exploitation Le passage de tu dois à tu peux est la mutation la plus insidieuse du système. Nous ne sommes plus soumis à une contrainte externe, mais à une injonction permanente à nous dépasser, au nom de notre liberté. 20:00 - Le désir mimétique et Instagram Rousseau l'avait vu avant tout le monde : on est heureux qu'avant d'être heureux. René Girard a théorisé le reste. Et Instagram est la machine à désir mimétique la plus efficace jamais construite. 22:30 - Reed Hastings et le marché de l'attention Notre plus grand concurrent est le sommeil. Ce marché n'est pas construit sur votre plaisir, mais sur votre peur. Peur de rater, d'être déclassé, d'être moins compétent. Et les médias ont appris à amplifier cette peur parce que ça marche. 25:00 - Seuls dans la ville Sherry Turkle, trente ans au MIT : on peut être hyperconnecté et ne jamais vraiment rencontrer personne. Plus une ville est grande, plus elle rend seul. Et chaque interaction avec un inconnu est une donnée qui échappe aux plateformes. 27:00 - Le grand mensonge de la productivité L'ennui est biologiquement plus proche de l'énergie que de la léthargie. C'est une émotion fonctionnelle qui prépare le corps à l'action. Remplir chaque vide par une stimulation, c'est se priver de la condition nécessaire à la pensée profonde. 29:30 - Olivier Hamant et la robustesse Un arbre ne transforme que 1% de la lumière qu'il capte. Il est en sous-optimal quasi permanent pour pouvoir survivre les jours sans soleil. La nature entière sacrifie la performance pour la robustesse. Notre cerveau aussi. 32:00 - Nager en perpendiculaire Résister frontalement épuise. Comme dans une baïne, nager vers la plage est la mauvaise réponse. Nager à la perpendiculaire, c'est aller ni contre ni avec, mais à côté. C'est là que commence la sortie. 33:00 - Silence, soutien, sens : trois mouvements latéraux Pas des solutions miracles. Trois directions concrètes pour ne pas se laisser paralyser. Viktor Frankl dans les camps de concentration. Hartmut Rosa et la résonance. Et cette question finale à garder dans un coin de la tête.

12 #397 Pourquoi notre monde devient-t-il si dystopique? Avec Vincent Message
Durée : 1h17m02-06-202670.66 MB
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Vincent Message est un écrivain bien connu mais j’étais passé totalement à coté. Son dernier roman, La folie océan, plonge dans les entrailles d'une mer qu'on croit connaître et qu'on ignore presque totalement. Mais je me suis surtout intéressé à Vincent pour son roman Défaite des maîtres et possesseurs, dont le pitch m’a vraiment intéressé. imaginez un monde où une espèce supérieure traite les humains exactement comme nous traitons les animaux d'élevage c’est à dire des humains en ferme et domestiqués mais qui vont également à l'abattoir. C'est un miroir tendu vers nos propres comportements et ce qui m'a frappé chez Vincent, c'est sa capacité à porter des convictions profondes sur l'écologie et la cause animale tout en refusant absolument la caricature. Ses romans sont des espaces où la complexité du monde trouve une forme littéraire. Dans cet épisode, nous parlons de la mécanique des bonnes histoires, de ce que ça fait à un auteur de se décentrer radicalement, de la dystopie devenue un genre mainstream parce que notre réalité l'est devenue, de la violence ordinaire au travail, de l'IA comme outil et comme menace silencieuse, et de cette question qui m'obsède : qu'est-ce qui nous donne encore envie du futur ? J'ai questionné Vincent sur son rapport à la joie, sur les limites planétaires, sur le biocentrisme comme seule réponse rationnelle à la crise, et sur ce que la fiction peut faire que l'essai ne fera jamais. Citations marquantes- C'est de notre vivant qu'on a franchi sept des neuf limites planétaires. C'est de notre vivant que la croissance de la population humaine se met à accentuer de façon dramatique la finitude des ressources.- On a fait de cette Terre, pour les animaux, un enfer permanent, quotidien, de leur naissance à leur mort.- La dystopie est devenue mainstream. Et ça en dit long sur la manière dont notre réalité elle-même est devenue dystopique dans ce laps de temps.- Chaque fois que tu demandes à une IA au lieu d'un ami, tu rates une occasion de renforcer ton bien-être émotionnel.- Ce à quoi il faut claquer la porte, c'est l'anthropocentrisme. Si nous n'agissons que dans les intérêts humains de court terme, des fractions les plus aisées de la population mondiale, on va vraiment droit dans le mur. Idées centrales discutées 1. Le décentrage comme outil éthique fondamental ~0:11:35 – 0:17:26 Dans Défaite des maîtres et possesseurs, Vincent inverse les rôles : une espèce supérieure domine les humains exactement comme nous dominons les animaux. Ce n'est pas un gimmick de SF. C'est une expérience de pensée héritée du XVIIIe siècle — le Huron chez Voltaire, Gulliver chez Swift — qui force le lecteur à voir ses propres comportements depuis l'extérieur. Se décentrer, c'est la condition pour remettre en question des systèmes qu'on ne questionne plus parce qu'on les habite. 2. La dystopie est devenue mainstream parce que notre réalité l'est ~0:07:11 – 0:11:35 En 2016, l'éditeur de Vincent refusait le mot dystopie car personne ne comprenait ce que ça voulait dire. Dix ans plus tard, c'est une catégorie sur toutes les plateformes. Cette banalisation dit quelque chose de profond sur notre perception collective du futur : on fait face à plusieurs menaces existentielles simultanées — crise écologique, risque nucléaire, algorithmes — et la fiction dystopique en est devenue le langage naturel. 3. La biomasse comme chiffre qui change tout ~0:25:13 – 0:26:22 60% de la biomasse des mammifères : animaux d'élevage. 35% : humains. 5% : mammifères sauvages. En quelques décennies, on a remplacé la faune sauvage par des animaux au service de notre alimentation. Et la masse anthropogénique (tout ce qu'on a construit) pèse désormais plus lourd que toute la biomasse du vivant. Deux chiffres qui décrivent une planète fondamentalement reconfigurée. 4. La violence ordinaire est aussi réelle que la violence visible ~0:41:xx – 1:05:40 Vincent explore deux registres de violence : la violence physique et visible (l'abattoir, les animaux) et la violence insidieuse du quotidien professionnel (harcèlement managérial, perte de sens, spirale du burn-out). Les deux laissent des traces. Et les deux trouvent leur expression dans ses romans. 5. L'IA : outil précieux et déshumanisation silencieuse ~0:56:06 – 1:01:34 Vincent distingue l'usage raisonné de l'IA (documentation, déblocage d'un premier draft) et ce qui l'inquiète : les IA présentées comme des amis toujours disponibles. Chaque demande faite à une IA plutôt qu'à un ami rate une occasion de renforcer un lien humain. Sur fond de solitude croissante, c'est une forme de déshumanisation lente et consentie. 6. La joie comme condition de l'action écologique ~1:10:53 – 1:13:01 La phrase de Deleuze — le système nouveau triste, il faut être joyeux pour lui résister — structure la vision de Vincent. Cette joie ne vient pas d'un optimisme naïf, mais de l'apprentissage, de la curiosité maintenue, de l'action collective. Comprendre la crise écologique, c'est aussi découvrir l'incroyable complexité du vivant. Et ça, c'est une source de joie réelle. 7. Le biocentrisme : seul anthropocentrisme rationnel ~1:13:44 – 1:16:41 Accorder de la valeur aux forêts, aux océans, aux animaux, c'est juste en soi — ils ont un droit à exister. Mais c'est aussi la seule stratégie rationnelle pour garantir que des sociétés humaines survivent dans 500 ans. Le biocentrisme, même vu de façon cynique, est un anthropocentrisme de long terme. Questions posées dans l'interview- Qu'est-ce qui t'a emmené à la littérature, alors que tu aurais pu emprunter une autre voie après Normal Sup ?- Quels sont les meilleurs romans jamais écrits selon toi, et pourquoi ?- C'est quoi les clés d'une bonne histoire — ce qui fait qu'on ne peut pas s'arrêter de lire ?- La dystopie est devenue un genre mainstream. Est-ce que ça dit quelque chose sur notre époque ?- Comment tu vois le film Avatar — utopie, dystopie, les deux ?- Dans Défaite des maîtres et possesseurs, tu crées un décentrage total. Qu'est-ce que ça t'a fait de te mettre dans cette position en tant qu'auteur et en tant qu'humain ?- Comment, avec des convictions aussi fortes sur l'écologie, tu arrives à avoir de la nuance dans tes romans ?- Ton dernier roman porte sur l'océan. Pourquoi ce monde-là spécifiquement ?- Est-ce que tu dois toujours expérimenter le monde que tu décris, ou la documentation suffit ?- Comment tu vis l'arrivée de l'IA en tant qu'auteur — outil utile ou menace ?Références citées dans l'épisodeLivres - Les Frères Karamazov — Fiodor Dostoïevski | Choc littéraire à 18 ans, admiration pour l'imprévisibilité des personnages | ~0:03:xx- L'Homme sans qualités — Robert Musil | Fresque de Vienne en 1913, modernité technoscientifique et malaise social | ~0:03:xx- Défaite des maîtres et possesseurs — Vincent Message (2016) | Dystopie animaliste, point de vue non humain | ~0:07:11- Les Veilleurs — Vincent Message | Premier roman, 630 pages, livre monde | ~0:29:59- Cora dans la spirale — Vincent Message | Violence ordinaire au travail, monde de l'assurance | ~1:01:34- Les années sans soleil — Vincent Message (2022) | Confinement Covid, isolement géographique | ~0:45:37- La folie océan — Vincent Message | Pêche et vie marine en Bretagne nord | ~0:32:42- Du côté de chez Swann — Marcel Proust (1913) | Cité pour le paradoxe du format long dans une époque pressée | ~0:55:31- Le Décaméron — Giovanni Boccaccio | Littérature d'épidémie, modèle de livre-témoin | ~0:48:16- Le cerveau funambule — Jean-Pierre Lachaud | Recommandé pour comprendre notre rapport aux objets et à l'attention | ~0:51:36Films / Séries - Avatar — James Cameron | Utopie frictionelle, guerre de civilisation, fantasme de changement de corps | ~0:08:46- La Planète des singes | Comparé à Défaite des maîtres, jugé moins radical dans le décentrage | ~0:17:26- Black Mirror | Principe du et si : faire bouger un seul élément et observer les conséquences | ~0:30:23Références scientifiques et intellectuelles - Étude Institut Weizmann, Nature (2020) | Masse anthropogénique > biomasse totale du vivant | ~0:23:38- L214 | Vidéos d'abattoirs sorties en 2016, concomitantes avec la sortie de Défaite des maîtres | ~0:19:53- Gilles Deleuze / Baruch Spinoza | Le système nouveau triste, il faut être joyeux pour lui résister | ~1:11:11- Marie Peuzet | Clinicienne spécialiste de la souffrance au travail | ~1:03:xx- René Descartes | Maître et possesseur de la nature — formule reprise dans le titre du roman | ~1:07:21Timestamps clés 0:00:00 — Introduction : et si on pouvait à nouveau se réjouir du futur ? Présentation de Vincent Message, de VLAN et des thèmes de l'épisode : domination, fiction, violence, biocentrisme. 0:02:29 — Pourquoi la littérature : écrire depuis l'enfance Vincent écrivait dès 7-8 ans. Ses études littéraires n'ont pas précédé l'envie d'écrire — elles l'ont approfondie. Il voulait passer dans les coulisses du tour de magie. 0:04:55 — Les clés d'une bonne histoire Une bonne histoire place le protagoniste dans la pire situation possible, crée une tension électrique, et force le lecteur à se demander : qu'est-ce que je ferais à sa place ? 0:07:11 — Défaite des maîtres et possesseurs : genèse d'une dystopie Un monde où les humains sont élevés, domestiqués, mangés. Pas de la SF classique : une expérience de pensée sur la cause animale, paradoxalement presque sans animaux. 0:12:41 — Le voyage en Inde qui a tout déclenché Inde 2014, puis Camargue : la catégorisation arbitraire des animaux (aimés, adulés, écrasés) comme déclencheur du projet littéraire. 0:17:45 — Écrire depuis un point de vue non humain La singularité du livre : le narrateur n'est pas humain. Il observe l'humanité de l'extérieur, comme un ethnographe découvrant une société étrange. 0:23:38 — Les chiffres qui font basculer la perspective Masse anthropogénique > biomasse du vivant. 60% des mammifères sont des animaux d'élevage. 5% seulement sont sauvages. 0:32:42 — La folie océan : pourquoi l'océan ? La plongée sous-marine comme expérience de décentrement. Un litre d'eau contient des millions d'organismes invisibles. Un monde qu'on soupçonnait à peine. 0:49:59 — IA et écriture : outil ou menace ? Une boîte physique pour enfermer son téléphone. L'IA utile pour documenter, inquiétante quand elle prétend remplacer les relations humaines. 1:05:50 — Ce qui donne envie du futur La modernité a apporté des conditions de vie inégalées en 300 000 ans. La mission écologique redonne un sens collectif à l'action. La lucidité avec l'élan. 1:11:11 — La joie comme arme politique Deleuze / Spinoza : on ne résiste pas à un système triste en étant triste. Curiosité, apprentissage, création : sources réelles de joie face à la crise. 1:13:44 — VLAN : claquer la porte à l'anthropocentrisme Le message final de Vincent : ouvrir la porte au biocentrisme. Pas par idéalisme — par calcul rationnel de survie à long terme. Suggestion d'autres épisodes à écouter : - #361 L'ADN environnemental révolutionne la science avec Alain Damasio et Benjamin Allegrini (https://audmns.com/YqGUonE) - Vlan #74 La science fiction permet réellement de définir le futur avec Guy Philippe Goldstein (https://audmns.com/WFkwZGg) - #377 Pourquoi l'avenir appartient aux sociétés solidaires? Avec Pablo Servigne (partie 1) (https://audmns.com/WMxgIMf)

13 [Moment] La canicule et où acheter en France? avec Priscille Beguin
Durée : 11m50s28-05-202610.84 MB
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Priscille Béguin, experte en risques climatiques et ceci est un moment, c'est à dire un extrait d'un épisode plus long dont je vous mets le lien un peu plus bas. Dans ce moment, je parle avec Priscille de quelque chose qui me préoccupe vraiment depuis que j'ai choisi de m'installer au Portugal : est-ce qu'on prend encore les bonnes décisions quand on choisit où vivre? Parce qu'on raisonne encore avec les données météo d'aujourd'hui, voire d'hier, alors que le sol se dérobe sous nos pieds. Nice à 40 degrés vingt jours par an dans dix ans. Paris avec les températures de Montréal si le Gulf Stream s'arrête. Ce ne sont pas des scénarios de science-fiction, ce sont des modèles sérieux. Et pourtant, les gens continuent d'acheter en bord de Méditerranée comme si rien n'allait changer. J'ai questionné Priscille sur les mécanismes concrets qui expliquent ces bouleversements, sur ce qu'on sait vraiment du Gulf Stream et ce qu'on ne sait pas encore, et sur les outils pratiques pour prendre des décisions immobilières un peu moins aveugles. Elle m'a parlé du portail GeoRisques, un site gouvernemental que presque personne ne consulte avant d'acheter, et de ce que la température extérieure fait concrètement à la qualité de vie et de sommeil. C'est un moment qui donne envie de relire le contrat d'achat de sa maison. Citations marquantesDans 10 ans, à Nice, il fera 40 degrés 20 jours par an. Donc on va vivre enfermé deux, trois mois dans l'année. Paris est à la même latitude que Montréal. Donc s'il n'y a pas cet effet de tirage de l'eau chaude des Caraïbes, on se retrouve avec exactement la même température qu'à Montréal. On sait pas déterminer réellement la limite qui fait que ça bascule et que ça s'arrête. C'est pas juste dans 25 ans. Même ne serait-ce que demain, dans 5 ans, dans 10 ans, ce sera déjà pas comme aujourd'hui. S'il fait 42 degrés 10 jours par an, ces 10 jours par an seront extrêmement pénibles, surtout si la nuit il fait 35. Idées principales1. Le choix de vie est un choix climatique (00:20 à 01:47) On choisit où l'on vit pour le travail, la famille, les amis, la météo. Mais ces critères sont désormais instables : ce qui rendait Nice agréable en 2024 peut en faire un endroit difficile à vivre en 2035. L'idée que le cadre de vie est fixe est une illusion. Anticiper, même à 5 ou 10 ans, devient une nécessité. 2. Le Gulf Stream : une bascule possible, pas encore datée (02:24 à 06:46) Le Gulf Stream, ce courant qui pompe l'eau chaude des Caraïbes vers l'Europe de l'Ouest, ralentit sous l'effet de la fonte des glaces. Une interruption brutale est possible, car ça s'est déjà produit dans l'histoire de la Terre. Résultat potentiel pour la France : les températures de Montréal. On ne sait ni si ça arrivera ni quand, mais les conditions se solidifient. 3. Chaleur globale + refroidissement local : les deux à la fois (06:20 à 07:44) Le paradoxe : la Terre se réchauffe, mais certaines régions d'Europe pourraient se refroidir drastiquement si le Gulf Stream s'arrête. Ce n'est pas contradictoire, c'est la nature d'un climat multifactoriel. On peut avoir des hivers canadiens et des étés à 40 degrés dans la même décennie. 4. L'immobilier est aveugle aux risques climatiques (07:49 à 10:01) Les gens qui descendent dans le sud font un pari risqué. Le portail GeoRisques (georisques.gouv.fr) permet de voir les risques à chaque adresse, mais ses données sont partiellement anciennes et ne projettent pas encore le futur climatique. C'est une première lecture, conservatrice, mais déjà révélatrice. 5. La température comme facteur de santé, pas juste de confort (10:42 à 11:28) La chaleur n'est pas qu'une question d'agrément. Elle affecte la qualité du sommeil, la santé, et l'habitabilité des grandes villes du sud qui souffrent d'îlots de chaleur. C'est un critère de qualité de vie primordial, sous-estimé dans les décisions résidentielles. Sujets abordés- En quoi le changement climatique remet-il en question les endroits où on a choisi de vivre?- Le Gulf Stream : c'est une théorie ou une réalité scientifique établie?- Comment fonctionne concrètement ce courant marin et pourquoi est-il menacé?- Peut-on vraiment savoir quand ou si le Gulf Stream va s'arrêter?- Si le Gulf Stream s'arrête, qu'est-ce que ça change concrètement pour la France?- Est-ce qu'on pourrait avoir à la fois des étés très chauds et des hivers très froids en France?- En tant qu'investisseur immobilier, quels critères climatiques faut-il regarder aujourd'hui?- C'est quoi le portail GeoRisques et comment on l'utilise concrètement?- Les données du portail GeoRisques reflètent-elles le futur climatique ou seulement le passé?- La chaleur en ville, c'est vraiment un problème de santé, pas juste de confort?Références citéesPortails / outils - GeoRisques (georisques.gouv.fr) : portail gouvernemental listant tous les risques environnementaux par adresse (inondation, tremblement de terre, risques chimiques, sites Seveso...). Cité à 08:42. Limites : données partiellement anciennes, pas encore intégration des projections climatiques futures.Phénomènes scientifiques évoqués - Le Gulf Stream (courant AMOC) : système de circulation thermohaline reliant les Caraïbes à l'Europe du Nord-Ouest. Expliqué à 02:24. Aucun auteur ni étude précise cités, mais Priscille parle de plusieurs modèles et de données.- Îlots de chaleur urbains : phénomène cité à 11:28, pas de source spécifique mentionnée.Timestamps clés 00:00 Introduction Présentation de l'extrait comme un moment marquant d'un épisode plus long. 00:20 Nice dans 10 ans : 40 degrés 20 jours par an Priscille ouvre sur un exemple concret : les critères qui guident nos choix résidentiels sont basés sur un climat qui n'existera plus. Nice, symbole du doux, deviendra difficile à habiter. Les crues violentes vont se multiplier. Acheter là-bas, est-ce encore un bon plan? 00:54 On choisit où vivre avec les mauvaises données Les humains choisissent leur lieu de vie en fonction de leur entourage, de leur travail, et de la météo. Mais la météo change. Gregory vit au Portugal pour la météo. Ce qui était une bonne raison hier peut être invalidé demain. Le changement climatique rend ces choix précaires, même à 5 ou 10 ans. 01:37 Des risques qui peuvent tuer des gens Priscille nomme clairement ce dont on parle : pas juste de l'inconfort, mais des risques mortels. La capacité à faire des choix éclairés est une question de survie, pas de confort. 02:24 Le Gulf Stream expliqué simplement Description complète du mécanisme : eau froide arctique, réchauffement dans les Caraïbes, remontée vers l'Europe. C'est ce courant qui donne à l'Europe de l'Ouest son climat clément. Sans lui, Paris = Montréal. 03:28 La fonte des glaces enraye la pompe La fonte déverse des quantités massives d'eau douce et froide qui perturbent la salinité nécessaire au fonctionnement du Gulf Stream. Ce mécanisme s'est déjà arrêté dans l'histoire de la Terre. Il peut le refaire, et vite. 04:26 Paris à la même latitude que Montréal Le chiffre qui fait réfléchir : sans le Gulf Stream, la France connaîtrait les températures de Montréal. Priscille l'énonce avec une pointe d'humour : J'ai très hâte de voir ça dans les rues, ça va être très drôle. 05:03 On ne sait pas quand, mais les conditions se solidifient Honnêteté scientifique de Priscille : les données sont contradictoires, on ne peut pas dater la bascule. Mais plus on avance, plus les conditions pour un arrêt total semblent réunies. 07:49 Marseille et l'investissement immobilier Gregory pose la question pratique : tous ces gens qui descendent dans le sud, est-ce vraiment un bon investissement? Méditerranée en surchauffe, risques d'inondation, accès à l'eau. On revient sur les critères concrets. 08:42 GeoRisques : le portail que tout acheteur devrait consulter Priscille présente georisques.gouv.fr comme premier réflexe avant tout achat immobilier. Adresse par adresse, tous les risques disponibles. Accessible à tous, pas réservé aux experts. Limite : données conservatrices, pas projetées sur le futur climatique. 10:42 La température, facteur numéro un de qualité de vie Au-delà de l'immobilier : c'est quoi vivre dans un endroit trop chaud? La chaleur impacte le sommeil, la santé, l'habitabilité. Les grandes villes du sud, avec leurs îlots de chaleur, cumulent les désavantages. Suggestion d'autres épisodes à écouter : - #367 Où fera t'il bon vivre en France dans 10 ans? (partie 1) Avec Priscille Beguin (https://audmns.com/RiVPxjK) - #367 Où fera-t-il bon vivre en France dans 10 ans ? Partie 2) avec Priscille Beguin (https://audmns.com/yrvNtyK)

14 #396 Le vrai problème écologique n'est pas l'écologie avec Frédéric Samama
Durée : 1h21m26-05-202674.65 MB
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Frédéric Samama est auteur de L'énigme de l'inaction climatique et pionnier de la finance verte et alors que nous vivons un de ces épisodes de canicule aujourd'hui, il m'a semblé essentiel d'essayer de comprendre pourquoi nous savons depuis 70 ans et nous ne faisons rien. En 2009, il a monté le premier centre de recherche mondial sur la finance et le climat, lancé les premiers indices low carbone et créé la première coalition d'investisseurs à la COP21. Et pourtant, son livre ne parle pas de finance. Il parle de cerveau, d'histoire, de philosophie et d'une question qui l'obsède depuis cinq ans : pourquoi, sur un problème que tout le monde connaît, que l'on a créé, et qui nous menace en tant qu'espèce, on n'arrive pas à bouger ? Dans cet épisode, nous parlons de neurosciences cognitives, d'inférence bayésienne, de moments fromages dans l'histoire de l'humanité, et du lien entre capitalisme, néolibéralisme et perte de nos réflexes moraux. J'ai questionné Frédéric sur l'overview effect des astronautes, sur Lévinas et la philosophie du visage, sur Jean Cavaillès et la résistance, et sur ce que tout ça dit de notre capacité à réinventer nos représentations du monde face à l'urgence climatique. Citations marquantes- Sur un problème où tout le monde est au courant, qu'on a créé, et qui nous menace en tant qu'espèce — pourquoi diable, on n'arrive pas à se mettre en mouvement ? (0:29:00)- Le capitalisme, c'est comment tu fais vivre des gens ensemble en dehors de règles morales et religieuses. Et maintenant qu'on fait face à un défi moral, qui est le défi du climat, on ne sait plus faire. (0:19:30)- Face à l'enjeu moral, c'est l'action qui doit prévaloir — et pas la réflexion de est-ce qu'on est optimiste, négatif, et ainsi de suite. (1:06:44)- On a voulu détendre le lien social. En cas de problème, il n'y a plus personne, et donc il n'y a plus de devoir — on ne demande que des droits. (0:26:30)- Le climat, ce n'est plus seulement la plus grosse menace. C'est aussi la plus belle opportunité de réapprendre à vivre ensemble, nous, les 8 milliards de personnes sur Terre. (1:12:00) Big Ideas1. Notre cerveau construit des modèles à partir de signaux — et s'y enferme L'inférence bayésienne selon Stanislas Dehaene : le cerveau observe des signaux et fabrique des lois du monde. Agassi qui lit le service de Becker, le bébé qui comprend la gravité, le rat dans le labyrinthe — tous fonctionnent pareil. Le problème : une fois le modèle établi, on arrête de le mettre à jour. On entre en surconfiance. C'est exactement ce qui se passe avec le climat : on sait, mais on ne change pas de modèle. (0:02:37) 2. L'histoire humaine s'est organisée autour de moments fromages — et le climat en exige un nouveau Deux grandes ruptures : l'agriculture et la science moderne (accès aux ressources naturelles), puis le néolibéralisme (accès aux ressources humaines mondiales). À chaque fois, l'humanité a réorganisé ses représentations. Le climat est la première fois qu'on nous demande de limiter l'accès aux ressources — un défi sans précédent pour des cerveaux conditionnés à l'expansion. (0:07:43) 3. Le capitalisme a délibérément mis la morale hors jeu Au XVIIe siècle, la grande question était : comment faire vivre des gens ensemble sans passer par la morale ou la religion, qui créent des guerres ? La réponse : l'intérêt personnel. Adam Smith, Montesquieu, Hirschman ont construit un système où l'égoïsme profite à la société. Ça a marché. Mais le climat est un problème moral (les plus faibles meurent en premier) — et on n'a plus les réflexes pour ça. (0:14:55) 4. L'overview effect comme signal de bascule possible Les astronautes dans l'espace deviennent poètes. Ils voient la planète fragile, belle, vivante. Frédéric propose ces trois perceptions comme signal capable de réécrire nos représentations. La fragilité déclenche la responsabilité (Lévinas). La beauté prépare à la morale (Kant). Le vivant nous réintègre dans la nature après des siècles d'extraction. Pas un programme politique — une hypothèse sur comment les cerveaux humains peuvent changer. (0:39:00) 5. Face à un enjeu moral, la question n'est plus l'espoir — c'est l'action Jean Cavaillès, philosophe-mathématicien résistant, incarne la réponse. En mai 1941, zéro espoir objectif. Et pourtant il agit — parce que face à un enjeu moral, la question n'est plus quelle est la probabilité ? mais quelle est mon obligation ?. C'est la même logique que d'appeler les pompiers pour quelqu'un qui fait une crise cardiaque dont on sait qu'elle sera fatale. On agit. Pas parce qu'on espère, mais parce qu'on doit. (1:04:06) Questions posées- Qu'est-ce que l'anecdote d'Agassi et Becker révèle sur le fonctionnement du cerveau humain ?- Quels sont les grands moments fromages de l'histoire de l'humanité, et où en sommes-nous aujourd'hui ?- Comment définirais-tu le capitalisme à son origine — et en quoi diffère-t-il du néolibéralisme ?- Pourquoi le néolibéralisme a-t-il dissous le lien social, et quelles en sont les conséquences concrètes ?- Sur un problème aussi connu et aussi grave que le climat, pourquoi l'humanité n'arrive-t-elle pas à se mettre en mouvement ?- Qu'est-ce que l'inférence bayésienne nous apprend sur notre incapacité à mettre à jour nos modèles face au climat ?- Qu'est-ce que les astronautes et l'overview effect peuvent nous apprendre sur comment changer nos représentations collectives ?- Comment Lévinas et Kant peuvent-ils nous aider à repenser notre rapport au problème climatique ?- Qui était Jean Cavaillès, et pourquoi son histoire est-elle une réponse au problème de l'inaction ?- Si le signal qui change nos représentations n'est pas encore arrivé, qu'est-ce qui pourrait en tenir lieu à l'échelle de nos sociétés ? Références citéesPersonnes et penseurs - Stanislas Dehaene — chaire de sciences cognitives, Collège de France (0:04:00)- André Agassi / Boris Becker — anecdote du service et de la langue (0:02:37)- Max Weber — thèse sur la naissance du capitalisme (0:13:00)- Albert Hirschman — économiste, auteur sur l'origine du capitalisme (0:13:00)- Marcel Enaf — sur le commerce pré-capitaliste (0:17:29)- Machiavel, Spinoza, Galilée, Montesquieu, Adam Smith — généalogie du capitalisme (0:15:25)- Milton Friedman — article dans le New York Times sur le néolibéralisme (0:19:54)- Emmanuel Lévinas — philosophe lituanien, le visage d'autrui et l'éthique (0:42:44)- Emmanuel Kant — la beauté, le désintérêt et la morale (0:44:30)- Michel Serres — on mesure l'ampleur d'un problème à la durée qu'il a mise à se former (0:33:34)- Robin Dunbar — nombre de 150, limite de coordination des groupes humains (0:34:22)- Hannah Arendt et Karl Polanyi — fascisme comme réaction au libéralisme du XIXe siècle (1:07:50)- Henri Bergson — envoyé aux États-Unis pour convaincre Wilson d'entrer en guerre (0:53:43)- Président Wilson — discours d'entrée en guerre au nom de valeurs morales, 1917 (0:54:30)- Jean Cavaillès — philosophe-mathématicien résistant, fusillé (1:02:11)- Raymond Aron — Si Jean Cavaillès avait vécu, j'aurais dit moins de bêtises (1:04:06)- Pierre Brossolette, Jean Moulin — résistants évoqués en parallèle (1:05:00)Concepts et événements - Inférence bayésienne — mécanisme cognitif de construction de modèles (0:47:50)- Overview effect — phénomène de bascule perceptuelle chez les astronautes (0:39:30)- Théorie des moments fromages — concept central du livre (0:07:43)- Bulle des tulipes — première crise financière spéculative, XVIIe siècle (0:50:23)- COP21 — coalition d'investisseurs créée par Frédéric (0:27:33)- Passage à l'an 2000 (bug Y2K) — contre-exemple de mobilisation rapide (0:30:00)- Protocole de Montréal / couche d'ozone — résolu en 18 mois (0:51:43) Timestamps clés00:00 Introduction — Et si on se réjouissait à nouveau du futur ? Gregory présente Frédéric Semama, pionnier de la finance verte et auteur de L'énigme de l'inaction climatique. 02:37 L'anecdote Agassi / Becker Comment Agassi a découvert le code du service de Becker en s'asseyant dans la foule — et ce que ça révèle sur le cerveau humain. 04:00 Comment le cerveau construit ses modèles du monde Stanislas Dehaene au Collège de France : inférence bayésienne, le bébé, le rat dans le labyrinthe. 07:43 Les moments fromages de l'histoire humaine Agriculture, science moderne, néolibéralisme : trois grandes ruptures où l'humanité a réorganisé ses représentations pour accéder à de nouvelles ressources. 13:00 L'origine du capitalisme — bien au-delà de l'argent Comment le capitalisme est né comme solution à la guerre de religion : faire vivre des gens ensemble sans morale ni religion. 20:56 Tout le monde veut un village mais personne ne veut être villageois La concierge qui sauve Frédéric pendant le Covid — et le choc quand il essaie de la remercier avec des cadeaux. 27:00 Pourquoi on n'agit pas sur le climat Trois raisons structurelles : c'est la première limite à l'accès aux ressources, il n'y a pas de signal à hauteur du problème, et nos modèles sont inadaptés. 36:22 La bulle sociétale — on peut savoir et continuer quand même De la bulle internet à la bulle des tulipes : le mécanisme d'enfermement conscient à l'échelle d'une planète. 39:00 L'overview effect — les astronautes comme piste de bascule Fragile, belle, vivante : les trois perceptions que les astronautes rapportent de l'espace — et ce qu'elles activent dans le cerveau. 42:44 Lévinas : le visage d'autrui comme début de l'éthique Quand voir la fragilité de l'autre nous oblige à agir au-delà de notre instinct de conservation. 52:07 La couche d'ozone vs le climat En 18 mois, tous les pays du monde se sont mis d'accord. Qu'est-ce qui est fondamentalement différent avec le climat ? 53:43 Bergson à la Maison-Blanche La France envoie le philosophe Henri Bergson convaincre Wilson d'entrer en guerre. Il réussit. Ce que ça dit du pouvoir des valeurs morales en politique. 1:00:14 Je ne cherche pas à avoir de l'espoir Frédéric explique pourquoi la question n'est pas l'espoir — avec mai 1941 comme exemple. 1:02:11 Jean Cavaillès — le héros oublié de la résistance Fils de militaire, philosophe-mathématicien, major de Normale Sup tout seul. Et résistant. Fusillé dans une fosse commune. 1:06:29 La crise cardiaque et l'obligation morale La probabilité que tu survives est nulle. Et pourtant, tu vas tout faire pour me sauver. Ce que ça dit du rapport entre morale et action. 1:14:54 La solution concrète : recommencer à regarder le vivant Pourquoi enseigner la vie des animaux et des plantes à l'école changerait plus de choses que n'importe quelle taxe carbone. Suggestion d'autres épisodes à écouter : - #286 Le cynisme politique face à l'urgence climatique? avec Fabrice Nicolino (https://audmns.com/SHnNoJp) - #292 Les enjeux de la géopolitique climatique avec David Djaiz (https://audmns.com/BoZGVQa) - #178 Les technologies vont-elles nous permettre de faire face au défi climatique? avec Philippe Bihouix (https://audmns.com/ktZSlzb)

15 [SOLO] La crise de confort et notre corps
Durée : 40m02s21-05-202636.66 MB
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Gregory Pouy, consultant, conférencier et fondateur du podcast Vlan! Dans ce solo, je lis ma newsletter sur un sujet qui m'obsède depuis un printemps passé à me traîner avec les yeux qui coulent et le nez bouché. Une allergie au pollen. Ça m'a paru absurde à un moment : comment mon corps peut-il traiter la nature comme une menace ? Et de là, j'ai tiré un fil. Un fil qui m'a mené à Paracelse, à l'hormèse, à David Strachan, à Anique de Bruin et finalement à une question beaucoup plus large : et si nos sociétés avaient systématiquement éliminé des résistances qui nous étaient nécessaires ? Ce solo est dans la continuité de mon épisode sur les frictions mais cette fois, je me concentre sur le corps. Sur le système immunitaire. Sur le cerveau. Sur ce que la biologie nous apprend du fonctionnement du vivant depuis 2,4 milliards d'années et que l'idéologie du confort a balayé en deux générations. Dans cet épisode, je parle de l'hormèse et de ses 9 000 modèles doses-réponses documentés, de l'explosion des allergies depuis les années 1960 dans les pays industrialisés, de ce que perdent les enfants nés par césarienne ou élevés loin de la nature et des microbes, de la réserve cognitive et de pourquoi les mots croisés que votre mère fait depuis trente ans ne lui servent à rien neurologiquement, des nudges et des sludges selon la Royal Society Open Science et finalement de ce que ça dit sur notre rapport à l'effort, à la Silicon Valley et à l'intelligence artificielle. Je ne prêche ni pour la souffrance, ni pour le retour en arrière. Je tente juste de poser la question honnêtement : lesquelles des frictions qu'on a supprimées méritaient de rester ? 3. Citations marquantesComment puis-je être allergique à la nature ? Comment mon corps peut-il traiter le pollen comme une menace ? Ça n'a aucun sens évolutif. Supprimer l'effort, c'est supprimer le signal. Et sans signal, pas de réponse adaptative. Le microbiome infantile n'est pas un risque à gérer mais un entraîneur. Il éduque le système immunitaire en lui présentant une diversité de micro-organismes à dose adaptée, exactement comme un entraîneur qui fait travailler un athlète sur des exercices progressivement plus difficiles. Ce n'est pas la présence de microbes qui est problématique, c'est leur absence. Ce qui ne vous tue pas ne vous rend pas automatiquement plus fort. Mais ce qui vous préserve de tout ce qui pourrait vous blesser vous rend certainement plus fragile. 4. Idées centrales (Big Ideas)1. La courbe en J de l'hormèse : le stress optimal n'est pas zéroExplication : L'hormèse désigne une réponse biphasique au stress : une faible dose stimule tandis qu'une forte dose inhibe. Le point optimal se situe juste au-dessus du seuil d'inconfort, pas dans le confort absolu ni dans la souffrance maximale. Paracelse l'avait formulé au XVIe siècle : C'est la dose qui fait le poison. Ce principe concerne aujourd'hui 9 000 modèles doses-réponses documentés. Pourquoi ça compte : On a construit une culture sanitaire autour du zéro risque, d'une logique de suppression totale (les bains de bouche à l'alcool qui tuent 100% des bactéries, bonnes ou mauvaises). La biologie dit exactement l'inverse. Timestamp estimé : 04:30 - 08:00 2. La variation est le mécanisme, pas l'optionExplication : Que ce soit pour l'exercice, le jeûne intermittent ou la restriction calorique, un stresseur constant finit par devenir le fond sonore du corps. Le corps s'y adapte et cesse de répondre. Ce qui fonctionne, c'est l'imprévisibilité : le stresseur doit varier pour que le signal reste actif. Le fameux effet yoyo des régimes, c'est de la biologie, pas de la faiblesse. Pourquoi ça compte : Ça remet en cause la logique de discipline linéaire (faites la même chose tous les jours) qui structure la plupart des conseils de santé et de développement personnel. Timestamp estimé : 08:00 - 13:30 3. Les allergies sont un choix politique, pas une malchanceExplication : Le rhume des foins a été décrit pour la première fois autour de 1870. L'asthme infantile a monté en flèche à partir des années 1960. Les allergies aux arachides ont explosé depuis les années 1990. Ces augmentations ne s'expliquent pas par la génétique, elles sont concentrées dans les pays industrialisés et elles suivent exactement la dynamique de l'hypothèse hygiéniste de David Strachan (1989) : un système immunitaire mal entraîné, faute de micro-organismes avec lesquels coévoluer. Pourquoi ça compte : C'est une histoire de choix collectifs : villes sans nature, agriculture chimique, produits ultra-transformés. Et c'est réversible. Timestamp estimé : 13:30 - 17:30 4. Le microbiome infantile s'entraîne ou s'atrophieExplication : Les enfants nés par césarienne n'acquièrent pas le microbiome maternel et présentent des taux d'allergies et d'asthme significativement plus élevés. Les enfants qui ont reçu plusieurs cycles d'antibiotiques dans leurs premières années développent une dysbiose intestinale liée aux maladies auto-immunes. Les souris élevées en environnement stérile développent un système immunitaire hypersensible, incapable de distinguer ami et ennemi. Pourquoi ça compte : La protection maximale de l'enfant peut produire l'effet inverse de ce qu'on cherche. Pas par faute des parents, mais parce que le cadre qu'on a collectivement construit autour de l'enfance élimine l'entraînement immunitaire nécessaire. Timestamp estimé : 17:30 - 22:00 5. La réserve cognitive se construit dans l'inconfort, pas dans la maîtriseExplication : Certaines personnes peuvent avoir des lésions avancées caractéristiques de la maladie d'Alzheimer à l'autopsie tout en ayant présenté peu ou pas de symptômes. Leurs cerveaux étaient malades, leurs esprits fonctionnaient. Cette réserve cognitive se construit en forçant le cerveau à créer des connexions nouvelles : apprendre une langue après 50 ans, jouer d'un instrument qu'on ne maîtrise pas, lire des auteurs avec lesquels on est en désaccord. Les jeux de mots croisés qu'on fait depuis trente ans ne construisent rien : le cerveau les traite en pilote automatique. Pourquoi ça compte : La chercheuse Anique de Bruin (Université de Maastricht) a formalisé ce paradoxe avec le concept S2D2 (Start and Stick to Desirable Difficulties) : on fuit systématiquement les conditions d'apprentissage les plus efficaces parce qu'elles ne ressemblent pas à de la progression. Timestamp estimé : 22:00 - 27:00 6. L'environnement détermine le comportement plus que la motivationExplication : Une étude de la Royal Society Open Science (2023) basée sur 184 expériences et 2,2 millions de participants montre que modifier l'effort (nudges et sludges) produit des effets comportementaux significativement plus forts que jouer sur la motivation ou la perception. Changer la disposition des plats dans une cafétéria fait manger plus de légumes que dix ans de campagnes nutritionnelles. Pourquoi ça compte : Si c'est l'environnement qui nous façonne, la question n'est pas suis-je assez discipliné ? mais qui décide de la friction dans mes environnements ? Timestamp estimé : 27:00 - 31:00 7. L'hormèse n'est ni éloge de la souffrance ni justification des inégalitésExplication : L'hormèse ne dit pas souffre plus, tu deviendras plus fort. Elle dit : un stress adapté en intensité, intermittent et suivi de récupération est bénéfique. Un stress chronique, permanent, sans issue possible, détruit. Les études sur la pauvreté persistante et les traumatismes chroniques montrent des effets biologiques documentés : télomères raccourcis, cortisol chroniquement élevé, vieillissement accéléré. La précarité n'entraîne pas, elle écrase. Pourquoi ça compte : Ce concept peut être récupéré politiquement pour glorifier la souffrance ou justifier les inégalités. C'est une perversion complète. La fenêtre d'hormèse suppose que la récupération soit possible. Timestamp estimé : 31:00 - 34:30 5. Questions structurantes de l'épisode- Comment peut-on être allergique à la nature alors que nos systèmes immunitaires ont évolué avec elle pendant des millénaires ?- Qu'est-ce que l'hormèse et pourquoi ce concept reste-t-il quasi absent des discours publics sur la santé malgré 9 000 études documentées ?- À quel moment la réduction de friction devient-elle pathologique pour le corps, l'immunité, le cerveau ?- Pourquoi la variation est-elle le mécanisme central de l'hormèse plutôt que la constance d'un effort sain ?- Dans quelle mesure l'explosion des allergies depuis les années 1960 est-elle le résultat de choix politiques collectifs plutôt que d'une fatalité biologique ?- Qu'est-ce que la réserve cognitive et pourquoi les activités dans lesquelles on est bon ne contribuent pas à la construire ?- Comment distinguer les frictions qu'on a éliminées à juste titre (souffrance inutile) de celles qui nous étaient biologiquement nécessaires ?- Pourquoi notre environnement détermine-t-il notre comportement plus efficacement que notre motivation ou notre volonté ?- Comment l'intelligence artificielle nous force-t-elle à réfléchir concrètement à quelles frictions cognitives préserver intentionnellement ?- L'hormèse peut-elle être récupérée pour justifier les inégalités sociales, et pourquoi c'est précisément l'inverse de ce qu'elle dit ?6. Références citées dans l'épisodePersonnes et auteurs- Paracelse (XVIe siècle), médecin suisse-allemand, fondateur de la toxicologie moderne : C'est la dose qui fait le poison. — ~04:30- David Strachan, épidémiologiste britannique : hypothèse hygiéniste (1989), première formalisation du lien entre manque d'exposition microbiale et maladies allergiques — ~14:30- Anique de Bruin, chercheuse, Université de Maastricht : concept S2D2 (Start and Stick to Desirable Difficulties), paradoxe de la résistance à l'apprentissage efficace — ~24:00Concepts scientifiques- Hormèse : réponse biphasique au stress, courbe en J ou en U inversé- BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor) : facteur de protection neuronal activé notamment par le jeûne intermittent — ~10:30- Autophagie : mécanisme de recyclage cellulaire activé sous contrainte — ~10:30- Microbiome : écosystème microbial intestinal, rôle dans l'éducation du système immunitaire — ~17:30- Réserve cognitive : capacité du cerveau à compenser les lésions par des connexions alternatives — ~22:00- Télomères : marqueurs biologiques du vieillissement cellulaire accéléré par le stress chronique — ~33:00- Dysbiose intestinale : déséquilibre du microbiome lié à l'usage d'antibiotiques — ~18:30Études et publications- Étude sur les oiseaux urbains : oiseaux exposés à de faibles doses de polluants métalliques vivant plus longtemps que leurs cousins ruraux, relation en courbe J — ~12:00- Étude Royal Society Open Science (2023) : analyse de 184 expériences, 2,2 millions de participants sur les nudges (coups de pouce) et sludges (frictions intentionnelles) — ~28:00- Étude sur les marathoniens : étude récente qui semble infirmer l'hypothèse d'un cœur fatigué chez les coureurs chroniques, mais documenter les risques du sur-entraînement — ~32:00Données historiques et épidémiologiques- Première description du rhume des foins : autour de 1870 — ~13:30- Montée de l'asthme infantile : à partir des années 1960, niveau épidémique dans les pays développés dans les années 1990 — ~13:30- Explosion des allergies alimentaires aux arachides : depuis les années 1990 — ~13:307. Timestamps clés (optimisés YouTube)00:00 Introduction — Je suis allergique à la nature. Pourquoi ? Greg part de son allergie au pollen pour poser la question centrale : comment notre corps peut-il traiter le pollen comme une menace ? Et comment ça l'a mené à l'hormèse. 04:30 L'hormèse : quand un peu de ce qui nuit vous protège Paracelse, la courbe en J, les 9 000 modèles doses-réponses. Le principe du stress bénéfique. 08:00 Exercice, jeûne, régimes : pourquoi la routine annule les bénéfices La variation comme mécanisme. L'effet yoyo expliqué par la biologie. 13:30 L'allergie au pollen, c'est de la politique L'hypothèse hygiéniste de Strachan (1989). L'explosion documentée des allergies depuis 1870. 17:30 Ce que nos enfants perdent biologiquement Césarienne, antibiotiques, famille nucléaire : l'appauvrissement du microbiome infantile. 22:00 Votre cerveau se dégrade sans résistance Réserve cognitive, Alzheimer, et pourquoi les mots croisés ne servent à rien après la 2e année. 27:00 On a construit des sociétés qui éliminent la friction Nudges, sludges, Royal Society Open Science 2023. Et la question de l'IA. 31:00 Attention : l'hormèse n'est pas souffre plus La courbe a un plafond. Et elle ne justifie pas les inégalités. 34:30 Concrètement, qu'est-ce qu'on fait ? Des micro-frictions intentionnelles, individuelles et collectives.

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