Publicité segmentée : ce que les radios locales redoutent

Le ministère de la Culture a ouvert le 3 novembre une consultation publique sur l'assouplissement des règles de publicité à la télévision. Elle se referme le 17 novembre. Parmi les sept chantiers mis sur la table, un seul concerne directement la radio — et le document officiel le dit explicitement. Les radios indépendantes réunies au sein du SIRTI ont réagi dès le 4 novembre.

Publicité segmentée : ce que les radios locales redoutent

Ce que le ministère met sur la table

Le texte visé est le décret n° 92-280 du 27 mars 1992, dit « décret publicité ». L'objectif affiché est d'aligner le régime français sur la directive européenne sur les services de médias audiovisuels, jugée moins restrictive.

Les sept pistes d'assouplissement soumises à consultation
Domaine Évolution envisagée
Durées publicitairesAlignement sur la directive : 20 % par tranche, et suppression de la moyenne de 9 minutes par heure
Publicité segmentéeAssouplissement de l'encadrement, sans forme précisée
CoupuresSuppression du délai minimal de 20 minutes entre deux interruptions
CinémaLevée de la limite de 6 minutes d'interruption par œuvre
Télé-achatAutorisation des offres directes de vente dans les messages publicitaires
Écran partagéAutorisation de la publicité sur écran partagé, aujourd'hui interdite
ParrainagePrésentation du produit du parrain pendant le programme, hors journaux télévisés

Les secteurs aujourd'hui interdits de publicité télévisée ne figurent pas parmi ces sept pistes. Le SIRTI s'en félicite dans son communiqué.

Le point qui concerne la radio : la publicité segmentée

La publicité segmentée permet à une chaîne nationale de diffuser des messages différents selon les foyers, donc de vendre de la publicité locale sans programme local. Elle est autorisée en France depuis le décret du 5 août 2020, mais sous conditions.

  • Volume plafonné à 2 minutes par heure en moyenne quotidienne pour les chaînes nationales de la TNT, et 4 minutes pour les chaînes locales.
  • Interdiction de mentionner l'adresse de l'annonceur, sauf pour les télévisions locales et les programmes régionaux de France Télévisions.
  • Interdiction pendant les programmes jeunesse.

La consultation demande aux répondants s'il faut assouplir cet encadrement — sans indiquer sous quelle forme. Ni nouveau plafond, ni levée de l'interdiction de l'adresse : la question est posée ouverte.

Le document du ministère nomme la radio

C'est l'élément décisif, et il est rarement relevé. Le texte de la consultation rappelle lui-même pourquoi ces limites existent : elles visent à préserver les ressources publicitaires des médias locaux — « télévisions locales, presse écrite et radio » — qui tirent une part substantielle de leurs revenus de ce marché.

Autrement dit, la protection que les radios indépendantes demandent de conserver a été écrite en partie pour elles, et le ministère s'interroge aujourd'hui sur son maintien. L'inquiétude du secteur n'est pas une interprétation : elle découle du document lui-même.

Ce que répond le SIRTI

Le syndicat, qui fédère plus de 170 radios privées indépendantes, salue la décision « d'écarter à ce stade toute évolution concernant les secteurs actuellement interdits de publicité télévisée ». Il exprime en revanche « de très fortes préoccupations » face à « la possible remise en cause des protections encadrant la publicité télévisée segmentée ».

Son argument tient en une formule : « sans programme local, pas de publicité locale ». L'idée est qu'une chaîne nationale vendant du ciblage géographique capte des budgets locaux sans produire de contenu local, là où une radio de proximité finance son information par ces mêmes budgets.

Le SIRTI conclut en appelant « le Gouvernement à faire preuve de la même responsabilité sur la publicité segmentée que sur les secteurs interdits, en maintenant les protections instaurées en 2020 ».

Les chiffres d'audience mis en avant

Pour appuyer sa démarche, le syndicat avance son poids d'audience : 15,7 % d'audience cumulée et 8,9 millions d'auditeurs quotidiens.

Deux précautions de lecture s'imposent. Ces chiffres portent sur le couplage SIRTI, un périmètre publicitaire dont la composition exacte n'est pas détaillée, et non nécessairement sur l'ensemble des adhérents. Et il s'agit d'un cumul annuel — EAR National, septembre 2025 à juin 2026, cible Ensemble 13 ans et plus, 5h-24h du lundi au vendredi — et non d'une vague nouvelle. La prochaine livraison de l'EAR National est attendue le 13 novembre.

Le syndicat demande par ailleurs à l'Arcom de « prendre pleinement en compte leur dynamisme et leur attractivité dans ses décisions d'attribution de fréquences FM et DAB+ ».

Deux nouvelles adhérentes

Le communiqué annonce l'arrivée de deux stations. RJFM, implantée à Montluçon dans l'Allier, et Hit FM, présente en Occitanie et présentée comme la première radio locale du Gers. Ni fréquences ni données d'audience ne sont communiquées pour l'une ou l'autre.

Comment répondre à la consultation

La consultation est ouverte à toutes les parties prenantes, et pas seulement aux chaînes de télévision. Une radio locale, un syndicat ou une collectivité peuvent y contribuer.

Les contributions sont à adresser avant le 17 novembre 2026 à la Direction générale des médias et des industries culturelles, par courriel à [email protected], sous l'intitulé « Consultation publique sur des assouplissements du "décret publicité" du 27 mars 1992 ».

Le ministère demande pour chaque assouplissement une évaluation « la plus précise possible » de son impact économique. Les réponses sont publiques, sauf demande expresse de confidentialité.

L'essentiel

  • Le ministère de la Culture consulte jusqu'au 17 novembre 2026 sur sept assouplissements du décret publicité de 1992.
  • L'un d'eux porte sur la publicité télévisée segmentée, encadrée depuis 2020 à 2 minutes par heure pour les chaînes nationales.
  • Le document du ministère reconnaît que cet encadrement protège les ressources des médias locaux, radio comprise.
  • Le SIRTI demande le maintien de ces protections, au nom du principe « sans programme local, pas de publicité locale ».
  • Le syndicat avance 15,7 % d'audience cumulée et 8,9 millions d'auditeurs quotidiens pour son couplage, en cumul annuel.
  • Les contributions peuvent être adressées par courriel à la DGMIC jusqu'au 17 novembre.
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