Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus grands artistes de notre temps. Avec "La Story Nostalgie", plongez dans l'univers des icônes comme les Beatles, les Rolling Stones, Johnny Hallyday, Madonna, Queen, ou encore Michael Jackson. Brice Depasse vous raconte les récits inédits derrière les albums mythiques, les concerts légendaires comme Live Aid, et les moments de gloire des groupes qui ont marqué l’histoire de la musique. Découvrez comment Freddie Mercury a captivé le monde entier, comment ABBA a conquis les charts, ou encore les secrets de studio qui ont façonné des tubes intemporels. Chaque épisode est une plongée passionnante dans le making-of des carrières de ces artistes exceptionnels, avec des histoires qui vous feront revivre les vibrations du rock des seventies, l'effervescence des eighties, et bien plus encore. Brice Depasse vous fait redécouvrir des albums cultes, des sessions d’enregistrement mémorables, et les concerts qui ont marqué toute une génération. Que vous soyez fan des ballades de Jean-Jacques Goldman, des envolées vocales de Céline Dion, ou des shows spectaculaires de Robbie Williams, "La Story Nostalgie" est votre passeport pour un voyage musical inoubliable. Laissez-vous emporter par les récits fascinants sur des artistes comme Daniel Balavoine, Serge Gainsbourg, France Gall, Michel Sardou, et Blondie, tout en explorant les liens entre musique et cinéma, des bandes originales aux collaborations légendaires. Ce podcast vous fait revivre l’esprit de Woodstock, les folles tournées, et les sessions d'enregistrement qui ont donné naissance à des albums de légende. Que vous soyez un nostalgique des seventies ou un amoureux des eighties, "La Story Nostalgie" est le rendez-vous incontournable pour tous les passionnés de musique. Branchez vos écouteurs et laissez Brice Depasse vous raconter ses histoires inédites.
Le 23 juillet 2011, le monde perdait Amy Winehouse, à seulement 27 ans, dans sa maison de Camden Square à Londres. Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse retrace le destin fulgurant et tragique de cette artiste unique. De son enfance à Southgate, bercée par le jazz de Frank Sinatra et les groupes vocaux féminins américains des années 1960, jusqu'à Back to Black, son deuxième et dernier album paru il y a 20 ans. Un disque soul, jazz et ska au titre prémonitoire, qui a changé la musique pour toujours. Elle rêvait de devenir une Sarah Vaughan ou une Dinah Washington. Elle est devenue Amy Winehouse. Et ça, on ne l'oubliera jamais.
Dans La Story Nostalgie, Brice Depasse raconte une anecdote légendaire des nuits bruxelloises des années 60-70. Le Black and White, club de jazz de la rue de Stassart, voit un soir débarquer James Brown avec toute sa suite. La star du rhythm and blues et de la soul enchaîne les tournées, enflamme la nuit et règle sa note par chèque au moment de partir. Plutôt que de l'encaisser, le patron Roger Sastre choisit de l'encadrer et de l'accrocher au-dessus du bar. Une relique inestimable, et une habitude bien connue du Godfather of Soul selon le grand Jojo, témoin de la scène. Une story belge comme on les aime, entre jazz, nuits folles et souvenirs impérissables.
En 1997, Nina a 14 ans et une idole : Michael Jackson. Lorsqu'elle apprend qu'il se produit à l'hippodrome d'Ostende, elle convainc sa sœur de l'y emmener depuis Liège. Deux nuits de queue, une annulation liée à la mort de Lady Diana, un report au 3 septembre... Rien ne l'arrête.Ce soir-là, un agent de sécurité la hisse par-dessus les barrières et la dépose sur le podium. Michael Jackson se retourne, la regarde et ouvre les bras. Il chante You Are Not Alone. Elle s'agrippe à lui. Un moment suspendu, improbable, inoubliable.Ramenée en coulisses puis à sa place, Nina repart avec le parfum de Michael sur ses vêtements. Elle ne les lavera jamais.Brice Depasse raconte cette histoire vraie et bouleversante dans La Story Nostalgie, le podcast des grands moments qui marquent une vie.
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Le 7 mars 1971, Genesis donne son tout premier concert à l'étranger, non pas dans une grande salle mythique, mais dans une ferme en ruine à Woluwe-Saint-Pierre, en plein Bruxelles. Phil Collins, Peter Gabriel, Mike Rutherford, Steve Hackett et Tony Banks arrivent serrés dans une camionnette, jouent sur une scène de fortune avec une batterie posée sur des caisses de bière, et font le triomphe de leur vie devant 300 jeunes.Derrière cette histoire incroyable, un homme : Pierre Vermandel, dit Pierrot Rock'n'Roll, journaliste au Télé Moustique, qui a eu le flair de faire venir le groupe pour 24 000 anciens francs belges. Après le concert, Genesis mange chez lui, passe à la télévision belge et emprunte même de l'argent pour faire le plein d'essence.Brice Depasse vous raconte cette page méconnue de l'histoire du rock dans La Story Nostalgie.
Dans les années 80, l'Australie n'a pas seulement exporté Crocodile Dundee. Elle a aussi donné naissance à INXS, l'un des groupes de rock les plus populaires de la décennie. Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse raconte tout : les débuts new wave du groupe à Sydney, le rôle décisif du producteur Nile Rodgers, les concerts mythiques de Torhout et Werchter en 1988, et surtout l'anecdote incroyable du taxi. Alors qu'Andrew Farriss s'apprête à partir en retraite créative à Hong Kong pour écrire de nouvelles chansons, il stoppe le taxi au dernier moment pour ne pas perdre un riff de guitare qui venait de lui traverser l'esprit. Ce riff allait contribuer à faire vendre près de 10 millions d'exemplaires de l'album Kick. Une histoire rock à découvrir sur Nostalgie.
Saviez-vous qu'Icehouse était australien ? Dans cette Story Nostalgie, Brice Depasse retrace le parcours fascinant d'Iva Davies, voix et fondateur du groupe. Fils d'un garde forestier de Sydney, il s'impose au début des années 80 sur la scène New Wave britannique avec le tube « Hey Little Girl », avant d'assurer la première partie de la tournée « Let's Dance » de David Bowie en 1983. Une histoire méconnue sur l'un des groupes les plus marquants des années 80. À retrouver dans La Story Nostalgie, sur Nostalgie Belgique.
Dans cet épisode de La Story Nostalgie, découvrez l'histoire de Down Under, le tube mythique de Men at Work sorti en 1981 et devenu l'un des symboles de l'Australie dans le monde entier. Derrière ce titre pop et entraînant, le chanteur Colin Hay, expatrié britannique installé en Australie, raconte à sa manière l'histoire des colons britanniques et leur impact sur le pays. Une chanson qui, pourtant, sera adoptée comme un véritable hymne par les Australiens, notamment lors de la victoire de l'Australie à la Coupe de l'América. De son clip culte, tourné entre une boulangerie bruxelloise et des décors de baroudeur, à sa diffusion massive sur MTV qui en fera un immense succès aux États-Unis et en Grande-Bretagne, La Story Nostalgie vous emmène aux antipodes pour retracer le parcours fascinant d'un morceau qui a mis l'Australie sur la carte du monde.
Il y a 40 ans, Kylie Minogue n'était encore qu'une jeune comédienne de la série australienne Neighbours, diffusée en Australie et en Grande-Bretagne. Sa relation à l'écran et dans la vie avec Jason Donovan en fait une figure médiatique incontournable. Après un premier single record en Australie avec 200 000 exemplaires vendus, elle prend l'avion pour Londres afin de rencontrer les producteurs Stock Aitken Waterman. Un rendez-vous mal organisé, une chanson bouclée en 40 minutes, un enregistrement en catastrophe et un retour bredouille. Pourtant, ce jour marque le véritable début de la carrière internationale de Kylie Minogue. Brice Depasse raconte cette histoire incroyable dans La Story Nostalgie.
En 1986, Crocodile Dundee ouvrait nos portes sur l'Australie. Mais derrière la légende des kangourous se cache une histoire rock fascinante. Des Easybeats à AC/DC, des Bee Gees à INXS, Kylie Minogue et Nick Cave, l'Australie des années 80 inonde la planète de musiciens. Parmi eux, Midnight Oil, un groupe engagé et militant qui « brûle l'huile de minuit » depuis 15 ans déjà quand il explose mondialement en 1987. Brice Depasse retrace leur histoire dans La Story Nostalgie, le podcast qui raconte les grandes histoires de la musique sur Nostalgie Belgique.
Brice Depasse vous replonge dans les souvenirs du Salon de l'Auto de Bruxelles, l'un des rendez-vous familiaux les plus marquants de plusieurs générations de Belges. Les palais immenses du Heysel, les stands rutilants, les hôtesses, les brochures colorées et les discussions interminables de vos parents autour des fameuses « conditions salon »... Autant d'images gravées dans la mémoire collective.Dans cette Story Nostalgie, Brice revient aussi sur les origines du salon : né en 1902 à l'initiative de l'Association des constructeurs automobiles belges, il a célébré un siècle d'histoire malgré les interruptions, dont le Covid. L'occasion de redécouvrir des marques automobiles belges aujourd'hui oubliées : l'Imperia, l'Excelsior, la Bovy et la mythique Minerva, rivale de Rolls-Royce.La Story Nostalgie, c'est chaque jour un récit qui fait remonter des souvenirs, présenté par Brice Depasse sur Nostalgie.
Vous souvenez-vous des cinémas de quartier ? Dans cette Story Nostalgie, Brice Depasse vous replonge dans l'âge d'or des petites salles obscures : séances permanentes, affiches peintes, films Disney à l'Ambassador de Bruxelles et redoutables lettres E.N.A. pour les moins de 16 ans. Une époque où La Grande Vadrouille, Les Dieux sont tombés sur la tête ou Le Grand Bleu pouvaient rester plus d'un an à l'affiche grâce au bouche-à-oreille. Brice vous invite à partager vos souvenirs de cinéma dans votre commune. La Story Nostalgie, chaque jour sur Nostalgie.
Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse replonge dans ces années de classe où fardes, plumiers et cartables se transformaient en toiles dédiées à nos idoles. Kiss, AC/DC, Led Zeppelin, Alice Cooper, Johnny Hallyday, Claude François, Patrick Bruel... autant de noms et de logos griffonnés à la main pendant les cours, pendant que les parents promettaient que tout ça serait vite oublié.Brice revient aussi sur ces magazines clandestins glissés dans les sacs d'école : Podium lu en cachette derrière une haie, Rock'n'Folk et Métal Hurlant feuilletés avec passion. Une époque où la musique était une identité, une culture, une appartenance.Spoiler : les parents avaient tort. Johnny Hallyday, les Beatles, Claude François sont toujours là, connus des nouvelles générations. Ces plumiers taguées AC/DC et ces cartables Pink Floyd trônent aujourd'hui dans certains musées. C'est l'histoire de nos générations cheveux longs qui ont mis la pop au cœur de la culture.Une Story Nostalgie qui parle à toutes les générations, quel que soit votre âge.
Il y a 20 ans, Renaud faisait sourire avec sa chanson « Les Bobos ». Depuis, que sont-ils devenus ? Brice Depasse dresse un bilan aussi nostalgique que lucide dans cette Story Nostalgie. Le café au lait végétal, les vêtements vintage chinés sur Vinted, la cuisine locale sur ardoise, le vélo cargo... Ce qui était marginal est devenu tendance. Ce qui était moche est devenu déco. Les friperies sont devenues du vintage. Mais le grand paradoxe ? Les Bobos voulaient fuir le marketing, et le marketing est devenu bobo. Toutes les grandes marques se réclament aujourd'hui du local, du durable et de l'authentique. Une réflexion douce-amère sur l'évolution de nos modes de vie, avec une pensée pour les fans d'Alain Souchon, de Philippe Glas et de William Sheller, ces Bobos des années 80 qui ne le savaient pas encore. La Story Nostalgie, par Brice Depasse, sur Nostalgie Belgique.
Il y a 20 ans, Renaud introduisait dans notre langage un nouveau mot : le bobo. Mais les figures qui ont inspiré ce monde existaient bien avant. L'une d'elles s'appelle Alain Souchon.Dès ses débuts, Souchon détonne. Nonchalance, rejet du conformisme, indifférence à la société de consommation : il incarne avant l'heure un esprit que toute une génération allait s'approprier. Porté par la guitare de son ami Laurent Voulzy, il chante les rêveurs, les marginaux et les petites choses, avec poésie et sophistication.Ces chansons trouvent un écho puissant chez une jeunesse héritée du grand chamboulement yé-yé et hippie des années 60. Des jeunes qui aiment autant la chanson française que la musique anglo-saxonne, fréquentent les cinémas d'auteur et débattent de culture des nuits entières. Devenus journalistes, cadres, architectes ou artistes, ils feront entrer la contre-culture au cœur de la société, presque sans qu'on s'en aperçoive.Alain Souchon, précurseur du monde bobo ? La Story Nostalgie vous raconte comment cet éternel adolescent a façonné toute une génération.
De Manhattan dans les années 60 à Bruxelles aujourd'hui, Brice Depasse raconte la gentrification qui transforme nos villes. Des artistes fauchés aux bobos, des bistrots authentiques aux coffee shops branchés, découvrez comment les quartiers populaires changent de visage, des Halles Saint-Géry à Brooklyn. Et pourquoi Thomas Dutronc a fini par ne plus aimer Paris. La Story Nostalgie, chaque jour avec Brice Depasse.
Il y a 20 ans, Renaud popularisait le mot « bobo », ce bourgeois bohème sincère dans ses contradictions. Dans cette Story Nostalgie, Brice Depasse dresse le portrait d'une génération élevée au son de Léo Ferré, Georges Brassens ou des Clash, qui justifie chaque dépense par des arguments écologiques, culturels ou esthétiques.Pour explorer ce phénomène, Brice s'appuie sur l'œuvre de Vincent Delerm, fils de l'écrivain Philippe Delerm, dont les chansons capturent avec précision et nonchalance la vie des jeunes bobos : bouquinistes, disques Deutsche Grammophon, Patrick Modiano… Mais aussi ces filles qui, en 1986, ont pleuré Daniel Balavoine avant de voir trois fois Rosanna Arquette dans Cherche Suzanne désespérément.Un épisode universel qui invite chacun à retrouver ses propres années, en changeant simplement les références.
En septembre 2006, Renaud sort « Les Bobos » et met des mots sur toute une tranche de la société. Mais qui sont vraiment ces bourgeois bohèmes ? Brice Depasse retrace leur histoire dans cette Story Nostalgie : des jeunes universitaires contestataires de Mai 68, enfants de la bourgeoisie, aux médecins, cadres et artistes de gauche des années 2000, qui ont gardé leurs idéaux tout en adoptant un train de vie confortable. Le terme « bobo » vient d'un journaliste américain qui popularise l'expression « bourgeois bohèmians » six ans avant la chanson de Renaud. Et Renaud lui-même ? Il s'y reconnaît sans ambiguïté, ancien loulard en mobylette devenu chanteur à succès roulant en SUV. Un épisode savoureux pour comprendre l'origine d'un mot, d'une génération et d'une chanson culte.
À l'occasion du retour d'Harry Potter en série sur HBO, Brice Depasse replonge dans ses souvenirs pour évoquer une rencontre inoubliable : celle avec Alan Rickman, le légendaire professeur Severus Rogue de Poudlard. Avant d'être une star mondiale, Alan Rickman est avant tout un acteur de théâtre shakespearien. Repéré sur une scène de Broadway à 42 ans, il hésite longuement avant d'accepter le rôle de Hans Gruber dans Die Hard (Piège de cristal). La suite, vous la connaissez. Brice raconte comment Rickman a ensuite imposé ses conditions sur Robin des Bois, comment il a façonné son shérif de Nottingham face à Kevin Costner et Morgan Freeman, et pourquoi Love Actually révèle peut-être l'homme qu'il était vraiment. Un être d'une élégance rare, passionné de Beatles, dont la voix et le phrasé théâtral restent uniques dans l'histoire du cinéma. Et à la fin de l'entretien, une surprise que Brice n'est pas près d'oublier. Découvrez les plus belles histoires des 25 ans de La Story Nostalgie, le podcast de Nostalgie Belgique présenté par Brice Depasse.
Il y a des rencontres qui ne s'oublient pas. Dans cette Story Nostalgie, Brice Depasse raconte le jour où il s'est retrouvé attablé avec Dan Aykroyd au bar de l'Hôtel Amigo à Bruxelles, une bouteille de Crystal Head Vodka entre eux deux. Dan Aykroyd, c'est Elwood Blues dans The Blues Brothers, la comédie musicale la plus chère de l'histoire du cinéma, dont il est aussi le scénariste. C'est aussi le partenaire de jeu d'Eddie Murphy dans Un Fauteuil pour Deux, signé John Landis, et l'un des cerveaux derrière Ghostbusters, écrit à l'origine pour lui avant que Bill Murray ne décroche le rôle du Professeur Venkman. Brice revient sur la genèse des Blues Brothers, nés dans un bar clandestin new-yorkais où se croisaient les Rolling Stones, Jack Nicholson et Muddy Waters, sur la disparition tragique de John Belushi, et sur les coulisses du Saturday Night Live, l'émission qui a lancé Dan Aykroyd et Eddie Murphy aux États-Unis. Une conversation de légende, conclue par une bouteille dédicacée et quelques mots en français canadien. La Story Nostalgie par Brice Depasse.
Quelle est la rencontre la plus étonnante de la carrière de Brice Depasse ? Sans hésiter : Lawrence Schiller. Derrière ce nom se cache l'un des photographes new-yorkais les plus importants du XXe siècle, auteur de portraits iconiques de Clint Eastwood, Robert Redford, Paul Newman, Barbra Streisand, Mohamed Ali et Martin Luther King.Lawrence Schiller est aussi l'un des rares à avoir photographié Lee Harvey Oswald, l'assassin de John Fitzgerald Kennedy, dont le monde n'a connu le visage vivant que quelques heures. Et surtout, il est l'auteur des célèbres photos de Marilyn Monroe, nue, au bord d'une piscine, de nuit, dans ce bleu éclatant que tout le monde a vu au moins une fois.Dans cet épisode, Brice raconte sa rencontre avec Schiller : les sessions photo avec Marilyn, celle tournée avec Yves Montand, et la dernière fois que le photographe la croisa dans son jardin, méconnaissable, sans maquillage. « Ce n'était plus Marilyn. »Mais le moment le plus inattendu de ce samedi reste la présence du fils de Brice, 8 ans, appareil en bandoulière. Lawrence Schiller prend le temps de lui apprendre à photographier... et de le portraiturer lui-même. Quelques jours plus tard, depuis New York, il envoie les clichés en haute définition. Des portraits d'un enfant, signés par la légende qui a immortalisé les Kennedy et Marilyn Monroe.La Story Nostalgie, par Brice Depasse. Les plus belles histoires des 25 ans de Story.
Si un artiste a incarné les années 80 en Belgique, c'est bien Pierre Rapsat. Pourtant, tout semblait l'en éloigner : connu depuis les années 70 pour un rock intello à la française, il évolue dans un paysage musical dominé par la New Wave des Buggles, Simple Minds ou Orchestral Manoeuvre. Mais à l'automne 1982, tout change. Pierre Rapsat et son groupe Transfer, composé de Christian Willems et Jean-François Maljean, s'installent à l'ICP, un studio bruxellois, pour enregistrer ce qui va devenir un album culte. L'ingénieur du son partage avec Rapsat une passion commune pour le cinéma de Ridley Scott, et notamment pour Blade Runner, sorti cette année-là, avec une bande originale signée Vangelis qui électrise toute une génération. Le studio dispose d'une batterie digitale dernier cri, celle-là même utilisée sur l'album des Stranglers. Pierre Rapsat sait ce qu'il veut. Le résultat est immédiat : « Passager de la nuit » et son clip s'imposent sur les radios belges francophones, suivi de trois autres titres de l'album. Si la France tarde à s'emballer, malgré l'admiration de Laurent Voulzy, Alain Souchon ou Bernard Lavillier, la Belgique lui ouvre grand les portes. Les auditoires d'universités affichent complet, avant le Cirque Royal et Forest National. Pierre Rapsat devient la gloire nationale, avec des concerts mémorables dont un au tennis club de Louvain-la-Neuve où 800 places s'étaient vendues en une seule journée. La Story Nostalgie, racontée par Brice Depasse sur Nostalgie Belgique.
Dans La Story Nostalgie, Brice Depasse replonge dans les années 80 pour raconter la réalité souvent difficile des artistes belges de l'époque. Les grandes maisons de disques internationales ignorent les talents locaux, les concerts sont rares et parfois payés en bière. Jean-Luc Fonck et son groupe Stella en savent quelque chose. Pourtant, des indépendants passionnés résistent et changent la donne. Parmi eux, les Gangsters d'Amour, une bande de Charleroi qui sort un 45 tours tous les trois mois pour exister médiatiquement, avec un style rétro façon Casablanca et un frontman explosif nommé Jeff Bodart. L'histoire méconnue mais fascinante d'une scène musicale belge qui se bat pour exister.
Les années 80 ont été une décennie résolument musicale. La télévision n'avait jamais autant diffusé de musique, les vidéoclips conquéraient le grand public et le Walkman permettait d'emmener ses artistes préférés partout. Au cœur de tout cela, une figure incontournable : le disquaire. Dans son magasin se croisaient amateurs, passionnés, animateurs de radios libres et DJ, ces nouveaux rois de la piste de danse. On y parlait musique sans arrêt, de nouveaux artistes, de clips marquants et d'albums attendus. Une époque où les compilations de hits, les magazines musicaux et les grandes pochettes de 33 tours faisaient partie du quotidien, et où la Belgique avait aussi sa place sur les disques Ketel et Hit Connection. Brice Depasse vous raconte cette histoire dans La Story Nostalgie, le podcast de Nostalgie Belgique qui replonge dans les grandes pages musicales et culturelles qui ont marqué notre mémoire collective.
Où étiez-vous dans les années 80 ? Que vous les ayez vécues ou qu'on vous en ait parlé, cette décennie reste l'an zéro de notre époque. Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse vous replonge dans un temps où tout était nouveau et enthousiasmant. Une époque où tenir un disque entre ses mains après l'avoir entendu à la radio était une émotion rare. Où appeler la station, c'était parler directement à l'animateur. Où les films de Stanley Kubrick (Orange Mécanique, 2001 : l'Odyssée de l'espace, Barry Lyndon) faisaient l'objet de conversations passionnées, parce qu'une fois sortis des salles, ils semblaient disparaître à jamais. Et puis sont arrivées les cassettes vidéo : tenir un film dans ses mains, le regarder chez soi, le prêter à des amis. Une révolution totale. Côté musique, les années 80, c'est une déferlante de nouveaux sons, de nouveaux genres et d'artistes belges qui s'imposent partout. Lio n'est-elle pas la petite sœur de nos belges années 80 ? La Story Nostalgie, avec Brice Depasse, sur Nostalgie Belgique.
Dans ce nouvel épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse vous embarque dans les années 80, une décennie qui fait encore rêver des générations entières. Après les années 70 et leur cortège de crises économiques, de chômage et de terrorisme, le passage à 1980 ressemble à une libération. Synthétiseurs, boîtes à rythme, jeux vidéo, cassettes vidéo, radios libres et ordinateurs personnels : tout change, tout va vite, et la musique est au cœur de cette révolution. Brice revient sur le rôle pionnier du groupe belge Telex, qui débarque à l'Eurovision avec des machines incomprises du jury et du public, mais qui va inspirer des artistes comme Depeche Mode et ZZ Top. Une histoire belge, musicale et intemporelle.
Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse retrace l'ascension fulgurante de Bryan Adams, l'une des plus grandes rock stars des années 80, et sa relation unique avec le public belge.Des duos mythiques avec Tina Turner (It's Only Love, récompensé d'un MTV Award) et David Bowie, en passant par des collaborations avec Bonnie Tyler, Mötley Crüe, Roger Daltrey des Who, Cyndi Lauper et les Scorpions, Bryan Adams enchaîne les succès et les scènes prestigieuses, dont le Live Aid.Mais c'est en Belgique que l'histoire prend une dimension particulière : de la Forêt Nationale aux 60 000 fans réunis à Werchter en 1988, jusqu'à l'enregistrement de Live! Live! Live! devant une foule belge, Bryan Adams et la Belgique partagent une histoire d'amour rock qui ne se démentira pas.
Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse retrace le parcours de Bryan Adams, de ses débuts discrets en 1978 jusqu'à la consécration mondiale avec l'album Reckless en 1984. Nourri au rock de Deep Purple et Peter Frampton, Bryan Adams signe ses premières chansons au début des années 80. Chez A&M Records, on mise sur ce songwriter rare qui écrit lui-même ses titres. En 1983, deux hits américains le propulsent sur le devant de la scène, dont un repris par Bonnie Tyler en face B de Total Eclipse of the Heart. En novembre 1984, Reckless change tout : 38 minutes, 6 tubes, une pochette iconique en noir et blanc et plus d'1 100 000 exemplaires vendus au Canada. En pleine époque Thriller, Madonna et Prince, Bryan Adams s'impose comme un pilier du rock pop mondial et prouve qu'il y a eu une vie avant Céline Dion dans la musique canadienne. Un épisode à écouter pour (re)découvrir la trajectoire d'un des plus grands artistes rock pop des années 80 et 90.
Avant les tubes planétaires, Bryan Adams avait 17 ans et un numéro 99 au Billboard américain. Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse retrace les débuts méconnus de la légende canadienne du rock : son passage chez Sweeney Todd à Vancouver, sa rencontre décisive avec le compositeur Jim Vallance, et sa première signature chez A&M Records, obtenue grâce à une chanson enregistrée en version disco, voix pitchée à 122 BPM incluse. Un premier pas vers une carrière qui allait faire chanter Tina Turner, Bonnie Tyler, Kiss, Johnny Hallyday, Rod Stewart et Sting.
Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse retrace les débuts fascinants de Bryan Adams. Né de parents anglais et élevé entre Lisbonne, Vienne et Tel Aviv au gré des missions diplomatiques de son père, Bryan Adams finit par poser ses bagages au Canada avec une guitare achetée à Reading et une passion dévorante pour le rock. Influencé par Deep Purple, Humble Pie, Peter Frampton, Led Zeppelin, Elton John et Tina Turner, il enchaîne les petits boulots, les sessions studio à Vancouver et un passage remarqué dans le groupe canadien Sweeney Todd, avant de se lancer en solo à tout juste 18 ans. La Story Nostalgie, chaque jour sur Nostalgie.
Bryan Adams : une icône du rock aux origines bien plus surprenantes qu'il n'y paraît. Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse retrace le parcours hors norme de l'artiste canadien né de parents britanniques originaires de Plymouth. Enfance nomade entre le Canada, Lisbonne, Vienne et Tel Aviv au rythme des affectations militaires de son père, abandon des études au profit de la musique, premiers groupes locaux et naissance d'un son rock musclé aux accents de country-pop. Plongée dans les années 80 et dans les racines d'un des artistes les plus vendus de l'histoire du rock, à l'heure où tout commence avec une guitare, l'été 1969 et la conviction que les grandes vacances ne finiront jamais.
Printemps 2019, je sors du métro parisien sur les Champs, ravi d’être enfin arrivé car avec mon sac et surtout la basse de Sting sur le dos, les transports en commun dans la capitale française, ce n’est vraiment pas l’idéal.Dans les couloirs des chambres du palace Royal Monceau, à deux pas de l’Arc de Triomphe, je ne peux pas m’empêcher que c’est ici, en 1986, que Freddie Mercury a découvert et essayé, non sans humour, la fameuse couronne royale et le manteau d’hermine qu’il allait porter lors de chaque rappel. Il est peut-être passé ici, 33 ans plus tôt, devant les yeux éberlués de clients qui entraient ou sortaient de leur chambre.Il logeait peut-être dans cette suite ? me dis-je en entrant dans ce mini appartement qui a des allures de ruche. Vous voyez la scène dans le film Notting Hill avec les interviews cinéma où Hugh Grant se fait passer pour un journaliste de chasse à courre ? C’est pareil ! Les affiches de mauvais goût et les montages de fleurs en moins.Je vais donc parler avec Sting de sa carrière et de sa vie, une aubaine, mais que fais-je avec sa basse sur le dos, me direz-vous ? Et bien je vais la lui faire signer et dédicacer au gagnant de notre concours à l’occasion de la sortie de l’album My Songs dans lequel il interprète ses classiques.J’avais 16 ans quand The Police a commis son premier tube, je me revois pogoter sur Message in the Bottle ou Can’t Stand Losing You dans les boums et les soirées dansantes, cette incroyable énergie punk qui faisait tant de bien à notre jeunesse et que Sting assume toujours 40 ans après. Je parle avec un héros de ma jeunesse qui est juste comme on se l’imagine, cool, d’apparence sérieux, car il peut balancer une vanne à tout moment. Alors tant qu’à parler de Police, j’en profite pour évoquer un souvenir de concert qui m’a laissé non pas un goût de trop peu mais de pas du tout, écoutez, ça va être vite réglé, … Je vous l’avais dit, vite réglé, du moins pour ce sujet de savoir s’il y aura encore un après Police, 7 ans plus tard, il a tenu parole, on peut le dire. Mais bon, douze séquences en boîte avec lui pour un week-end spécial sur Nostalgie, si on m’avait dit ça 40 ans plus tôt, l’adolescent binchois que j’étais, ne l’aurait jamais cru.En repartant, avec à nouveau la basse de Sting sur le dos, dans le hall de l'hôtel, je prends une photo du bar en enfilade et l’envoie à Michel Polnareff. Car j’ai oublié de vous dire que c’est ici qu’il a écrit et interprété Goodbye Marylou et tout l’album Kama Sutra durant les 900 jours où il y a résidé à la fin des années 80, dix ans tout juste après les fameux débuts de The Police dont on vient de parler. Les lieux ont bien changé depuis mais la légende est partout, il suffit de regarder et d’écouter.
De mes 25 ans de Story, je garde une série de clichés improbables réalisés en 2009 sur les toits de la radio. Une idée de notre webmaster pour la promotion de l’interview de Jim Kerr que je venais de réaliser. Alors, je profite de cette vue imprenable sur Bruxelles avec Jim Kerr, le chanteur emblématique de Simple Minds, les leaders de la New Wave avec U2 dans les années 80, pour nous remémorer quelques souvenirs de leurs débuts. Ce temps où la fin des années 70, tout début 80, ils étaient de ces musiciens cultes avec les Stranglers, The Cure, Orchestral Manoeuvres à hanter certaines salles bruxelloises, réunissant une faune d’ados aux coiffures à la mode pétard et à la mine très sombre.Toute une époque où la Belgique offre une première reconnaissance à l’étranger pour ces artistes britanniques post punks. C’est marrant ! exactement dix ans après Genesis. Je raconte à Jim la venue de la bande à Phil Collins et Peter Gabriel arrivant avec une voiture et une camionnette pour leur premier concert à l’étranger, avec la batterie de Phil montée sur des bacs de Jupiler.Lui me parle d’un club en 1979, l’ancienne boîte le Canotier, à Auderghem, où il n’y avait vraiment personne et puis c’est l’Ancienne Belgique, et bien sûr l’émission Folllies de Gilles Verlant, c’est pas tous les jours qu’ils passaient à la télé. Gilles Verlant qui avait organisé le fameux concert au Canotier et grâce auquel je savais qu’il n’y avait eu 12 personnes dans la salle.Alors je lui raconte les filles qui venaient acheter leurs premiers disques, ils en sortaient beaucoup à l’époque, quand je jobbais chez Caroline Music. Leur album Sons and Fascination portait bien son nom. C’est vrai, ça se lisait dans les yeux de celles et ceux qui apportaient leurs pochettes étranges en demandant d’écouter. C’était pas la musique de tout le monde, Simple Minds. Et puis il y avait l’attitude du chanteur. On disait qu’il était ecossais. Ça nous étonnait. Glasgow, c’était surtout un club de foot, pas une ville rock. Il y avait sa démarche, très particulière, et cette façon de se baisser en croisant les jambes et en touchant le sol, comme David Bowie dans le clip de Ashes to Ashes. Et puis au cours de l’été 1981, il y a eu ce jour où j’ai entendu en plein après-midi, un animateur d’Europe 1 annoncer le nouveau single de Simple Minds. Quoi ? Les Minds sur les longues ondes ? Ce n’est pas possible, c’est impensable ! Mais dès les premières mesures, ce n’est plus vraiment la même musique, on comprend qu’ils passent la vitesse supérieure. Il n’y aura plus de canotier ni d’Ancienne Belgique, même le Cirque Royal ne sera plus suffisant pour accueillir les nouveaux fans. Simple Minds à Forest National, en tête d’affiche de Torhout Werchter et puis ce sera le Live Aid, N°1 aux Etats-Unis.Quarante-cinq ans après, il reste tous ces souvenirs partagés avec une génération qui a fait de cette new wave la bande son d’une adolescence, d’une vie de jeune adulte, l’époque des cassettes à fond de balle dans la voiture et de l’empressement à rentrer chez soi pour découvrir un 33 Tours sur la platine. Ça raconte ça, les 25 ans de Story et ça se passe parfois sur un toit avec Jim Kerr, avec la vue sur tout Bruxelles.
Ce qu’il y a de fou quand on entre dans le métier du showbiz, ce sont les rencontres. Qu’on soit journaliste, producteur et même star de la musique ou du cinéma, un des gros plaisirs qu’on s’offre, c’est d’avoir l’occasion de fréquenter ceux dont on a été fan quand on était jeune, à une époque où on ne se doutait pas en posant le disque sur la platine qu’on les croiserait, discuterait avec lui ou elle, voire même boirait le coup, dînerait ou voyagerait.Si cela fait 25 ans que je fais la Story, cela en fait plus de 40 que je croise du monde. Alors c’est vrai qu’on a beau avoir gardé de sérieuses capacités d’admiration et d’émerveillement, il y a des moments, marrants a posteriori, où un copain vous appelle un samedi après-midi pour vous dire qu’il est à l’hôtel avec les frères Jackson. C’est un ami de la famille Jackson, je dois vous préciser, et justement ils n’ont rien à faire, Pourquoi tu t’amènes pas ? On peut faire des trucs.Et là, vous avez la flemme et vous dites, oui mais non, c’est samedi, merci. Vous raccrochez. Vous regardez par la fenêtre, il fait super beau, mais vous vous dites que c’est quand même les frères de Michael, les Jackson 5, les Jacksons, il y a Jermaine, puis Tito. Vous demandez à votre femme si elle n’a pas envie de sortir cet aprèm et vous rappelez votre pote en demandant T’es où ? Et puis, il y a la situation inverse. C’est il y a un bon paquet d’années. Un autre phénomène mondial est en Belgique, sur les bras d'un gars qui doit l’occuper pendant plusieurs jours, il s’appelle Nile Rodgers. Mais il y a une bonne vingtaine d’années, j’aime autant vous dire que très peu de gens peuvent mettre un visage sur ce nom. Good Times, Le Freak, on connaît pas choeur, le nom de Chic, aussi, mais Nile Rodgers, non. Oh on a peut-être déjà entendu que Let’s Dance et Like A Virgin, c’est produced by Nile Rodgers mais on n’a pas imprimé, c’est de la cuisine interne, ça. Nile Rodgers, à la fin des années 70 et dans les années 80, j’ai acheté tous les disques qu’il a fait avec son pote Bernard Edwards, je suis dingue du son de Chic, et de ce qu’ils ont écrit, joué et produit pour Sister Sledge, Diana Ross, Debbie Harry et tant d’autres. Alors, oui, une rencontre un soir, car il n’est pas du matin, oui ça m’intéresse.Et donc, le voilà, le type aux 500 millions d’albums et plus de 100 millions de singles, écrits, interprétés ou produits dont alors le métier ne se retourne plus. Et il est totalement cool, patient et drôle. On est des années avant son partenariat avec Daft Punk qui va l’amener sur le devant de la scène mais il en a des trucs à raconter, pensez donc. La question est, va-t-il se souvenir de cet accident dans sa carrière, en plein dans cette période bénie de la fin des années 70 où il sortait 15 disques par an : Sheila ? Écoutez, j’ai toujours la bande, c’est la première fois où il en reparlait et c’était dans La Story …
Rentrée 1986. Les enfants, il s’en est passé des choses durant les six premières années de cette décennie. Vous imaginez 1979 avec les Bee Gees ou les Village People ? Sept ans plus tard avec Prince, The Cure, Metallica, c’est plus la même musique et surtout, plus du tout le même univers. La télé et les radios ne ressemblent plus non plus à celles du début du début des années 80. Le rock est roi, le heavy metal cartonne, quant au rap, lui, il est encore considéré comme une curiosité en dehors de NY. C’est vrai, depuis Sugarhill Gang et Grandmaster Flash, il ne s’est plus passé grand-chose et les maisons de disques ne savent pas quoi en faire, les radios ne veulent que du rock et de la pop.Pourtant, un producteur californien au look improbable nommé Rick Rubin, le patron du jeune label Def Jam, est un fan absolu d'Aerosmith mais aussi des rappers de Run-D.M.C. Pour lui, les deux univers ont plus de points communs qu'on ne le pense : le rythme, l'énergie, la rue.Alors cet été, il propose aux trois rappeurs de reprendre Walk This Way, un tube d'Aerosmith sorti en 1975. Une autre époque, hein. Les mecs de Run-D.M.C. refusent, bien sûr, ils ne connaissent même pas Aerosmith. Pour eux, c'est de la musique de Blancs.Alors, Rick Rubin insiste. Il leur met le disque.Les trois gars écoutent, sous leur chapeau et derrière leurs lunettes noires, ils gambergent et finissent par accepter. Mais ce sera à leur manière. Pas question de copier. Ils vont garder le riff de guitare, mais vont réécrire la façon de chanter le refrain.Côté Aerosmith, en 1986, que va-ton en penser ? Ben en fait, ils ont d’autres soucis. Le groupe n’est plus celui qu’il a été. Ses deux derniers albums à la fin des années 70 et début 80 sont loin d’avoir été des chefs-d'œuvre et des succès, ravagés qu’ils étaient par la drogue, l’alcool et les disputes. Ça s’était terminé par une rupture. Mais là, surprise, Steven Tyler et Joe Perry viennent de se réconcilier, et de sortir un nouvel album. Très bon mais qui n’intéresse plus personne. Les grands jours semblent derrière eux.Alors quand Rick Rubin leur propose de participer à cette drôle d'idée, ils n'ont rien à perdre. Le clip va faire le reste avec les deux studios représentant deux mondes. D'un côté, Run-D.M.C. De l'autre, Aerosmith. Et quand Steven Tyler prend son micro et traverse littéralement le mur, l’image vaut tous les discours. Elle montre le rock et le rap qui cessent de s'ignorer. Les fans de rock découvrent le rap et inversément.Walk This Way est bien plus qu'un tube de la rentrée 1986, c’est une nouvelle fois dans les années 80, une porte qui s’ouvre pour ne plus jamais se refermer. Une époque de tous les possibles comme il n’y en avait encore jamais eue, malgré les deux extraordinaires précédentes décennies. Et comme il n’y en aura sans doute plus jamais.
Septembre 1996, impossible d'y échapper. Sur MTV, MCM, qu’est-ce qu’on les as regardées, ces chaînes, vous vous souvenez ?, un garçon à l'allure de félin glisse dans une pièce comme si les lois de la gravité ne le concernaient pas. Sur la tête, il porte un immense chapeau à plumes, devenu sa marque de fabrique. Beaucoup l'appellent Jamiroquai mais en réalité, Jamiroquai, c'est le nom du groupe. Lui, il s'appelle Jason Kay, alias Jay Kay.À vingt-six ans, ce musicien londonien est déjà une vedette chez nous. Et il a beau être British, il n’a rien à voir avec Oasis, Blur ou Pulp, c’est vrai, ils les laissent se disputer le trône de la britpop, car lui, joue une autre musique. Son univers, en effet, c'est le funk, la black music des années 70 façon Stevie Wonder, Marvin Gaye et Earth, Wind & Fire. Oui, comme Lenny Kravitz, Jamiroquai remet le couvert d’une musique passée. Ce retrofuturisme étonne, bien sûr, en 1996, on est loin d’imaginer qu’il va devenir la règle au siècle suivant.Le nouvel album de Jamiroquai en cette rentrée 96 s'appelle Travelling Without Moving. Voyager sans bouger. Drôle de titre pour un garçon qui passe son temps au volant de voitures de sport italiennes. Et en parlant de voyager sans bouger, il nous réserve une surprise de taille avec le clip de son nouveau single.La folie virtuelle, Virtual Insanity, dont il parle dans cette chanson, c’est les ordinateurs qui entrent dans les maisons, Internet, les manipulations génétiques, bref, la technologie qui file plus vite que l'homme. La chanson est forte, vous l’avez compris mais c'est le clip qui va entrer dans l'histoire. Vous vous êtes sûrement demandé comment Jay Kay faisait pour glisser comme ça sur le sol ? En réalité, il ne glisse quasiment pas car le sol est parfaitement immobile et la caméra aussi. C'est toute la pièce qui bouge.Le décor est en effet construit sur un gigantesque plateau monté sur des rails. Les murs, les meubles, le canapé, tout est fixé au plancher. Sous les pieds de Jay Kay, plusieurs machinistes poussent l'ensemble à droite, puis à gauche, puis en diagonale, pendant que le chanteur avance, recule ou reste immobile. Chaque déplacement, vous le devinez, est chronométré. Le moindre retard, le moindre faux pas et il faut tout recommencer. Jay Kay a dû apprendre et répéter au millimètre une chorégraphie mêlant la sienne et celle de toute la pièce : il doit savoir à quel moment le décor vient vers lui, quand il s'éloigne, à quel instant le canapé semble lui fonce dessus avant de s'arrêter à quelques centimètres.Voilà pourquoi, trente ans plus tard, à l’ère du digital et de l’IA où on voit les choses les plus folles, ce clip continue de nous tromper, comme trente ans auparavant, les plans fous de Stanley Kubrick dans 2001, Odyssée de l’espace nous avaient bluffé. Maintenant que vous connaissez le secret ... Regardez-le encore une fois, même en sachant comment ils ont fait, ça reste dingue.
Nous sommes en septembre 2001. Le monde du disque vit ses derniers moments d'insouciance. Travis, quatre Écossais de Glasgow, s'apprête à sortir son troisième album très attendu. Enregistré avec le producteur de Radiohead, il vise la simplicité et l'émotion. Parmi les maquettes, une mélodie de banjo inspirée d'une balançoire. Fran Healy, le chanteur, l'appelle d'abord « Swing ». Mais en travaillant les paroles, un seul mot s'impose : « Sing ». Et ça change tout. Brice Depasse raconte la naissance d'un titre emblématique de la pop britannique dans La Story Nostalgie.
1986 a été une des très grandes années de l’industrie mondiale de la musique. On commence à vendre beaucoup de CD, c’est vrai, dont pas mal de rééditions d’albums et puis, et puis les nouveautés par palettes grâce aux clips vidéos, aux radios et aux magazines musicaux, on n’a jamais vendu autant de disques. Et donc après les tubes de l’été, arrivent les grands enjeux de la rentrée avec, au bout, les fêtes de Noël où les gens s’offrent des vinyles et des CD par millions. Ça tombe bien puisque le monde de la création connaît au milieu de ces années 80, une effervescence dans la créativité qui ne sera jamais égalée. On est toujours sous le choc du Thriller de Michael Jackson et de sa suite qu’on attend avec impatience, de la toute puissance de Phil Collins et son groupe Genesis, puis David Bowie, Prince, Kate Bush, Whitney Houston, Lionel Richie, Metallica, U2, allez on arrête là, de toute façon c’est des tonnes de révélations chaque semaine.Et Madonna, dans tout ça ? C’est vrai que depuis son second album, Like A Virgin, c’est la nouvelle star mondiale. Un peu trop d’ailleurs. Depuis le triomphe de son film Recherche Susan désespérément, et de son mariage tumultueux avec Sean Penn, la surmédiatisation devient pesante. Car on ne parle plus que des exactions, beuveries et bagarres de son mari, acteur hollywoodien au caractère particulier. Les photographes les traquent jour et nuit, c’est infernal, car plus il en fait, plus les journaux paient chers pour une photo, provoquant les pires intrusions dans leur vie privée, ce qui les énerve encore plus et ainsi de suite. Et donc, Madonna les supporte de moins en moins car elle en finit par être plus un personnage de magazine people qu’une chanteuse.Pourtant, derrière la porte du studio où elle prépare son prochain album, c'est l’autre Madonna qui apparaît. Une jeune femme de vingt-huit ans amoureuse et heureuse. Et parmi les nouvelles chansons, il y en a une qui lui ressemble plus qu'aucune autre : True Blue.En anglais, être true blue, ça veut dire être fidèle jusqu'au bout, loyal, quelqu'un sur qui l'on peut compter. Une expression que Sean Penn emploie souvent. Alors Madonna la reprend pour le titre de son album et de cette chanson qu'elle lui dédie. Pour elle, Sean n'est pas le mauvais garçon qui fait les gros titres des médias. C'est l'homme qu'elle vient d'épouser et avec qui elle s'imagine passer toute la vie.Lorsque True Blue arrive en radio en cette rentrée 1986, et qu’on entend cette chanson d'amour légère et lumineuse, loin de l’esprit provoc de Madonna, on est très touché d’entendre cette déclaration sincère. Et c’est d’autant plus touchant que personne ne peut imaginer la suite de l’histoire.
On connaît tous l’expression Tube de l’été, on l’a tous utilisée. Mais bizarrement, on ne parle jamais de tubes de la rentrée. Pourtant y en a ! Chaque année, et depuis des décennies, depuis que les classements existent.Et en 1976, il y a cinquante ans exactement, les tubes mondiaux sont toujours soit américains et soit britanniques. On n’imagine pas un N°1 mondial belge, espagnol, allemand et encore moins, suédois, à moins d’une exception, et quand ça arrive, toujours sans lendemain. Non, les seules grandes machines à produire des tubes à la chaîne viennent de Grande-Bretagne et des Etats-Unis.Pourtant, il y a deux ans, un groupe suédois a réussi l’exploit de réaliser l’impossible. Sa victoire au concours eurovision lui a permis non seulement de se hisser au sommet des classements en Europe mais aussi d’entrer dans le Top 10 canadien et américain. Et au lieu de retourner dans l’oubli juste après, comme tous les autres vainqueurs de ce concours, Abba a réussi à aligner cinq autres tubes en Europe. L’Amérique, c’est plus dur. Pourquoi ? Et bien parce que le groupe ne rentre pas vraiment dans les canons du rock. Avec son look scintillant, propret et souriant façon Colgate, Abba est très loin des Rolling Stones, Pink Floyd ou David Bowie, on ne les prend pas au sérieux dans les médias.Déjà, ils n’ont pas emménagé à Londres mais sont restés à Stockholm. Stockholm, vous imaginez ? Non ! Et ben justement, personne n’imagine un groupe de rock dans une ville pareille. Si déjà, on pouvait l’imaginer, cette ville, mais on ne la connaît pas. Et quand on la connaît, avec ses ilots et ses canaux, ses cafés et restaurants qui ferment tôt et ses rues silencieuses et noires en hiver alors qu’il n’est que 15 heures, ça ne fait pas très écrin de groupe pop star mondiale.D’ailleurs, c’est bien simple, devant l’entrée du Polar Studios où Abba enregistre pour l’instant, il n’y a pas de fans qui font le pied de grue pour les accueillir, on dirait l’entrée d’une étude de notaire. Et c’est là qu’on fabrique des tubes ? Non ! Des plans pour la nouvelle Volvo, oui, mais un tube mondial !Et pourtant… Derrière cette façade sans histoire, il y a deux hommes, deux musiciens. Benny, au piano avec Björn tournant autour de lui avec un carnet. Depuis deux ans, ils ont un objectif : prouver que Waterloo n'était pas un accident.Et justement, la tournée australienne terminée, Benny est rentré à Stockholm avec une idée qui ne le lâche plus. Ce n'est pas une mélodie mais un balancement qui lui trotte en tête depuis qu’il y a entendu Rock Your Baby de George McCrae à la radio. Et Benny cherche ce même mouvement, ce groove, au piano. Alors, pendant plusieurs jours, il part à sa recherche sur le clavier et puis un matin, avec Björn, ils sentent qu’ils tiennent enfin quelque chose. Ils se le disent, sans oser s’avouer qu’ils tiennent quelque chose de fort, de très fort. Sur la boîte de la bande magnétique, ils écrivent un titre provisoire : Boogaloo.Dans quelques semaines, ce morceau portera un autre nom. Ce sera le tube mondial de la rentrée, y compris aux Etats-Unis et cinquante ans plus tard, tout le monde aura encore cette furieuse envie de le chanter.
Pour les 25 ans de La Story Nostalgie, Brice Depasse lève le voile sur les coulisses de ses rencontres les plus marquantes. Un micro en panne face à un Eddie Mitchell intimidant à l'hôtel Lutetia à Paris. Une première visite chez Michel Sardou, attendu comme un homme difficile, et découvert comme un homme affable, rieur et profondément humain. Des anecdotes jamais racontées sur antenne, parce qu'elles relèvent du making-of, parce qu'on redoute de casser la magie... ou simplement parce qu'elles n'appartiennent qu'à ceux qui les ont vécues. 25 ans de stories, de surprises et de rencontres inoubliables avec les plus grands artistes francophones.
Les 25 ans de Story écoulées m’ont valu bien des surprises que j’espère avoir été en mesure de traduire en mots dans mes séquences. Bon il y a aussi des trucs qu’on ne raconte pas sur antenne. Parce que ça relève du making of, qu’on redoute de casser la magie ou plus généralement que cela n’en vaut pas la peine, ça ne concerne que nous.Ainsi de ma première rencontre avec Eddy Mitchell qui débarque avec son attaché de presse au milieu du bar de l’hôtel Lutetia, Rive gauche, à Paris. Un Eddy Mitchell qui s’apprête à sortir de plusieurs années où il n’a pas parlé à la presse et qui arrive avec le regard noir de ses lunettes de soleil, un grand chapeau de cowboy vissé sur la tête et les mains accrochées à son ceinturon tel John Wayne sorti de Rio Bravo.Alors vous vous installez à une table face à lui qui commande au garçon une menthe à l’eau mais vous ne réagissez pas car votre micro ne fonctionne pas, que se passe-t-il ?, et, zut, la batterie est presque à plat, vous avez oublié de couper l’alimentation. Alors, pendant que vous vous démenez, Eddy ôte ses lunettes noires, pose les coudes sur la table et le visage entre ses mains tout en vous fixant sans piper un mot. Y a de quoi partir en sucette car vous devez ramener 30 minutes de bon produit à passer sur antenne pour une journée spéciale ! Quel décalage quand quelques années et pas mal d’interviews plus tard, un verre de whisky dans sa loge avant un concert, une chope de bière belge partagée lors d’une avant-première au cinéma, je me trouve dans son bureau à Paris, en riant de cette histoire, du plan qu’il a fait pour me stresser, et dont il dit ne pas se souvenir. Eddy est très attaché au passé, ce n’est un secret pour personne et c’est un grand raconteur d’histoires, il m’a donné du grain à moudre, permis d’écrire des Story étonnantes qui font revivre des quartiers entiers de Paris, une époque où les gens vivaient ensemble.Et que dire de celui qui m’a réservé la plus grosse surprise de ma carrière : Michel Sardou. Premier rendez-vous, première rencontre, chez lui. Carrément. Son nouvel album est une bombe, on l’a bien senti en l’écoutant, il va d’ailleurs lui valoir 2 ou 3 N°1, donc, il ne faut pas se louper. Mais il est infernal, m’a-t-on dit. Il en a viré plus d’un au bout d’une minute. Je confirme, je vais y assister un jour.Et c’est vrai que dans le hall d’entrée, l’accueil est poli, mais la poignée de main est virile et ses traits bien fermés, exactement l’image publique d’un homme qu’on a tant vu à la télévision depuis trente ans. On me fait entrer dans le salon, magnifique demeure dans un quartier privé, où j’attends qu’on vienne me chercher. Et là, quinze minutes plus tard, il surgitd’une porte passe devant moi, s’arrête et me demande si on m’a proposé quelque chose à boire. L’attention a beau être minimale, le ton dans la voix n’est plus celui du Sardou qui répond aux questions du JT, c’est celui auquel je vais avoir droit lors de chaque rencontre. Car à mon grand étonnement, on est très loin du gars cassant, c’est au contraire un homme affable, rieur et blagueur, et je comprends pourquoi il a aussi longtemps été le meilleur ami d’un vrai gentil comme Johnny Hallyday. Je n’ai pas un disque de Sardou chez moi mais c’est l’artiste que j’ai le plus aimé retrouver dans ce métier.
Si Freddie avait fêté ses 80 ans ce 5 septembre, aurait-il encore porté son manteau d’hermine lors des rappels ? On a tous cette image de lui revenant à la fin du concert habillé en Queen ou en King du Royaume-Uni sous les acclamations d’un public innombrable et conquis.Quelle revanche pour lui, l’immigré de 18 ans arrivé à Londres, fuyant un ex-territoire de l’Empire britannique, et tombant au bas de l’échelle. Il n’y songe même pas, tout cela est oublié, a été gommé. C’est pour cela qu’autant le manteau que la couronne doivent être crédibles.L’ensemble lui est livré depuis Londres par la couturière elle-même, lors du concert à Paris, dans sa suite à l'Hôtel Royal Monceau. Ça ne peut pas mieux tomber. A deux pas de l’Arc de Triomphe voulu par l’empereur Napoléon, relancé par Louis XVIII et inauguré par son successeur le roi Louis Philippe, Freddie Mercury voit la costumière sortir une vraie couronne du carton et la lui poser sur la tête. Une fois drapé dans son manteau de traîne de plus de dix kilos qui recouvre élégamment son peignoir jaune entrouvert, Freddie prend une pose grandiloquente provoquant les rires de son entourage qui s’était réuni pour prendre le thé.Mais le métier reprend vite ses droits, voulant mettre au point une allure royale de rockstar, il saisit une banane dans la corbeille de fruits en guise de micro et se met à marcher dans la pièce. Mais cette suite n’est pas digne d’un roi, trop exiguë, alors d’une main assurée, Freddie ouvre la porte de la chambre et arpente le couloir de l’étage, déambulant royalement sous les regards éberlués de clients de l’hôtel qui regagnent ou quittent leur chambre.Dix ans après avoir mis au point ce God Save the Queen qui clôturait le disque A Night At The Opera façon Jimi Hendrix, que Freddie avait découvert, par hasard, lors d’un concert d’Eric Clapton dans les années 60, Freddie met enfin la touche finale, manquante au tableau de fin des concerts. Il ne s’agit plus de dire au public, c’est fini, il n’y aura plus de rappel, vous pouvez y aller, mais d’assumer pour le groupe que, oui, la star, c’est Freddie. Même s’il n’est rien sans les autres comme vient encore de prouver son album solo.Non, ils ne sont rien l’un sans l’autre. Freddie avait d’abord connu Roger dans les années 60, partageant la même coloc à Kensington, puis avait découvert le groupe qu’il formait avec Brian et qu’il avait rejoint, avant que John ne vienne compléter le quatuor. Inséparables. Cette année-là, Freddie dira sur scène au public de Wembley, on ne se séparera jamais, on jouera tant qu’on sera en vie. Et à un journaliste qui lui demande pourquoi il continue encore, il répond avec son tac-au-tac légendaire : Parce que je ne sais rien faire d’autre.
5 septembre 1964, Freddie Bulsara fête ses dix-huit ans, à la maison, avec sa sœur et ses parents. C’est vraiment ici qu’on va vivre ? Tels ont été ses premiers mots quand ils se sont retrouvés quelques mois plus tôt, face à une toute petite maison de briques encastrée dans la longue enfilade monotone d’une cité ouvrière.C’est ça Londres ? Ça ne ressemble pas du tout à ce qu’il avait imaginé, à ce qu’il en avait vu dans des films, des images de magazines, des livres. A deux pas de l’aéroport d’Heathrow, 3 chambres, un séjour, une cuisine, une sdb minuscule et un jardin prétexte, tout ça sous un ciel triste et froid, il n’aurait jamais imaginé que cela puisse être comme ça. Freddie n’a connu que la plage blanche et la mer turquoise, une grande maison avec des domestiques à Zanzibar. Même l’internat en Inde passe pour un paradis à côté de ce quartier.Mais ils sont vivants et c’est le principal. Des milliers de personnes ont massacrées lors de la révolution. Son père étant fonctionnaire de l’empire britannique, il était une cible toute désignée. La famille avait pris la fuite pour l’Inde, abandonnant tout derrière elle dans sa précipitation. Comment Freddie pourrait-il alors imaginer que cette ville où il traîne son désespoir de jeune adulte, va lui offrir tout ce qu’un ex-adolescent a pu rêver : le succès, la gloire, la fortune. Et bien, je vais vous étonner, c’est justement Freddie qui, le premier, alors que son père est proche de baisser les bras, lui qui n’est plus rien qu’un immigré iranien, ou paki selon les gars qui lui parlent mal, dans cette ville de l’autre monde, se voit en terre promise. Car c’est vrai, leur quartier, le climat, c’est pas ça, mais bon sang, il a été élevé, reçu une éducation de Britannique à l’autre bout du monde, et le voilà à présent au cœur de l’Empire. C’est une chance !Mais quand même, il exagère, trouve son père, il pousse trop loin l’intégration, là. Mais que croit-il ? Que les Anglais vont le reconnaître comme un des leurs ?Bomi Bulsara voit son fils s’habiller comme les Beatles, puis les Stones, Pink Floyd, Deep Purple, avec des jeans serrés, des blousons, des foulards et se fondre dans la masse. Ainsi de ce soir où il va avec des potes, voir jouer Cream, le nouveau groupe d’Eric Clapton, celui-ci appelle sur scène, un jeune guitariste noir américain : Jimi Hendrix. Freddie ne rate rien des moments où il joue les mains dans le dos, puis avec les dents, ou fait le grand écart en plein solo. Le désespoir des premiers jours a fait place à une fête permanente car Londres est, en plus de ses musées, galeries d’art, magasins de fringues, devenue la ville qui swingue. Des jeunes arrivent du monde entier en espérant croiser les stars du moment, alors que lui, il y vit toute l’année !Non, vraiment, il va y arriver, il y est déjà dans sa tête comme ce matin, avant les cours, où il se tient debout sur un banc de son école supérieure à mimer les gestes d’Hendrix pour montrer ce qu’il a vu, à ses camarades de classe. C’est alors qu’un prof entre dans la classe et voyant ce maigre garçon s’agiter avec ses grandes dents, s’écrie Descends de là, Freddie, et assieds-toi, tu ne seras jamais une rock star.
5 septembre 1984, Freddie fête son 38ème anniversaire avec ses copains de Queen et les 11.000 spectateurs du Wembley Arena. C’est la deuxième des quatre dates londoniennes à guichets fermés, la tournée de l’album Works et le succès phénoménal des singles et des clips de Radio Gaga et I Want To Break Free dont le public a interprété par chœur le premier couplet sans que Freddie ait eu à chanter le premier mot.Et donc, 38 ans, ça se fête. Freddie en organise une démesurée, folle, dans la boîte à la mode, le Xenon. Située sur Piccadilly, là où dans quelques semaines on fêtera la sortie du deuxième album de Wham! en présence de George et Andrew, évidemment, ce 5 septembre, ce sont 500 invités qui attendent Freddie. Je vous laisse imaginer l’ambiance. Le voilà qui arrive dans ce qui semble être une tenue de scène rouge, laissant apparaître de larges épaules musclées une fois son blouson de cuir ôté.Le gâteau est bien évidemment à la hauteur de l’événement, en forme d’un modèle vintage de Rolls Royce, mais de la taille d’un cuistax, c’est dingue. Freddie donne le premier coup de couteau et de dent aussi, quelle image, pour un type qui semble croquer la vie à pleine dents, qu’il a bien visibles.Parmi les invités, on reconnaît beaucoup de stars du rock, bien sûr, mais aussi Mary Austin, qui huit ans après leur séparation n’est jamais loin. Comment peuvent-ils deviner que le portrait d’eux pris ce soir à la sauvette, avec Freddie la tenant dans ses bras, sera le plus diffusé dans les médias trente ans plus tard, qu’on parlera encore de leur histoire.Oh, il y a aussi tous les amis de bringue de Freddie, les fidèles et ceux d’un soir mais ce n’est pas eux qui attirent le plus l’attention, non, c’est une femme dont il est très proche et avec il partira au milieu de la nuit en la tenant par la main.En Allemagne, il ne se trouve personne pour ignorer son nom, Barbara Valentin est une enfant star, une comédienne. Autrefois le profil type de la petite bavaroise blonde, aujourd’hui les traits fatigués de quelqu’un qui a trop bu pour accompagner sa solitude de vedette, dépassée par un nouveau cinéma qui ne la reconnaît plus.Barbara a plu à Freddie dès leur première rencontre à Munich. Lors d’une soirée dans un bistrot, elle avait brûlé son manager avec sa cigarette sans le faire exprès. Il était monté dans une rage folle mais cela n’avait pas eu l’heur d’impressionner la comédienne. Freddie l’avait invitée à boire un verre, ils avaient parlé jusqu’au bout de la nuit, il l’avait raccompagnée chez elle, et était sorti de son appartement marqué par sa présence.Ils emménagent rapidement ensemble à Munich, leur vie commune est atypique mais c’est un nouvel ancrage pour Freddie. Mary s’est montrée très froide ce soir du 5 septembre face à Barbara, qui, même si elle modère Freddie lorsd e leurs virées, le fait rentrer quand il va trop loin, est aussi une habituée des lieux de débauche.
Ce 5 septembre 2026, Freddie Mercury aurait fêté ses 80 ans. Incroyable, hein ? On ne l’imagine pas à 80 ans. Son image, ses images sont figées avant la cinquantaine pour l’éternité. Alors on va y retourner dans ce passé légendaire, nous sommes le 5 septembre 1978, Freddie fête son 32ème anniversaire.Nous nous trouvons dans une région familière pour un grand nombre d’entre nous, la Côte d’Azur, précisément, à Saint-Paul-de-Vence, dans la maison de Bill Wyman, le bassiste des Rolling Stones. Une fête à laquelle se joignent pas mal d’amis de Freddie, venus de Londres et de New York.Car figurez-vous qu’il vient de s’enticher de New York. En effet, début décembre 77, lors du second concert de Queen à Madison Square Garden, il reçoit la visite d’une fan de marque : Liza Minnelli. Imaginez le choc pour Freddie qui juste après avoir reçu l’aval de Groucho des Marx Brothers, il reçoit après concert les félicitations de la fille de Judy Garland, LA dorothée du Magicien d’Oz et, du grand réalisateur Vincente Minnelli. Tous les gars de sa génération ont vu les films des parents de Liza. Il est si impressionné qu’il décide de rester à New York pour se rendre à une représentation sur Broadway d’un Musical dans lequel elle tient le premier rôle.Pour Freddie, Liza, c’est la star de Cabaret, un film qui l’a terriblement marqué cinq ans plus tôt, et pas seulement parce qu’elle y est prodigieusement sexy et émouvante, mais aussi parce qu’il montre le Berlin Gay des années 30 face à l’intolérance nazie. Cette nuit-là, Freddie découvre une communauté new yorkaise libérée, dans des bars qui ne sont désormais plus considérés comme louches. C’est pour lui, une révélation.Il décidera bientôt de poser ses valises dans cette ville où on peut y sortir toute la nuit pour briser sa solitude sans être importuné parce qu’on est une star de la musique. Mais pour le moment, la tournée continue, en Europe, et après avoir notamment donné les mythiques premiers concerts à Forest National, les membres de Queen s’entendent dire par leur manager qu’ils gagnent désormais trop d’argent pour le fisc anglais. Ils doivent, pour les mêmes raisons que les Rolling Stones, quelques années plus tôt, expatrier leurs sources de revenus. Et donc ? Et donc, il y a un studio d’enregistrement à vendre à Montreux. Un studio avec de sacrées références de Deep Purple à Led Zeppelin en passant par David Bowie. Montreux est une ville pour enfants riches de 20.000 habitants, il n’y a rien à faire la nuit, à part un casino et un bar dont le groupe va se faire virer d’ailleurs, un soir, par conséquent, vous y serez d’autant plus concentrés quand vous enregistrerez. De plus vous aurez tout le temps, il sera à vous.Et donc, Montreux, Saint-Paul-de-Vence c’est à un saut de puce qui permet à Freddie d’assister au passage du Tour de France, certains disent à Montreux, d’autres à Nice, alors qu’il loge à l’hôtel Negresco..
Ainsi donc, ce 5 septembre 2026, Freddie Mercury aurait dû fêter ses 80 ans. On imagine les quatre membres de Queen se retrouver pour l’occasion, Freddie étant plus âgé que ses comparses, le passage de ce cap n’en aurait été que plus important. Peut-être ne résiderait-il plus aujourd’hui dans sa maison de Kensington où viennent encore chaque jour se recueillir de nombreux fans. Ni à Montreux dans la maison au bord du lac, avec le fameux hangar à bateau. Mais peu importe, le miracle est là, 35 ans après sa disparition, Freddie n’a jamais été aussi populaire, comme en atteste le succès du biopic Bohemian Rhapsody, tellement prodigieux qu’il en a lancé une mode dont on ne voit pas la fin.Freddie Mercury est une icône, un superhéros des années rock’n’roll star, un personnage historique pour des milliards d’humains du XXI° siècle. Une destinée d’autant plus improbable qu’il a durant toute sa carrière dû subir les attaques d’un milieu rock alors tout puissant qui ne le reconnaissait pas comme un des siens. Moqué par les critiques parce qu’il ne s’embarrassait pas des codes et du cloisonnement des genres musicaux, poursuivi par les tabloïds à cause de son immense popularité, Freddie est un héros tragique qui a dû ajouter un destin brisé à son parcours atypique.Aujourd’hui sa maison natale, dans son paradis perdu de Zanzibar est devenu un hôtel de caractère, avec ses chambres de charme au bord d’un océan de carte postale. Le monde de nos années 2020 oscille entre son émerveillement pour ses créations, ses performances vocales, sa présence sur scène toujours inégalée et l’admiration pour l’ostracisme qu’il a subi dans son existence pour le Paki Homo qu’il était.Le monde d’alors était ainsi fait que Freddie a dû se cacher au prix de se perdre avant d’enfin se trouver, s’assumer dans une décennie de libération qu’il a fini par incarner visuellement dans des clips, aujourd’hui du patrimoine.Pour les plus anciens, le Queen de Freddie Mercury, c’est un 45 Tours entendu à la radio, une vidéo à la télé qui a fait s’arrêter les aiguilles du temps l’espace de quelques minutes. Un concert à Forest National qui leur a donné l’impression d’être dans un autre monde, électrisé par un charisme qui n’a jamais connu d’équivalent, porté par une musique dont on ignorait qu’elle pouvait être poussée à une telle puissance. Queen, ce sont des 33, des 45 Tours, des CD, des cassettes échangés dans la cour de l’école pour découvrir des enregistrements qu’on n’avait pas les moyens de se procurer avec notre argent de poche.Alors, on ne va pas se lamenter sur toutes les chansons de Queen qu’on n’entendra jamais car Freddie n’a pas eu le temps de les enregistrer, de les laisser pousser dans nos vies. En vingt ans de carrière, il a eu l’occasion de nous en offrir assez pour éclairer une existence, pas vrai ? Et tenez celle-ci, l’a-t-il écrite pour quelqu’un en particulier ou pour nous tous ?
Quand je vous ai raconté les premières Story à la rentrée 2001, il a surtout été question des années 70 et 80. Et oui, c’était déjà tendance il y a 25 ans, les enfants, c’est plus une mode, ça. Mais bon, 2001, au présent, c'était aussi une sacrée époque. On parlait de nouveautés sans imaginer qu'elles allaient nous accompagner pendant un quart de siècle, et le reste.Ainsi, souvenez-vous, en novembre 2001, un petit sorcier anglais débarquait au cinéma. Et quelques semaines plus tard, un hobbit quittait la Comté pour détruire un anneau maléfique. Oui, Harry Potter et Frodon Sacquet, petits par la taille, ont été les grands héros de deux films très attendus du début du XXI° siècle. Vingt-cinq ans plus tard, ce sont devenus des personnages aussi célèbres que Tintin ou Luke Skywalker, si pas Ulysse et le Roi Arthur. Et pourtant, à l’automne 2001, ce n’est pas gagné.Si les livres pour enfants de Harry Potter cartonnent déjà, rien ne dit que Hollywood ne va pas décevoir des millions de lecteurs. C’est pour cela que l'auteure, J.K. Rowling refuse que son univers soit américanisé. Elle exige des acteurs britanniques, des décors fidèles, et garde un droit de regard inhabituel dans une adaptation. Quant au choix du petit Daniel Radcliffe, il fait débat : beaucoup le trouvent trop fragile, pas assez ressemblant au héros des romans. Et pourtant, quelques semaines après sa sortie, les critiques sont unanimes : la magie fonctionne, c’est le cas de le dire.Mais c’est en décembre qu’arrive un autre pari, encore plus fou. Adapter Le Seigneur des Anneaux, le roman le plus vendu de l’Histoire, considéré depuis toujours comme impossible à porter à l'écran. Peter Jackson a dû convaincre le studio de tourner les trois films d'un seul coup, en Nouvelle-Zélande. Une décision complètement folle pour l'époque, vu la somme investie avant même de savoir si le premier film marchera.Alors, malgré la merveilleuse surprise de ces deux réussites, personne ne peut deviner fin 2001 que la saga Harry Potter va nous passionner de plus en plus durant huit films, que l’univers du Seigneur des Anneaux va nous fasciner durant six très longs métrages de plus de 3 heures 30 et remporter dix-sept Oscars. Depuis, on sait que les mêmes studios ont échoué recréer un nouvel Harry Potter ou un nouveau Seigneur des Anneaux.Oui, cet automne 2001 a marqué la naissance d'un nouvel âge d'or du cinéma populaire. Si on y ajoute le Star Wars II qui raconte la jeunesse d’Anakin Skywalker, ces personnages créés au siècle dernier vont devenir des héros universels. Les enfants qui découvraient Harry Potter à onze ans ont aujourd'hui des enfants qui découvrent Harry à leur tour. Quant à Frodon, Gandalf ou Aragorn, ils sont entrés dans notre imaginaire collectif.Qui aurait dit que cette première saison de La Story, consacrée à des histoires du passé, allait être aussi le témoin de l'Histoire d’une Pop Culture alors en train de naître.
Vingt-cinq ans que je vous raconte La Story sur Nostalgie, 25 ans où j’ai pu laisser parler cette passion qui m’a ouvert les portes d’un autre monde quand j’étais môme. Mais malheureusement, il n’y pas eu que des événements heureux qui m’ont valu de revenir en radio sur des carrières légendaires. Et dès la saison 1 de cette série d’ailleurs. Je me rappelle arriver un matin de novembre 2001 chez Nosta et m’écrier quand on m’annonce la nouvelle : oh non pas lui. Oui, George Harrison est mort, à l’âge de 58 ans. Un second Beatles de parti, c’est terrible !Pauvre George. Il venait de sortir un nouvel album qui ne passionnait pas grand monde, il faut bien le dire. C’est vrai qu’il était le plus discret des quatre Beatles mais il avait pourtant signé quelques classiques du plus grand groupe de l’histoire comme Taxman, While my guitar gently weeps ou encore Something, sa seule chanson à avoir eu droit à une sortie en single en face A.Et c’est vrai aussi que George a souffert d’être le plus jeune. Pour Lennon et McCartney c’est le p’tit car il n’a que quatorze ans quand il les rejoint alors que les deux autres en ont quinze et dix-sept. Il faut dire que, un ou deux ans de plus, à cet âge-là, c’est énorme. Et donc George a dû se battre pour placer une chanson de lui par album car Lennon & McCartney ne le prenaient pas au sérieux. Je vous l’ai dit, c’est le petit, tellement qu’en 1971, il y a 55 ans, il sortait un triple album, All Things Must Pass, N°1 des ventes, avec toutes les chansons dont les autres n’ont pas voulu et qui auraient pu être des chansons des Beatles s’ils avaient continué leur route ensemble.George était revenu au premier plan en 1987 avec un énorme hit et un album à succès. A cette époque, il n’y avait plus personne pour y croire. Sauf ses amis Bob Dylan, Tom Petty, Roy Orbison et Jeff Lynne d’Electric Light Orchestra avec qui il enregistre une chanson pour une face B d’un single de cet album sous le nom des Travelling Wilburys. Sa firme de disques lui dit de voir plus loin car c’est vrai qu’on n’a jamais vu dans l’histoire, un super groupe d’un niveau pareil. Et voilà George encore N°1.Puis c’est le succès des séries Beatles Anthology en 1995 et 96 où ils enregistrent deux nouveaux titres à trois, mais en 1997 tombe la terrible nouvelle : George souffre du cancer du fumeur qui dans quatre ans, finira par avoir raison de lui. Entretemps, il survivra au terrible homejacking perpétré par un fan fou furieux. Souffrant des 40 coups de couteau reçus, George Harrison n’en a pour autant pas perdu son légendaire sens de l’humour avec lequel il avait brillé au sein des Beatles. Dans le communiqué qu’il publie le lendemain depuis son lit d’hôpital, il déclare que son agresseur n’était ni un voleur, ni un gars refusé à une audition pour les Travelling Wilburys.Alors pour se souvenir de lui, on va revenir à cette époque des Beatles où George devait batailler pour placer un titre sur un disque ; et bien, juste retour des choses, figurez-vous que l’une de ses compositions est aujourd’hui la plus écoutée des Beatles en streaming, et elle commence comme ceci ...
YouJ’ai du mal à le croire et pourtant, il y a 25 ans, je vous présentais ma toute première Story sur Nostalgie. Et comme j’archive tout, me disant on ne sait jamais ça peut servir, le texte manuscrit se trouve toujours dans un classeur de mon armoire. Je ne pouvais pas trouver meilleur sujet en cette rentrée 2001 que de vous raconter l’incroyable histoire d’Electric Light Orchestra qui publiait son premier studio depuis 15 ans. Et quel album ! Et vous savez ce qui est fou ? C’est que cette période soit à présent devenue du patrimoine également. C’est vrai que 2001 n’a pas été celle de l’odyssée de l’espace, je disais déjà que l’avenir n’est plus ce qui l’était, mais n’empêche, j’ai pu vous parler avec beaucoup de passion de ce nouvel ELO, et bien sûr du nouvel album de Michael Jackson dont on ignorait qu’il serait le dernier.Et puis, en parlant de Michael Jackson, il n’y avait pas encore les réseaux sociaux, on n’utilisait pas internet comme aujourd’hui : on n’a pas entendu parler ici d’un événement incroyable qui s’est déroulé le 10 septembre 2001, à savoir l’improbable réunion des six frères Jackson qui fêtent les 30 ans de leur premier succès.Destinée à la promotion du nouvel album de Michael, cette réunion a lieu à New York sur la scène de Madison Square Garden. Un événement capté par la télévision, évidemment, le but n’est pas uniquement de fêter un jubilé mais aussi le nouvel album de Michael.Oui, 30 ans de succès discographique et pourtant, il fête ses 43 ans, le Michael. Avec ses cinq frères tout d’abord pour une série de hits des Jackson Five et des Jacksons, avant de continuer seul, avec ou en présence d’une pléiade de géants de la pop, de Whitney Houston à Ray Charles en passant par Usher, Britney Spears, ou les Destiny’s Child.Ce 10 septembre, est en fait la seconde représentation de ce show anniversaire. Non pas parce qu’il y avait trop de demandes, ils auraient pu remplir cette salle de 20.000 sièges dix fois mais plutôt parce qu’en télévision, il faut doubler pour choisir la meilleure prise.Et c’est tant mieux, je vais vous dire, car l’après-midi de la Première, le 7 septembre, Michael souffrant terriblement du dos, a pris du Demorol et se trouve aux abonnés absents quand tout le monde cherche après lui. Alors que le public entre déjà dans la salle, un assistant se précipite jusqu’à son hôtel, le réveille péniblement et ramène un Michael les yeux hagards devant un parterre d’invités et de caméras. A l’entr’acte, juste avant qu’il ne doive monter sur scène, c’est la panique à bord en coulisses, il dort debout. Mais Michael n’avait pas six ans quand il est monté sur scène pour la première fois, alors il assure, sauve les meubles. Et donc, cette seconde version du show est cent fois meilleure, tout est resserré, c’est vraiment l’événement de l’automne, le show qui va pousser l’album.Alors pourquoi en avons-nous si peu entendu parler de ce show du 10 septembre à Madison Square Garden ? Parce que le lendemain matin …
Rentrée 1986. Les enfants, il s’en est passé des choses durant les six premières années de cette décennie. Vous imaginez 1979 avec les Bee Gees ou les Village People ? Sept ans plus tard avec Prince, The Cure, Metallica, c’est plus la même musique et surtout, plus du tout le même univers. La télé et les radios ne ressemblent plus non plus à celles du début du début des années 80. Le rock est roi, le heavy metal cartonne, quant au rap, lui, il est encore considéré comme une curiosité en dehors de NY. C’est vrai, depuis Sugarhill Gang et Grandmaster Flash, il ne s’est plus passé grand-chose et les maisons de disques ne savent pas quoi en faire, les radios ne veulent que du rock et de la pop.Pourtant, un producteur californien au look improbable nommé Rick Rubin, le patron du jeune label Def Jam, est un fan absolu d'Aerosmith mais aussi des rappers de Run-D.M.C. Pour lui, les deux univers ont plus de points communs qu'on ne le pense : le rythme, l'énergie, la rue.Alors cet été, il propose aux trois rappeurs de reprendre Walk This Way, un tube d'Aerosmith sorti en 1975. Une autre époque, hein. Les mecs de Run-D.M.C. refusent, bien sûr, ils ne connaissent même pas Aerosmith. Pour eux, c'est de la musique de Blancs.Alors, Rick Rubin insiste. Il leur met le disque.Les trois gars écoutent, sous leur chapeau et derrière leurs lunettes noires, ils gambergent et finissent par accepter. Mais ce sera à leur manière. Pas question de copier. Ils vont garder le riff de guitare, mais vont réécrire la façon de chanter le refrain.Côté Aerosmith, en 1986, que va-ton en penser ? Ben en fait, ils ont d’autres soucis. Le groupe n’est plus celui qu’il a été. Ses deux derniers albums à la fin des années 70 et début 80 sont loin d’avoir été des chefs-d'œuvre et des succès, ravagés qu’ils étaient par la drogue, l’alcool et les disputes. Ça s’était terminé par une rupture. Mais là, surprise, Steven Tyler et Joe Perry viennent de se réconcilier, et de sortir un nouvel album. Très bon mais qui n’intéresse plus personne. Les grands jours semblent derrière eux.Alors quand Rick Rubin leur propose de participer à cette drôle d'idée, ils n'ont rien à perdre. Le clip va faire le reste avec les deux studios représentant deux mondes. D'un côté, Run-D.M.C. De l'autre, Aerosmith. Et quand Steven Tyler prend son micro et traverse littéralement le mur, l’image vaut tous les discours. Elle montre le rock et le rap qui cessent de s'ignorer. Les fans de rock découvrent le rap et inversément.Walk This Way est bien plus qu'un tube de la rentrée 1986, c’est une nouvelle fois dans les années 80, une porte qui s’ouvre pour ne plus jamais se refermer. Une époque de tous les possibles comme il n’y en avait encore jamais eue, malgré les deux extraordinaires précédentes décennies. Et comme il n’y en aura sans doute plus jamais.
Pour les 25 ans de La Story Nostalgie, Brice Depasse replonge dans ses archives personnelles et raconte sa rencontre avec Renaud en 2003, dans un café de Montparnasse à Paris. Avant d'évoquer l'interview elle-même, Brice retrace sa relation avec l'univers de Renaud : la découverte à la fin des années 1970 chez sa grand-mère à Binche, les soirées en tant que DJ où les blousons noirs réclamaient du Trust et du Renaud, et cette façon unique qu'avait le chanteur de raconter des histoires comme personne d'autre. En 2003, Renaud fait son grand retour. Brice le retrouve calme, posé, accompagné de sa compagne Romane. Entre les deux hommes, une connexion immédiate, celle d'une génération pop-rock qui a brûlé à la même flamme. Une Story sincère, intime et mémorable. La Story Nostalgie est présentée par Brice Depasse, sur Nostalgie Belgique.
La Story Nostalgie fête ses 25 ans ! Pour célébrer cet anniversaire, Brice Depasse vous ouvre ses carnets de souvenirs et revient sur 25 années de rencontres avec les plus grandes stars de la pop culture. Chanteurs, musiciens, comédiens, réalisateurs, écrivains, photographes... Autant de personnalités croisées au fil des années, dans des chambres d'hôtel, au restaurant, au bistrot, parfois à la maison, loin des attachées de presse et des agents. Brice partage sa philosophie du journalisme musical : refuser d'être « le numéro suivant », transformer l'interview en vraie conversation, et être suffisamment préparé pour décrocher l'anecdote rare. Comme ce jour où Michel Sardou lui a confié une histoire incroyable sur Johnny Hallyday. Il évoque aussi ses rencontres marquantes avec Eddy Mitchell, Michel Fugain, François Valéry, Michel Polnareff, Jane Birkin et Alain Souchon, qu'il considère comme le plus cool des chanteurs français. 25 ans d'histoires, de surprises, de découvertes et de passion. La Story Nostalgie, c'est tout ça.
On connaît tous la silhouette de Frank Sinatra : le chapeau, le smoking impeccable, le verre à la main et ce sourire en coin inimitable. Mais dans ce nouvel épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse nous invite à regarder Sinatra autrement, non plus comme un simple interprète, mais comme le premier architecte du glamour médiatique moderne.Car avant les réseaux sociaux, avant Instagram et ses cocktails mis en scène, il y avait Life, Paris Match et les actualités du cinéma. C'est par ces fenêtres que le monde entier a découvert les suites des grands hôtels de Las Vegas, les restaurants où l'on dîne après minuit, les soirées interminables du Rat Pack aux côtés de Dean Martin, Sammy Davis Jr. et de la splendide Ava Gardner.Sinatra n'a rien inventé, certes. Néron, Oscar Wilde ou Lord Byron étaient déjà de fameux fêtards. Mais lui a transformé la fête en spectacle permanent, accessible à tous les regards. Il a vendu un imaginaire puissant : celui d'une vie où chaque dîner ressemble à un film et où l'élégance consiste à commander un bon whisky au bar d'un palace.Alors, quand on filme aujourd'hui ses cocktails et ses chambres d'hôtel en croyant avoir inventé une nouvelle façon de raconter sa vie, on ne fait en réalité que courir après un rêve bien plus ancien. Et Brice Depasse de conclure avec une pique aussi élégante que définitive : le vrai glamour, c'est ce qu'on ne montre jamais.
On a tous fait la fête. De tous les genres. Les familiales, les guindailles monstres, les dîners fastueux, bref celles destinées à nous divertir tous ensemble et rien d’autre.Mais il existe un autre type de fête, celui où l'on invente le monde de demain. Ça vous étonne, hein ? Bienvenue à New York, nous sommes au milieu des années 70.Quand je dis New York, Manhattan, bien sûr, mais à cette époque, on l’a oublié, la ville est en plein naufrage. L’insécurité règne partout dans les rues, on connaît tous quelqu’un qui s’est fait agresser. Les New Yorkais ont fui Manhattan pour l’extérieur, les immeubles sont délabrés, les loyers dérisoires et, au 315 Bowery, un des quartiers qui fait le plus peur, un club bizarre a ouvert ses portes : le CBGB. Une salle minuscule installée dans un ancien magasin avec une scène bricolée et une sono qui grésille. Franchement, rien de glamour. Et pourtant...Tous les soirs, on y croise des jeunes qui n'ont pas un sou, vivent de rien mais débordent d'idées. Des groupes encore inconnus comme Blondie, les Ramones, Talking Heads, ou Patti Smith y jouent, regardent les autres jouer, boivent une bière et discutent jusqu'au bout de la nuit.La fête est partout. Sur scène, devant la scène, au comptoir, dans la rue quand le club ferme. Car on n’est pas venus uniquement pour écouter de la musique, mais aussi pour rencontrer ceux qui la font et en qui on croit.Et ça ne traîne pas car à quelques rues de là, Andy Warhol accueille ces artistes dans son entourage. Il a déjà fait le coup avec Lou Reed dix ans plus tôt, alors il remet le couvert d’autant plus volontiers qu’il sent l’odeur de la poudre, cette fois : ces jeunes fous, c’est de la bombe. Des photographes, des stylistes, des peintres, des musiciens se retrouvent. Chacun apporte une idée, un dessin, une chanson.Il y a des gars qui louent une heure d’une chaîne de télé pour faire une émission déjantée, un photographe qui immortalise tous les concerts, un styliste qui imagine une pochette de disque, un technicien qui veut décorer un mur de studio mais on lui dit non : pas de chance, il s’appelle Basquiat. Dans ce New York en déroute, on manque d'argent, c’est vrai mais pas d'imagination.Debbie Harry, la voix de Blondie, dira souvent que cette époque était incroyablement libre. On n’avait pas une thune mais tout le monde avait le sentiment d'être libre et surtout, à sa place.Vrai, les plus belles fêtes ne sont pas toujours celles où l'on sert le meilleur champagne mais celles où on vient sans le savoir trouver la personne qui va vous aider ou vous donner l’envie folle d’écrire des chansons.
Imaginez que vous ayez dix-huit ans en 1955. Et bien, ce samedi soir, vous avez enfin le droit d’aller au bal, vous vous rendez compte, avec un orchestre qui joue les succès du moment. Les parents sont avec vous, bien sûr, à la même table. Et ils portent, comme vous, leurs habits du dimanche. La seule chose qui change c’est que vous avez le droit de quitter la table pour inviter une jeune fille à danser. Et à minuit, tout le monde rentre.A présent, avancez le compteur de la Delorean de dix ans.1965 ! Vous avez toujours dix-huit ans mais cette fois, vous prenez le train pour aller voir les Beatles au Palais des Congrès à Paris. (Help!) Paris ! Le concert est chaotique, quelle foire ! On entend à peine la musique tellement les cris sont assourdissants. Mais peu importe, vous avez l’impression d'appartenir à quelque chose de nouveau, une immense vague qui emporte toute votre génération.Vous l’avez compris, dans les années soixante, vous ne faites plus la fête avec vos parents, vous la faites sans eux. Tout a changé. Car oui, pour la première fois depuis l’Antiquité, excusez-moi cette grandiloquence mais c’est vrai, pour la première fois de l’Histoire, les Jeunes ont leur fête, leur musique, leur lieu de rendez-vous, un café, un parvis d’église, un square, où ils se retrouvent. Pourquoi ? Pour parler de trucs de jeunes, de problèmes, de projets, d’envies qu’ils partagent entre eux et que les adultes, les vieux, les croulants, comme ils disent, ne comprennent pas car ils n’ont pas vécu ça. Les adultes, les pauvres, ils sont complètement dépassés.C'est vrai, les pères ne comprennent pas pourquoi leurs fils veulent les mêmes bottines que les Beatles, vous savez les types avec les cheveux longs qui font de la musique de singe et disent tout le temps yeah yeah yeah, on leur a rien appris à l’école ? Et les mères ne comprennent pas pourquoi leurs filles rêvent de la même coupe de cheveux que Françoise Hardy ou de la même mini-jupe que Sylvie Vartan, cette horreur qu’elle a ramenée de Londres.Et pourquoi passent-ils tous leurs mercredis après-midi chez le disquaire ? Ils ne peuvent pas lire un livre comme tout le monde ? Non Salut les Copains, ce n’est pas de la lecture. Il n’y a que des bêtises là-dedans. Tu as vu ces photos de filles se trémousser comme des sauvages sur cette chanson obscène des Rolling Stones ? Les pierres qui roulent, mais quel nom idiot. Vous vous esbaudissez devant eux, mais dans deux ans, plus personne ne saura qui c’était.Ah c’est vrai, à la décharge de nos parents, à quatorze ou quinze ans, ils quittaient l'école, entraient à l'usine, au bureau ou à l'atelier. Un jour ils étaient encore des enfants, le lendemain il fallait être adulte. Nous, on reste à l’école jusqu’à 18 ans au moins, on a de l’argent de poche et du temps libre.Ainsi est née une nouvelle génération, bizarre autant pour ceux qui n’ont pas connu que pour ceux qui l’ont vécu, ça s’appelle l’adolescence et ça se vit sur un transistor ou un électrophone qui joue Johnny Hallyday ou les Rolling Stones. C’est pour cela et quelques autres raisons que même Mick Jagger a le spleen de ces golden sixties, ces années où notre nouveau siècle a vraiment commencé et que la fête a changé.
Début juillet, mes collègues de Nostalgie m'ont fait une sacrée surprise. Un après-midi, j'entre dans la grande salle de réunion étonné qu’on l’utilise, nous ne sommes que trois à nous réunir, et je découvre la pièce remplie de collègues qui m'applaudissent. Ils fêtent mes vingt-cinq ans dans la maison, c’est aujourd’hui.J'en suis resté baba. Et en les regardant tous sourire, je me suis posé une question : pourquoi a-t-on autant besoin de fêter, de faire la fête ?C’est vrai, ça, pourquoi éprouve-t-on cette nécessité de se réunir pour célébrer un anniversaire ? On vous le dit à chaque anniversaire, combien de fois on vous l’avez entendu, le fameux fête ça bien !Naissance, mariage, diplôme, promotion, victoire, vrai, les grands moments de la vie ne prennent vraiment leur sens que lorsqu'ils sont vécus avec les autres.Et bien, je vais vous dire, ce besoin de fête est beaucoup plus ancien qu'on ne l'imagine.Car pendant longtemps, on a cru que nos ancêtres ont commencé à célébrer des moments une fois qu'ils ont eu appris à cultiver la terre, à construire des maisons, bref, à vivre dans des villages. La fête est venue après le reste.Mais aujourd’hui, les archéologues racontent une tout autre histoire. En effet en Turquie, sur un site vieux de plus de onze mille ans, ils ont retrouvé les traces d'immenses repas, les restes de véritables banquets. Mais aucun village, juste un édifice de pierre où ils se retrouvaient, déjà, pour manger ensemble et nombreux.La question qui se pose est donc : si on avait tout compris à l'envers ? Si ce n'était pas les villages qui avaient inventé la fête mais la fête qui avait donné naissance aux villages ? Imaginez le truc ! Les gars ont eu envie de se rapprocher pour faire la fête plus souvent.Le décor de nos villes a changé, mais pas l'idée. Les Romains avaient leurs fêtes fastueuses et longues, nos villages ont inventé durant le Moyen-Âge les ducasses et les carnavals. Les villes leurs bals populaires, allez au Jeu de balle dans les Marolles le 20 juillet. Puis sont arrivés les festivals, les concerts géants, et les grands rendez-vous de l'été.On ne célèbre plus les mêmes choses, aujourd’hui, on ne danse plus de la même façon, surtout à Tomorrowland, mais on répond toujours à ce même besoin de partager un moment qui sort de l'ordinaire avec une masse de gens, comme on dit en Wallonie.Rien d’étonnant que cette chanson de Michel Fugain avec son Big Bazar, ce n’est pas un hasard, nous ait fait l’effet d’une décharge électrique quand on l’a entendue pour la première fois. Une chanson qui, plus de cinquante ans après, envoie toujours des tonnes d’adrénaline venues du plus profond de nous, de ce que nous sommes.
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire en cinq épisodes enregistrée il y a treize ans.
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire en cinq épisodes enregistrée il y a treize ans.
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire en cinq épisodes enregistrée il y a treize ans.
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire, en cinq épisodes, enregistrée il y a treize ans.
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire en cinq épisodes enregistrée il y a 13 ans.
Le 19 juin 1986, la mort de Coluche plonge une génération dans le deuil. Quarante ans plus tard, La Story Nostalgie lui rend hommage. Michel Colucci, dit Coluche, c'est un style unique : salopette, langage populaire décomplexé et personnages de bistrot qui font rire et réfléchir à la fois. Clochard, beatnik, épicier d'extrême droite ou blouson noir, il invente le stand-up à la française et donne une voix à ceux qui n'en ont pas. Vendeur de disques et de places de théâtre au-delà de Johnny Hallyday, il va jusqu'à lancer sa candidature à l'Élysée, d'abord en blague, avant que toute la France n'y croie vraiment. Ce même élan populaire donnera naissance aux Restos du Cœur. Quarante ans après sa disparition, ses sketches sont toujours aussi vivants. Une histoire drôle, touchante et universelle, à écouter sur Nostalgie.
Le 19 juin 1986, des millions de Français perdaient Coluche. Mais avant de devenir l'humoriste le plus populaire de sa génération, Michel Colucci a grandi dans la misère en banlieue parisienne, perdu son père à 3 ans et enchaîné une quinzaine de petits boulots : barman, livreur, vendeur de journaux, préparateur en pharmacie ou encore fabricant de guitares électriques. Adolescent, il frôle la délinquance avant de se ressaisir à 15 ans. Après un service militaire chaotique, il tente sa chance comme chanteur dans les cafés du Quartier Latin, puis rencontre Romain Bouteille, pape du café-théâtre, qui lui ouvre les portes du Café de la Gare. C'est là que tout commence vraiment. La Story Nostalgie vous raconte les origines méconnues de Michel Colucci, dit Coluche.
Dans ce nouvel épisode de La Story Nostalgie, retour sur une période charnière dans la vie de Michel Coluche. Après avoir rejoint l'aventure du Café de la Gare, ce lieu mythique fondé par Romain Bouteille en 1969 avec le soutien de Georges Moustaki et Jacques Brel, Coluche se retrouve face à un choix décisif. Le réalisateur Claude Berri le repère et veut lui confier le rôle principal de son premier film. Mais les producteurs refusent de miser sur un inconnu : c'est Guy Bedos qui décroche la tête d'affiche du Pistonné. Coluche comprend alors qu'il doit se faire un nom, coûte que coûte. Cette ambition entre en collision avec la philosophie collective de Romain Bouteille. Les tensions culminent en 1970 avec un affrontement physique. Patrick Dewaere intervient, Bouteille pose son ultimatum, et Coluche est évincé du Café de la Gare. Une rupture douloureuse, mais fondatrice, sur la route d'un génie de l'humour.La Story Nostalgie, le podcast qui raconte les grandes histoires de la musique, du cinéma et de la culture populaire, sur Nostalgie.
40 ans après sa disparition en juin 1986, La Story Nostalgie retrace la carrière cinématographique de Coluche, bien au-delà de l'image du simple humoriste. Des petits rôles discrets dans les films de Georges Lautner et Claude Zidi, jusqu'au César du meilleur acteur décroché en 1984 pour Ciao Pantin de Claude Berri, en passant par L'Aile ou la cuisse avec Louis de Funès et Inspecteur la Bavure avec Gérard Depardieu, Coluche aura marqué le cinéma français d'une empreinte indélébile. Un hommage à un artiste rare, attachant et définitivement inoubliable.
19 mai 1974. La France suit en direct le second tour de l'élection présidentielle opposant François Mitterrand à Valéry Giscard d'Estaing. Mais Mitterrand est en retard. Pour retenir les téléspectateurs, le présentateur Guy Lux propulse sur le petit écran un inconnu du grand public : Coluche. Salopette bleue à rayures, nez rouge, plusieurs kilos de plus et une gouaille incomparable. Ce soir-là, devant des millions de Français et de Belges, Coluche vit une véritable naissance télévisuelle. La Story Nostalgie vous raconte comment un homme en retard a offert à un clown son ticket pour l'immortalité.
Et si les albums photo étaient les meilleures machines à remonter le temps ? Brice Depasse vous plonge dans l'été 1986, il y a tout juste 40 ans, pour raconter une génération qui a grandi sans smartphone, sans réseaux sociaux, libre de vivre sans se mettre en scène. Sur ces pages jaunies, on retrouve des visages jeunes et insouciants qui ignoraient tout de ce qui allait venir : la chute du mur de Berlin, Internet, la mondialisation. Cette génération avait pour bande-son George Michael, Jeanne Mas et Queen. Elle découvrait Tom Cruise dans Top Gun et Christophe Lambert dans Highlander, deux films qui célébraient la jeunesse, l'ambition et l'idée d'être les rois du monde. Dans cette Story Nostalgie, Brice Depasse rappelle que s'arrêter aux Rubik's Cube et aux baladeurs cassette pour résumer les années 80, c'est passer à côté de l'essentiel : une époque où l'avenir semblait immense et où l'on y croyait vraiment. Un podcast Nostalgie présenté par Brice Depasse.
Nous sommes en 1986, dans un magasin de disques de Louvain-la-Neuve. Un étudiant commande toute une caisse d'un album de musique de film encore inconnu : la bande originale de Top Gun.Dans cette Story Nostalgie, Brice Depasse raconte comment ce blockbuster de Tony Scott a changé pour toujours le rapport entre cinéma et musique. Avec Danger Zone de Kenny Loggins en ouverture, les synthétiseurs et les ballades radio-friendly calibrées au millimètre, Top Gun inaugure une ère nouvelle : celle où un film est construit avec sa musique, et non plus simplement illustré par elle.Pour la première fois, les industries du cinéma et du disque avancent main dans la main, de façon volontaire et systématique. Une formule qui deviendra la signature de la fin des années 80, déclinée ensuite dans Dirty Dancing, Cocktail, Pretty Woman ou Robin des Bois, Prince des voleurs.La bande originale n'est plus le souvenir d'un film aimé. Elle est désormais un produit à part entière.
L'été 1986 réserve une surprise totale : ce n'est ni un chanteur, ni un sportif, ni un personnage de la vraie vie qui s'impose comme nouveau modèle d'une génération, mais un pilote de chasse hollywoodien nommé Maverick, interprété par Tom Cruise dans Top Gun. Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse raconte comment le film a envahi les cours de récréation, les bureaux et les cafétérias dès le lundi matin suivant sa sortie. Lunettes Ray-Ban, blouson d'aviateur, allure conquérante : ce que les adolescents achètent, c'est avant tout une façon de se tenir, une assurance nouvelle face aux autres. L'impact dépasse largement la mode : la marine américaine elle-même constate une hausse spectaculaire des demandes de renseignements après la sortie du film. Et Brice Depasse rappelle que ce pouvoir immense du cinéma de transformer un personnage de fiction en modèle générationnel n'est pas nouveau, de Marlon Brando à Tom Cruise dans Risky Business en 1983, porté par la musique de Phil Collins. Une époque où, en sortant de la salle, on avait le sentiment de pouvoir conquérir le monde.
Juin 1986. Tom Cruise devient une star mondiale avec Top Gun. Mais pendant que les réacteurs rugissent sur grand écran, une génération de jeunes Belges vit un été ordinaire, entre la digue de La Panne, un camping dans le sud de la France et les radios francophones. Brice Depasse raconte cette génération particulière, l'une des premières à grandir dans le même univers que le reste du monde occidental : mêmes films, mêmes clips, mêmes chansons qu'à Londres, Paris ou Los Angeles. Freddie Mercury, David Bowie, Madonna, Caroline Loeb... Un été de 1986 qui ne se savait pas encore mythique. Et pourtant, 40 ans après, les souvenirs sont là, intacts. La Story Nostalgie, avec Brice Depasse.
En juin 1986, l'Amérique fait rêver la planète entière. Madonna, Prince, Michael Jackson et Bruce Springsteen dominent les ondes, et Hollywood enchaîne les succès. C'est dans cet été électrique que sort Top Gun, le film qui va propulser Tom Cruise au rang de superstar mondiale. Mais avant d'incarner le beau pilote de chasse Maverick, Tom Cruise a eu un parcours pour le moins chaotique. Enfant dyslexique élevé dans une famille modeste, il a déménagé des dizaines de fois, fréquenté de nombreuses écoles et même envisagé de devenir prêtre avant de découvrir le théâtre. Dans La Story Nostalgie, Brice Depasse retrace les étapes clés qui ont mené Tom Cruise vers la gloire : son rôle secondaire dans The Outsiders de Francis Ford Coppola, aux côtés de Matt Dillon, Patrick Swayze, Emilio Estevez, Ralph Macchio et Rob Lowe, puis le succès de Risky Business et l'échec de Legend signé Ridley Scott. À 23 ans, il ne lui manquait plus qu'un avion de chasse. Top Gun allait lui offrir bien plus que ça.
En cet été 1972, Eddy Merckx gagne le Tour de France pour la quatrième fois, les hommes vont toujours sur la Lune régulièrement, Michel Polnareff et Michel Fugain chantent les vacances comme personne et pourtant c’est un titre instrumental pas banal qui nous trotte dans la tête. Ou plutôt un son, un son marrant qui va devenir un tube. Et il porte un nom bizarre qu’on n’a jamais entendu : Pop Corn.C’est quoi un Pop corn ? Ben on ne va pas tarder à découvrir cette friandise dont les Américains s’empifrent depuis longtemps, spécialement au cinéma. Vous vous rendez compte ! Manger pendant qu’on regarde un film, ces Amerloques quand même, ils ne savent rien faire comme les autres. Des chocolats glacés, c’est bon pour les gosses, et encore pendant l’entr’acte. Mais pas pendant un film ! Et donc voilà que ce Pop Corn est le titre d’un morceau de musique qui nous fascine parce que c’est vrai qu’on n’a jamais entendu un son pareil. Il vient en fait d’un instrument dont on parle encore très peu : le synthétiseur, un appareil électronique qui produit des sons artificiels. Et ce synthétiseur particulier a été construit par un monsieur qui s’appelle Robert Moog et qu’il a miniaturisé, voilà pourquoi on l’appelle Minimoog.Derrière le nom de groupe bizarre Hot Butter se cache un jazzman de cinquante ans nommé Stan Free, qui fait des reprises au Minimoog. Et parmi ces reprises il y a un titre composé et enregistré trois ans plus tôt par un certain Gershon Kingsley, le tout premier à enregistrer un disque avec le Minimoog. Mais voilà, ce Kingsley n’est pas le King des arrangements, c’est de la musique pour grands magasins ; il manque au morceau du peps, que va lui donner Stan Free.Et donc un tas d’autres types qui ont un Mini Moog dans leur studio vont y aller de leur reprise tant et si bien qu’on va finir par ne plus s’y retrouver chez le disquaire. Il en est sorti de toutes les sortes des Pop Corn, croyez-moi, c’est comme dans les rayons des grands magasins aujourd’hui.Et donc vous savez désormais, au cas où vous voudriez vous rendre au paradis des tubes oubliés, que la meilleure sauce pour assaisonner vos Pop Corn, c’est le beurre fondu, le Hot Butter de Stan Free et que c’est du 50 ans d’âge, 54 déjà, le premier tube mondial de musique électronique. Et je vous prie de croire qu’en 1972, il n’y avait que des auteurs de science-fiction pour affirmer qu’un jour on n’écouterait plus que de la musique électronique.
En juin 1986, la Belgique a vécu l'une des aventures sportives et musicales les plus marquantes de son histoire lors de la Coupe du Monde au Mexique. Ce podcast raconté par Brice Depasse retrace les coulisses de cette belle et terrible aventure où, pour la première fois, les Diables Rouges atteignaient la petite finale du mondial.La genèse d'un tube : d'Anderlecht au Mexique Tout commence un an plus tôt avec une collaboration entre le producteur hollandais Hans Custers et le Grand Jojo, supporter emblématique d'Anderlecht. Custers propose au chanteur de créer un hymne pour le club bruxellois, inspiré des chants de supporters néerlandais. Le résultat est Anderlecht Champion, un succès immédiat dont le refrain scandé fait vibrer les tribunes du stade Constant Vanden Stock.Lorsque la Belgique se qualifie par un trou de souris pour le Mondial 86 après un match de barrage épique contre la Hollande, l'idée germe d'adapter ce succès pour l'équipe nationale. Le célèbre Allez, allez, allez devient Olé, olé, olé pour coller à l'ambiance mexicaine. Anecdote savoureuse : le rythme entraînant de la chanson aurait été inspiré par celui d'une machine à laver en marche, écouté par les deux amis dans une buanderie.Un tournoi héroïque et des ventes records Le début de la compétition au Mexique est laborieux. Après une défaite contre le pays hôte et des résultats mitigés, la Belgique se qualifie de justesse pour le second tour en tant que meilleur troisième. C'est alors que l'incroyable se produit. Le 15 juin 1986, lors d'un huitième de finale d'anthologie contre l'URSS, les Diables s'imposent 4-3 après prolongations dans un suspense insoutenable.Ce miracle sportif déclenche une véritable hystérie en Belgique. Dès le lendemain, les disquaires sont pris d'assaut pour acheter le single du Grand Jojo ; les usines de pressage doivent travailler jour et nuit pour répondre à la demande sans précédent. La ferveur s'accentue après le quart de finale contre l'Espagne. Dans la chaleur de Puebla, après un match fermé, la Belgique l'emporte aux tirs au but grâce à un arrêt décisif de Jean-Marie Pfaff et au tir final de Leo Van der Elst.Une apothéose historique Bien que stoppés en demi-finale par l'Argentine de Maradona (2-0), les Diables rentrent au pays la tête haute. Le 30 juin, plus de 100 000 personnes accueillent l'équipe entre Zaventem et la Grand-Place de Bruxelles. Le Grand Jojo, présent au balcon aux côtés des joueurs et reçu par le roi Baudouin, reçoit une ovation historique.Le succès de E Viva Mexico dépasse alors largement les frontières belges. Le refrain Olé, olé, olé entre dans le domaine public, repris par des supporters du monde entier et même par les Rolling Stones lors de leurs tournées.L'héritage d'une année dorée L'année 1986 restera comme celle où la Belgique a changé de dimension, portée par cette épopée sportive, mais aussi par sa victoire à l'Eurovision. Le Grand Jojo, avec son don pour croquer des personnages populaires en quelques lignes, est célébré comme un auteur dont la plume, souvent sous-estimée, a su capturer l'âme d'un pays qui, pour la première fois, se regardait avec fierté.
Bienvenue au paradis des tubes oubliés. Ils sont tous là, à attendre une petite prière sous la forme d’une écoute en streaming et pourtant vous ne les écoutez pas, ou plus, ou mieux, vous n’en avez jamais entendu parler, alors qu’iriez-vous faire sur la page de ces artistes qui n’ont connu qu’un seul hit !Et parmi tous ces artistes censés n’avoir connu qu’une unique heure de gloire, le groupe Soft Cell est sûrement celui compte le plus de tubes oubliés. Soft Cell, c’est bien sûr, Tainted Love.L’histoire de ce duo électro new wave du nord de l’Angleterre est bien connue. La reprise d’une chanson anglaise façon Motown qui n’avait pas marché dans les années 60 et qui devient le plus grand hit de l’année 1981 à l’échelle de la planète, empochant un record de durée dans le Billboard américain et du nombre de 45 Tours vendus en Grande-Bretagne.Et le suivant ? Ben six mois plus tard N°4 … Bedsitter, et puis le suivant ? N°4 … Say hello wave goodbye, le suivant N°2 … Torch, et le suivant ? N°3 What !Ça vous étonne, hein ? Et pourtant, Soft Cell, c’est alors LE groupe de New Wave ! Oui mais c’est bizarre ! Ah ben justement, être bizarre, c’est la clé pour se faire entendre, passer à la radio et à la télé en Angleterre, en 1981 et 82. Le label qui les a sous contrat s’appelle d’ailleurs Some Bizarre. Le succès de Soft Cell est tel, alors, que le patron du label refile un autre groupe qui les sollicite à un pote fan d’électro car il n’a pas le temps de s’en occuper, le groupe s’appelle Depeche Mode.Alors pourquoi les autres chansons de Soft Cell ne sont-elles pas restées dans nos têtes, ne se sont pas installées avec les années dans le grand inconscient collectif de notre Pop Culture ? Et bien parce que justement Some Bizarre est un label indépendant et que beaucoup de firmes de disques étrangères comme en Belgique, en France, n’ont pas joué le jeu. Si cela avait été une multinationale, la chose aurait sans doute été différente mais Soft Cell, comme les Korgis d’ailleurs, ne joue pas, ou très peu, en public. Nous ne serons pas très nombreux à voir leur unique concert belge au Manhattan à Leuven début 1983.Alors oui, quatre tubes énormes et consécutifs mais uniquement en Grande Bretagne et en Irlande, ce qui est déjà pas mal, si vous les comparez à des artistes français. Mais voilà, c’est Depeche Mode et Simple Minds qui ont pris toute la place et trusté les ventes de disques à partir de là. Alors on est passé à côté de quoi, allez-vous me dire ? Des chansons formidables, qui attendent votre curiosité, comme celle-ci, c’était en 1982, c’était bizarre mais qu’est-ce qu’on a aimé ça.
A chaque fois que j’entends des gars ranger Plastic Bertrand dans la catégorie des artistes qui ont fait un tube et puis plus rien, ça m’énerve. C’est vrai, comment ignorer qu’après le phénomène planétaire de Ca plane pour moi qui a détrôné les Sex Pistols dans l’imaginaire que le grand public avait du punk, il y a eux cinq autres tubes, en France et en Belgique, en moins de trois ans.Vous connaissez sans doute l’histoire racontée par le créateur de la chanson, feu Lou Deprijck, alors la voix du Two Man Sound, qui connaissait aussi un succès considérable dans le monde. Et ben oui, la firme de disques veut un successeur à Ca plane pour moi. Et un album. Et comme il est du sérail, du monde des producteurs, et que c’est le pactole, ben, Lou ne va pas dire non. C’est donc la raison pour laquelle si vous avez connu l’époque, vous connaissez inévitablement cette chanson Super Cool, et celle-là, Sentimentale-moi, et puis … Houla Hop, et encore Téléphone mon bijou, et puis aussi cette improbable collaboration avec un membre de Telex … Tout petit la planète … Ah on est bien loin du punk, là. Il est vrai que le punk, en tant que musique et mouvement, et surtout le son, tout le monde s’en est vite éloigné, il suffit d’écouter la discographie des Clash ou Police pour s’en convaincre.Pourtant, le duo pygmalion Deprijck Plastic Bertrand remet le couvert devant toutes les caméras de télévision et sur les radios. Car si Ca plane pour moi a été le grand N°1 de l’année, son successeur a été N°4 et a aussi traversé les frontières de la Belgique et de la France, et pas seulement grâce aux longues ondes.Pour ceux qui s’en souviennent, quand on l’a entendu, on ne l’a pas cru, puisque c’est une reprise électrique et speedée d’une chanson de Dalida. Dalida ! En 1978, alors que Téléphone secoue la chanson française, Dalida et le punk, c’est l’eau et le feu. On crie d’autant plus au casse-cou que le successeur d’un immense tube est celui qui, en cas de réussite, lance définitivement la carrière d’un artiste, celui qu’il ne faut pas manquer car sinon, c’est les oubliettes.Mais ça marche ! Qui y a vu une référence à Johnny Hallyday qui faisait d’une chanson de Dalida son premier tube au premier single ? … T’aimer follement … il avait d’ailleurs remis ça avec un Petit Bikini … Alors pas sérieux le Plastic Bertrand, si le taulier l’avait déjà fait ? Et quand on sait que quelques mois plus tard, le bassiste des Sex Pistols reprendra My Way de Frank Sinatra … En tout cas, c’est un carton, et Plastic Bertrand devient une vedette, un copain d’une nouvelle époque. Et si Bambino figure aujourd’hui au Paradis des tubes oubliés, qu’est-ce qu’on l’a entendu à la radio et vu à la télé.
Pour tous ceux qui se posent la question de savoir où vont tous les hits qu’on n’entend plus jamais, je leur dis : ben, au paradis des tubes oubliés. Car oui, ça s’oublie, des tubes. Tellement que je retrouve très souvent dans des listes de One Hit Wonders, ceux qui n’ont connu qu’un seul hit, des gens qui n’ont rien à y faire.Allez au hasard, début des années 80, on a tous été babas du même groupe anglais qui nous faisait le coup du slow façon La Boum mais à la puissance dix, version New Wave … Et aujourd’hui, un tas de gars qui devraient se renseigner s’ils n’ont pas vécu l’époque, disent qu’ils n’ont fait qu’un seul hit et puis ont disparu, après ce premier succès. Déjà, pour le groupe The Korgis, ce n’était pas leur premier succès en Grande-Bretagne. Et non. Cela faisait des années que le duo moteur, voix, guitariste et clavier, du groupe existait. Depuis la fin des années 60, pour tout vous dire. Le groupe s’appelle alors Stackridge, un de leurs albums produit par George Martin, le 5ème Beatles, a même connu un joli succès en Grande-Bretagne, en 1973.Mais voilà, séparation en 1976, deux années passent, et revoici notre duo qui recrute deux autres musiciens pour relancer la machine, cette fois sous le nom de Korgis. Et là, bingo ! Nouveau hit avec ce titre que tous les British des 70’s connaissent … If I Had You… C’est plutôt pas mal, non ?Si la chanson n’arrive pas jusque dans la partie francophone de la Belgique, et la France, probablement trop occupée à écouter ce que Paris nous envoie, l’arrivée en force de la New Wave avec Orchestral Manoeuvres et Gary Numan change complètement le son des Korgis sur l’album suivant, qui submerge d’émotion tous ceux qui ont une âme romantique…Il est question un temps que les Korgis fassent la première partie de la tournée de Peter Gabriel, cette année-là, il faut dire qu’ils utilisent sur leurs chansons ses synthés dont son précieux Fairlight, et que son batteur joue aussi souvent avec eux.En tout cas, avec les Buggles, Ph.D, New Musik, M, Jona Lewie, les Korgis font partie de cette vague d’artistes britanniques actifs depuis longtemps à surfer sur le son de la New Wave. Et s’il est vrai que le single suivant n’a pas connu le même succès que l’immortel Everybody’s Got To Learn, le 45 Tours doit encore se trouver dans pas mal de maisons en France et en Belgique francophone. On en a perdu le souvenir, probablement parce qu’il y avait trop de choses géniales dans le Top à ce moment. Un embouteillage de trouvailles à la hauteur de la créativité foisonnante des artistes d’une époque où on créait la musique qu’on avait dans la tête. Et non pas en se préoccupant de répondre aux attentes d’un grand public imaginaire, sorti de données statistiques ou de playlistes radios qui n’existaient pas.
Depuis le temps déjà lointain où le mot hit a pris une signification, depuis cette époque où, il y a plusieurs générations, on s’est mis à vendre beaucoup de disques, il y a eu tant de succès que certains, on ignore pourquoi, ont disparu. Soit parce que leur son ou leur style est devenu complètement désuet … soit parce que … ben, pour des raisons de pur bizness, de visibilité. C’est pourquoi cette semaine, je vous propose une promenade pas banale, au paradis des tubes oubliés.Et tenez, quoi de plus explicite que de commencer avec l’artiste qui détient tous les records, Michael Jackson. Chez lui, on est bien d’accord, tout s’est transformé en or. Et ben, non.Ainsi, au milieu des années 70, c’en est déjà fini pour lui et ses frères. Cinq ans plus tôt, les Jackson 5 ont fait l’histoire en débutant leur carrière par quatre N°1 consécutifs. Michael, le petit prodige qui chante avec le talent d’un adulte et danse aussi bien que James Brown, n’a alors que douze ans et on dit déjà que ça ne va pas durer. C’est vrai, le public se lasse vite des adolescents, tout d’abord parce qu’ils changent ensemble, leurs intérêts en premier, et puis ensuite, parce qu’avec l’âge, le charme étonnant de la précocité disparaît. Et de fait, en 1975, quand le nouvel album de solo de Michael Jackson paraît à la Motown, la firme qui les a révélés, a cru en eux, et ben le single ne rentre même pas dans le Top américain. Et donc, la fidèle Grande-Bretagne, plus grand marché du disque au monde par tête d’habitant, ne le sort même pas.Quatre ans plus tard, après une traversée du désert pour les frères Jackson, un changement de maison de disques et un arrêt de sa carrière solo, Michael revient à l’âge de 19 ans avec un son révolutionnaire et des chansons à tomber à la renverse qui explosent le Billboard américain.Alors, à la Motown, on se dit qu’il faut profiter de cette aubaine en resortant de vieux disques de Michael. C’est d’autant plus évident qu’au début des années 80, à part le retour miraculeux de Diana Ross, les affaires ne se portent pas très bien pour le label soul historique.Evidemment, la voix de Michael a changé, et puis surtout, la musique. Alors, logiquement, le 45 Tours poussé en radio ne passe pas aux Etats-Unis. Mais en Angleterre, est-ce les quelques rééditions de vieux hits qui ont marché, ou le succès de la vague ska rétro, ou encore le Stars on 45, le 45 Tours de Michael Jackson est N°1. Et on a beau trouver un peu étrange la voix de Michael sur ce nouveau single, car on n’a pas d’info, rien à faire, on le trouve irrésistible surtout sur la piste de danse pendant les séries de slows.Et puis vous savez, l’année suivante ce sera l’album Thriller, et comme ce hit de 1981, enregistré en 1974, n’est pas dans le catalogue de la maison Sony Sonic ni dans les préoccupations de l’artiste lui-même, il ne figurera sur aucune compile par après et on n’entretiendra pas son souvenir. Pourtant, il reste dans la tête de nombre d’entre ceux qui ont vécu cette époque, un jour dans leur vie … et croyez-moi, il plaît toujours autant. Il suffit de le faire tourner …
Au début des années 2000, Las Vegas est cette ville où l’on vient jouer, évidemment, et applaudir des légendes un peu has been. Dans les casinos planent l’ombre de Sinatra, Liberace, et plus récemment de Tom Jones. Le Vegas de Tom Jones, c’est des smokings ouverts jusqu’au torse, des femmes qui lancent leur lingerie sur la scène et des serveuses qui traversent la salle avec des plateaux de cocktails aussi grands qu’elles. À Vegas, les stars sont des mecs du genre alpha John Wayne. Des types qui boivent, séduisent et chantent jusqu’au milieu de la nuit sous les néons et dans le chahut des machines à sous.Alors, lorsque le Caesars Palace annonce qu’il va construire une salle gigantesque spécialement pour Céline Dion, aussi célèbre soit-elle devenue, nombreux sont ceux qui crient au casse-cou. Car à Vegas, les chanteurs viennent quelques semaines, des mois au mieux, comme cela a été le cas avec Elvis. Mais une résidence permanente pendant trois ans !Mais les travaux commencent au Caesars Palace, on détruit un ancien théâtre, et peu à peu apparaît ce Colosseum inspiré de la Rome antique, avec ses colonnes, ses dorures et sa salle pensée autour d’une seule voix. Les techniciens eux-mêmes n’en reviennent pas.Et la ville continue à Vegas. Des joueurs perdent leur retraite aux machines à sous, les mariages express se succèdent dans les petites chapelles climatisées avec des Elvis partout, tandis que des vieux habitués parlent encore des soirées folles du Rat Pack comme des anciens combattants.Quelques semaines après les débuts du spectacle de Céline Dion, les premiers à comprendre qu’il se passe quelque chose ne sont ni les journalistes, ni les producteurs. Ce sont les chauffeurs de taxi. Parce que, eux, ils voient arriver les gens avant tout le monde. À l’aéroport de Las Vegas débarquent en effet des couples du Midwest, des groupes de femmes quinquas, des familles entières, des Québécois surexcités, des Européens émerveillés du voyage, tous avec la même idée en tête : Ils sont là pour Céline !Puis ce sont les serveurs du Caesars, les restaurants qui se remplissent après le spectacle, ça fait quand même 4000 personnes dans les rues d’un coup, les boutiques ouvrent plus tard et les casinos découvrent qu’une chanteuse capable d’émouvoir une salle entière rapporte davantage qu’un championnat du monde de boxe. Car Céline Dion attire des gens qui jusque-là ne venaient pas à Vegas. Des couples ordinaires. Des touristes qui économisent pendant un an pour se payer le voyage. Des gens qui ne jouent même pas au casino mais qui veulent simplement vivre leur soirée avec Céline.Vrai, Céline Dion a transformé Vegas au point que tout le bizness veut y avoir sa résidence : Elton John, Cher, Britney Spears, Kiss, Adele et même U2 y poseront leurs valises.Oui, le véritable tournant de l’histoire de Las Vegas n’a pas été l’annonce de la résidence de Céline par les patrons des casinos. Il a commencé un soir où un chauffeur de taxi a vu monter dans sa voiture un couple venu uniquement pour écouter Céline Dion chanter en plein désert du Nevada.
Quand on parle de l’Eurovision, on évoque toujours la victoire de Abba en 1974 et la révélation d’un groupe qui deviendra une gloire mondiale. Céline Dion n’arrive qu’après, bien après, alors que, excusez-moi, Abba, c’est énorme, c’est évident, mais Céline Dion c’est tout autre chose, une carrière plus haute, plus forte, plus longue.Oui, l’arrivée d’artistes suédois sur la scène internationale était quelque chose d’improbable au milieu des années 70 mais moins que la suprématie totale et durable d’une chanteuse francophone sur un monde anglicisé en ce compris, jusqu’au plus profond d’une Amérique et une Angleterre qui n’imaginent même pas que quelqu’un puisse parler sans leur accent.Et pourtant c’est ce qui s’est passé. Et plus fort encore, le fait que le premier prix de ce concours ne soit pas le fruit du hasard. Alors bien sûr, ce samedi soir d’avril 1988, au terme d’un suspense insoutenable, quand Céline remporte le titre d’un seul point face au Britannique Scott Fitzgerald, on comprend que Céline éclate en sanglots. Et que la joie de René ne soit pas motivée uniquement par le fait qu’il avait parié, joueur invétéré qu’il est, 400 livres sur sa victoire.Ah je peux vous dire qu’il les retient, ses larmes, sous les projecteurs et dans la fureur de l’annonce. Des dizaines, des centaines, peut-être, de millions de téléspectateurs l’ont vue en même temps, et se sont pris le final colossal de sa chanson, à deux reprises. Et même si c’est le soir, de retour à l’hôtel, où il va se passer autre chose dans leur vie à tous les deux, c’est celui de la reconnaissance internationale pour quelqu’un qui sait là où il veut aller, celui qui ouvre les portes de Sony Music, alias l’ancienne Columbia, à New York, pour un album en anglais.Mais attention, il ne faut pas imaginer qu’au lendemain de l’Eurovision, les Américains se ruent sur leurs téléphones en demandant : Faites venir cette canadienne immédiatement, on la veut, L’Eurovision, aux Etats-Unis, personne ne connaît. Mais ce trophée européen, c’est quand même un sacré signal.D’autant que ce qui a impressionné ce soir-là n’est pas la chanson, qui est loin d’être la meilleure qu’on y ait entendue, mais la manière dont Céline fait monter l’émotion avant d’envoyer un final qui emporte tout sur son passage.Or, le rêve d’Amérique de René s’est compliqué car à la fin des années 80, les radios américaines ne font aucun cadeau aux artistes étrangers. Alors Céline retourne aux cours de langue et deux ans plus tard, … Where does my heart beat now, … vous connaissez la suite. Et cette histoire a commencé un samedi 30 avril 1988, à Dublin, quand une jeune Québécoise remporte l’Eurovision avant de convaincre l’industrie mondiale qu’elle peut devenir bien plus qu’une chanteuse francophone.Et là où on n’en est pas revenu, nous, c’est qu’au moment même où l’Amérique lui ouvre les bras, Céline Dion revient vers la chanson française, avec un auteur qui connaît aussi bien le monde de l'Hexagone que la musique américaine, il est vrai, Jean-Jacques Goldman.
Vous le savez, plus les artistes sont célèbres, plus on a raconté leur histoire. Et il y a même fort à parier que ce soit plutôt l’inverse : qu’une bonne histoire fait qu’on parle d’autant plus d’un artiste.Tenez par exemple Céline Dion, la femme au sommet du show business mondial, en train de signer un retour retentissant en passant par la case Midnight in Paris. Vous avez en tête immédiatement son mari et manager René Angélil et puis aussi toutes les anecdotes de la famille nombreuse de Céline et du rapport organique qu’elle entretient avec la musique.C’est comme les filles qui hurlent après les Beatles, Johnny Hallyday qui se roule par terre sur scène horrifiant le monde des adultes, les fesses de Michel Polnareff sur une affiche.Mais qu’y a-t-il derrière ces scènes qui appartiennent aujourd’hui à la légende de notre temps ? Ah sur le moment même, c’est juste le cours de la vie, d’une vie, celle de René Angélil, un impresario canadien old school au début des années 80. Vingt ans plus tôt, il faisait partie d’un trio très populaire qui avait repris des chansons des Beatles et en avait fait un tube au Canada (C'est fou, mais c'est tout). Le premier label américain qui avait édité les Beatles, sans succès, il est vrai, avait alors signé le groupe de René, Les baronnets, c’était leur nom, mais peu après la sortie du disque, avait mis la clé sous le paillasson. Un coup du sort comme il en arrive souvent aux artistes de la chanson et qui avait valu au trio de se séparer.Et là, les hasards chanceux de la vie, un impresario influent et fortuné avec qui il travaillait, lui demande un coup de main. Je voudrais lancer mon poulain aux Etats-Unis, c’est un jeune gamin tellement prometteur mais il ne parle pas anglais. Toi, oui. C’est un sacré boulot mais je suis convaincu qu’on peut y arriver, tu marches ?L’affaire est inespérée. René accepte et y croit d’autant plus que les voilà partis au Japon pour un concours que le jeune René Simard, treize ans, remporte haut la main, le Prix Frank Sinatra, remis par Sinatra en personne. Le voilà avec son poulain partout dans les médias, à Tokyo, à New York mais aussi à Paris où le jeune adolescent assure la première partie de Daniel Guichard à l’Olympia.L’avance d’un million de dollars qu’il demande à la firme CBS pour un contrat, jugée farfelue, n’aboutit pas, mais n’empêche, vous avez compris que ce que René est en train de vivre au milieu des années 70 est le schéma qu’on va retrouver la décennie suivante avec Céline.Car oui, après avoir géré la carrière de Ginette Reno, pas la même affaire, et qu’elle l’ait quitté, René va rencontrer la synthèse des deux artistes dont il s’est occupé : une voix féminine forte et un adolescent surdoué. Dommage pour l’impresario qui a refusé à René de le prendre comme associé. Mais tant mieux aussi, car avec Céline, René fera tout le contraire de son ancien employeur, à savoir ne pas isoler l’artiste adolescent de sa famille et surtout ne pas afficher des conditions exorbitantes d’une multinationale quand elle frappe à la porte d’un débutant.
L’image la plus forte des J.O. de Paris, c’est Céline Dion. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il n’y a et il n’y aura jamais qu’une Céline Dion. Et s’il y a eu un Colonel Parker derrière Elvis Presley, un Brian Epstein derrière les Beatles, le nom de René Angelil est encore bien plus célèbre. L’histoire de ce triomphe unique dans l’histoire du showbiz est tellement folle qu’elle commence même avant la naissance de Céline, quand René, ex-chanteur d’un groupe pop canadien s’était retrouvé sans rien et avait bifurqué vers le métier d’impresario.Le voilà en effet, tenant les rênes d’un jeune prodige de 13 ans pour le compte d’un autre agent. Il vit sa réussite mais comprend également tout ce qu’il ne faut pas faire dans un cas aussi particulier que celui d’un artiste pré adolescent.Les années passent, mais au début des années 80, René a perdu ses poulains et, à part des espoirs de tapis vert au casino, il ne lui reste pas grand-chose comme perspective quand dans son bureau, à Montréal, nous le retrouvons au téléphone avec à l’autre bout du fil, un dénommé Michel qui lui dit : je sais que vous n’avez pas écouté la cassette de ma sœur car si vous l’aviez fait, vous m’auriez déjà appelé.Ce n’est pas tous les jours qu’on entend ça, même si la ville de Montréal est remplie de mecs qui disent s’occuper du nouveau Johnny Hallyday, ou de la nouvelle Kate Bush.C’est vrai que des cassettes, on en reçoit des centaines au bureau, dit René. Celle de ma sœur n’est pas comme les autres, Monsieur Angélil, écoutez-la, c’est une chanson originale interprétée par une voix comme vous n’en n’avez jamais entendue. Et elle n’a que douze ans.Douze ans ! Voilà qui lui rappelle quelque chose. Les débuts de sa carrière d’agent avec René Simard, jeune chanteur de 11 ans à peine, Prix Frank Sinatra à Tokyo qui lui vaut de faire toutes les émissions de télé américaines et même de mener la grande vie à Paris alors que quelques temps auparavant, il ramait encore avec son groupe.Mais bon, on n’est ni dans un conte ni dans un film hollywoodien, c’est sans enthousiasme particulier que René cherche dans son courrier la fameuse cassette, se préparant à entendre une voix criarde de gamine pour laquelle des parents aimants n’ont pas assez de recul de jugement.Et ben dis donc, ils l’ont bien emballée ! René met de longues secondes à détacher les nombreuses couches, comme une précieuse découverte envoyée par des archéologues au British Museum pour y être exposée. C’est le moment de se souvenir ou de visualiser les lecteurs cassettes de ces années-là, l’ampli et les baffles en bois, un peu classe, pour le bureau d’un professionnel de la musique.Mais la voix qu’il entend n’est pas celle d’une enfant, ni d’une ado. Si ce n’est pas un canular, et cela n’en avait pas l’air au téléphone, quelques minutes plus tôt, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? René cherche le mot d’accompagnement à la cassette, perdu dans les enveloppes, pour y trouver le numéro de téléphone de la famille de cette fameuse Céline Dion qui n’aurait que douze ans. Ainsi commence une histoire improbable de star enfant qui deviendra méga-star adulte.
Quand on évoque Céline Dion, tout est devenu depuis longtemps une évidence : de sa voix à son histoire d’amour, en passant par la conquête de l’Amérique et du monde. Pourtant, au milieu des années 80, quand le Québec découvre cette adolescente à la voix pas banale, dans l’entourage de son manager, René Angélil, on ne manque pas de lui dire que ça ne durera pas. Tu le sais, le problème des enfants artistes, c’est qu’ils brûlent et se brûlent, plus vite que les autres. On en a vu de ces gosses perdre leur belle voix cristalline ou simplement leur envie du métier avant même d’atteindre la vingtaine. Et puis René, il a déjà connu cela avec René Simard, propulsé dans les shows télévisés américains, les concours internationaux et les hôtels de luxe alors qu’il était encore à l’âge de collectionner des autocollants Panini.Alors avec Céline, il ne va pas reproduire les mêmes erreurs. D’autant qu’il s’agit d’une voix exceptionnelle, capable de transpercer un orchestre entier sans perdre une once d’émotion.Aussi, pendant que le public découvre cette jeune fille chanter avec une facilité insolente, en coulisses, on travaille déjà à un entretien de compétition. Des spécialistes apprennent à Céline à respirer autrement, éviter de pousser certaines notes comme elle le fait instinctivement depuis l’enfance. Car, comme beaucoup de jeunes chanteuses, Céline a grandi en imitant les grandes voix qu’elle admire, comme Barbra Streisand ou Ginette Reno.Et ce n’est pas simple de demander à une adolescente d’en faire moins alors que tout le monde l’applaudit parce qu’elle en fait plus que les autres.Et puis une autre bataille s’engage déjà. Le Québec, la France, la Belgique, c’est magnifique, mais l’Amérique ! Le marché est gigantesque. Sauf qu’on ne pardonne rien aux artistes étrangers, surtout pas leur accent.Et donc pendant que Céline apprend à protéger sa voix, elle transforme sa manière de parler. Elle écoute des cassettes audios dans sa chambre d’hôtel, répète des phrases en anglais des dizaines de fois, on lui corrige les voyelles, les respirations et les ponctuations. Le soir, elle chante devant des salles pleines, le jour, elle suit des cours de langue. Et même si ce n’est pas exactement ça, c’est rudement bien imité, on n’obtient rien sans rien.Et quand sort enfin Where Does My Heart Beat Now, la première chanson qui va réellement ouvrir à Céline les portes des Etats-Unis, le public américain la trouve naturelle, ne se pose aucune question et porte son attention sur l’essentiel : une voix exceptionnelle.Oui, derrière ces quelques minutes de chanson, il y a des années de travail invisible. La discipline d’une étudiante ou d’une sportive de haut niveau, et surtout, l’idée fixe de René Angélil : faire de cette adolescente québécoise francophone, une artiste capable de rivaliser avec les plus grandes chanteuses américaines sur leur propre terrain. Mission accomplie.
Au printemps 1979, on découvre à la télé chez André Torrent, le clip, oui le clip, d’un gars bien barge avec des lunettes noires d’aviateur. Il chante un titre qu’on a découvert à la radio, ou dans un juke box, et dont le 45 Tours, à la pochette bien barge aussi, est tombé sur nos platines comme un météore. Le nom du groupe est pas mal, non plus, ou du chanteur, on ne sait pas, on ne sait rien, il s’appelle M. Oui, il y avait déjà Boney M, maintenant il a M, tout court.Quant au single, Pop Muzik, c’en est, justement, en plein, un petit bijou au rythme disco mais pourtant éloigné avec ses synthés, son chant syncopé et sa guitare rockabilly. Un tour de magie que seul un vieux de la vieille qui a déjà tout vécu peut se permettre. En effet, derrière ce M se cache Robin Scott, un Anglais de la génération des Beatles et des Pink Floyd qui roule sa bosse depuis la fin des années 60.C’est à cette époque qu’il rencontre à Londres Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, les futurs fringueurs du monde branché punk, et joue de la musique dans des boîtes où il partage parfois l’affiche avec un David Bowie qui, lui aussi, se cherche encore.Au début des années 70, on le retrouve dans divers projets tantôt sur la BBC pour un show, sur scène pour une comédie musicale ou à la télé où il remporte l’émission « A la recherche d’une star » (oui, ça existe déjà). Au milieu de la décennie, il lance son propre label sur lequel sont publiés les premiers singles de nombreuses futures stars de la new wave comme Adam and the Ants. Le voilà producteur chez Barclay, il vit désormais à Paris avec sa compagne Brigitte Vinchon qui sera la voix féminine de son nouveau groupe « M », lequel comprendra à un certain moment pas moins de 4 membres du futur Level 42.Voilà qui est Robin Scott, l’artiste dont on ne sait rien et qui se cache sans se cacher derrière le nom de M, avec son hit N°1 dans dix pays dont les Etats-Unis et dans le top dix de dix autres. C’est rien moins qu’un des plus grands hits de l’année 1979 qui a pourtant été bien chargée en tubes gigantesques et immortels.L’album qui sort en novembre, suite au triomphe du single est une sorte de grande récréation débridée de types qui ont tout vu, tout su, tout lu sur la pop music. Enregistré dans le studio de Queen à Montreux, on y retrouve même David Bowie pour une contribution discrète. En clair, il clappe des mains sur plusieurs titres, mais c’est David Bowie quand même.Le choix du single suivant, l’excellent Moonlight and Muzak est trop différent du précédent et premier hit, au grand désespoir de sa maison de disques : et de fait, il ne fonctionne qu’en Angleterre, ainsi qu’un autre titre de l’album, … Ainsi va l’argent. Les disques suivants ne feront guère mieux, au début des années 80, mais n’empêche, le M de Robin Scott est encore aujourd’hui dans toutes les têtes. On s’est bien éclatés, et lui aussi. Et on en sait un peu plus sur lui.
On connaît tous le nom du chanteur des Rolling Stones, Queen, Indochine. Et parfois, de tous les membres, jusqu’au batteur. Et puis, il y en a dont on connaît un tas de chansons, qui nous ont accompagné de leurs hits pendant une, voire deux, trois décennies, et pourtant on ignore tout de leurs membres, jusqu’à leur nom.Ah si ! Tenez, il y en a même dont on ne connaît pas le visage. Si je vous dis Toto, Hold the line, Rosanna, Africa, etc. Mis à part les fans, bien sûr. Qui pourrait reconnaître leur chanteur, Bobby Kimball, … ben personne. Je m’en suis rendu compte, le soir où il y a bien longtemps, j’allais dîner avec lui dans un restaurant connu de Bruxelles, et ben ils n’ont pas voulu croire que c’était lui. Dans le doute, on vous apporte quand même le livre d’or, a dit le chef de salle, ça l’a bien fait marrer, Bobby.Son histoire commence au Texas. Bobby a grandi dans une famille très religieuse. Il galère pas mal dans des petits groupes, petits concerts locaux. Puis comme des milliers d’autres musiciens à l’époque, il débarque à Los Angeles avec une seule idée : réussir avant d’être obligé de rentrer dans son Texas natal.Et c’est là qu’il rencontre un groupe de musiciens de studios. Des types capables d’enregistrer avec Steely Dan ou Michael Jackson pendant la journée, pour faire bouillir la marmite, puis en rentrant, brûlés par leur passion pour la musique, ils travaillent sur leurs propres morceaux.Ces mecs ont tout : les musiques, les arrangements, les idées mais il leur manque une voix capable de faire passer la vitesse supérieure à leur belle mécanique. Et voilà que Bobby Kimball arrive avec ce qui leur manque encore : le feu. Le désordre, l’énergie, la chaleur humaine qui donne à leur musique, une âme.Mais comme souvent avec les groupes immenses de ces années bénies, l’histoire se complique avec le succès, les tournées gigantesques et la pression incessante. Drogue, alcool, fatigue, bagarres, Bobby Kimball quitte Toto une première fois au milieu des années 1980.Et si le groupe continue à avoir du succès, quelque chose manque. Sa voix. Alors il revient. Puis repart encore. Puis revient de nouveau. Une histoire de séparations impossibles, comme certains vieux couples du rock qui passent leur temps à divorcer avant de se retrouver.Le plus étonnant, finalement, c’est que malgré les millions de disques vendus, Bobby Kimball soit resté un visage discret dans l’histoire de la pop. Juste un chanteur. Un type dont des millions de gens reconnaissent immédiatement la voix sans rien savoir de lui.
Eté 1987, le tube de l’été est français et il est énorme… Son interprète, Gérard Blanc, porte un nom de nouveau venu. C’est vrai, Gérard Rinaldi, on connaît, Michel Blanc aussi, mais Gérard Blanc, non. Ce n’est que quand on l’aperçoit à la télé ou sur la pochette de son single, qu’on se dit : mais oui, c’est bien sûr ! Gérard Blanc, c’est le chanteur des Martin Circus.Le Martin Circus, c’était un truc énorme au début des années 70, un groupe qui a rencontré un succès prodigieux et qu’on a, à tort, comparé au Big Bazar de Michel Fugain. Pourquoi ? Parce qu’ils vendaient des tonnes de disques, que leurs tenues vestimentaires étaient bigarrées et leur musique bien métissée. Mais à la différence de Michel Fugain, les racines musicales du Martin Circus, c’est le rock’n’roll.Au départ, ce sont de sacrés bons musiciens rock, une chose relativement rare en France à la fin des années 60. Et ces gars sont en phase avec ce qui est en train de se passer en Angleterre et aux Etats-Unis. En pleine mode hippie, des surdoués nommés Jimi Hendrix, Santana, Chicago, Eric Clapton proposent une nouvelle musique en marge des Beatles et des Stones. La guitare en avant, ils n’hésitent pas à fusionner leur rock avec le jazz comme Miles Davis, mais aussi des musiques traditionnelles sud-américaines ou africaines.Vous ajoutez un peu de psychédélique là-dessus et vous obtenez des noms à rallonge comme Chicago Transit Authority, Jefferson Airplane, ou encore Blood Sweat and Tears. Cette musique popularisée par des comédies musicales comme Hair et Jesus Christ Superstar, le Martin Circus en propose une version à la française c’est-à-dire chantée en français mais aussi sans se prendre au sérieux. Ils sont pas loin, à ce moment, de l’esprit d’un Michel Polnareff. Un titre comme Je m’éclate au Sénégal, avec des jeux de mots à tomber mort mais servis façon vocalement Beach Boys, c’était vraiment, en effet, une dinguerie … 800.000 singles vendus plus tard, les Martin Circus sont les nouvelles vedettes du showbiz qui leur vaut de faire la première partie de Johnny Hallyday et de Claude François. Reconnus comme le premier groupe pop français à remplir l’Olympia, ils sont à l’affiche et chez les disquaires en 1973, du premier opéra rock français, La Révolution française composée par un certain Claude-Michel Schönberg. Gérard Blanc y joue Danton et chante avec ses musiciens aux côtés de Bashung en Robespierre, Antoine alias Bonaparte, Gérard Rinaldi des Charlots en Talleyrand ou encore Jean Schulteiss en Fouquier-Tinville sans oublier Daniel Balavoine qui, lui, est dans les chœurs.L’année suivante, c’est le triomphe avec un album de covers américains des années 60 et une reprise des Beach Boys qui leur permet de vendre 1.500.000 de singles. De la folie. Et puis, en pleine époque disco, à la surprise générale, les Martin Circus se jettent dans la marmite pour faire un gros carton. Ils y perdent au passage leur public rock et disparaissent avec le genre fin de la décennie. On les a oubliés et à part Gérard Blanc, on n’a jamais vraiment su qui ils étaient.
A une époque où tout le monde raconte tout : ses vacances, son petit-déjeuner, ses chagrins amoureux, ses séances de sport ou son chat, intituler une série de Story, On ne sait rien d’eux, c’est une blague ou de la provoc. Car ne rien dire de soi, aujourd’hui, est devenu le luxe ultime dans le monde de la pop. Et bien c’est oublier le temps où on bâtissait des carrières énormes sur le mystère : Led Zeppelin, le plus grand groupe des années 70, ne donnait quasiment aucune interview. Le mystère autour d’eux était tellement entier et l’attente si gigantesque, que des journalistes se déguisaient en femmes de charge pour gratter des ionformations, entendre quelque chose dans le studio d’enregistrement où ils réalisaient leurs albums. Et oui, il fut un temps où certaines stars arrivaient avec des chansons et presque rien d’autre.Ainsi le nom de Lene Marlin vous dit peut-être quelque chose. Et si pas, vous connaissez cette voix et cette chanson … Lene, c’est vrai qu’à la fin des années 90, on ne sait rien d’elle, pas plus qu’aujourd’hui d’ailleurs. C’est l’anti pop star par excellence. Tenez, si je vous dis qu’elle est Norvégienne, ça vous étonne, hein ? Vous l’aviez crue Américaine, à l’entendre. Anglo saxonne en tout cas. Il faut dire que ses singles et son album débarquent en pleine déferlante voix de filles, avec Céline Dion, Natalie Imbruglia, Alanis Morissette, toutes ces femmes qui vendent des dizaines de millions de CD. Et oui, Lene, c’est une fille qui vient du nord de la Norvège. Elle est née en 1980 à Tromsø, la grande ville la plus septentrionale au monde. Tromso, c’est le nord du nord, au-dessus du cercle polaire. Alors, Lene a appris seule la guitare dans sa chambre d’adolescente. Ah elle a eu le temps d’occuper ces nuits de plusieurs mois qui dépriment les plus optimistes. Et puis elle s’est mise à écrire des chansons très personnelles, pleines de doutes, d’amours compliquées et de solitude. Oui, sa fragilité nous émeut instantanément.Mais quand elle se retrouve N°1 durant des semaines en Norvège, Lene reste discrète, timide, comme si son succès l’étonnait au point qu’elle en est sûre, ça ne va pas durer. Et puis elle s’est retrouvée numéro un un peu partout en Europe.Et contrairement à beaucoup de jeunes stars de l’époque, elle n’a jamais vraiment cherché à devenir une bête des médias. Pas d’apparitions tapageuses, pas de scandales, pas de surexposition. Elle a même disparu plusieurs années entre certains albums, ce qui a entretenu autour d’elle une espèce d’aura mystérieuse. Lene Marlin ne chante pas fort. Elle chante vrai. Voilà sans doute pourquoi on l’a autant écoutée et qu’elle est aujourd’hui, si pas imitée, en tout cas reconnue par la jeune génération d’artistes féminines scandinaves comme Anna of the north, qui est loin d’être aussi nordique que Lene, là-bas, tout là-haut.
Ah vous aimez cette chanson, hein, ça vous rappelle un film, Sailor et Lula, et si pas, vous y êtes instantanément, dans l’Amérique profonde, celle de la Route 66 et des grands espaces. C’est vrai, hein, on la voit, la grosse cylindrée décapotable et la route rectiligne, les restoroutes plantés au milieu de nulle part, écrasés par une chaleur sèche, avec trois pelés et deux tondus attablés à l’intérieur. Ça fout un spleen pas possible mais c’est beau.Comme la musique de Chris Isaak. Ah c’est vrai qu’il est beau ! Avec sa belle gueule bien coiffée style années 50 et ses pochettes qui font autant penser à Elvis Presley qu’à James Dean, il incarne une certaine Amérique, en total décalage avec les années 80 au milieu desquelles il débarque dans nos vies. Et qui lui vaut à la fin de la décennie d’être élu parmi les gars les plus sexys au monde.Chris Isaak, c’est le musicien qui tombe au mauvais moment. En pleine époque synthés et batteries électroniques, lui, il débarque avec des chansons qui sentent les motels perdus, les néons, les Cadillac qui ont trop roulé et les amours qui tournent mal au milieu de la nuit. Ça doit être ça qui a tant plus à un David Lynch qui vient de fasciner le monde avec son film Blue Velvet.La musique de Chris Isaak, c’est du rock avec une pincée de country, de surf, et de rockabilly ralenti façon Roy Orbison. Alors pourquoi il a tant marché à la fin des années 80 et dans les années 90 : probablement à cause de l’immense solitude élégante qu’il dégage. On dirait qu’il a tiré toute son inspiration dans le Heartbreak Hotel d’Elvis Presley, et qu’il s’est arrêté là, avec sa guitare, sur un parking vide.Et puis il y a sa voix, qui passe du murmure au grand vertige romantique dans la même phrase. Une voix de cinéma. Exactement. Une voix qui éveille en nous l’image d’un type très bien sapé en train de se faire lourder sous un panneau Vacancy. Alors il remonte dans sa grosse V6 et disparaît vers l’horizon. C’est vrai qu’on connaît tous plusieurs de ses chansons. Qu’elles soient restées collées à un bout de notre vie ou pas, la guitare qui s’accorde à sa voix lancinante a le goût d’une bande son, d’une compile Rockmantique, voilà sans doute pourquoi il était unique. Le plus fou est qu’à l’époque, on ne l’a pas étiqueté rétro, il s’est inscrit naturellement dans le paysage, le Chris Isaak.Et plus fou encore, on n’a jamais vraiment su qui il était. On n’a pas creusé le sujet. Ce n’était ni Prince, ni Madonna, question vie privée/publique et marketing. Et même si la nouvelle génération le connaît plus à cause de la vidéo du baiser forcé devant les caméras de télé à Cameron Diaz, Chris Isaak reste aussi mystérieux que les personnages qu’il incarne dans ses chansons, et toutes ses associations au cinéma dans des films marquants comme True Romance, le chef d’oeuvre de Tony Scott, et bien sûr, les films de David Lynch.
En 70 années de programme, imaginez les centaines de participants, les milliers qui ont tenté de s’y rendre, dans plus de cinquante pays différents. Il y en a des histoires à raconter. C’est d’ailleurs ce que je fais dans un podcast de Nostalgie qui se nomme Belgium 12 points et que vous pouvez écouter sur notre site, ainsi que sur toutes les plateformes, car il ne passera jamais à la radio. Et croyez-moi, deux heures de podcast, ce n’est pas de trop pour évoquer une aussi longue histoire entre le monde de la chanson, la télé et le public.Tenez en 1969 ! On nous parle toujours des hommes sur la Lune et d’Eddy Merckx qui gagne le Tour de France pour la première fois, mais on ne nous parle jamais de cette édition très particulière de l’Eurovision.On se plaint des tensions aujourd’hui autour du concours mais là, en 1969, l’édition doit avoir lieu à Madrid car c’est l’Espagnole Massiel qui a gagné l’année précédente. SAUF que l’Espagne est depuis trente ans dirigée d’une main de fer par un dictateur, le Général Franco qui a beaucoup de sang sur les mains. Mais voilà, le tourisme explose, alors il a donné la consigne que tout soit nickel, moderne, glamour pour la promotion du pays, et bien sûr, de son image à lui.Et c’est le cas ! Grand orchestre, grand décor, grosse production télé, on a même dû faire venir des moyens techniques d’Allemagne car la télé couleurs n’existe pas encore en Espagne. Alors on a tout répété cent fois, même le vote qui la veille a produit deux gagnants ex-aequo. Et là, on aurait dû se méfier.Mais bon, la Grande Bretagne a envoyé une arme secrète, la petite bombe écossaise Lulu, vedette mondiale depuis cinq ans avec un tube explosif … et numéro 1 aux Etats-Unis deux ans plus tôt avec une chanson de film … (To Sir with love). Et au vu de la chanson avec laquelle elle arrive, c’est du tout cuit pour la BBC. Le titre ? Boom Bang A Bang. Oui, ça a l’air débile comme ça mais la chanson espagnole qui a gagné l’an dernier, c’est La La La et la même année les Beatles ont sorti Ob-La-Di Ob-La-Da, donc poupouille les mauvaises langues, ça va tomber dans l’escarcelle du Royaume-Uni.Sauf que, en 1969, les dix membres de chaque jury peuvent attribuer un point à leur chanson préférée, ce qui donne, malgré la course en tête de Lulu, un score de plus en plus serré. Tellement qu’au terme du dernier vote, on se retrouve avec 4 ex-aequo. Mais comment est-ce possible ? Que fait-on ? La présentatrice se retourne vers le président du jury qui répond que non, le règlement ne prévoit pas ce cas de figure. Alors tous les quatre ont gagné dit l’animatrice !Les quatre chanteurs britannique, français, espagnol et hollandais y vont de leur titre, on n’a évidemment pas assez de trophées ni de médailles, on vous les enverra par la poste. Cinq chaînes dont trois scandinaves sont furieuses, elles boycotteront l’édition 1970 dont le pays organisateur est sélectionné par tirage au sort. Alors, ne me dites pas que c’était mieux avant, même si, il faut l’avouer, 4 gagnants en 1969, c’était cocasse. Cela ne pourrait plus arriver aujourd’hui, vous le savez, les écarts sont énormes grâce au vote du public, comme ce fut le cas avec Loreen, il y a peu.
70 ans ! J’le crois pas ! 70 ans que dans un petit théâtre de Lugano, sur les rives d’un lac suisse, un public tiré à quatre épingles assis sur des fauteuils d’un autre âge, assiste ce 24 mai 1956, à une compétition entre sept chanteurs sélectionnés par la chaîne de télévision de leur pays.Ils sont trente de plus aujourd’hui, représentant autant de pays d’une Europe et même au-delà, qui ne ressemble plus du tout à celle qu’elle était sept décennies plus tôt. 52 pays différents y ont participé au moins une fois. Ça fait un sacré un va-et-vient et pourtant cette émission est toujours là. Un truc de fou car quelle émission peut avoir derrière elle, 70 années d’archives et, comme si cela ne suffisait pas, rencontrer malgré tout encore un tel succès, constituer un tel événement dans la ville qui l’accueille, à chaque édition ?Quand vous les voyez défiler, ces archives, c’est carrément un pan d’histoire, avec les swinging golden sixties, la conquête de la Lune, le disco des années 70, les explosives années 80 mais aussi les changements de frontières en Europe la décennie suivante et l’arrivée des pays de l’Est. Et puis combien de dirigeants politiques ultra populaires, aujourd’hui oubliés alors que, lui, le Concours Eurovision est toujours là, à passionner non seulement les audiences mais surtout les jeunes.Écoutent-ils tous ce que les commentateurs de chaque pays racontent, à savoir les fameuses statistiques tirées de huit décennies de concours ? Y en a des infos qui circulent : sur ceux qui ont gagné le plus souvent, ou jamais, le plus grand nombre de lanternes rouges, ceux qui ont été éliminés le plus grand nombre de fois d’affilée, …Et puis, tiens c’est intéressant, ceux qui ont failli y aller … mais non.Car savez-vous que Abba a été recalé une première fois, en 1973 ? Comme dans beaucoup de pays, la sélection se fait lors d’une soirée télé spéciale, le quatuor déjà célèbre dans son pays, mais séparément, propose une chanson dans le même esprit que le futur Waterloo mais voilà, elle finit troisième des suffrages. Et donc pas d’Eurovision pour abba qui pourtant, y croyait, et avait bien raison quand on voit le succès public. Un miracle qu’ils soient revenus l’année suivante !Et puis il y a ceux qui ont été envisagé, à qui on a demandé mais qui ont répondu non car c’était à une époque où c’était la honte d’y aller. On ne saura jamais si cela est vrai mais il paraît que les noms de Kate Bush, Pet Shop Boys, Joe Cocker, Indochine, Dalida, Robbie Williams et même Adèle ont circulé.Et puis il y a ceux qui y sont allé sans briller, et dont on a oublié, un peu, beaucoup, la participation, comme Julio Iglesias, Olivia Newton-John, Cliff Richard, les Shadows, Lara Fabian ou Bonnie Tyler. Et enfin, il y a ceux qui, bien qu’ayant marqué le concours de leur empreinte, n’ont jamais pu se débarrasser de l’étiquette Eurovision …
Imaginez le truc. Une émission de télé qui fête son 70ème anniversaire en cette semaine de mai 2026. Vous n’aimez pas ou vous la regardez chaque année, n’empêche, vous aimez bien le suspense du décompte final, la même émission que vos parents, grands-parents, arrière-grands parents ont regardé durant des dizaines d’années.Car je ne dois pas vous faire un dessin, 18 ans le 24 mai 1956, l’âge qu’il faut avoir pour être debout devant la télé en soirée, à cette époque, ça vous fait 88 ans en 2026, pour regarder les demi-finales et la grande finale à Vienne.Avec le côté rassurant que c’est toujours le même thème au générique depuis 70 ans. Et quelle histoire derrière ce thème ultracourt ! Vous êtes peut-être de ceux qui en connaissent le compositeur, un certain Marc-Antoine Charpentier qui vivait à l’époque de Louis XIV, tu te rends compte !Vous avez tiqué quand on vous a dit que c’était une œuvre religieuse, que certains musicologues pas bien renseignés qualifiaient de requiem joyeux.Il n’en est rien, si la partition date bien du XVII° siècle, Charpentier l’a composée à la gloire de Louis XIV pour célébrer une victoire militaire française, à Braine-le-Comte. Authentique ! Mais je n’en ai pas fini avec mon cocorico belgo-belge. Car comment et où a-t-on été chercher cette musique pour en faire le thème le plus populaire à l’échelle du continent ?Charpentier, comme la plupart des compositeurs baroques, est totalement oublié depuis longtemps quand un prêtre belge originaire d’Eupen, Carl De Nys, découvre les partitions de ses Te Deum. Oh, pas par hasard, hein, il est au début des années 50 un musicologue passionné qui sillonne les bibliothèques d’Europe à la recherche de partitions dont on a perdu jusqu’au souvenir de l’existence. C’est vrai, une partition, ça se range dans des tiroirs, on les oublie, et un jour, avec le temps qui dévore tout, elles finissent par devenir uniques, derniers exemplaires survivants d’une époque. Ainsi a-t-il découvert de nombreuses œuvres de JS Bach mais aussi mis en lumière celles de ses fils.Alors quand il retrouve cette œuvre très enlevée, en 1953, il la fait jouer à la radio et à la télévision françaises où il anime des émissions de musique classique. Le public enthousiaste pousse un éditeur à le sortir en disque et c’est ainsi qu’il tombe dans les mains de ceux qui doivent décider du thème musical qui précédera la retransmission télévisée du couronnement d'Elizabeth II la même année, en direct dans toute l’Europe. L’audience record de l’événement suscite une question dans des dizaines de milliers de chaumières : mais c’est quoi ? C’est génial. Bonne chance ! Pas internet, encore moins Shazam, les disquaires ont dû avoir beaucoup de visites la semaine suivante.Tout comme lors de l’édition 1995 du Concours, presque 40 ans plus tard, avec cette chanson dont on n’a pas su chanter les paroles du refrain quand on est allé demander le petit disque, et pour cause, …
Quand on y pense, mai 1956 a été un mois exceptionnel dans l’histoire de la musique populaire : en effet, aux Etats-Unis, Elvis Presley atteint pour la première fois le sommet des ventes, faisant du rock’n’roll un genre majeur alors qu’en Europe se tient pour la première fois le Concours Eurovision de la Chanson.70 ans. Vous imaginez ça ? Vous qui m’écoutez, et qui aviez 18 ans, car il y a peu de chance que vous ayez pu avoir, plus jeune, la permission d’être devant la télé en soirée, à cette époque, vous mesurez mieux que quiconque le temps parcouru devant ce souvenir d’une émission dont personne alors n’aurait misé sur la longévité.En 1956, combien de postes de télévision, de téléviseurs comme on dit alors, dans les foyers en Belgique ? C’est un truc de privilégié ou de passionné. Nombreux sont encore ceux qui vont voir le programme du soir chez des parents ou des amis. Ça peut paraître bizarre mais, oui, en 1956, la télé rapproche les gens, crée du lien.Et qu’ont-ils vu ces braves gens, le 24 mai 1956 ? Et bien une scène, en noir et blanc, fermée par des pendillons. Pas de décor, de rares montages de fleurs, avec un chanteur ou une chanteuse d’un côté et l’orchestre de l’autre. On ne s’est pas battu pour en être, parmi les pays de l’UER ; plusieurs dont des grands comme le Royaume-Uni n’ont en effet pas rentré leur candidat à temps. Résultat, ils ne sont que sept à participer : l'Allemagne, la Belgique (et oui, déjà, pays fondateur), la France, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse. Et pour éviter que l’émission ne soit trop courte, chacun envoie deux candidats ou un seul mais qui interprète deux chansons différentes.Le jury n’a droit qu’à une seule voix mais son vote est secret, autrement dit, il peut choisir le candidat de la chaîne qui l’envoie. Je devrais dire ILS au pluriel car ils sont deux par pays. M’enfin, il paraît que certains sont absents ce soir, on doit faire appel à des remplaçants au pied levé. C’est joyeux, non ? Léger, on pourrait dire, en tout cas pas sérieux. Ah il n’y a pas d’enjeu national, il est vrai, on est là avant tout pour créer un esprit européen, une culture européenne, le ton du commentateur télé, très martial, en dit long sur les consignes qu’il a reçues, l’esprit de ce moment, qui se veut aussi un exploit technique. Car l’Eurovision, c’est ça que ça désigne : les moyens pour diffuser le même programme sur toutes les chaînes de télés publiques.Et donc, si le vote est secret, il n’y a pas de décompte, vous l’avez compris. L’affaire est vite expédiée, on annonce le vainqueur, point. On ignore qui est deuxième, troisième, on ne s’y est même pas intéressé et de toute façon, on ne le saura jamais car les bulletins ont été jetés à la fin de la retransmission.C’était il y a 70 ans exactement, personne ne se doutait au terme de cet exploit technique, avoir été partie prenante d’un moment d’histoire, de quelque chose qui allait durer incroyablement longtemps car, même si on n’aime pas ou plus, il y a inévitablement, quelque chose de l'Eurovision en nous. La preuve …
Qu’on aime ou qu’on n’aime pas le Concours Eurovision de la Chanson, on est 1 million de Belges à l’avoir regardé en direct l’an dernier, cette émission fête cette semaine ses 70 années d’existence.Qui plus est dans une forme olympique puisqu’il s’agit du programme musical télé le plus regardé au monde avec 166 millions de téléspectateurs. C’est d’autant plus impressionnant que l’audience est constituée à 60% de jeunes, autrement dit, au lieu de de s’éteindre avec les générations, il est actuellement en pleine croissance comme en témoigne l’engagement incroyable sur les vidéos et le nombre astronomique de réactions sur les plateformes et les réseaux.Et ça dure depuis 70 ans ! Cette année les demi-finales et la grande finale ont lieu en Autriche, est-ce un hasard, Vienne n’est pas très loin de Lugano, en Suisse, là où, dans un théâtre au bord du lac, a eu lieu ce singulier et premier concours européen qui se voulait être un écho, un prolongement au succès du sacre télévisé d’Elizabeth II trois ans plus tôt.Car tout a démarré comme ça, le croirez-vous ? L’union des télévisions publiques européennes, ravie de ce plébiscite pour ce tout jeune média encore fragile, avait en effet décidé de remettre le couvert. Mais avec quoi ? On ne peut pas couronner quelqu’un tous les ans, qui plus est d’une des plus grandes puissances mondiales. Alors un gars, un Italien a parlé du Festival de Sanremo, une émission de variétés où les gens votent pour les chanteurs mais aussi les auteurs compositeurs, c’est une des plus grandes audiences de la RAI.Tout le monde dit banco, parce que la musique n’a pas de frontières et qu’elle permet de passer, comme le sport, au-dessus des barrières linguistiques.Et vous devinez bien sûr, allez voir sur internet, qu’à l’image des postes de télévision de l’époque, ce tout premier Concours de l’histoire ne ressemble en rien au tourbillon de sons, de décors et de ballet qu’il est aujourd’hui. Et ce n’est pas seulement à cause du noir et blanc et de l’image pas nette du tout, pour les 4 à 10 millions de téléspectateurs de cette soirée bouclée en 1 heure 40, non : c’est plutôt les sept concurrents qui interprètent deux chansons, le jury qui expédie son choix en attribuant une unique voix, mais aussi le présentateur qui arrive en fin d’émission, annonce le nom de la gagnante, une Suissesse, et puis Mesdames et messieurs, bonsoir. Ah ben oui, la télévision ferme tôt à cette époque, la télé qui émet 24h/24 ce sera dans plus de trente ans, pour la plupart des chaînes.Une pensée pour cette première lauréate, Lys Assia, … avec sa chanson d’une autre époque, vous avez raison. Le pays, comme elle, ne réalise pas encore l’importance de ce prix car il faudra attendre 1988 pour que la Suisse en reçoive à nouveau les honneurs. Il faut dire que cela n’avait déjà plus rien à voir, que ce soit le spectacle, et le type d’interprète.
En ce jour de mai 1986, la star du jour au Festival de Cannes, celle pour laquelle un public nombreux et franchement disparate vient s’écraser sur les barrières Nadar ou saturer la croisette, et ben cette star mesure soixante mètres de long.On attend comme tous les jours des acteurs américains, des lunettes noires, des robes du soir, des arrivées en voiture sombre, et ben non, c’est un bateau pirate qui entre dans la baie au ralenti, toutes voiles dehors. Immense coque sombre, trois mâts dressés qui dominent les yachts modernes, avec ses cordages tendus de partout, et surtout, sa rangée de bouches à feu à bâbord comme à tribord. Les gens sur les terrasses n’en croient pas leurs yeux. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? On le dirait sorti tout droit du XVII° siècle !Ce navire qui n’a rien de mystérieux se nomme en fait, le Neptune. Il a été construit pour Pirates, le nouveau film de Roman Polanski. Et on le constate, là, ce n’est pas un décor de studio, c’est un vrai bateau, qui est fait pour naviguer, avec ses ponts, ses cales, ses trois mâts, ses canons et ses passerelles. Une folie !Quand le bruit court que c’est pour la promotion d’un film, on croit bien évidemment à un coup digne d’Hollywood, et c’est du jamais vu entre parenthèses, pour la promo d’un film américain. Et bien pas du tout, c’est une production française et italienne, il a coûté, on le devine, une fortune, c’est tout bonnement une première à l’échelle européenne.Un projet qui est sur les rails depuis des années. Le budget a été cyclopéen et le tournage compliqué. Polanski veut en effet retrouver l’esprit des grands films d’aventures d’autrefois, ceux où l’on voyait vraiment la mer, la tempête et les abordages.Par contre, pour interpréter le rôle principal, celui du pirate à la barbe noire, Polanski a choisi un acteur américain, une vieille gloire d’Hollywood en fin de carrière. Et pourquoi a-t-il choisi Walter Matthau ? Parce que son film est aussi un pastiche et qu’il lui fallait non seulement un vieux pirate mais aussi une nature comique. Polanski veut en effet refaire le coup de son Bal des vampires, le premier film d’horreur burlesque de l’histoire qui lui avait valu de se faire remarquer dans les années 60. Bref, le même genre de tête fatiguée avec un air filou que son gâteux chasseur de vampires, sauf qu’ici il s’agit d’un capitaine pirate donc, avec un sens de l’autorité quand même !Dois-je vous dire qu’à Cannes, tout le monde parle de cet incroyable bateau. Il fait plus d’effet que le casting : le meilleur acteur du film flotte dans le port, peut-on lire dans un article. C’est méchant car il faut bien le dire : Walter Matthau est extraordinaire.Mais lorsque Pirates est enfin projeté en ouverture du Festival, l’accueil est assez froid. Cela dit, on ne s’en étonne pas plus que ça : à Cannes, il arrive souvent que la promotion réussisse mieux que l’œuvre. Car aujourd’hui encore, quand on reparle de ce Cannes 86 dont beaucoup ont oublié le vainqueur, Mission, très beau film d’ailleurs : l’image qui reste est celle du bateau pirate.Un matin de mai 1986, sur la Croisette, Roman Polanski a amené un galion espagnol pour vendre son film en dolby stéréo et pendant quelques heures, ça a marché. Il faut dire que pour l’heure, le public et Hollywood ont plus la tête dans les nuages que sur l’océan. La preuve : à la rentrée 1986, on ira tous voir Tom Cruise …
Mai 1986, quand Cannes revient dans le poste de télévision, le cinéma est alors partout. J’ai presque envie de dire, comme la musique avec les radios musicales, les clips vidéos, les émissions musicales à la télé. Dans le rayon des librairies où nous rentrons chaque jour, il y a désormais plusieurs magazines entièrement consacrés au septième art et il y en a pour tous les goûts. Prince et Madonna font un malheur au box office, lançant non seulement les chansons du générique dans le Top 50 mais aussi, involontairement ou pas, une mode vestimentaire et même une coiffure.Combien de jeunes gars sortent-ils brushés comme le héros de Purple Rain, ou de jeunes filles frisées, avec la dentelle au-dessus du pantalon et de la blouse, les poignets lourdement équipés et les colliers multiples parmi pend une croix bien lourde comme dans Recherche Susan désespérément.Et puis il y a toutes ces bandes originales de films remplies de chansons vendues en 33 Tours comme Pretty in Pink. Et pourtant ce ne sont pas des comédies musicales, hein, mais c’est à celui qui ira chercher le plus de locomotives : adieu les musiques de films instrumentales, aujourd’hui on veut chanter les scènes qu’on a vues sur grand écran.Évidemment, si un tel marché est possible, c’est parce que tout le monde voit les mêmes films au cinéma. On n’imagine pas en 1986, une époque future où chacun ne regarde plus que des films, et encore plus des séries, des conneries de séries, mon dieu, quelle horreur !, hyper calibrées pour correspondre à ce que vous aimez. Non, il y a une véritable communion quand on parle d’un film dans la cour de récré, ou au bureau, ou sur un chantier.En 1986, le cinéma rassemble. Les films restent tellement longtemps à l’affiche qu’on finit toujours par aller en voir un qui ne nous tentait pas au départ, sur le papier, ou quand Drucker en a parlé le dimanche après-midi sur Antenne 2. Oui, on paye sa place pour voir un film avec Alain Souchon parce qu’une fille qu’on aime secrètement en est folle. On va voir La couleur pourpre, un vendredi soir, avec une bande de copains qui sont fans de Spielberg car après on ira boire un coup, en bande. Et en sortant, on est étonné, on a découvert un univers qu’on ne soupçonnait pas. Tenez comme Hannah et ses sœurs, qui nous font aimer New York et surtout, ses habitants. Et Woody Allen aussi, on va être des millions.Alors en ce mois de mai 1986, on est aussi allé rêver d’Ecosse, pour la première fois probablement, c’est vrai que le cinéma nous y avait peu emmené jusque-là, du moins pas encore avec une telle passion. C’est vrai que si on y est par moment confronté à une violence orchestrée, inédite depuis Orange Mécanique, ce film est tellement habité par un souffle romantique, qu’il fait du bien à notre jeunesse des années 80.Et puis la bande originale est signée par le groupe Queen, ce qui n’est pas pour nous déplaire d’autant plus que la première expérience, six ans plus tôt, avec Flash Gordon, n’avait guère été concluante à la vision du film. Plusieurs chansons font d’ailleurs partie aujourd’hui de leurs classiques, on ne peut s’empêcher rétrospectivement de faire le lien entre ce titre, le thème du film et le triste destin qui attend son interprète Freddie Mercury, émouvant comme rarement.
Ceux qui sont en âge d’avoir connu l’année 1986 ont toutes les chances d’être allés au cinéma en ce mois de mai. Tout d’abord parce que ces dernières semaines sont sortis des films dont tout le monde parle quel que soit le genre auquel on est attaché : les salles ne désemplissent pas.On est allé chercher une irrésistible envie de safari africain avec Out of Africa pour Robert Redford et Meryl Streep, 7 Oscars au mois de mars, quelle récolte ! Oh on en a beaucoup parlé, hein, parce que c’était mérité tout d’abord, et puis aussi parce que La couleur pourpre de Steven Spielberg, nommé 11 fois, n’en a reçu aucun. Chacun a sa théorie sur le sujet.Donc à voir ! Comme Highlander. Je me rappelle encore la grande salle de l’Eldorado à Namur pleine à craquer pour ce film britannique présenté comme un blockbuster américain.Déjà le héros est incarné par Christophe Lambert. Ah on ne voit que lui ! Récemment, il a été un Tarzan tout-à-fait inattendu et novateur dans Greystoke et aussi un marginal flamboyant errant dans le métro parisien. Qui n’est pas allé voir le déroutant et enthousiasmant Subway.Et puis il y a Pretty in pink, le nouveau film du gars qui a fait Breakfast Club. De celui-là aussi, on va en parler après l’avoir vu car ce n’est pas du tout le teen movie auquel on s’attendait.Le thème est plutôt plombant, l’atmosphère aussi, et pour cause. Et pourtant immense succès et surtout une bande originale qui va enfin lancer aux Etats-Unis le son de la new wave britannique avec les Psychedelic Furs, New Order et Orchestral Manoeuvres.Oui, même si 1986 est l’année où les vidéoclubs commencent à s’installer dans toutes les villes y compris les petites communes, le cinéma attire toujours autant de monde qui aime ces films projetés en dolby stéréo. Oh on ne sait pas exactement ce que c’est sauf que ça sonne super bien dans la salle comme si le son nous enveloppait. Loin le temps où il était diffusé par deux gros baffles placés derrière l’écran.C’est vrai que le monde du cinéma redoute cette cassette VHS à louer, il craint qu’elle ne détourne les gens des salles obscures au profit du divan du salon. Alors pour le moment, vous n’y trouverez que des films du genre Atomic Cyborg, sous produit nanar italien, et non les films d’action à gros biceps et gros budgets qui commencent à s’imposer avec deux figures majeures : Sylvester Stallone qui aligne les Rocky et les Rambo, et Arnold Schwarzenegger qui est sorti de sa première époque barbare avec tout d’abord Terminator, puis ce printemps incarne un tueur à gages pas comme les autres dans Commando. C’est pas fute fute comme film même si on voit que le réalisateur a cherché à faire quelque chose de plus ambitieux.Et quelle meilleure vitrine que Cannes pour le souligner avec, à la surprise générale, un film d’action présenté en compétition. Pas le genre, ça ! Et pourtant Runaway Train, cette histoire de train fou lancé sur les rails à travers l’Alaska avec à son bord comme seul espoir, un détenu réputé dangereux, a tout du film de genre, sur le papier. Il est pourtant signé Kontchalovski, réalisateur russe, déjà primé à Cannes et récemment réfugié aux Etats-Unis. Mais là où l’histoire devient folle, c‘est que le scénario est signé Akira Kurosawa, Palme d’Or à Cannes et réalisateur emblématique des Sept Samuraïs. On est allé le voir, bien sûr, loin de nous douter qu’il inspirera un gars pour signer dans les années 90 un énorme blockbuster nommé Speed, avec Keanu Reeves. Non, vraiment, en 1986, le cinéma est partout, même dans les clips vidéos.
Comme Roland Garros, le Festival de Cannes est chaque année pour les écoliers et les étudiants, attaché à la période des examens qui approchent et d’un blocus qui ne laisse que peu de temps aux loisirs. Alors on regarde le midi et le soir, ces images à la télé, au JT ou dans des émissions spéciales.En 1986, tenez, on aime ça hein, les années 80, c’est le visage sympathique de Sydney Pollack qu’on voit partout puisqu’il préside le jury à qui incombe de désigner le meilleur parmi les vingt films en compétition. Il est Américain, tout auréolé des sept Oscars que son dernier film, Out of Africa, vient de recevoir. Oui, Meilleur film et Meilleur réalisateur, il a d’autant plus sa place à la tête des jurés, le Sydney, que quatre ans plus tôt, il nous a offert la comédie la plus drôle et intelligente qu’on ait vue alors. Dans Tootsie, il y met en scène un Dustin Hoffman, acteur de théâtre new yorkais élitiste et exigeant, qui par défi, se déguise en actrice et berne tout le monde en se faisant engager dans un soap télévisé.Énorme succès, celui qu’on présentait déjà comme un vieux de la vieille dans ce monde des années 80 où le cinéma change et se renouvelle tellement, est désormais au premier plan, alors on y croit au palmarès qu’il présentera en fin de festival.Mais on n’y est pas encore. Durant ces premiers jours, tout Hollywood est déjà là puisque Woody Allen y projette, hors compétition, Hannah et ses sœurs, probablement le meilleur film de sa carrière, le plus drôle et le plus émouvant. Steven Spielberg est de la partie aussi. Après E.T. et un second Indiana Jones, il vient promouvoir La Couleur Pourpre, le film qui va changer l’image qu’on a de lui, de machine à fabriquer des blockbusters.Mais celui qui passe le moins inaperçu question marketing est certainement le Pirates de Roman Polanski. Il faut dire que la production a amené avec elle le bateau trois mâts d’époque de ce vieux pirate de Walter Mathau, ancré dans la baie de Cannes. C’est impressionnant de l’y voir, aucun photographe, aucune télé ne va le manquer. Quant au film lui-même, il se veut un pastiche comique du film de pirates, cher à toute une génération, dans la veine de ce qu’il avait fait avec Le Bal des vampires près de vingt ans auparavant. On y va donc pour le grand spectacle, et pour rire aussi. Si le film n’est pas un chef d’oeuvre, il nous fait passer un très bon moment et surtout, il y a fort à parier qu’il ait fortement inspiré ceux qui se mettront un jour autour d’une table pour créer Le Pirate des Caraïbes.Enfin, en compétition en cette année 1986, dix ans après le Taxi Driver qui l’a révélé, revoici Martin Scorsese, un des vieux amis de Spielberg, et puis aussi Robert Altman, monsieur M.A.S.H., qu’on retrouve toujours avec plaisir comme Amélie Nothomb, à chaque rentrée.Oui, il se dégage du monde du cinéma, une sensation de vivacité, de créativité rare en cette année 1986. Les films de genre sont de plus en plus ambitieux, les films d’auteur ont un public plus nombreux que jamais, bref de quoi alimenter bien des conversations passionnées et de longues queues devant le guichet des salles dont on a cru un temps que la télévision allait provoquer leur fermeture.
La semaine prochaine, c’est déjà le retour du glamour sur notre petit écran, les Journaux Télévisés seront en direct du plus grand Festival du Cinéma, inutile de vous préciser qu’il a lieu à Cannes, vous le savez. Extraordinaire réussite, n’est-ce pas ? Qui autour de la planète ignore le nom de cette ville de la Côte d’Azur qui doit sa notoriété, non pas au cinéma français qui fut un temps la terre de la création du 7ème art et le leader de cette industrie, avant que l’Amérique ne prenne le dessus.Et c’est justement Hollywood avec ses stars et son armada promotionnelle qui fait qu’à chaque printemps, le monde entier se retrouve sur une Croisette bordée par la plage et les palmiers, avec ses hôtels de luxe assiégés, et surtout une montée des iconiques marches rouges menant à un palais, qui ressemble plus à un bunker du mur de l’Atlantique qu’à un temple du cinéma.Mais bon, il faut y entrer pour s’imprégner de l’ambiance des deux grandes salles lors des projections et surtout, plonger dans l’immense hall du sous-sol où fourmille toute l’industrie mondiale du cinéma, d’un stand à l’autre. Et là, vous prenez la mesure des enjeux économiques de ce secteur de création pas comme les autres.Car tout le monde aime le cinéma. Tout le monde a au moins un film qui le suit depuis l’enfance, l’adolescence. Une histoire, des acteurs qui vous ont retourné comme une crêpe, vous empêchant de décoller les yeux de l’écran durant au moins 100 minutes. C’était dans un cinéma de Bruxelles, Charleroi ou Verviers que vous avez pris conscience que jamais vous n’oublierez ce moment, que vous y penseriez encore des décennies plus tard à chaque fois que ce fameux film repasserait à la télé.Car si aujourd’hui le monde foisonnant des séries a pris le pas sur le film, les jours et les soirs sont souvent tristes dans les multiplex désertés, il fût un temps qui a duré très longtemps, où la salle de cinéma était un lieu magique. Oh il ne faut pas remonter si loin, tenez, par exemple en mai 1986, année d’un Festival de Cannes mémorable.Les multiplex ne sont pas encore nés mais les salles en ville se sont démultipliées, ou plutôt divisées en plusieurs plus petites pour offrir à chacun la possibilité de voir le type de film qu’il aime. Un cinéma qui n’arrête pas de progresser au niveau technologique avec son dolby stéréo et son logo sonore en début de projection qui envoie des décibels à vous tirer des larmes d’émotion avant que s’ouvre vraiment le théâtre du rêve qu’est le long métrage. En mai 1986, on va voir Highlander, Hannah et ses sœurs ou Out of Africa qui vient de triompher aux Oscars. On s’est bien sûr arrêté devant les vitrines dans l’entrée de la salle pour regarder les photos et affichettes de films à venir : Tom Cruise en pilote de chasseur, David Bowie en inquiétant personnage dans son labyrinthe, le retour du Karaté Kid, des Aliens en pagaille avec le nom du réalisateur de Terminator.Et puis en sortant, on est entré au café d’à côté pour parler du film avec les copains qui ont partagé le même moment. Mais comme souvent, ils ne sont pas du même avis que vous. Alors on a parlé avec passion, de ce film qu’on venait de voir mais aussi d’un tas d’autres.C’est vrai qu’on n’a pas passé nos années 80 uniquement à écouter des disques et regarder des clips, il y a aussi eu le cinéma qui a fait preuve d’une incroyable créativité, inventé des personnages, de nouvelles stars et créé des mythes. C’était en 1986 et on n’a pas fini d’en parler.
Il arrive un moment dans la vie d’un artiste où il ne doit plus courir après le monde, c’est lui qui vient désormais frapper à sa porte. Jour et nuit.Alors oui, dans les années 80, tout le monde sait dans le métier de la musique qu’un single prometteur, passé dans les mains de Trevor Horn, prend soudain l’allure d’un classique. Il est devenu pour les maisons de disques celui qui sait transformer l’or en platine.Son quartier général de Notting Hill tourne presque sans arrêt. Horn adore cet endroit parce qu’il peut y faire ce qu’il aime le plus : recommencer vingt fois un détail que personne d’autre n’aurait remarqué.Et à force de produire les autres, il finit par vouloir aller encore plus loin. Avec Paul Morley, Anne Dudley et quelques complices, il lance The Art of Noise. Le principe est simple et révolutionnaire : chaque son, n’importe lequel, peut devenir de la musique. Un bruit de porte, un cri, une caisse claire, une phrase volée. On découpe, on colle, on déforme, c’est l’Art du bruit. (Close to the edit)Puis arrive de Liverpool une bande de mecs décidés à faire du bruit qui porte le nom très bizarre de Frankie Goes to Hollywood. Trevor Horn comprend tout de suite qu’ils ont des refrains énormes et une indécence parfaite pour l’époque. Il reprend leur titre Relax, booste les basses et change la rythmique, soigne chaque montée et transforme le morceau en machine irrésistible.La suite, elle, ressemble à un défilé triomphal : trois numéros un consécutifs, trois climats différents, mais une seule signature derrière le triple vitrage de la cabine du studio. En 1984, c’est Trevor Horn qui donne le tempo de la décennie. Pas étonnant qu’on vienne enregistrer chez lui l’hymne du Band Aid.À la fin des années 80, c’est au tour de deux Londoniens de la banlieue qui cherchent un nouveau souffle pour leur pop électronique. Ah on les connaît déjà, et pas un peu, les Pet Shop Boys ont leur style et leurs tubes. Mais Trevor Horn va leur offrir de l’ampleur.Il ouvre les fenêtres, fait entrer les cordes, et par la porte de la cave, fait remonter une majesté typiquement british trop longtemps enfouie. Et alors que les années 80 s’étirent vers leur fin, quand Simple Minds fait aussi appel à lui, tout un symbole, Trevor Horn leur donne un souffle insoupçonné.Et donc, quand le Mandela Day des Minds et le It’s Alright des Pet Shop Boys passent à la radio en 1989, ces années bénies sont presque derrière nous. D’autres modes s’annoncent, d’autres sons arrivent. Mais avant de quitter la scène, elles ont encore le temps de tirer leur révérence avec panache, écoutez !Et si vous vous dites qu’on n’a pas fait mieux depuis ces années 80, en écoutant toutes ces chansons, ces titres produits par Trevor Horn, vous n’êtes pas loin d’avoir raison.
Au milieu des années 80, Trevor Horn n’est désormais plus le chanteur des Buggles. Oublié, les Buggles ! C’est l’homme de génie au centre d’un studio, entouré de boutons, de curseurs, machines et musiciens qu’il pousse jusqu’à leurs dernières limites. Après ABC, Yes, Propaganda, Frankie Goes To Hollywood, tout Londres sait qu’avec lui une chanson peut devenir un événement.Son quartier général est un ancien studio installé dans une église de Notting Hill où les plus grands classiques rock des années 70 ont été forgés. Horn rachète l’endroit, y fait entrer des machines de pointe, il y a des synthés partout, et surtout des enregistreurs qui tournent sans arrêt. Chez lui, les nuits finissent souvent au petit matin.Et c’est là qu’entre en scène, Grace Jones.C’est pas une débutante, hein, ancienne mannequin, figure du disco new yorkais, muse des photographes, silhouette sculptée à la hache par son compagnon Jean-Paul Goude, elle dégage une aura pas possible et est venue chercher le son qui va tuer pour son prochain disque.Dans les tiroirs de ZTT, une chanson traîne, un morceau pensé pour un autre artiste du label, sans doute Frankie Goes to Hollywood. Horn la reprend mais il la démonte, change le tempo, rallonge les breaks, ajoute des percussions, retire des couplets. Et plus il avance, plus il se dit que cette chanson n’ira à personne d’autre que Grace Jones.Le titre s’appelle Slave to the Rhythm. Il le lui fait écouter, elle accepte.Et là, il s’emballe. Horn veut tout essayer. Il fait venir des percussionnistes, des choristes, des cuivres, multiplie les prises. Il demande une voix parlée, puis chantée, puis glaciale, puis ironique. Grace Jones soupire, lève les yeux au ciel, mais elle recommence. Horn coupe des bandes au rasoir, recolle, change encore l’ordre des sections. On dit qu’il peut passer des heures sur quelques secondes de transition.Et le morceau devient immense. C’est une chanson pour danser, oui, mais aussi une pièce de théâtre. Quand le disque sort en 1985, impossible de le rater : on s’arrête devant la télé quand le clip passe, les radios diffusent mais surtout, l’album entier est construit autour du même titre, décliné, remodelé, repris sous plusieurs formes, on entend même une interview. Typiquement Trevor Horn, ça : quand il tient une idée, il la pousse jusqu’au bout.Alors si un jour vous êtes à Notting Hill, après avoir été phiotographier le magasin de livres de voyage à la façade bleue, pensez à traîner du côté de l’ancien Sarm Studios, vous reconnaîtrez le corps de bâtiment de l’ancienne église, et imaginez, ces quelques semaines où derrière ces murs, au milieu des années 80, deux caractères faits pour dominer leur monde se sont retrouvés dans la même pièce. Vous ne vous étonnerez plus que ça s’entende encore aujourd’hui, chaque fois que ça passe à la radio. Et écoutez l’album, c’est vraiment une trouvaille …
Au début des années 80, la new wave anglaise s’inspire beaucoup moins des groupes punks qu’ils ont été au départ, que des boîtes à rythme et synthés des artistes Allemands des années 70. Kraftwerk, évidemment, la référence absolue pour Human League, Depeche Mode, Orchestral Manoeuvres in the Dark ou encore Soft Cell.Mais il n’y a pas que Kraftwerk en Allemagne, on ne tarde pas en effet à découvrir des Deutsch Amerikanische Freundschaft, Grauzone, Einstürzende Neubauten… des noms aussi impossibles à prononcer que leur musique l’est, à écouter. Quoique certains sont plus accessibles comme Trio, Rheingold ou Propaganda.Ceux-ci sont de Düsseldorf, une région de bassins industriels qui fait furieusement penser aux Midlands britanniques, ce n’est pas un hasard. Leur idée est claire : allier la rigueur et la froideur mécanique allemande aux mélodies de la pop internationale. Les gars, ils veulent conquérir l’Europe.À Londres, un journaliste musical du nom de Paul Morley, un agitateur d’idées, travaille avec un nouveau label au nom étrange : ZTT Records, Zang Tumb Tuum. Un label lancé par Trevor Horn et sa compagne, Jill Sinclair.Ils viennent justement de triompher avec ABC et la métamorphose de Yes. Trevor Horn des Buggles est devenu le producteur dont tout le monde parle, l’homme capable de transformer une bonne partition en événement mondial. Il vient de racheter un studio construit dans une église, où ont été enregistrés des petits trucs comme We will rock you ou Stairway to heaven et qu’il transforme en QG sonore pour ZTT. C’est son laboratoire personnel, avec ses machines dernier cri, consoles immenses, ingénieurs du son pointus, un endroit où il peut inventer l’avenir car dans les années 80, il n’y a que ça qui marche.Alors on les imagine dans un pub de Notting Hill, juste à côté du studio : Paul Morley lui parle de Propaganda, Horn écoute car ce qu’il entend lui plaît immédiatement, la discipline allemande, des voix singulières, une esthétique forte et donc, un potentiel immense. Propaganda signe chez ZTT et déménage à Londres pour travailler au plus près de cette nouvelle usine à rêves.Les séances sont longues, exigeantes, il leur arrive même d’être un peu tendues car Horn pousse tout au plus loin : les arrangements, les textures de son, la dramaturgie. Le premier essai, Dr. Mabuse, est déjà une réussite : une musique cinématographique, menaçante, spectaculaire. Et puis vient le single Duel, plus mélodique, plus accessible, mais tout aussi travaillé : c’est le carton.Ce qui se joue alors dépasse largement un nouveau succès du label de Trevor Horn : la New Wave n’a plus de frontières. Les idées circulent désormais dans les deux sens entre Düsseldorf, Sheffield, Londres, et même Bruxelles. Avec Paul Morley et deux musiciens de génie, Horn va même créer son propre groupe, atypique, The Art of Noise, ils sont d’ailleurs tous très présents, sur ce titre de Propaganda qu’on entend toujours aussi souvent à la radio, plus de quarante ans après.
Le succès de Video Killed the Radio Star aurait pu rester un heureux accident, une parenthèse fulgurante dans la carrière d’un musicien de studio, comme c’est arrivé à tant d’autres. Et c’est d’autant plus évident que Trevor Horn n’aime pas sa voix, il ne se voit pas en chanteur, et supporte mal l’exposition de son image. Et logiquement, l’aventure des Buggles ne dure pas.C’est vrai ! Notre tête quand on apprend en 1980 que Trevor Horn et Geoff Downes des Buggles rejoignent le groupe Yes en tant que chanteur et claviériste ! Un épisode aussi improbable que bref. Car très vite, Downes part rejoindre un nouveau groupe, Asia, en plein enregistrement du second album des Buggles. C’est la fin, dommage, il y a des moments d’une intensité et beauté immense dans ce disque ...Et c’est justement en se retrouvant seul aux commandes de ce disque que Trevor Horn découvre le plaisir de ne plus être au premier plan. Il a trouvé mieux : contrôler le son, le modeler, le pousser là où personne n’est encore allé. Et c’est précisément à ce moment-là qu’il croise la route de ABC.Des gars qui viennent des Midlands, comme lui, Sheffield précisément, une Angleterre industrielle en plein marasme. Deux musiciens qui jouent une musique électronique sombre et expérimentale, genre David Bowie et Kraftwerk. Et qui bien sûr reste underground jusqu’au jour où un jeune journaliste de fanzine, Martin Fry, vient les interviewer. Passionné, curieux, et surtout parfaitement en phase avec leurs références, de Roxy Music à Bowie. Il lui ressemble étrangement d’ailleurs, vous ne trouvez pas ? Le courant passe immédiatement. Singleton et White lui proposent de les rejoindre. Martin Fry accepte, et en 1981, Vice Versa devient ABC.Le projet change alors de nature. Là où Vice Versa cultivait le minimalisme robotique, ABC cherche le style, l’élégance, une forme de pop sophistiquée qui emprunte autant au funk qu’à la new wave, comme les Spandau Ballet et les Duran Duran. ABC sort un premier single sur son propre label, qui entre dans le Top 20 britannique et attire l’attention de Trevor Horn.C’est un déclic pour lui car il entend dans ce son non abouti comment s’en emparer pour en faire une redoutable chanson.Et de fait, il ne se contente pas de les produire : il organise leurs chansons comme un architecte, joue avec les ruptures, les contrastes, les effets, introduit des gimmicks sonores qui surgissent et disparaissent, ou une conversation en voix off. Leur musique devient quelque chose de singulier, qu’on ne peut que remarquer : on dirait un décor en mouvement.Et c’est vrai que le premier titre de ABC produit par Trevor Horn ne ressemble à aucune autre chanson de l’époque. Non seulement elle va servir de modèle, ce qui est déjà énorme, mais surtout, la question est : qui aujourd’hui est capable de nous servir trois minutes de chanson avec autant de folie et de précision ?Avec ABC, Trevor Horn a trouvé sa place. Lui qui ne voulait plus être devant un micro est devenu celui qui décide de tout ce qu’on va entendre. Oui, c’est fou, après avoir annoncé les années 80 à la fin de la décennie précédente dans une chanson, Trevor Horn va cette fois leur ouvrir la voie.
Plus on avance dans ce siècle, plus les années 80 s’y installent. Pour un tas de raisons, mais la principale, c’est quand même la musique pop qui, c’est incroyable, reste actuelle malgré quatre décennies écoulées. C’est comme si à cette époque, tout le monde avait écouté des 78 tours des années 30 et 40 et avait trouvé ça très branché.Et ce « son », il a été créé par quelques pionniers dont les disques, les chansons n’ont pas leur place dans les musées mais à la radio, dans les magasins, les bistros, les restos, les soirées. Combien de nos gosses ne nous étonnent pas en citant le nom des artistes, des vidéos, qui en ont souvent un autre en commun, celui de leur producteur : Trevor Horn.Pourtant au départ, dans les années 70, quelque part dans le nord de l’Angleterre, Trevor Horn est un homme de l’ombre, un gars qu’on appelle pour jouer de la basse, arranger un morceau ou fabriquer des jingles pour la radio. Il accompagne des artistes comme Tina Charles, qui a commis un hit disco, mais vit sa vie surtout dans des studios, où il développe une passion limite obsessionnelle : le son.Cette obsession, il la partage bientôt avec deux autres musiciens, le claviériste Geoff Downes et le guitariste Bruce Woolley, avec qui il forme en 1978 un groupe au nom étrange, The Buggles. Et ils ont à leur répertoire une chanson dans laquelle ils croient énormément, elle est à la fois mélancolique et visionnaire, puisqu’elle parle de ces deux mondes qui sont en train d’apparaître et de disparaître : la vidéo et la radio. Oui dans ce monde du futur que seront les années 80, on n’écoutera plus la radio, on regardera les chansons à la télé. Malheureusement ce titre ne ressemblant à rien de ce qui existe alors, il est refusé par toutes les maisons de disques.Et Bruce Woolley finit par quitter les Buggles pour enregistrer sa propre version du morceau avec un jeune musicien nommé Thomas Dolby…Pendant ce temps, Trevor Horn, lui, continue à travailler : il veut créer un univers qui n’existe pas encore, un souvenir du futur.C’est là que Chris Blackwell, patron de Island Records, éditeur de Bob Marley et bientôt de U2, entend la cassette des Buggles que ses employés ont pourtant déjà refusé. Trevor Horn obtient de lui alors les moyens d’aller au bout de son idée, et il s’y plonge, multiplie les prises, empilant les couches de synthétiseurs mais pas que, cherche sans relâche ce qu’il considère comme le mix parfait.Le disque sort à la fin de l’année 1979, il ne ressemble à rien de connu, et devient un succès mondial, atteignant la première place dans onze pays. Et là, tout le monde va vouloir habiller ses chansons avec son savoir-faire, un producteur pas ordinaire est né.Alors oui, c’est drôle que ce type qui s’est fait connaître en annonçant que la vidéo allait tuer la radio, a passé le reste de son existence à fabriquer des chansons qui ont donné une furieuse envie de chanter avec la radio. Et ce, dès les premières notes …
À la fin des années 80, quand Zucchero commence à faire voyager sa musique hors d’Italie, il est encore un artiste périphérique sur la scène internationale. S’il a déjà travaillé avec un des frères Jackson, il est toujours dans l’émerveillement de ce qui lui arrive, il est à nouveau le gamin qu’il a été, celui qui passait des heures à écouter des disques américains, et qui s’était construit une voix en reproduisant des sons avant d’en saisir le sens.Parmi les musiciens qu’il écoute depuis toujours, il y a Miles Davis, une figure qui dépasse largement le jazz et qui incarne cette manière de faire évoluer la musique sans jamais se répéter. L’idée de travailler avec lui semble hors de portée, mais Zucchero tente sa chance malgré tout, en envoyant une cassette via des intermédiaires jusqu’à l’entourage du musicien américain.Contre toute attente, la réponse arrive, et elle est positive. Miles Davis accepte de participer à un enregistrement. La rencontre a lieu en studio, dans un cadre très simple, sans mise en scène particulière, avec cette manière qu’a Davis d’imposer immédiatement un son, une couleur. Zucchero vit un rêve : enregistrer avec le pape de la trompette, qu’il a appris à connaître uniquement à travers des disques.Le titre ne sera pas un succès mais il lui donne une légitimité nouvelle, dans le métier. À partir de là, les collaborations se multiplient, les scènes s’élargissent, et Zucchero passe progressivement du statut de l’artiste italien qui s’exporte à artiste international tout court.Quand il entre en studio quelques années plus tard pour enregistrer l’album Spirito DiVino, en 1995, il n’est plus dans une logique de conquête ni de reconnaissance, mais dans la maîtrise. Il sait désormais comment une chanson se comporte en dehors de son pays, comment elle est reçue, ce qui la rend accessible sans la transformer. Cette expérience accumulée, des studios aux grandes scènes, se retrouve dans un titre qui va s’imposer très rapidement.Une chanson construite sur une énergie immédiate, une structure claire, et une voix identifiable, même quand on ne comprend pas tous les mots dans les phrases.Et lorsque le titre sort dans le commerce, il s’installe aussitôt dans plusieurs pays européens. Cette fois, la boucle est bouclée car parmi les chansons qui circulent partout dans le monde, il y en a ne viennent pas d’Angleterre ni d’Amérique, ce sont les siennes.
Au début des années 90, Zucchero n’est plus seulement un de ces chanteurs italiens qui a réussi percer à l’étranger, mais simplement, un musicien qui a pris sa place à l’international et qui croise d’autres artistes.À Modène, un homme suit cela de près, il s’appelle Luciano Pavarotti. Une star mondiale, une voix, une silhouette, un visage que tout le monde connaît, mais aussi quelqu’un qui cherche à élargir son univers. L’opéra, il le maîtrise parfaitement, mais il a envie d’autre chose, de rencontres, de mélanges.Les deux musiciens italiens échangent sur leurs mondes respectifs qui semblent très éloignés, et pourtant très vite une idée s’installe : faire venir sur une même scène des artistes qui, en temps normal, ne joueraient jamais ensemble. Ce projet, ce sera Pavarotti & Friends.À Modène, sur une grande scène montée en plein air, le public ne vient pas seulement écouter le ténor car dans les coulisses, ce soir-là, les silhouettes ne sont pas celles d’un gala classique. Il y a Bono qui discute, lunettes noires sur le nez. Plus loin, Eric Clapton accorde sa guitare, un peu en retrait, comme s’il était dans un studio et non bientôt devant des milliers de personnes. Et au milieu de tout ça, Zucchero passe de l’un à l’autre, parle, traduit parfois, met les gens en relation.Ce n’est pas un hasard. Il connaît ces deux langues musicales. Il a grandi avec le blues américain, il a construit sa carrière en Italie, et il sait comment faire se rencontrer ces univers sans les dénaturer. Quand le concert commence, le public voit quelque chose d’inhabituel et pourtant, ça fonctionne.Et dans cette mécanique, Zucchero est celui qui a rendu la rencontre possible. Celui qui connaît les chansons, les codes, les habitudes des uns et des autres, et qui permet que tout se passe sans friction.Ce soir-là, et dans les éditions suivantes, il devient évident que quelque chose a changé. Les frontières entre les genres sont moins étanches. Le public accepte d’entendre autre chose, autrement. Et pour Zucchero, c’est une nouvelle étape.Lui qui, quelques années plus tôt, chantait dans des salles où l’on parlait plus qu’on ne l’écoutait, se retrouve au centre d’un dispositif où les plus grandes voix du monde acceptent de se rencontrer non pas autour d’un style, mais autour d’une idée simple : la musique circule mieux quand quelqu’un sait comment faire le lien.Et ce quelqu’un, ce soir-là, c’est Zucchero.
Au début des années 70, dans le nord de l’Italie, nous retrouvons Zucchero, de son vrai nom, Adelmo Fornaciari, qui grandit dans une maison où l’on se lève tôt pour aller se tuer au boulot jusque tard, et où l’on parle peu.Son père comme sa mère travaillent la terre. Les journées sont physiques, et la musique n’est pas vraiment une priorité. Pourtant, dans sa chambre, le gamin joue à l’infini sur un petit tourne-disque quelques 45 Tours d’Otis Redding, Wilson Pickett et surtout Joe Cocker.Le problème, c’est qu’il ne comprend pas un mot d’anglais. Alors il invente une méthode. Il écoute et répète à voix basse, note sur un carnet des sons approximatifs, des phrases écrites comme il les voit dans sa tête. Il apprend par imitation pure, sans dictionnaire, et chante des histoires dont il ignore le sens, mais dont il ressent déjà l’impact.Très vite, il monte un groupe. Ça change souvent de nom et de musiciens. Il joue avec des formations locales qui tournent dans toute la région. Le week-end, ils chargent le matériel dans une voiture, parfois deux, amplis, câbles, batterie démontée, et ils vont jouer là où on veut d’eux. Des salles communales éclairées au néon, des fêtes de village où l’on aligne des tables avec des nappes qui collent un peu. Les gens boivent, parlent fort, mangent, se lèvent pour danser sans vraiment regarder le groupe.On leur demande des reprises américaines et anglaises, celles qu’on entend à la radio, hein : du rhythm and blues, du rock, de la soul. Zucchero commence à chanter du Joe Cocker avec un anglais bricolé et une voix qu’il pousse pour coller au modèle.Mais à force de répéter, quelque chose se met en place. Une manière d’attaquer les mots sans les glisser, de rester accroché à la note. Et cette rugosité, elle vient autant de ce qu’il entend et imite, que de ce qu’il est.Car Zucchero, c’est une vie simple, du travail dur, et des disques usés. Et à force de chanter des chansons qu’il ne traduit pas, il apprend comment faire passer une émotion sans s’appuyer sur le sens exact des mots.Quelques années plus tard, quand il écrira ses propres chansons, cette manière restera. A savoir une voix qui cherche juste à être crue. Et ça, il ne l’a pas appris à l’école, ni au conservatoire, Zucchero, non, il l’a appris le soir, dans des salles où personne ne l’écoutait vraiment, en tout cas, pas comme lui, écoutait ses disques.
À la fin des années 80, Zucchero n’est plus le type qu’on ne remarquait pas, au début, lors du Festival de Sanremo. En Italie, il a trouvé son public, ses disques se vendent, et surtout, il a imposé quelque chose de nouveau : du rhythm and blues chanté en italien.En 1987, il a ainsi sorti un album déterminant dans sa carrière : Blue’s. L’album marche très fort dans la péninsule, et parmi les titres, une ballade passe particulièrement bien à la radio : Senza una donna.Mais comme souvent à l’époque, la chanson n’est pas arrêtée à la frontière que par les Alpes. Elle tourne en Italie, elle accompagne les soirées, elle passe dans les voitures, mais elle ne sort pas vraiment du pays.Pourtant, Zucchero commence à fréquenter les circuits internationaux, les studios, les musiciens de passage. C’est dans ce contexte qu’il croise Paul Young, une des voix immédiatement reconnaissables en Angleterre, un chanteur qui a déjà installé des succès dans toute l’Europe, il était déjà à l’affiche du Live Aid, en 1985.Zucchero lui fait entendre Senza una donna. La mélodie, la structure, l’émotion, tout est déjà là. Il ne lui manque qu’une porte d’entrée pour le public qui ne comprend pas l’italien.Tout va très vite : la chanson est réenregistrée en anglais, et surtout, en duo. Le texte est adapté, sans trahir l’idée originale, chacun gardant sa manière de chanter.La chanson entre dans les playlists des radios anglaises, puis européennes. Et très vite, c’est le tube.Ce qui frappe, c’est que rien n’a été recalibré pour faire plus international. La progression est la même, l’atmosphère aussi, et la voix de Zucchero reste intacte, avec ses aspérités. Simplement, cette fois, elle dialogue avec celle de Paul Young, et c’est ça qui donne à la chanson son ticket d’entrée dans les radios et les télés.Pour Zucchero, c’est un basculement plus que professionnel. C’est toute sa vie qui s’en trouve bouleversée. Lui qui, adolescent, chantait des titres américains en phonétique dans des salles des fêtes de Reggio Émilie, se retrouve avec une chanson que des publics étrangers reprennent, comprennent, s’approprient. Le trajet s’est inversé.Pour la première fois, une de ses chansons ne reste pas en Italie : elle circule comme celles qu’il écoutait, seul, des années plus tôt, sur le tourne-disque fatigué, dans sa chambre d’adolescent. C’est vrai qu’il n’y a de vent favorable pour ceux qui savent où ils vont.
Février 1982, tous les Italiens sont devant leur poste de télévision pour regarder, comme chaque année, le festival de la chanson de Sanremo. Alors ils sont tous là ou presque, les Albano et Romina Power avec leur sourire ultra brite et leurs gestes répétés au millimètre, et puis aussi Bobby Solo qui est une immense star. Comment vous le situer, il plairait autant aux admiratrices de Cloclo que Julien Clerc et Michel Polnareff.Et, pendant que ces grosses machines soulèvent une fois de plus l’admiration du pays, un inconnu attend son tour nerveusement derrière le rideau. Il se nomme Adelmo Fornaciari mais tout le monde l’appelle depuis qu’il est gamin, Zucchero. Qui veut dire sucre, vous le savez, un diminutif affectueux que son institutrice utilisait pour désigner le gros nounours en sucre qu’il était déjà.Et ça lui est resté, même quand il a quitté sa belle région de Reggio Emilia, entre Milan et Bologne. Ah c’est à lui, on l’annonce ! Zucchero entre sans ovation, car qui pour connaître son nom parmi les 2000 spectateurs dans la salle. L’artiste de 26 ans se lance avec tout son cœur, porté par l’orchestre qui a immédiatement attaqué l’intro. Mais trois minutes plus tard, il quitte la scène comme il y est entré : sans laisser de traces. Le lendemain, il achète les journaux dont il parcourt les pages avec une attente injustifiée : rien sur lui. Même pas une photo floue, ni de dos, il faut dire que la chanson d’Alabano et Romina Power est promise à une certaine postérité… et puis il y avait Kiss, les Stray Cats, Marianne Faithfull et Johnny Hallyday aussi …Et pourtant l’année suivante, en 1983, Zucchero est de retour à Sanremo. Même couloirs étroits en coulisses. Même odeur de laque et de projecteurs chauds. Et encore une fois, il disparaît dans le programme.Entre ces passages, il écrit pour des refrains pour d’autres interprètes qui, eux, passent à la radio. Petite consolation d’entendre ses mots sur les ondes pendant que lui, il roule sur l’autostrada, seul, entre deux petits concerts.Et puis, vient 1984. Sa femme le quitte. Zucchero reste quelques jours dans l’appartement, puis il ferme tout après avoir plié quelques vêtements dans une valise. Il remonte vers la maison de ses parents, près de Reggio Emilia. Là-bas, pas de scène, pas de plancher en bois, plutôt le carrelage froid de la cuisine et de la salle à manger où se trouve, quand même, un piano droit.Ooh le bois a travaillé, et les cordes aussi. Certaines touches n’ont plus vu l’accordeur depuis longtemps mais, à force de traîner son cafard, Zucchero finit par s’asseoir et jouer. Puis avec les jours, il se remet à composer, non pas pour s’occuper l’esprit, penser à autre chose, mais pour comprendre ce qui lui est arrivé et ce qu’il a, peut-être, encore à dire : … Donne.Ah, on est loin de la variété, là. Alors, quand il l’enregistre en 1985, Zucchero n’essaie plus de faire comme les autres qu’il a trop longtemps regardés depuis les coulisses. Sa voix n’est plus lisse comme un chanteur de Sanremo mais cette fois, quand le titre passe à la radio, les gens se demandent : qui c’est, celui-là ?Ben le même type que tu as déjà vu à la télé deux fois mais dont tu n’as pas retenu le nom. C’était juste une question de bon timing. Pas de quoi décourager ceux qui savent qu’on apprend quelque chose tous les jours.
Une silhouette immédiatement reconnaissable, un look à nul autre pareil : Prince, dans les années 80, c’est ça. Mieux : Prince est les années 80. Parce qu’au fond, qui mieux que lui incarne cette décennie de folie vestimentaire, capillaire et musicale ?C’est vrai que cette décennie est fascinante à vivre au quotidien. De New York à Bruxelles, on a tous cette impression enthousiasmante de vivre une modernité que la génération précédente n’avait vue que dans des romans ou des séries de science-fiction. Depuis 1980, le futur entre dans les maisons : les consoles de jeux vidéo, le câble et ses vingt chaînes de télé, le CD, le baladeur, les cassettes vidéo, vous vous rendez compte ? Des films à la maison, qu’on peut regarder quand on veut. C’est gigantesque.Et puis il y a le look. Ça aussi, ça change tout. Pour les grands frères ou les grandes sœurs, s’habiller en hippie ou en punk à Bastogne ou à Morlanwelz quelques années plus tôt, il fallait du courage. Dans les années 80, tout à coup, on peut se fringuer comme Madonna, ou se coiffer comme Sarah Connor dans Terminator, sans que tout le piétonnier de la rue de la Montagne, à Charleroi, se retourne sur vous, le samedi après-midi.Et ça, on le doit à un artiste comme Prince.Et oui, car il a commencé à la fin des années 70. À l’époque, dans la musique noire américaine, on s’habille en cosmonaute doré façon Jacksons ou Earth, Wind & Fire. Prince, lui, c’est autre chose. Un mélange inédit. Ni tout à fait noir, ni tout à fait blanc, ni funk, ni rock, ni homme, ni femme, ni sage, ni correct. On dirait que ce garçon a trouvé son centre de gravité entre l’Amérique et l’Europe, donc quelque part au milieu de l’Atlantique. Et il y a plus de 4.000 mètres d’eau, là-dessous. De quoi fabriquer du vraiment pas banal dans la plus totale solitude.Et en plus, self made man, et self tout court pout puisque Prince enregistre ses disques seul. Oui, c’est écrit dessus : écrit, composé, produit et interprété par Prince. Et la musique ? Pareil. On n’a jamais entendu ça. Un mélange de musique noire et blanche. Si Jimi Hendrix avait eu dix ans de moins, il se serait peut-être appelé Prince.Et il y a encore un plus, car Prince danse comme personne, mieux que James Brown, et il provoque sans forcer, pulvérisant le politiquement correct avec un naturel confondant.Évidemment, avec un tel pedigree, on ne touche pas le grand public immédiatement. Ça balance du seau d’eau froide. En 1980, Prince vend encore surtout aux branchés, même s’ils sont nombreux. Pourtant, quand on réécoute ses premiers albums aujourd’hui, on se dit que tout y était déjà. Comme un pétard qui n’attend plus qu’une allumette, comme le dit la chanson de Bashung sortie à la même époque. Une allumette qui va être quatre ans plus tard allumée par de la pluie, il n’y avait que lui pour imaginer ça. La preuve ; elle est pourpre.
Ah 1994, c’était une belle année. On était en pleine explosion du monde du CD, des compiles, de la techno, toute jeune, du grunge, qui envoyait grave des décibels et des chemises à carreaux, et donc du monde indépendant où subitement, ça se mettait à thuner grave. Je connaissais justement le patron d’une d’entre elles. Je le vois encore un jour de mai m’accueillir plein d’enthousiasme. Tu ne vas pas le croire, c’est moi qui récupère le nouvel album de Prince. Enfin, un album de Prince, c’est vite dit, puisque justement, il n’a pas le droit de dire Prince.Bonne chance, hein. Parce qu’avoir Prince à son catalogue, même par un trou de souris, c’est comme récupérer un morceau de la couronne d’Angleterre. Mais comment vendre ce disque ? Impossible d’écrire Prince en grand sur l’affiche, impossible de l’annoncer normalement, impossible même, au fond, d’expliquer clairement aux gens ce qu’ils sont censés acheter.Vu de l’extérieur, il faut bien reconnaître, la situation a quelque chose de franchement comique. L’un des plus grands artistes de la planète vient de décider qu’il n’a plus de nom. À la place : un symbole, un signe. Un machin entre Mars, Vénus et un pictogramme de salle de bains, totalement imprononçable, ce qui est quand même une drôle d’idée quand on vit de la radio, des journaux, des affiches, des interviews, bref de tout ce qui oblige normalement à appeler les gens par leur nom.À la radio, on se débrouille comme on peut. Dans les journaux, on lit cette formule interminable : l’artiste connu précédemment sous le nom de Prince. En clair, ça prend déjà toute la place dans l’article, imaginez le titre, avant même qu’on ait commencé à raconter l’histoire. Dans les magasins de disques, les clients, eux, font preuve de beaucoup plus de bon sens que toute l’industrie réunie : ils entrent simplement en demandant le nouveau Prince.Mais bon, c’est pas juste un caprice d’artiste, même s’il est réputé pour ne jamais en manquer. Car ici, il est en guerre, le gars, contre la Warner, sa maison de disques, qu’il accuse de ralentir ses sorties, de garder ses bandes sous clé, de gérer sa musique comme un stock de marchandises. Et ça, pour un garçon qui enregistre comme d’autres respirent, c’est insupportable. Alors, au lieu de discuter calmement comme un adulte bien coiffé, Prince a choisi la méthode Prince : disparaître sous son propre symbole.Évidemment, tout cela est extravagant, déroutant, limite ridicule. Mais c’est avant tout une manière de rappeler qu’il refuse d’appartenir à qui que ce soit. Même à son propre nom. C’est ça, je pense, qui rend cet épisode tragi-comique aussi fascinant, encore aujourd’hui, dix ans après sa disparition : pour ne pas céder, Prince est allé jusqu’à devenir imprononçable.Et pendant qu’au début des années 90, tout le monde se débattait avec ses contrats, ses logos, l’annulation de la sortie de son Black Album alors que 500.000 copies étaient déjà pressées, Prince, lui, continuait à faire ce qu’il faisait le mieux : écrire des chansons. Ainsi de celle-ci qui résume tout cela : Money Don’t Matter 2 Night. Parce qu’au fond, derrière le showbiz dont il a bien vécu, quand même, Prince disait peut-être simplement ceci : l’argent ne compte pas autant que la liberté, et puis l'amour aussi. Surtout ?
Rentrée 1995. Prince sort son 17e album en 17 ans. À ce stade, il fait déjà partie des artistes les plus productifs de sa génération ; à l’échelle de sa notoriété, il est même le seul à publier autant de disques. Il faut dire que jusque-là, il n’a rien fait comme les autres. Inutile de dresser la liste de ses singularités : disons pour faire simple que Prince est, et restera, une star unique dans l’histoire de la musique. Nouvelle originalité cette année-là : il ne porte même plus de nom. Sur la pochette de ce nouveau CD, on ne trouve qu’un symbole. Heureusement, l’album, lui, en a un : The Gold Experience.Et les avis sont presque unanimes : c’est l’un de ses meilleurs. Ce qui reste sidérant après une telle carrière. La source du génie n’est donc pas tarie. Chez lui, une règle semble s’imposer : ne jamais s’arrêter. Prince recrute toujours de nouveaux fans. Il suffit de voir les jeunes Parisiens qui font le pied de grue avenue Foch. Car oui, en 1995, cela fait déjà quelques années qu’il possède son appartement à Paris : 600 mètres carrés, rive droite, à deux pas de l’Arc de Triomphe. Avec un copain, on passe parfois en voiture la nuit pour s’arrêter sous ses fenêtres, juste pour voir s’il y avait de la lumière. Rien que le fait de savoir qu’il est là, ça nous fait notre soirée.Mais ça ne suffit pas à ses fans, qui attendent surtout le moment où Prince va sortir pour se précipiter sur lui. Ce n’est pas vraiment ce qu’il préfère. Il finira d’ailleurs par se lasser et abandonner cet appartement, qui fut pourtant la base arrière de quelques-unes des nuits les plus folles qu’il ait offertes à Paris.Car quand l’envie lui prend, Prince est capable de jouer n’importe où, et surtout n’importe quand. Aux Bains-Douches, par exemple, où on annonce un concert à deux heures du matin… et où il ne monte sur scène qu’à cinq heures. Le croirez-vous ? Le public est toujours là. Et il a bien fait : Prince jouera jusqu’à sept heures.À Bruxelles aussi, il a fait le coup : Botanique, Mirano, Viagge… Mais à Paris, où il ne rate aucune Fashion Week, ces apparitions nocturnes font presque partie du décor. Et pendant que tout cela se passe, pendant que Paris dort ou veille pour lui, Prince continue d’écrire, d’enregistrer, d’empiler les chansons. Au milieu de tout ça, il en signe une qui, elle, va toucher tout le monde, sans détour. Une chanson simple, directe, évidente, qui rappelle que derrière la machine, le symbole et les nuits sans fin, il y a aussi chez Prince, la capacité à écrire, encore et toujours, des chansons qui parlent à tout le monde.Et c’est ça, le plus rare et le plus fort qu’il y a avec lui. Même quand on pense l’avoir suffisamment suivi pour le connaître, Prince trouve encore le moyen de nous surprendre, avec la plus simple des évidences.
Dix ans après sa disparition brutale et inattendue, vous vous souvenez à quel point elle nous a cueillis ? On en est restés comme deux ronds de flan avec nos souvenirs. Parce qu’avec Prince, il n’y avait pas seulement les chansons, il y avait aussi tout ce qu’il représentait dans nos vies : une époque où les artistes publiaient un album par an, parfois davantage, et où cela nous semblait parfaitement normal.Vos préférés alimentaient sans arrêt la pompe à nouveautés ! Aujourd’hui, quand un artiste vous annonce son nouvel album après quatre ans de silence comme s’il revenait du front. On se demande comment ils ont pu tenir ce rythme-là dans les années 80, et avant.Et encore, chez Prince, un album par an, ce n’était déjà pas assez. En 1987, alors que son précédent hit tourne encore dans les juke-boxes, il a déjà enregistré de quoi sortir un triple album : deux avec The Revolution, un en solo. Prince travaille comme s’il y avait le feu à la boutique. Comme s’il savait qu’il n’aurait pas le temps. Et nous, on n’a même pas encore fini d’user le vinyle ou la bande de la cassette qu’il est déjà ailleurs.Mais à la Warner, sa firme de disques, on commence à s'inquiéter. Après les succès très inégaux de ses derniers et multiples projets, elle freine des deux pieds. Et puis il y a de l’eau dans le gaz avec The Revolution. Il faut les comprendre aussi, ces musiciens qui jouent sur scène comme des dieux n’ont parfois même pas le droit d’enregistrer avec lui en studio. Car Prince veut tout faire, tout seul. Wendy et Lisa ont davantage de place, certes, mais cela ne suffit pas à éviter les tensions.Et c’est fou quand on y pense, parce qu’en 1987, on n’est que deux ans après Purple Rain. Deux années après son triomphe absolu qui l’a, dit-on, hissé au niveau de Michael Jackson. Deux ans après l’Oscar pour la BO du film. Deux ans après le moment où Prince semblait avoir conquis la planète. On aurait pu croire que les jeux étaient faits. Qu’il allait faire tourner la machine à tubes le reste de la décennie. Et ben non.Au moment même où le monde entier croit enfin avoir compris cet artiste bizarre, Prince brouille aussitôt les pistes avec les albums Around the World in a Day et Parade. Y a pas à dire, pour ceux qui croyaient reprendre là où il avait laissé l’histoire, à peine un an avant, il déroute complètement le grand public. Comme s’il nous lançait : vous m’avez élu numéro un, d’accord, mais ne comptez pas sur moi pour changer quelque chose dans ma vie.Alors, ce 22 avril 2016, il y a dix ans, repensant à tout cela, j’ai ressorti le double album 1999, celui que j’avais acheté en 1982, et je me suis repassé ce titre que j’avais tant écouté, alors que tous ou presque ignoraient jusqu’à son nom. Et vous savez quoi ? Ça reste plutôt pas mal, comme on dit en 2026, et même plus.
Dix ans aujourd’hui que Prince nous a quittés. Dix ans, et pourtant il suffit d’un riff de guitare, un cri, un falsetto, pour que tout revienne d’un coup : les années 80, les clips, les vestes pourpres à clous et épaulettes, les slows à rallonge, et ce type minuscule en haut talons et barbichette à la Don Diego De laVega qui semblait débarquer d’une autre planète.Car au début, Prince, ce n’est pas la musique de tout le monde, avec un son nerveux, une rythmique lascive, déroutante, qu’on se passe sous le manteau, oui, je sais, j’exagère mais c’est pour vous situer. C’est vrai, pour savoir qu’il existe, il faut veiller tard devant Les Enfants du Rock, le samedi : Philippe Manœuvre en est marteau. Pour lui, Prince, c’est le nouveau James Brown. Enfin c’est bien plus que ça puisqu’il écrit, compose, arrange, produit, joue de tous les instruments, et sonne comme un groupe entier à lui tout seul.À l’époque, on doit encore convaincre nos amis, camarades de cours, qu’ils passent à côté de quelque chose. Alors, on leur fait écouter Dirty Mind, Controversy, 1999. Chez nous, sur notre chaîne HiFi ou sur une cassette qu’on leur a enregistrée. Et non, il est pas chelou, il est juste en avance, mon vieux, c’est la musique de demain.Et puis arrive 1984. Et là, c'est terminé. Avec Purple Rain, Prince cesse d’être une affaire de connaisseurs. Il entre chez tout le monde. Et même que ça vous fait tout drôle que l’épicier du coin ne jure plus que par lui. C’est limite comme s’il parlait d’un nouvel artiste alors que vous avez déjà cinq albums de Prince, dont un double, à la maison.Et donc, au milieu des années 80 pourquoi plus personne ne trouve-t-il Prince, étrange ? Déjà il y a son look qui est passé du stade extraterrestre avant-gardiste à celui de normal, j’ai un cousin qui s’habille et se coiffe pareil. Car chez Prince depuis le début, on n’écoute pas seulement le disque, on le regarde. Lui, bien sûr, mais aussi The Revolution, le groupe spectaculaire attifé comme l’as de pique qu’il traîne derrière lui comme une cour baroque, avec notamment Wendy et Lisa. Car oui, la mode brushing de l’époque, genre, j’ai avalé un mortier de feux d’artifice, il n’y avait pas que Madonna, à l’arborrer.Oui, Prince, c’est un pan entier de nos années 80, avec sa manière à lui, souvent crue, de mettre le désir en vitrine, de parler du corps, du plaisir, de liberté, et de critiquer le pouvoir aussi, dans l’Amérique de Reagan. Ce n’est pas un hasard si Michael Jackson sera reçu à la Maison Blanche, mais pas Prince. Lui restera toujours à côté du centre, là où c’est plus intéressant.Et c’est sans doute pour ça qu’il nous fascine encore, 40 ans plus tard et dix ans, déjà, après sa brutale disparition : au moment même où Purple Rain le transforme en superstar, Prince refuse de devenir confortable. Il brouille les pistes, déroute son public, change de direction, quitte à perdre du monde en route, avant de le retrouver, quelques années plus tard, bien sûr. Mais imaginons que nous n’en sommes qu’au début de l’histoire, c’est tellement plus réjouissant, rassurant. Moi, j’ai un truc, je n’oublierai jamais la voix d’un certain Marc Moulin, sur l’unique radio jeunes, annonçant un artiste au nom totalement improbable, après Queen : Prince.
Je me suis souvent demandé si les années 80 ne s’étaient pas terminées en 1987. Pas sur le calendrier, évidemment, il reste encore deux ans. Mais dans la sensation, l’air qu’on respire, la manière dont la musique sonne. C’est vra&i quand on regarde les gens, la manière dont ils se tiennent, on voit qu’il se passe quelque chose. Comme si la décennie avait déjà donné tout ce qu’elle pouvait.C’est vrai qu’en 1987, tout est installé. Les clips tournent à la télé, la formule est éprouvée, les looks sont parfaitement maîtrisés, les synthés sont partout, les radios FM ont trouvé leur rythme, certaines sont passées du titre de libre, dont elles étaient fières, à privées.La pop, elle, est devenue une mécanique très efficace. Comme à l’époque du disco, dix ans plus tôt, on sait comment fabriquer un tube pour toucher le public et comment le lancer. Il y a presque une routine du succès.Et du coup, ben tout commence à se lisser un peu.Les chansons sont propres, très produites, très calibrées. Les artistes arrivent déjà avec une image prête à l’emploi. Même la rébellion a l’air organisée, comme chez Metallica. Il ne reste d’ailleurs plus un seul groupe punk debout, de Police aux Clash en passant par les Sex Pistols. Bref, on sent que la surprise devient plus rare, que les choses rentrent dans des cases. La machine tourne bien, un peu trop bien, même.Alors on retourne devant notre télé le week-end. Et si c’est vrai que Canal Plus a méchamment changé le ton du paysage audiovisuel, Michel Drucker est toujours là, à recevoir Johnny Hallyday, Guy Bedos ou Alain Souchon.Mais au milieu de tous ces artistes, arrive une chanson française qui ne ressemble pas vraiment au reste. Celle d’une toute jeune fille, Vanessa Paradis, quatorze ans à peine. Pas vraiment dans la puissance, ni la démonstration mais une voix fragile, un peu flottante.Et puis le texte. c’est pas une histoire d’amour classique, non, celle d’un chauffeur de taxi, qui connaît les nuits, les clubs, les coins un peu à part. Ça parle de Paris, mais façon Taxi Driver avec De Niro. Un Paris nocturne, métissé, avec des noms, des musiques, des allusions dont on n’a pas ref.Derrière cette chanson, il y a des gens qui savent exactement ce qu’ils font. Des gars d’une autre génération, qui ont déjà écrit, déjà composé : Étienne Roda-Gil pour les paroles, Franck Langolff pour la musique. Il y a du rythme, des synthés, quelque chose de très 80. Mais il y a aussi autre chose : une certainenonchalance qui fait du bien. Le morceau passe partout. Radio, télé, boîtes, cours de récré. Au milieu de cette mécanique bien huilée du Top 50, s’immisce une jeune fille de quatorze ans, avec un titre qui parle d’un taxi de nuit. Et le monde s’arrête un instant.
1985, tout le monde descend ! Nous voilà déjà au milieu de la décennie. On n’a rien vu passer, et franchement, comment aurait-on pu à cette vitesse ? En cinq ans, on est passé de la variété, du rock et du disco, à la new wave, au funk, aux sons plus secs, plus nerveux, plus urbains, qu’on emporte partout grâce à ces fameux radio-cassettes qu’on fait tourner sur piles.La musique pop, on ne l’écoute plus seulement dans sa chambre sur la chaîne hi-fi. Elle nous suit dehors à présent, elle est dans la rue, elle rythme les trajets, les week-ends, les vacances, les après-midis sur un muret. C’est sans doute pour ça que le rythme devient de plus en plus important. Et puis il y a la télé. On ne se contente plus d’écouter les chanteurs, on les regarde. Ils chantent, ils posent, ils jouent même un peu la comédie dans ces clips qui, en 1985, commencent d’ailleurs à tous se ressembler : coiffures étudiées, de préférence brushées, et les synthés bien propres, sans doute est-ce pour cela qu’on parle de nappes …Et donc, en 1985, il faut imaginer la tête de l’animateur de radio libre qui reçoit un 45 Tours intitulé One Night in Bangkok, dont la musique est signée par Benny et Björn, autrement dit les deux mecs d’ABBA. A ce moment-là, ABBA, c’est une époque révolue. La preuve, ils avaient beau avoir dominé la planète dans les années 70 avec des chansons redoutables aux refrains en acier suédois, ils n’avaient pas survécu au début des années 80. Et puis il y a la voix du chanteur, Murray Head. Murray Head, c’est le mec qui a joué et chanté dans Jesus Christ Superstar, l’opéra rock du début des années 70. Avec sa chanson Say It Ain’t So, Joe, c’est le mec qui incarne un monde très sérieux, aux longs cheveux, l’époque où l’on écoute encore les chansons assis ou couché sur le plumard de sa chambre. Et il a joué avec Brigitte Bardot, Jean Rochefort et Annie Girardot, ce qui n’arrange rien.Et donc, les deux mentors de Abba, et Tim Rice, LE parolier des plus grands Musicals, l’engagent pour interpréter une comédie musicale dont le thème est : les tournois internationaux d’échecs, les affrontements entre l’Est et l’Ouest durant la guerre froide. Oui, sur le papier, c’est pas avec ça qu’on va remplir la salle.Sauf qu’avant même que le spectacle existe vraiment dans la tête du grand public, un morceau se détache. Elle nous projette à Bangkok, pendant un tournoi avec un joueur d’échecs, snob et blasé, qui débarque dans cette ville connue pour ses nuits, sa chaleur, ses pièges, et qui regarde tout ça avec l’ironie du type persuadé d’être plus intelligent que l’endroit où il met les pieds.Et là, heureusement, Benny et Björn ne refont pas ABBA. Ils savent qu’on est en 1985. Ils utilisent leur science du refrain, bien sûr, mais la mettent au service de quelque chose de plus moderne. Murray Head ne chante pas tout de suite : il raconte. Et puis le refrain arrive, et là, on a le tube. Comme quoi, avec la pop music, il ne faut jamais se moquer d’une idée de départ absurde parce que c’est précisément là où le tube peut se cacher. Quand on pense que ce truc est sorti l’année du Live Aid …
Je me souviens, au début des années 80, quand débutait le générique de l’émission Champs Elysées, on avait l’impression que Paris n’avait pas capté ce qui se passait en Angleterre et aux Etats-Unis. Que la variété française avait loupé le train de la New Wave, du funk, du rock FM, toutes ces musiques qui nous enthousiasmaient en Belgique.Et puis soudain, en 1984, pour reprendre une expression de l’époque, on dirait que le franc (français bien sûr) est enfin tombé. Est-ce grâce aux nouvelles radios libres et privées, allez savoir mais ça y est, un vent nouveau souffle sur la chanson française. Oh le feu couve depuis deux-trois ans, comme toujours dans ce cas-là, mais il faut que l’eau boue pour que le couvercle tombe.1984, c’est bien sûr la confirmation des stars montantes Jean-Jacques Goldman … et Etienne Daho … mais surtout de l’ascension d’Indochine qui tourne partout, surfant sur son premier tube … Du rythme hypnotique et des images appelant au grand large d’Axel Bauer, ou de Charlélie Couture qui nous a bien fasciné quelques mois plus tôt en signant la musique de ce film fascinant qu’est Tchao Pantin. Là, c’est clair, plus de doute, la chanson française commence à comprendre qu’on peut être populaire sans s’excuser. Est-ce l’influence de Michel Polnareff, l’ancien entre guillemets qui a le mieux compris ce que sont les années 80 et pour cause, il habite Los Angeles ? Ou encore de Serge Gainsbourg qui va aussi trouver ses rythmes ailleurs qu’en France ? Allez savoir.En tout cas, la chanson française sort de la salle à manger où trône la télévision avec ses émissions de Guy Lux et des Carpentier pour passer dans la rue. Oui, à Paris aussi, quelque chose a bougé. Ce n’est plus seulement le Paris des chanteurs à texte, qui se pointent bien coiffés et dégagés autour des oreilles sur les plateaux télé. C’est le Paris des Bains-Douches, du Palace, du Gibus, du Rose Bonbon, des nuits où se croisent la mode, la danse, le théâtre, les garçons trop maquillés, les filles très libres, les gens qui veulent faire de la musique mais aussi du style, du bruit, de l’image, de la vie, quoi ! Un Paris qui sent autant la laque que la moquette, la fumée et la sueur.Pas étonnant qu’on ait finalement eu droit à ça … Car les Rita Mitsouko, quel nom étrange, mais qui pour s’en étonner en 1984, ne sortent pas du tout du même vivier que les vedettes de variétés. Catherine Ringer a fait du théâtre musical, de la danse, des spectacles expérimentaux ; Fred Chichin vient d’un univers plus rock, plus contre-culture. Ils se sont rencontrés à la fin des années 70, et se sont reconnus tout de suite dans les squats parisiens : un même goût pour ce qui déborde, ce qui ne rentre pas dans les cases. Ils commencent à jouer ensemble au tournant de 1980, notamment au Gibus, qu’on voit dans tchao pantin, tiens, et ils ne ressemblent à personne.
On a tous une année de notre jeunesse qui reste ancrée en nous. Et qui est bercée, bien évidemment, par de nombreuses chansons. Tellement qu’on a du mal à discerner si ce sont des événements de notre vie qui sont marqués par des musiques ou bien le contraire. Vous voyez de quoi je parle ?Tenez, si on me posait la question, c’est sans hésitation : 1983. L’année de mes 20 ans, c’est bien plus tard que le classique été de nos 15 ans mais sans doute est-ce la production musicale hors norme qui en est la cause.Car oui, 1983, c’est au moins une centaine de hits sur les 200, 250 qui ont circulé cette année-là, qui sont encore, plus de 40 ans après, connus de tous y compris de ceux nés la décennie suivante, voire dans les années 2000. C’est l’année du Thriller de Michael Jackson avec son train de 45 Tours hallucinants, le triomphe fulgurant de nouveaux groupes comme Culture Club, Eurythmics, Tears for Fears, Spandau Ballet, et celui plus inattendu d’anciens comme David Bowie, Mike Oldfield, ZZ Top, Yes et Lionel Richie. C’est vrai que sous une telle averse, on ne se rendait pas compte que ces nouveaux titres qu’on découvrait à la télé ou sur la bande FM, on allait les écouter à une cadence toujours aussi soutenue 40 ans après. Comment aurait-on pu imaginer ça ? Qui écoutait des chansons des 40 en 1983 ? Et puis, cela serait revenu à dire que ce qui allait sortir par après ne serait plus aussi fort, du moins en de telles quantités. Vraiment, ce n’est pas pour rien que, où qu’on aille en Europe, la musique des années 80 soit toujours aussi présente partout.Oui, 1983 est une année miraculeuse. Tenez, par exemple, le Greg Kihn Band, ça vous dit quelque chose ? C’est typiquement le groupe dont plus personne ne sait rien alors qu’en 1983, tout le monde a entendu ceci : …Et ben, je vais vous dire, ce n’est pas du tout un groupe sorti de nulle part. Greg Kihn, c’est un garçon de Baltimore qui s’installe à San Francisco au milieu des années 70 et monte un groupe qui va faire ce que font des centaines de groupes américains sérieux : tourner, enregistrer, sortir des albums, passer sur les radios FM locales, construire petit à petit un public fidèle. Et pendant des années, le Greg Kihn Band, c’est ça : un bon groupe. Ils sortent disque sur disque sur un label indépendant californien, et finissent même par décrocher un premier succès local en 1981 (The breakup song). Et deux ans plus tard, ils tombent enfin sur la bonne chanson au bon moment. C’est du rock qu’on appelle FM, mais surtout, il arrive avec MTV. Le clip, ce mariage bizarre et un peu absurde, aide en effet énormément.Résultat : Jeopardy monte jusqu’à la 2e place aux États-Unis, son accès à la première place du podium, le tant convoité N°1 du Billboard est en effet bloqué par le légendaire Beat It de Michael Jackson. Pas mal pour un groupe qu’on n’avait jamais vraiment invité à la table des grands.Mais on était en 1983, personne pour s’étonner d’un tube tardif, le jackpot d’un groupe de musiciens qui avaient jusque-là bien appris toutes leurs leçons et fait tous leurs devoirs. La preuve : il résonne encore en 2026 avec une fraîcheur étonnante
On a tous une image qui nous vient en tête quand on parle des années 80. C’est vrai. Il faut dire que cette décennie n’a manqué ni d’excès, ni de clichés. Le brushing de Bonnie Tyler et des Duran Duran, les fringues de Prince et de Madonna, les biceps de Stallone et Schwarzie, et les synthés de Human League et Soft Cell.Ainsi en avril 1982, le premier et énorme tube de ces derniers vaut à la New Wave d’occuper toute la place au point de résumer ce très large mouvement à cet unique instrument qu’est le synthétiseur. Et le nouveau média qu’est le vidéoclip impose leur image proprette avec jolies filles et mecs sexy à la pose bien étudiée.Alors qui est cette fille qui débarque de nulle part avec un morceau dont le riff de guitare coupe comme une tronçonneuse de bûcheron canadien ? C’est vrai, Joan Jett, avec son look de rockeuse, sa voix râpeuse et son accent sale, n’a rien du stéréotype féminin du moment. En regardant son vidéoclip, le message est clair : elle ne cherche pas à plaire, ni tout simplement, à paraître.Ainsi dans le métier, personne n’a voulu d’elle. Car, et ça va étonner tout le monde, elle ne déboule pas de nulle part avec son hymne. Et oui, à 23 ans, cette New Yorkaise a déjà bien roulé sa bosse de rockeuse : au cours des années 70, elle faisait en effet partie d’un groupe hard rock 100% fille nommé les Runaways.Les Runaways, c’est plus des pochettes de 33 Tours, qui traînaient dans les bacs des disquaires que des disques qu’on a écouté. Il est vrai que le visuel laissait présager le produit préfabriqué, si vous voyez ce que je veux dire. Joan n’avait que 17 ans quand le premier album des Runaways est sorti, le groupe n’a pas fait long feu, on ne les a pas vraiment prises au sérieux. Un groupe rock 100% féminin, ça ne pouvait pas exister, c’est un truc de mecs.Un groupe masculin avec une chanteuse, comme Blondie, avec une Debbie Harry, belle à hurler, et quelques tubes par album, oui, ça, les firmes de disques en veulent bien.Alors, quand les Runaways disparaissent en 1979 et que Joan Jett, la guitariste chanteuse, trouve un gars qui croit en elle pour la produire, et ben, ils restent tous les deux avec leurs bandes de studio sur les bras. 23 refus, vous le croyez, ça. Nous sommes alors en 1981, Kenny Laguna, c’est son nom, même si vous ne le retenez pas, qu’il soit cité, il le mérite, car sans lui, vous n’auriez jamais entendu I love rock’n’roll, et ben, il ne se démonte pas, le gars. Puisqu’ils ne veulent pas de notre disque, on va créer notre label et le vendre nous-mêmes après les concerts. Car il y a quand même des gars pour embaucher l’ancienne Runaways, heureusement.Alors, à force de jouer et convaincre, une maison de distribution offre de placer le disque partout et d’aller frapper à la porte de la toute jeune chaîne de télé MTV avec un clip en noir et blanc. Le public, c’est-à-dire nous, allons découvrir cette fille de cuir traversant une rue américaine qui n’a rien de glamour, et on va la suivre dans un bar à vieux néons qui appartient encore à la décennie précédente. C’est sale, brut, punk, on les avait presque déjà oubliés. Joan Jett a les traits durs d’une fille qui a déjà dormi dans un van et cassé des cordes de guitare. Elle n’a pas attendu qu’on lui ouvre la porte, elle a apporté la sienne et on la suit toujours aussi volontiers quatre décennies plus tard à chaque fois que la chanson démarre, comme ceci.
Dès ses premières compositions d'adolescente, Kate Bush se distingue par une maturité et une approche artistique singulières : elle ne se contente pas de tenir un journal intime en musique, mais écrit ses chansons comme si elle se glissait littéralement dans la peau de personnages. Son univers est peuplé de voix, de silhouettes et d'êtres qui semblent parler à travers elle, une caractéristique qui puise ses racines dans la maison familiale où les livres et la poésie comptaient autant que la musique. Imprégnée d'une vieille culture britannique faite de fantômes et de récits gothiques, et peut-être influencée par le goût de sa mère irlandaise pour les histoires et le mystère, elle ne se contente pas d'être une lectrice d'Emily Brontë. Pour son premier succès mondial, elle choisit de chanter depuis l'intérieur des pages des Hauts de Hurlevent, incarnant totalement l'héroïne.Cette capacité à créer des fictions sonores théâtrales et incarnées explique pourquoi Kate Bush continue de toucher les adolescents de toutes les générations : elle sait donner une forme aux émotions qui les dépassent. Son audace l'amène à traiter des thèmes d'une grande complexité, bien loin des préoccupations habituelles de la jeunesse. C'est le cas du titre « Babooshka », où elle se met dans la peau d'une femme mûre testant la fidélité de son mari par une lettre anonyme. Par son interprétation fulgurante et son sens du jeu, elle apporte à ces récits de vie intenses une jeunesse insolente qui a définitivement marqué l'histoire de la pop.
À 16 ans, Kate Bush possède déjà une voix et un univers singulier, peuplé d'ombres et d'émotions, mais il lui manque encore la méthode pour faire entrer ses créations dans la vie du public. Contrairement aux pratiques habituelles de l'industrie musicale des années 70, qui cherche à vendre rapidement des visages et des silhouettes, la maison de disques EMI prend une décision déterminante pour sa carrière : comprendre la rareté de son talent et refuser de se précipiter. Au lieu de l'envoyer immédiatement en studio ou devant un objectif au risque de l'abîmer, le label choisit de financer son attente.Cette période de retrait, loin d'être une frustration, devient pour la jeune fille un véritable chantier de création monacal. Entre son piano familial et sa grange dans le Kent, elle continue d'accumuler des chansons, mais elle réalise surtout qu'une œuvre ne doit pas seulement être chantée, elle doit être habitée. C'est là qu'intervient une rencontre fondamentale avec Lindsay Kemp, danseur et chorégraphe de renom ayant notamment travaillé avec David Bowie.Sous la direction de ce maître du mouvement et du théâtre, Kate Bush apprend que le corps raconte autant que les mots. Elle consacre alors ses journées à un entraînement rigoureux — la danse le matin, le mouvement l'après-midi et le piano le soir — pour se fabriquer un langage complet. Grâce à ce travail intensif dans l'ombre, elle ne surgira pas sur la scène pop comme une simple chanteuse prometteuse, mais comme une artiste totale, possédant une grâce et une manière d'apparaître absolument inédites.
Dans les années 70, la famille Bush utilise un enregistreur deux pistes pour capturer les créations de la jeune Cathy, qui possède déjà un répertoire impressionnant de 50 chansons originales à seulement 13 ans. Convaincu de son talent, un ami de la famille, Ricky Hopper, tente de faire écouter ces bandes aux professionnels, mais se heurte à l'incompréhension des labels. À l'époque, l'univers de l'adolescente est jugé trop singulier par rapport aux standards de David Bowie ou des Jackson 5, et le fait qu'une jeune fille écrive ses propres textes est perçu comme une totale nouveauté par l'industrie.Le destin de l'artiste bascule lorsque Ricky Hopper sollicite son ami David Gilmour, le guitariste de Pink Floyd. En plein enregistrement de The Dark Side of the Moon, Gilmour prend le temps d'écouter la jeune fille et comprend immédiatement que le problème réside dans la qualité technique des micros familiaux et non dans la composition. Sur ses propres deniers, il organise une session professionnelle au Air Studio pour permettre à Kate, alors âgée de 15 ans, d'enregistrer une bande de qualité.Malgré cette première tentative, le succès n'est pas immédiat. Persévérant, David Gilmour « remet le couvert » deux ans plus tard, après sa tournée mondiale, en entourant Kate des meilleurs ingénieurs du son, venus de l'école des Beatles et d'Alan Parsons. Cette fois, à 17 ans, la maturité de l'artiste est telle que le patron d'EMI finit par la signer. Les titres enregistrés lors de cette session se retrouveront sur son premier album trois ans plus tard, dont un morceau qui se vendra à un million d'exemplaires rien qu'en Grande-Bretagne, confirmant l'intuition géniale du guitariste de Pink Floyd.
Contrairement à la plupart des grands créateurs qui passent leur adolescence à imiter leurs influences, Kate Bush a fait de sa jeunesse un véritable « atelier intérieur ». Dès l’âge de 11 ans, elle commence à chanter et à s’approprier le piano, mais ce qui frappe le plus, c’est la maturité immédiate de ses écrits. À seulement 13 ans, elle compose déjà des chansons qui ne sont en rien des brouillons scolaires ou des textes « mignons » inspirés par la radio de l’époque,. Elle explore des thèmes ambigus et complexes, bien trop adultes pour une jeune fille de son âge.L'un des exemples les plus frappants est la chanson « The Man with the Child in His Eyes », écrite alors qu'elle n'avait que 13 ans. Elle y raconte l'histoire d'un homme mystérieux présent dans sa chambre, que personne d'autre ne voit, mais à qui elle confie tout son amour en secret. La qualité inédite de cette composition, de sa voix et de son interprétation a littéralement subjugué David Gilmour, le guitariste de Pink Floyd, alors au sommet de sa carrière avec The Dark Side of the Moon. Ce titre est d'autant plus exceptionnel qu'il fut enregistré par Kate à seulement 16 ans et qu'il réussit l'exploit de devenir son deuxième tube mondial, succédant au phénomène « Wuthering Heights ». Même un demi-siècle plus tard, la force artistique d'une telle précocité continue de paraître presque impossible.
Si Kate Bush continue de fasciner les nouvelles générations au XXIe siècle, ce n'est pas seulement le fruit du hasard ou d'une utilisation de ses titres dans des séries télévisées ; c'est avant tout parce que sa musique parle à l'âme profonde de la jeunesse. Pour comprendre comment cette jeune fille de 19 ans a pu imposer un univers aussi mature et décalé en pleine période disco et punk, il faut remonter à ses origines dans la banlieue londonienne, à East Wickham Farm. Cette ferme du XVIIe siècle, acquise par son père médecin, offrait avec ses murs vieux de 400 ans et ses colombages un cadre idéal pour l'éclosion d'un imaginaire digne des romans gothiques anglais.Le parcours de Catherine est indissociable d'une atmosphère familiale exceptionnelle. Contrairement à de nombreux foyers où l'on cherche à « redresser » un enfant trop original, la famille Bush a laissé à la jeune fille la permission rare d'être singulière sans jamais chercher à la corriger. Autodidacte au piano dès l'âge de 11 ans, elle jouait également de l'orgue dans une grange derrière la maison, un lieu où elle voyait sans doute des êtres étranges.Cet environnement, où le monde invisible circulait librement, a permis à l'adolescente d'écrire, dès l'âge de 13 ans, des chansons peuplées d'ombres et de personnages oniriques. Son univers n'a pas été conçu pour satisfaire l'industrie musicale, mais est né naturellement d'un lieu où l'imaginaire était déjà omniprésent. Il n'est donc pas étonnant que sa famille l'ait d'abord surnommée « Cathy », en référence à l'héroïne des Hauts de Hurlevant, avant que le monde entier ne la découvre sous le nom de Kate Bush.
C’est au printemps 1956 qu’Elvis Presley devient célèbre à travers toute l’Amérique. Il vend des disques, les adolescentes s’emballent, mais du côté des adultes, et surtout des décideurs, on regarde tout cela avec une certaine distance, avec suspicion, comme si ce succès n’allait pas durer au-delà de l’été.À Hollywood, particulièrement. Ainsi du grand producteur, Hal Wallis, qui a déjà derrière lui des classiques comme Casablanca. Il en a vu défiler des talents, des vrais, des faux, et tous ceux qui se situent quelque part entre les deux. Et donc, lorsqu’on lui propose de rencontrer Elvis Presley, il accepte, simplement pour voir de ses propres yeux ce phénomène dont tout le monde parle.Elvis arrive pour un essai caméra avec ses vingt et un ans, son costume impeccable, sa coiffure déjà reconnaissable, mais aussi avec cette manière un peu maladroite d’être là. Dès qu’il parle, son accent du Sud tranche avec celui des acteurs avec qui Wallis a l’habitude de travailler. Alors on lui donne un texte. Elvis le lit avec application, il essaie de jouer, de se tenir comme on l’attend d’un acteur, mais tout cela reste un peu fragile. Ce n’est pas que c’est mauvais, hein, c’est pas ridicule, mais à la fin du bout d’essai, pour Wallis, Elvis Presley n’est pas un acteur. Toutefois, il ne ferme pas complètement la porte, car derrière l’absence de métier, il a perçu quelque chose de plus difficile à définir, une présence peu commune, une manière d’occuper l’espace qui n’est pas encore maîtrisée mais qui ne passe pas inaperçue.Il compte donc laisser le temps faire son travail, mais voilà, le temps joue en faveur d’Elvis dont la notoriété ne cesse de grandir, notamment grâce à la télévision où chacune de ses apparitions déclenche des réactions de plus en plus fortes, au point que ce garçon que certains prenaient pour une curiosité devient progressivement un sujet qu’on ne peut plus ignorer, même à Hollywood.Lorsque son nom revient sur la table, quelques semaines plus tard, le contexte a changé, et Wallis, qui n’est pas homme à passer à côté d’un phénomène qui s’installe, décide cette fois de tenter l’expérience en encadrant les choses, en ne lui donnant pas immédiatement un rôle écrasant, mais en l’intégrant dans un projet qui permettra de tester sa présence à l’écran.Ça va tâtonner au départ parmi les scénarios proposés, Elvis demande un rôle à texte, un personnage sombre, il veut qu’à l’écran, on le prenne au sérieux. Mais son manager n’est là que pour vendre du disque, alors, pour qu’Elvis joue, il faut qu’il chante, c’est ça que le public attend. Ce film s’appelle Love Me Tender, et il marque le début d’une carrière que personne, à cet instant précis, n’est encore capable de mesurer, pas même Elvis qui rêve de devenir un nouveau James Dean. Il va juste être Elvis Presley, le chanteur d’exception, celui par qui tout est arrivé et qui pouvait tout chanter. Même avec des interprètes nés trop tard pour rêver d’un duo avec lui. Car qui n’aurait pas voulu chanter avec Elvis ?
A la sortie du premier album d’Elvis Presley, son manager Tom Parker a réussi un joli coup en le plaçant à Las Vegas pendant un mois et pour une belle somme d’argent. Le voilà qui débarque, 21 ans tout juste, au New Frontier Hotel avec sa guitare. Impressionnant en effet, cette reproduction de lui en version 4 mètres de haut. Même en noir et blanc, ça le fait. Mais bon, malgré que son single soit un tube, le contrat ayant été conclu en dernière minute, Elvis n’est pas en tête d’affiche, il a beau être annoncé comme The Atomic Powered Singer, les gens sont venus dîner en écoutant l’humoriste Shecky Greene et la musique de l’orchestre de variétés de Freddy Martin. C’est une salle de mille places mais avec des tables, nappes blanches, verres qui brillent, et autour des couples endimanchés. Et donc, pendant que Elvis chante, se contorsionne, les conversations continuent, les fourchettes et les couteaux font tinter les assiettes, un type demande du pain, un autre du pinard. Ah le jeune homme a fini sa chanson, alors on l’applaudit, sans plus, et encore, pas tout le monde. Revenus en coulisses, aucun des musiciens ne pipe un mot, surtout devant Elvis. Voilà qui est radicalement différent du public de jeunes filles auquel ils sont habitués, celui qui vient hurler sur le devant de la scène. Si c’est comme ça tout à l’heure, car oui, il va falloir y aller deux fois par soir, pendant un mois : ça va être long.Et de fait, c’est rebelote ! Les gens sont polis mais ils n’en ont rien à battre d’Elvis Presley. Alors voulant rattraper le coup le lendemain, il écoute les conseils de tous les vieux de la vieille qui savent y faire avec le public des casinos : il ralentit le rythme et surtout bouge moins, parle davantage par contre, tente une blague, une imitation. Il essaie de rentrer dans le moule de Vegas. Mais on ne demande pas à un moteur de course de tourner au ralenti. Au bout de quelques jours, le découragement s’installe. Entre deux shows, on le retrouve à la piscine de l’hôtel avec ses musiciens. Allongé, discret. Les clients passent à côté de lui sans le reconnaître. Le soir, ils vont manger pendant qu’il chante pour occulter le silence qui règne sur les tables entre les vieux mariés. Et pourtant, pendant ce temps-là, Heartbreak Hotel est numéro un. Elvis a fait un saut jusqu'à Hollywood pour signer un contrat mirobolant avec la Paramount, bref l’Amérique commence à basculer. Mais pas ici. Elvis quitte Vegas début mai, avec deux semaines d’avance sur le contrat.Faut-il y voir la raison pour laquelle on va désormais avoir droit à un Elvis déchaîné devant les caméras de télévision, choquant l’Amérique des parents, du moins une bonne partie, occupant tous les sujets de conversation : a-t-on déjà vu un type aussi animal, dégradant, avec sa musique de sauvages ? En tout cas, il ne s’en laisse pas compter quand, de retour à Memphis, il retrouve ses admiratrices. Un GI vient ainsi l’apostropher dans la rue alors qu’il se trouve dans sa voiture, il frappe la carrosserie des deux poings, exhibant ses biceps et hurlant, alors Elvis, il paraît que tu te tapes ma copine ? Elvis baisse la vitre de sa voiture laissant apparaître le canon d’un revolver. Retraite rapide de l’agresseur mais dépôt de plainte. Voilà Elvis devant le juge qui, se tournant devant le plaignant, blâme le GI de n’être pas capable de faire la différence entre une arme et un jouet. Non lieu. Fin de l’histoire.
Septante ans, jour pour jour, après la sortie du premier single américain d’Elvis Presley, on mesure le temps, l’abîme qui nous sépare des grands débuts du rock’n’roll. Des grands débuts qui n’étaient pourtant pas ceux d’Elvis qui a bien sûr eu une vie avant, et pas seulement privée, je vous raconte.Déjà, il est né une vingtaine d’années plus tôt, en 1935, dans la campagne du fleuve Mississippi alors frappée par la grande récession. Elvis ne vient pas seul au monde d’ailleurs, il a un frère jumeau, Jesse, qui malheureusement meurt quelques heures plus tard. Qui pour dire que l’enfant de cette famille pauvre va rendre le nom de la ville de Tupelo célèbre dans le monde entier pour les décennies à venir ? Car c’est là qu’il apprend le chant dans la chorale du temple de l’église pentecôtiste ; Elvis est bercé par le gospel et la country, à cheval sur les deux communautés du sud des Etats-Unis. Les choses sérieuses commencent pour lui en 1948 quand il déménage avec ses parents vers Memphis. Le père travaille à l’usine, désormais, on ne se contente plus de survivre mais de vivre, tout simplement. Cinq ans plus tard, Elvis a dix-huit ans. Dans la grande école qu'il fréquente, il a remporté le concours du Nouveau talent en chantant seul avec sa guitare. Chanter est depuis toujours une seconde nature pour Elvis. Même si son rêve est de faire du cinéma. Ayant réussi brillamment ses études, Elvis voudrait aller à l'université mais il doit y renoncer. Ses parents n'en ont pas les moyens. Aussi décide-t-il de travailler comme routier. Mais le 27 juillet 1954, le voilà qui débarque dans les bureaux d’un journal local pour y donner sa première interview en tant que chanteur professionnel. Oh ne nous emballons pas, il est venu sur le temps de midi pendant sa pause chez Crown Electric. Il a en effet enregistré un premier single chez Sun Records, la firme de disques locale, alors il s’entretient avec un journaliste qui se souviendra surtout de sa politesse, de ses oui, monsieur et de sa timidité.On tire un portrait de lui, Elvis a enfilé un beau costume et porte le nœud papillon du garçon bien comme il faut, seul son regard traduit le feu intérieur qui va bientôt enflammer le monde. Mais de nouveau, qui pour le savoir dans le bureau de ce journal, sur les rives du Mississippi. L’article paraîtra dix jours plus tard, alors que le disque passe régulièrement sur la radio de Memphis, suscitant déjà des premiers émois. Au fil des galas le week-end, de ville en ville, la voix d’Elvis prend de l’assurance pour, en ce printemps 1956, passer la vitesse supérieure, à l’échelle d’un pays grand comme un continent. Car ça y est, cette fois, on entend la voix à la radio et on voit le déhanchement d’Elvis Presley à la télé, d’un océan à l’autre.
Que ce soient les Beatles, les Rolling Stones, un président des Etats-Unis, premier ministre britannique, ils se souviennent tous de ce qu’ils faisaient quand ils ont entendu à la radio pour la première fois, Elvis Presley. C’était il y a 70 ans, déjà, Elvis avait 20 ans, eux, 13, 14, 15 et le monde ne serait plus jamais pareil car personne avant lui, n’avait livré une chanson comme celle-là. Il n’y a ni violons, ni choristes, le chanteur n’articule pas très bien, il y a un tas de mots que les jeunes Anglais ne comprennent pas MAIS ça sonne ! Même les silences dans ce morceau dépouillé et bluesy, sonne ! Et instantanément, le premier 45 Tours national d’Elvis et puis le premier album font un malheur en le hissant au niveau de Frank Sinatra, Elvis sera bien vite le roi de la place.Et pourtant, n’allez pas croire qu’en coulisses, les patrons de sa toute nouvelle maison de disques, RCA, et Tom Parker, son manager, sont surpris de ce qui arrive. Ce qui se passe n’est pas inédit pour eux car il a déjà eu lieu.En effet, en ce mois de mars 1956, Elvis n’est pas un inconnu dans le sud des Etats-Unis. Son premier tube local remonte à 1954 et l’année suivante, on en est déjà aux premiers incidents. Car c’est là, sur scène, qu’il se passe quelque chose avec le public, des filles principalement, qui entrent en transe en le voyant onduler sur scène. Ça devient d’ailleurs inquiétant, non ?Mais pas pour Elvis, tout juste vingt ans, qui le soir du 13 mais 1955, joue à Jacksonville, en Floride. Après avoir électrisé une bonne partie des 14.000 spectateurs, il les quitte en disant : les filles, je vous attends au vestiaire. Et là, un vaste bourdonnement, obsédant se fait entendre, juste avant la ruée vers la scène et tout ce qui se trouve autour. Tout est submergé !Elvis, comprenant la menace, déguerpit mais la marée humaine roule plus vite que lui. Dans la course, des ongles, des doigts tentent de le saisir, la police intervient, le libère et l’enferme dans le sous-sol d’un immeuble où Parker et l’organisateur font les comptes. La chemise en lambeaux, sans chaussures, ni chaussettes, Elvis arbore un torse nu et griffé. Ses traits trahissent l’effroi suite à ce déchaînement de passion violente, une frayeur d’autant plus justifiée que la foule en furie est à présent dans le bâtiment, il y a des fenêtres ouvertes, à cause de la chaleur. Et on entend des cris, Elvis !, Elvis !, du brouhaha, des portes qui claquent, des meubles qui tombent, ils sont des centaines à être entrés et à chercher leur nouvelle idole, qui les as invités, il faut le rappeler.Alors oui, ils savent tous ce qui va se passer, à la radio quand les filles vont l’entendre, à la télé quand elles vont le voir onduler lascivement derrière son micro. Une nouvelle époque vient de commencer.
C’était un 23 mars 1956, que sortait le premier album d’Elvis Presley. Un portrait en noir et blanc en plein mouvement avec sa guitare, chantant sur scène, son prénom en grandes lettres roses verticales sur la gauche et son nom en vert au bas d’une pochette de 30 cm, l’image va devenir d’autant plus iconique qu’il s’agit du premier album à être N°1 et à franchir la barre du million d’exemplaires.Il a été précédé de quelques jours par un 45 Tours intitulé Heartbreak Hotel qui ne figure pas sur l’album, comme on le fait à l’époque. Et les deux disques vont s’épauler dans leur course folle au sommet des classements et des rayons des disquaires. 70 ans, vous vous rendez compte, que débarquait un homme d’un nouveau genre, le rocker, qui interprétait de manière survoltée, incarnée, la musique que jouaient déjà des Bill Halley ou Chuck Berry. Et cette félinité qui est alors du jamais vu dans l’attitude d’un chanteur va provoquer une véritable déflagration au point de créer un nouveau monde : celui des adolescents.Vrai, une véritable folie s’empare des enfants d’Amérique lorsqu’Elvis apparaît à la télévision ou passe à la radio. Et que dire de ses prestations sur scène. On leur avait appris à être sages, à bien se tenir en société et les voilà qui s’agitent et hurlent. Mais quelle horreur ! Ce type est un démon, un moins que rien !La rupture est consommée, les jeunes et leurs parents ne se comprennent plus. Les filles sont folles d’Elvis, les garçons veulent l’imiter. De Los Angeles à Paris, en passant par Liverpool et Londres, ils sont des milliers à monter leur groupe de rock ou à l’imiter sur la scène d’un cinéma, une guitare à la main, avant le grand film.Paul McCartney, Johnny Hallyday, Michael Jackson, Freddie Mercury, Bruce Springsteen, Bono de U2, ils ont tous chopé le virus à cause d’Elvis, et ça a commencé avec ce premier et incroyable album, paru en mars 56, c’était il y a une éternité, et pourtant c’était comme si c’était hier. Car on est bien d’accord, tout ce qui s’est passé après, de la folie de la Beatlemania aux hordes chantantes des fans d’Oasis, n’est que la conséquence de l’apparition de cette tornade faite homme.John Lennon, lui-même, a dit : Avant Elvis, il n’y avait rien. Et ça reste vrai. Même s’il n’a rien inventé, n’a été qu’un interprète et a connu une fin de carrière très discutable, sans Elvis, véritable bombe lâchée au milieu des bien pensantes et proprettes années 50, la musique que nous écoutons aujourd’hui ne serait vraiment pas pareille.Alors remettons-nous dans l’esprit de ces années 50, vous le voyez l’électrophone familial au milieu d’un modeste salon ? C’est celui des Dwight, en banlieue londonienne. Ils adorent la musique, le père, c’est le jazz, la maman, tout ce qui sort, c’est pour ça qu’elle a acheté ce disque dont tout le monde parle. Et voilà qu’elle pose l’aiguille sur le sillon avec, se tenant derrière elle, son garçon de neuf ans qui ne va pas en perdre une miette. Dans quelques secondes, la vie du petit Reginald, futur Elton John, va basculer.
En janvier 81, seule dans son appartement sordide et gelé, Madonna a failli rendre son tablier au Dieu de la réussite mais la visite inopinée de son ami et musicien Gary l’a un peu requinquée. Elle part vivre avec lui et un troisième gars dans une coloc d’une seule pièce située dans l’immeuble où ils louent leur local de répète. Gary ayant obtenu du Max Kansas City la possibilité d’y jouer un soir, c’est l’objectif de la dernière chance pour leur groupe. Madonna ne vit que plus que pour ça, pose pour un artiste afin de gagner le strict minimum, vit d’expédients et surtout, elle met tout en œuvre pour attirer l’attention d’une certaine Camille Barbone qui, avec son associé, possède un studio d’enregistrement dans le même building.Car Madonna sait que Camille a une ambition : être la manager du plus grand artiste de la planète. Alors, profitant de se retrouver avec elle dans l’ascenseur, elle se fait bien remarquer, engage la conversation et l’invite à venir les voir au Max. Cela fait quelques années que le Max est devenu l’endroit le plus branché de Manhattan. On y a assisté aux concerts de Lou Reed et de Blondie, on peut y croiser chaque soir des David Bowie, Miles Davis ou Andy Warhol, mais ce soir où Emmy, le groupe de Madonna se produit, Camille ne vient finalement pas.Vous êtes bien comme tous les New Yorkais, vous faites des promesses avant de nous laisser tomber. Madonna est-elle folle de faire irruption dans le bureau de Camille le lendemain et de se fâcher sur elle, son dernier espoir ? Mais voilà, la prestation de son groupe a été appréciée par la direction du Max qui les réengage pour un second soir. Et cette fois, Camille se trouve dans la salle, alors Madonna, coiffée cheveux courts comme une punk, se déchaîne, harangue le public, monte sur les tables et fait un malheur.Quelques minutes plus tard, dans ce qui sert de coulisses, Camille arrive tenant à la main un thé au miel, histoire que Madonna se refasse la voix qu’elle a explosée durant sa prestation. Tu veux un manager ?, lui dit-elle en lui tendant la tasse ? Oh oui, répond Madonna en lui sautant au cou. Là-dessus, le patron du Max arrive en proposant au groupe un contrat en résidence. La fête devrait être totale, mais voilà, Camille a ajouté que son offre ne valait que pour elle, pas pour le groupe. Elle lui a au passage proposé un appartement correct, celui-là, une somme de cent dollars par semaine et un boulot à mi-temps. Que faire ? Quel dilemme ! Choisir entre un manager pour une carrière solo au résultat hypothétique et un contrat de résidence, avec, c’est tombé entre-temps, de disques pour son groupe ? Le 17 mars 1981, Madonna signe un contrat avec Gotham Records, oui la référence, la société de Camille, qui va lui permettre d’entrer là où on ne va pas quand personne ne vous connaît. C’est le début d’une histoire qui n’aurait jamais dû commencer car qui aurait pu tenir pareil cap dans une telle tempête ? Il fallait avoir le feu, la détermination pour tenir le coup avant de se trouver enfin. Qui plus dans une pareille ville, afin de gagner le droit à la célébrité mondiale.
Après plus de quatre décennies vécues en tant que superstar, on n’imagine plus ou pas Madonna, en artiste de l’ombre. Au début des années 80, ce n’est pas qu’elle mange de la vache enragée qui est étonnant, les futurs grands sont presque tous passés par là, c’est surtout qu’elle est la batteuse d’un groupe punk new yorkais.Oui, Madonna a beau écrire pas mal de chansons, elle doit attendre que la belle chanteuse et guitariste, celle qui attire tous les regards lors de leurs petits concerts, concert est un bien grand mot, ne soit écartée car elle ne suit plus musicalement.Désormais la seule fille du groupe, fait très rare dans le monde du rock, Madonna n’hésite pas en jouer comme cette fois où elle renverse de l’eau sur son chemisier, captant tous les regards jusqu’à la fin de la prestation. Et comme ils jouent régulièrement au CBGB’s, le club d’où sont sortis les Ramones, Talking Heads et Blondie, on la compare régulièrement à Debbie Harry, ce qui lui plaît énormément. Debbie, c’est un modèle.Les Talent scout, les découvreurs de talents étant nombreux à New York, un soir, l’un d’eux lui suggère de monter son propre groupe, à elle. Et comme il n’est pas le premier, commence alors un long ballet fait de changements de personnel et de noms, Madonna and the sky, The Millionnaires, Emmy and the Emmys, il existe ainsi des enregistrements où on peut entendre une nette influence de deux groupes : Blondie et les Pretenders.Mais toujours pas de résultats, ah si, fin 1980, le groupe est engagé pour une prestation où tout se passe bien. C’est une Madonna revigorée, retourne chez son père, à Detroit, pour fêter Noël.Pourtant, quelques jours plus tard, en janvier 1981, un début d’hiver très rude comme il peut y en avoir à New York, a eu raison des canalisations d’eau et de chauffage dans l’immeuble où habite Madonna. Elle a en effet aménagé tout près du Music Building, un immeuble de douze étages sur la 39ème Rue Ouest dont son groupe loue un des 70 locaux de répétitions. Le quartier est sale, dangereux comme Manhattan l’est depuis une bonne dizaine d’années. Il y a des junkies qui hantent les couloirs, des dealers le hall d’entrée, ça sent l’humidité, l’urine et le renfermé.Est-ce le retour brutal dans cet univers, revenant de la chaleur du foyer de son père qui a provoqué un choc, lui a fait ouvrir les yeux ? Toujours est-il que Gary, le bassiste qui joue avec Madonna depuis presque deux ans, la retrouve roulée en boule sur le sol de son logement new yorkais, grippée, et en train de sangloter. Madonna qui a jusque-là avait fait preuve d’une volonté de fer a fini par craquer. Pas de travail, pas d’argent, et toujours aucune reconnaissance publique, New York a eu raison de sa volonté. Elle parle de rentrer chez elle, à Detroit, alors, Gary s’agenouille et la prend dans ses bras en lui disant, comme les Américains savent le faire, que tout va bien se passer. Mais sachant sa détermination à devenir célèbre, il comprend que pour Madonna puisse conquérir New York, il faudrait désormais un miracle.
On a tous ou presque entendu l’histoire de Madonna, qui à la fin des années 70 réussit une audition à New York. A 20-21 ans, avec des petits boulots qui ne durent pas, tirant le diable par la queue entre deux cours de danse, elle a été choisie parmi 1500 candidates pour danser et chanter derrière Patrick Hernandez. Elle veut uniquement danser, pas chanter, dit-elle. Mais le rêve français et la fréquentation du showbiz parisien, la font vite fait déchanter. Ça festoie beaucoup, ça voyage mais ça ne bosse pas comme elle l’entend. Elle est venue pour avancer, trouver sa place, pas pour aller de dîner en dîner.C’est du moins ce qu’elle raconte à ses amis qu’elle avait quittés quelques mois plus tôt lors de son retour prématuré à New York, où elle retrouve les galères, évidemment. Car c’est vrai qu’après avoir abandonné l’université pour des cours de danse, qu’elle avait ensuite abandonnés pour Paris, où va-t-elle, Madonna ?Heureusement qu’elle retrouve les frères Gilroy, artistes musiciens qui ont un joli pied-à-terre d’artistes. Comment Madonna, en logeant chez Ed et Dan, pourrait-elle deviner qu’elle va y trouver la voie royale ? En effet, quand Dan lui montre comment faire un accord avec une guitare, étonnée de pouvoir créer un son qui jusque-là l’impressionnait, Madonna se met à chanter dessus. Ah bon ? C’est aussi simple que ça ?Alors quand ils assistent tous les deux au concert d’un groupe montant nommé Get Wet et dont la chanteuse est vêtue d’un bustier et de crinoline, Madonna la voyant danser et chanter, disons, de manière rudimentaire se dit : ça aussi je peux le faire. Et quand Dan lui montre comment on joue de la batterie et que Madonna s'exclame Ce n’est pas possible que tous ces sons viennent de moi, elle se met à écrire sa première chanson. La dernière pièce du puzzle est une jeune Néerlandaise avec qui Madonna suit des cours des danses. Car quand elle apprend qu’elle joue de la guitare, elle se dit qu’elle a tout pour former un groupe. Ce que Madonna fait fin de l’été 1979. L’anecdote est peu connue mais le groupe se nomme The Breakfast Club. Rien à voir avec le fameux film qui ne sortira que plus tard, c’est Madonna qui a donné l’explication : on s’est appelé ainsi parce qu’on répétait toute la nuit et qu’en sortant du local, on allait prendre notre petit dèj. Une première prestation en duo avec Ed sur un trottoir devant un restaurant d’où ils se font virer par la police, aux premiers concerts du groupe, où Madonna tient la batterie, la musique vient très vite à prendre le pas sur la danse. Chaque pause est matière à répétition sur la guitare ou la batterie, on a d’ailleurs spécialement aménagé une pièce Madonna dans la maison tellement elle s'entraîne longtemps. Selon ses propres dires, elle écrit une chanson par jour. Mais le soir où le groupe joue dans un bar, et que le public ne manifeste rien à la fin du dernier titre, continuant à parler en regardant les images d’un match sur des écrans, Madonna éprouve une terrible frustration. Pas même un clap, un sifflet. Assise avec un des musiciens dans la ruelle adjacente, elle serre les genoux en disant : Je voudrais tellement être célèbre, je veux être célèbre !
Nous sommes à Rochester vers le milieu des années 70. Quand je dis Rochester, rien à voir avec la ville médiévale au sud de Londres, non, ici nous sommes dans la banlieue nord de Detroit, la région des grands lacs américains, à deux pas de la frontière canadienne. Alors comment un gars comme Christopher Flynn, ex-danseur d’une grande compagnie de ballet, a-t-il atterri là ? Il donne en effet des cours de danse dans la Grand-rue de Rochester et franchement, il a tout de la caricature du prof exigeant, comme on le voit au cinéma, cassant et tortionnaire. Tellement terrible que la petite Madonna Ciccone, 15 ans, n’en mène pas large quand elle se présente à lui. Elle en a peur, comme tous les jeunes de son âge, qui veulent devenir danseurs classiques, notamment une de ses amies qui fait la pom-pom girl avec elle.C’est assez incroyable de la voir aussi peu sûre d’elle, avec la voix limite tremblotante, car la petite Madonna est réputée pour ne jamais se laisser démonter, ni par les étudiantes de son école qui la traitent de salope, elle le sait ,elle en a entendu le dire, tout ça parce qu’elle sort avec qui elle veut, et change souvent de copain, ni par son père, à qui elle reproche un manque d’attention, et sa belle-mère, à qui elle en veut d’avoir remplacé sa vraie maman et occupé le centre du foyer.Le terrible prof ne manque pas de lui signaler son âge, c’est tard pour commencer, même si elle pratique déjà la danse, le jazz, les claquettes et qu’elle a obtenu des ovations lors de ses prestations dans des comédies musicales à l’école. Mais Madonna sait ce qu’elle veut. Et pour cela, elle va accepter les railleries, les insultes et les mauvais traitements du prof. Il y a les coups de baguette ou les pincettes quand la jambe n’est pas assez tirée, mais plus terrible, le crayon pointu placé entre le menton et la gorge pour qu’elle reste bien droite en dansant.Alors bien sûr, en sortant du cours, les filles ne manquent pas de souligner les travers de ce prof sadique, qui se venge sur elles de ne pas avoir réussi dans la vie. Mais peut-être est-ce justement pour qu’elles ne subissent pas que ce qu’il a subi, lui, en approchant du sommet, qu’il veut que seules persévèrent celles pour qui la danse compte plus que tout.Madonna est de celles-là. L’aurait-il vu ? En tout cas, il commence à lui faire des compliments sur son travail et son ardeur au travail. Et puis, comme il l’a dit le premier jour, tu es spéciale. Un autre jour, il lui dit que son visage avaitla beauté d’une statue de la Rome impériale. Madonna est touchée. Jamais personne ne lui a dit une chose pareille, surtout quelqu’un qui n’attend rien en retour. Alors au fil des semaines, Christopher l’emmène dans les musées de Detroit, lui montre ces madones peintes et sculptées de la Renaissance, sur le modèle de l’Antiquité. Elle qui en est aux pulsions adolescentes des poètes romantiques, des anti-héros tragiques genre James Dean dans La fureur de vivre ou Marlon Brando dans Un tramway nommé désir, découvre un autre monde. Chaque artiste majeur a eu un pygmalion, quelqu’un qui lui a montré, volontairement ou pas, la part de lui-même qui bientôt fascinera le public. Christopher, lui, a laissé, en plus à Madonna, une passion pour la peinture qui va bien au-delà de celle qu’elle nourrit pour la chanson, comme en témoignent de nombreuses pochettes de ses disques et scènes de clips mythiques.
Qu’est-ce qu’on n’a pas dit, que n’a-t-on pas lu sur Madonna ? D’ailleurs, vous vous êtes fait votre propre idée sur elle depuis longtemps. La preuve : une image est apparue dans votre tête quand j’ai cité son nom, pas vrai. Elle a tout fait pour ça, c’est vrai, depuis un peu plus de quarante ans, c’est une des premières stars de la chanson à avoir compris que l’image comptait autant que la musique. Et je ne parle pas que de son goût prononcé pour la provocation, regardez la qualité artistique de ses clips, qui est souvent passée au bleu à cause du tapage médiatique.Alors se poser la question de savoir qui est vraiment la personne qui se cache derrière tous ces disques d’or et de platine est sans doute vain. Entre les différents témoignages de ses proches et collaborateurs qui ont chacun leurs propres raisons de s’exprimer, il est difficile de s’y retrouver.C’est vrai que depuis ses débuts, tout le monde s’accorde pour dire que Madonna est une énorme bosseuse, très prudente en affaires et dans ses dépenses malgré une immense fortune, contrôlant tout de A à Z. Elle est toujours la première au matin et la dernière à bosser le soir dans les bureaux de l’entreprise Madonna. Et tout ce qu’elle voit et entend peut être une source d’inspiration pour une chanson ou la promo. Tout ce qui lui arrive, tout ce que vous pouvez lui dire est susceptible de s’y retrouver recyclé. Sans doute est-ce là qu’il faut, malgré les échecs, y trouver la clé de sa longévité.Mais sans doute la motivation essentielle de ce cap dont elle n’a jamais changé, est à trouver dans ses racines. On connaît la légende de la jeune Madonna arrivant à New York à la fin des années 70 avec seulement quelques dollars en poche, les mois de misère, de privation et d’acharnement au travail qui ont suivi. Ce qu’on sait moins, c’est que Madonna avait un modèle familial, celui de son grand-père Gaetano qui avait débarqué, comme elle, dans cette ville, à l’âge de 19 ans. Après avoir traversé l’Atlantique en troisième classe, il était descendu du cargo avec les autres immigrés italiens. Nous étions en 1920, il fuyait avec son maigre baluchon, la misère des ouvriers agricoles de son pays, la grippe espagnole et un continent ravagé par la première guerre. Il avait croisé d’autres migrants qui retournaient au pays, n’ayant pas tenu le coup du passage de l’esclavage agricole à industriel. Mais Gaetano, lui, va tenir, une carrière dans la sidérurgie, des pensions où il partage son lit avec un autre qui bosse à un autre horaire, puis rejoint par sa femme, enfin, il aura droit à une modeste maison appartenant à l’usine qui l’emploie. De toute façon, dans ce trou perdu qu’on appelle la petite Sibérie, tout appartient à l’entreprise, même le personnel.Alors il y a sûrement beaucoup de Gaetano dans le regard de Madonna. C’est de lui que vient sûrement la rage de persévérer quand elle squatte dans des colocs et bosse dans un restau le soir pour payer ses cours de danse, le jour. Des mois à manger un yaourt et un fruit par jour, sans que cela la dérange, dit-elle, elle n’est pas à New York pour manger mais pour devenir une star de la danse. Et si la ville qui ne dort jamais a fait d’elle finalement une star de la chanson, Madonna n’a jamais chanté que ce qu’elle pouvait danser, et n’a jamais perdu l’urgence de l’ambition de la réussite.
A la fin des années 70, le disco est le plus incroyable phénomène musical qu’on n’ait jamais vu et vécu. Il a durant deux bonnes années tellement tout englobé qu’on aurait cru qu’il n’y avait plus de place pour quoi que ce soit d’autre. Même les plus grandes stars du rock comme Rod Stewart ou Kiss s’y sont mis. Et avec quel succès !Et puis un autre aussi. Plus improbable puisqu’il est punk. Et le punk, l’avez-vous remarqué, est cet autre courant musical apparu pile en même temps que le disco. Il est tout aussi phénoménal qu’éphémère et pourtant, de ses racines vont pousser tout ce qui va dominer les années 80.Et autant vous dire une chose, s’il y a un milieu où le disco est détesté à la fin des années 70, c’est bien le milieu punk. C’est clair que ces gens-là sont opposés à tout ce qui est blink blink. Et donc, malheur à celui qui dans ses rangs en jouera, il va se prendre des bouteilles en concert et ne plus vendre un disque.Et pourtant, en pleine fièvre du samedi soir, quand le groupe punk new yorkais Blondie doit enregistrer son troisième album (qui se vendra à 30 millions d’exemplaires, mais ça, ils ne le savent pas encore) ils sortent de leurs cartons parmi les Sunday Girl et autres Hanging on the telephone, un titre qu’ils ont appelé The Disco Song. Oh, il ne l’aurait pas mentionné si le producteur n’avait pas dit vous n’avez rien d’autre ? au cours d’une réunion préparatoire où ils lui font entendre les cassettes de leurs nouveaux morceaux.Debbie lui explique qu’ils ne l’ont pas sélectionnée au départ car leur local de répète était tellement pourri par l’humidité qu’ils n’arrivaient pas à accorder leurs instruments. Mais le producteur accroche et le place dans la sélection.Arrivés en studio, ils améliorent le morceau grâce aux synthés et une boîte à rythme genre Kraftwerk, un groupe allemand électro d’avant garde que David Bowie leur a fait découvrir en tournée, quand ils assuraient sa première partie quelques semaines plus tôt. C’est du disco sans en être mais les critiques rock ne vont pas les louper à la sortie de l’album. Heureusement, leur premier single est un succès bien rock qui fait oublier un temps le torrent de boue qui a été déversé sur ce titre incongru, cette concession lâche à la mode, exclusivement motivée par l’argent. Blondie aurait-il vendu son âme au dieu disco? Voilà sur quoi Debbie Harry et son groupe en étaient restés en partant jouer en Europe, quand arrivés à Milan, quelle n’est pas leur surprise de tomber sur le producteur qui les attend au bar lounge de leur hôtel, une bouteille de champagne à la main. Les amis, on est N°1 aux Etats-Unis, à la maison ! Ça se fête ! Cette fois, ça y est, dit Chris Stein, le mari de Debbie et leader de Blondie : nous sommes les punks des punks !
Il est aujourd’hui une des grandes stars hsitoriques de la musique, un des rares producteurs à l’être devenu réellement. C’est un type adorable, un des plus doués de sa génération, il se nomme Nile Rodgers. Sûrement la plus brillante des étoiles filantes de l’époque disco. Jugez plutôt, il débarque avec Chic en 1977, multiplie les hits mais aussi les collaborations.Lui qui tirait le diable par la queue avec son complice Bernard Edwards est à présent demandé partout comme cette nuit de la St Sylvestre où Grace Jones les a invités à venir voir son show au Studio 54, LA boîte de nuit new yorkaise du moment. C’est là où il faut être pour rencontrer tout le monde dans une ambiance de folie. Frappant à l’entrée des artistes comme Grace le leur a dit de faire, la porte s’ouvre sur une armoire à glaces qui ne veut rien entendre. Il ne sait pas qui ils sont et n’a rien à faire de leur excuse. C’est raté, les mecs, allez vous faire foutre, crie-t-il en claquant la porte ! Tu vois, tu t’es trompé. Elle a sûrement laissé nos noms à l’entrée. Mais à l’entrée. Rebelotte. Après avoir remonté le long fleuve de la queue, ils ont beau dire qu’ils sont invités par Grace Jones, vous n’êtes pas sur la liste. Après un classique, vous êtes sûr ? Regardez bien, Nile Rodgers, Bernard Edwards, il leur tourne le dos pour reprendre le cours des invités de prestige dans la file. Bernard et Nile savent qu’ils ne rentreront pas dans ce temple du disco qui joue pourtant leurs chansons mais qui a aussi bâti sa notoriété sur la capacité de son personnel à refuser des gens à l’entrée.Alors pour fêter l’année nouvelle, ils s’achètent des bouteilles de Dom Pérignon et rentrent à l’appartement qu’un pote de Nile lui prête tant qu’il est en tournée. Ils trinquent puis comme ils font toujours, l’un à la guitare, l’autre à la basse, ils font les fous en criant leur frustration : Fuck Off Studio 54. Mais après avoir répété ce délire un grand nombre de fois, Bernard dit à Nile : dis, je crois qu’on tient quelque chose, là. Tu rigoles, Fuck Off ? Personne ne passera ça à la radio. Mais non, attend, il suffit de changer. Qu’est-ce qui pourrait bien fonctionner, aaah freak off, Ouais ça marche ! Mais ça ne veut rien dire. Non mais Freak out ! Ah ouais, comme perdre le contrôle sur la piste de danse, pas bête. Puis un verre plus tard, hé The freak, c’est aussi une danse, et le freak avec les filles, c’est chic!Douze millions de singles vendus plus tard, la naissance de ce classique du disco, maintes fois racontée par Nile lui vaudra d’être contacté par un gars sur les réseaux sociaux. Il se présentera comme celui qui l’a jeté ce soir du 31 décembre 1977 et que s’il avait su qui il était … enfin, il est désolé. Mais comment être désolé, se dit Nile, c’est son karma qui a transformé ce qu’il n’a pas pu avoir, lui faisant gagner plus que ce qu’il aurait jamais pu imaginer.
S’il n’y avait eu que Boney M, Village People ou Donna Summer, le disco aurait-il autant marqué l’Histoire ? Je veux dire, sans les Bee Gees et leur fièvre du samedi soir. Car c’est vrai qu’avec ce film et sa musique, une mode devenait un phénomène de société. Tout qui avait plus de seize ans est allé le voir, s’est habillé comme les acteurs du film et a été pris d’une irrésistible fringale de sortir en boîte de nuit le samedi soir pour danser comme Travolta. On ne compte pas chez nous le nombre de discothèques sorties de nulle part, avec leurs installations de projecteurs qui illuminent la piste cernée par une puissante installation sonore qui fait s’entrechoquer les glaçons dans les verres de Cuba Libre. Un double album qui se vend à 40 millions d’exemplaires, une première, un film qui rapporte plus 200 fois la mise de départ, personne n’a vu venir la folie du disco.Pourtant les locomotives de ce succès prodigieux ne sont ni américaines, ni allemandes comme les producteurs de Boney M et Donna Summer, non ils sont Anglais, enfin à l’époque on les croit Australiens. Eux non plus n’ont pas vu venir le truc, ils ont même failli ne pas le faire.Les Bee Gees, c’est en 1977, le trio folk britannique de la génération Beatles & Bob Dylan. Mais les énormes tubes qu’ils ont produits dans les années 60 ont perdu de leur superbe avec l’explosion du rock au cours de la décennie suivante. Il est loin le temps de la guitare acoustique, le trio de frères originaire de Manchester et de l’île de Man, essaie de survivre dans le monde de la pop, avec en 1976, un tube américain, franchement barré. Ah il est gonflé ce titre rock sur un rythme disco, le hit de l’été 1976, leur premier numéro un en dix ans, là-bas.Or, il se fait que leur producteur, qui est aussi celui d’Eric Clapton, est également à ses heures, un solide producteur de cinéma qui adapte des musicals de Londres et Broadway. Ainsi les fameux films Jesus Christ Superstar ou Tommy, des Who, c’est lui.Et justement, son nouveau film, est musical sans l’être. Il parle de ces mecs de la classe ouvrière new yorkaise qui jouent les stars de la piste de danse le samedi soir. Ajouter ce récent tube des Bee Gees, qui de plus lui appartient, est une évidence. Et si le groupe lui faisait en plus quatre ou cinq nouveaux titres ? Ce serait vraiment un atout pour faire parler du film. Et bien, figurez-vous qu’ils vont dire non. C’est vrai, ils sont en France, occupés à enregistrer leur nouvel album. Pas le temps, non, désolé. Mais Robert Stigwood a de la suite dans les idées, il débarque au fameux Château d’Hérouville dans sa grosse voiture, insiste, et à peine est-il parti que Barry Gibb entend quelque chose trotter dans sa tête, une mélodie, un rythme. Il dit à ses frères, je tiens quelque chose, venez. Et semaines plus tard, leur vie ne sera plus jamais plus pareille quand ce 45 Tours sortira …
Clairement, quand en 1969 Serge Gainsbourg explose les séries de slows en boîte sur sonJe t’aime … moi non plus, on pense que jamais personne n’osera aller plus loin. C’est justement le genre de prédiction qu’il ne faut pas faire, surtout dans la pop musique, un domaine où la création et les résultats financiers font bon ménage. En fait, il suffit d’y aller franco, au premier degré.Et justement, une musique alors naissante va s’y prêter particulièrement. Au milieu des années 70, à Munich, deux producteurs d’origine anglo-italienne, Giorgio Moroder et Pete Bellotte, s’intéressent au succès gigantesque de titres comme Rock the Boat et Rock you Baby. Qu’est-ce qui peut bien plaire au public là-dedans ?Ils identifient dans le rythme un quatre temps joué par la grosse caisse et le charleston de la batterie. C’est ça ! Il n’y a plus qu’à faire pareil.Et justement, ils ont sous la main une artiste américaine vivant en Allemagne, une certaine Donna Summer, dont ils viennent de produire un premier album mais qui, mis à part en Belgique et en Hollande, n’a pas trouvé son public. Et comme le Je t’aime moi non plus de Gainsbourg et Birkin vient de ressortir avec succès chez Warner, Moroder dit à Donna Summer pourquoi on ferait pas un truc dans le genre ? Pourquoi pas, répond la chanteuse. Et pour éviter une comparaison en leur défaveur, ils décident de ne pas y aller avec le dos d'une cuillère.Mais voilà, une fois la chanson écrite et qu’il faut l’enregistrer, Donna éprouve beaucoup de mal à se lâcher : elle est horriblement gênée, ça ne donne rien !Alors Moroder et Bellotte virent du studio tout le personnel qui n’est pas nécessaire et font baisser les lumières au maximum. Donna, pour la prochaine prise, tu vas pousser tes gémissements couchée sur le dos, on va t’installer le micro.M’enfin, Giorgio, tu ne veux quand même pas …Mais nooon ! juste que comme ça, personne ne te verra et tu seras seule.L’enregistrement sulfureux terminé, Donna Summer a du mal à croire que c’est elle qu’elle entend en cabine de son. Moroder, par contre, n’a aucun mal à trouver des distributeurs. Aux Etats-Unis, c’est Neil Bogaert, l’éditeur du groupe Kiss qui est à la manœuvre. Comme il organise fréquemment des fêtes démentes dans sa propriété de Los Angeles, il passe le disque pour le tester. Sur la piste, c’est de la folie, les invités viennent sans arrêt lui demander de le rejouer.A 3 heures du matin, un téléphone sonne à Munich : Pete, c’est Neil ! Il faut que tu me fasses une version longue, mon vieux. Les gens adorent, c’est dingue.Avec ses 16 minutes 50, Love to Love You sort en version maxi qui, vendu à des millions d’exemplaires, va populariser définitivement ce format auprès des DJ.Gigantesque succès, Donna Summer arrêtera toutefois de le chanter sur scène, le jour où en Italie, elle devra quitter la scène en courant, poursuivie par des hommes survoltés. Se réfugiant dans la caravane qui lui sert de loge, elle est terrorisée par les coups que ceux-ci donnent dans la porte et les vitres jusqu’à ce que le service d’ordre vienne la libérer. Et oui, c’était une époque de dingues mais c’était tout simplement la nôtre.
Le Disco ! Quelle histoire, hein ? Je devrais dire : quelles histoires ! Car on en raconte des trucs depuis une vingtaine d’années sur cette musique qui, après avoir été maudite au début des années 80, est devenue grâce à la Pop Culture, un des grands moments du siècle dernier. Carrément ! Y a des gars qui en rêvent aujourd’hui de cette époque où on se promenait sapé comme Starsky et Hutch ou John Travolta, côté mecs, Donna Summer, Cher ou Sheila, côté filles. Non, je n’ai pas dit les Village People, vous voyez le truc dans la rue.Et c’est vrai que, autant on n’a pas eu l’occasion de se demander ce qui nous arrivait tellement la mode a passé vite, autant une époque n'est jamais apparue aussi rutilante que celle du disco. Les projecteurs des boîtes de nuit, les miroirs des boules à facettes, un rythme net, rapide et régulier, des arrangements de violons classe, des cuivres qui claquent, des plateaux d’émissions de télé qui se transforment en piste de danse, qu’est-ce qui nous a pris ? On ne sait pas mais on a dansé. Et on en a acheté, des disques. Un peu n’importe quoi, parfois, juste parce qu’un mec avait imprimé un faux cachet Disco sur la pochette.Alors bien sûr, des types ont essayé de nous donner des cours là-dessus, dans la pose de ceux qui se veulent intéressants : Voici le premier titre de disco, jamais enregistré. Nous vantant des pionniers, des musiciens qui avaient tout compris avant tout le monde ou étaient arrivés trop tôt.Ça n'a pas beaucoup de sens. Tout d’abord parce que quand on invente une mode, généralement, on est le dernier à deviner que ça va partir en vrille. Et puis surtout parce que le disco, c’est beaucoup plus une époque, qu’une musique particulière avec un charleston, une grosse caisse et des violons.Oui, au milieu des années 70, les fringues de couleurs, la piste de danse qui s’éclaire pour que le spectacle y prenne place, les godasses à haut talons, les DJ qui font leur show au lieu de gentiment passer des disques, des Européens blancs qui font de la musique soul, tout ça se met en scène pour rehausser un monde de la nuit qui a pris un coup dans l’aile à cause de la télé.C’est vrai ! Plus besoin de se bouger pour voir des chanteurs, ils arrivent tous les soirs dans notre salon grâce aux émissions de variétés. Evidemment, si le son est poussé à fond de balle, comme c’est le cas à présent en boîte, ça prend une autre dimension, et si en plus vous pouvez devenir une attraction sans avoir à faire la conversation, simplement en dansant, ça vaut peut-être le coup de sortir le samedi soir plutôt que de regarder le Hit Parade de Guy Lux ou les shows des Carpentier.Voilà qui, sans doute, a aidé Harold Melvin à faire de sa chanson, le premier hit disco fin 1973, enfin à ce qu’il paraît.
Ça peut paraître incroyable mais cet énorme classique de Juliette Gréco qui incarne tellement le Paris, la France cliché si répandue à l’étranger est signé Serge Gainsbourg. C’est pas possible, vous allez me dire, c’est pas son genre, un truc pareil ? Et pourtant c’est écrit sur le 45 Tours, pas de doute : paroles et musique : Serge Gainsbourg. Il l’a d’ailleurs chanté, déguisé en clodo, en duo avec son pote Philippe Clay, pour la télévision.Mais alors, pourquoi a-t-il refusé d’écrire pour Edith Piaf ? Parce qu’il l’admirait. Bien sûr qu’ils s’étaient rencontrés. Un soir, au théâtre, pour l’anniversaire de Raymond Devos, il jouait de la guitare dans un orchestre improvisé en compagnie de Bourvil, Guy Béart et Claude Nougaro quand Piaf avait demandé, qui est ce guitariste ? Serge Gainsbourg. Ah bon ? Les gens disent qu’il est méchant. Il a l’air plutôt gentil, non ? Faites-le venir. Serge s’est rendu chez elle, boulevard Lannes, à Paris, elle lui a demandé qu’il lui écrive des chansons.Sans doute ne veut-il pas faire partie de sa cour d’auteurs compositeurs avec qui il n’a rien en commun. Ou qu’il n’aurait pas supporté qu’elle lui refuse un titre et le sarcasme des autres prétendants. C’est la raison pour laquelle Serge vient en octobre de la même année pour lui rendre hommage, lors de sa disparition. La jeune fille au pair Jane Birkin qui s’y trouve aussi, elle loge dans le même immeuble, remarque d’ailleurs dans le défilé des visiteurs, cet homme sombre au regard triste, un peu en retrait. Mais voilà, le succès de l’accordéon vaut à Gainsbourg d’entrer en contact avec Brigitte Bardot. Bardot, star mondiale du cinéma, se met à la chanson et voilà que le grand compositeur de musiques de film et de la télé, Claude Bolling lui présente Serge, venu avec sa partition et qui lui chante trois lignes d’un titre qu’il nomme L’appareil à sous. Pourquoi trois lignes seulement ? Parce que c’est un de ses trucs pour éviter de se faire refuser une chanson, ce dont il a horreur. Trois quatre mesures sur le piano, il présente le meilleur moment en prétendant qu’elle n’est pas finie. Ce qui, cela dit, est probablement vrai.La chanson, pour formidable qu’elle soit, ne fait pas un grand succès. Son ami Claude Nougaro décolle avec trois gros succès consécutifs, mais pas Serge. Seule consolation, sa Javanaise par Juliette Gréco qui paraît quelques semaines après la sienne, devient le titre phare de son tour de chant. Serge avait songé la faire chanter par Brigitte Bardot, Gréco l’a sûrement mieux vendue que BB ne l’aurait fait. Il faudra juste 28 ans pour que le grand public ne découvre vraiment sa version sur une compile.Incroyable, hein ? On est d’accord, cette chanson est tellement formidable, tellement française, même si c’est la première d’une immense série que Gainsbourg est allé enregistrer à Londres. On l’entend même, l’avez-vous remarqué, dans la bande originale du film de Ron Howard, Le Da Vinci Code.
Janvier 1979, le punk est mort. Mais on ne le pleure pas, pas le temps, il y a tellement de nouvelles musiques qui apparaissent qu’il ne se trouve personne pour s’en plaindre. Non, ce que les punks jouent à présent, ce sont des musiques venues d’une île improbable dont on ignorait jusqu’au nom : la Jamaïque. Ça s'appelle le ska et le reggae. Oh le reggae, on connaît, enfin, un peu. Il y a quatre ans, on a été frappé par la foudre en découvrant le I shot the sheriff d’Eric Clapton qui a attiré l’attention sur leur auteur : Bob Marley.Le temps que la pression monte, l’année 78 a été celle du reggae, à coups de Is this love, Jammin’, et d’un duo de Mick Jagger et Jimmy Cliff… Mais bon, les musiciens qui font le voyage jusqu’à Kingston pour trouver le vrai son du reggae sont rares. Déjà faut oser, c’est une des villes les plus dangereuses au monde. L’a-t-on dit à Serge Gainsbourg ? En tout cas, il y est. Incroyable que son directeur artistique ait obtenu de Philips, leur maison de disques, le budget pour y aller en avion avec hôtel et tout le toutim. Enfin, le toutim, ça coûte rien une fois qu’on est sur place. Et puis, on enregistre avec l’équipe de Bob Marley, il y a même sa femme, Rita, dans les choristes. Ce soir, c’est le dernier soir, demain on enregistre les paroles, hein Serge, dit Lerichomme à son artiste attablé dans un restaurant. Ouais ouais ouais, je sais, répond-il, en évacuant la fumée. Aïe ! Pour bien connaître Serge, Lerichomme comprend qu’il n’a pas encore écrit grand-chose. Déjà qu’il y aura peu de titres originaux, ce paresseux a prévu plusieurs reprises comme La Marseillaise qui devient Aux armes etc, ou Marilou reggae, un titre du précédent album L’homme à la tête de chou, qui lui a justement donné l’idée de cet album 100% reggae.Mais quand il le raccompagne à sa chambre, ce qu’il voit par la porte entrouverte le terrifie : sur le lit, douze pages blanches avec au-dessus, le titre de chaque chanson. Il n’a encore rien ! Lerichomme n’en dort pas de la nuit. Dans quelle galère s’est-il encore embarqué avec cet artiste qui n’a plus rien vendu depuis dix ans ? L’homme à la tête de chou n’a même pas atteint les 20.000 exemplaires. A quoi cela sert-il que toute la presse ait hurlé au génie si personne n’achète ?Le matin d’une interminable nuit noire, quand il frappe à la porte de Gainsbourg, il le trouve totalement éreinté avec ses douze pages toujours sur le lit mais entièrement noircies de mots et ratures. Alors il descend au petit déj avec les feuilles, qu’il met au propre, en restructurant le tout pendant que Serge fait une sieste, puis se prépare. A onze heures du matin, ils arrivent au Dynamic Sound, là où Marley a enregistré No woman No cry. Serge se plante devant le micro pour le quitter à deux heures du matin. En repartant du studio dans la chaleur et l’humidité de la nuit jamaïcaine, Serge dit à son complice, Qu’est-ce qu’on a fait ? Je ne sais pas, Serge, mais on l’a fait. L’album Aux armes etc qu’ils vont mixer les deux jours suivants sera disque de platine dans l’année et fera de Gainsbourg la superstar qu’il n’espérait plus devenir après 25 ans de métier.
Y a-t-il encore quelqu’un pour s’en souvenir, ce 2 février 1962, le cercle des étudiants en droit de l’ULB organise une soirée avec un groupe bien à la mode du twist : les Cousins. Et pour se souvenir du chanteur qui a assuré la première partie : Serge Gainsbourg.On parle un peu de lui depuis quelques années, on connaît sans le savoir deux de ses chansons : L’eau à la bouche, à cause du film et de son rythme exotique, et puis aussi le pas banal Poinçonneur des lilas, auquel même Franquin fait référence dans un gag de Gaston Lagaffe. Mais a-t-on retenu son nom ?, non, pas vraiment. Aucun de ses trois premiers 33 Tours ne s’est vendu. Serge Gainsbourg, c’est le chanteur totalement décalé, coincé dans une grande chanson française qui se réclame du jazz. Il n’a rien du yéyé, comme on va appeler ce mouvement absolument dingue à partir de cette année.J’ai dit dingue ? Mais je n’exagère pas. Demandez à Serge : quand il se rend dans un studio ou à sa maison de disques, combien sont-ils, ces jeunes venus de leur province chaque mercredi ou jeudi pour passer une audition. Cent ? Deux cents ? On les parque comme du bétail, on en sélectionne quelques-uns à qui on fait le plan vie de stars. Ils l’ignorent mais ils n’ont que un ou deux 45 Tours pour faire leurs preuves. Si ça marche, ils deviennent les nouveaux chouchous des copains, si pas, on les renvoie dans leur province.Et donc comment voulez-vous qu’un dandy branché art comme Gainsbourg les respecte ? Il les méprise d’autant que la presse et le public ne semblent vouloir ni de sa musique, le jazz, ni de ses textes, trop osés ! Non vraiment, il va abandonner la chanson et retourner à la peinture, déclare-t-il à la télé, car il y passe souvent, même s’il ne vend rien.Et puis sorti des bureaux de l’ORTF, il se rend chez Juliette Gréco, la première star qui l’a chanté avec succès. Ils vont dîner, en écoutant de bons disques, classiques, bien sûr. La nuit passe au fil de bonnes bouteilles de vin, Juliette se lève pour danser devant lui, Serge revit. Le lendemain, elle reçoit un beau bouquet de fleurs avec un mot de remerciement de Serge qui lui dit avoir écrit une chanson en souvenir de cette soirée. Cette chanson que Juliette va immortaliser va faire prendre à la carrière de Serge un tournant aussi inattendu qu’inespéré. La preuve en est son quatrième album, probablement le meilleur de sa carrière. Et même s’il ne va pas se vendre, lui non plus, il contient des classiques qui ne seront découverts que bien plus tard avec les compiles, comme La Javanaise, Baudelaire, L’appareil à sous, bien sûr, et le fameux Black Trombone, aujourd’hui un de ses titres les plus streamés et que personnellement j’use depuis plus de 40 ans.
Fin 1967, un certain Michel Drucker, alors débutant à la télévision, attend un invité qui ne vient pas. Mais que fait-il ? Une heure plus tard, le voilà avec un assistant de l’émission devant la porte de l’appartement de Serge Gainsbourg. Il tambourine. Pas de réponse. Alors il frappe, toujours pas de réponse. Il refrappe plus fort, insiste, jusqu’à entendre à l’intérieur la voix de l’homme qui faisait celui qui n’est pas là. Ah j’avais oublié, zut, dit-il, innocemment dans l’entrebâillement de la porte. Et le téléphone, alors ? Michel a du mal à croire que cet artiste qui coure tant après le succès puisse oublier une télé. Serge n’est en fait pas seul. Et la personne qui ne se montre pas est la même qui a valu à Serge d’arriver, avec plusieurs jours de retard, à ses séances de travail sur la BO du film Manon 70.J’ai du mal à quitter les bras de Brigitte, a-t-il dit à son partenaire Jean-Claude Vannier, en guise d’excuse. Tu te rends compte, chaque fois que j’enfile ma chemise pour sortir, elle me l’enlève. Brigitte, c’est Brigitte Bardot, bien sûr. Serge a couru annoncer la nouvelle à son père quand ça lui est tombé dessus. Tellement fier il était, tellement il était heureux de cette revanche sur tous ceux qui disent qu’il est laid, se moquent de son nez et de ses oreilles décollées. Maintenant, sourit-il, on m’envie de tous les côtés.Ah c’est vrai que quand elle rentre quelque part, le silence tombe et les regards se tournent. Que ce soit au restaurant, au palais de l’Élysée, et bien sûr dans les studios d’enregistrement et de télé. Ah oui, c’est pareil. Je vous prie de croire que quand on sait que Bardot doit venir, tous les techniciens se bichonnent le matin dans leur salle de bains et mettent leur plus belle tenue. On se croirait un dimanche.Évidemment, une fois que tous les yeux se sont portés sur BB pour la scanner en haute définition, ils se dirigent ensuite vers le gars qui l’accompagne. Gainsbourg ? Noooon ! Ben oui mon vieux, il paraît qu’il lui a sauvé la mise sur le Sacha Show. S’ils savaient que c’est même lui qui l’a contactée pour lui proposer une chanson, Harley Davidson. C’est pas qu’il soit porté sur les motos, non. Ni qu’il soit en mal d’interprètes. Il a refusé d’écrire pour Johnny Hallyday, Sheila et Sylvie Vartan. C’était pourtant du tout cuit. Et ben il a dit non, il ne veut pas rentrer dans le rang, dit-il. Puis on le retrouve avec Mireille Mathieu, vous le croyez, ça ? Si c’est pas de la provoc dirigée vers ce métier qui ne voulait pas de lui. Mais bon, Brigitte Bardot, c’est autre chose, d’autant plus que si c’est lui qui a décroché son téléphone pour lui proposer des chansons, c’est elle qui a pris l’initiative de leur relation. Alors cette Harley Davidson, quel cadeau ! Car non seulement la chanson a tout pour s’inscrire dans le temps mais elle coïncide avec l’arrivée d’une nouvelle mode, les posters grands formats. On va voir BB partout sur les murs.
A Paris, rue de Verneuil, à deux pas de la Seine et du boulevard St Germain, il ne se passe pas une heure sans que des personnes ne quittent la maison du 5bis, les larmes aux yeux. Ne vous en faites pas, vous n’êtes pas les seuls, croyez-moi, dit un des gardiens de ce qui était encore, il y a tout juste 35 ans, le domicile de Serge Gainsbourg.Oui, qui aurait pu soupçonner ce 3 mars 1991, alors que des dizaines de fans très émus par la nouvelle, viennent se recueillir devant la déjà célèbre façade, que rien n’y bougerait durant les 30 années à venir et que la maison deviendrait un musée qui ne désemplit pas. Et pour tous ceux qui en font la visite, guidés par la voix de Charlotte, quelle surprise, quel choc, de découvrir non pas le provocateur Gainsbarre superstar des années 80, à l’alcool mauvais, mais le vrai Serge Gainsbourg, celui de La Javanaise, sensible, touchant.Et donc, 35 ans après sa disparition, que peut-on encore raconter sur lui qui n’ait été dit ?, - vous allez me dire. Et ben justement, c’est ce qu’on vous propose cette semaine, comme on a toujours fait.Vous entendez ? A travers le volet baissé, ce piano ? C’est Serge qui compose. Nous sommes en 1975, et mis à part les passages radio de Je suis venu te dire que je m’en vais, Serge est à nouveau en panne de succès. Son Je t’aime moi non plus en 1969 a été sans lendemain. Pire, un chef d'œuvre comme L’histoire de Melody Nelson a été un cinglant échec commercial. Oh il a signé pas mal de hits récemment mais ce sont toujours des chansons écrites pour les autres, des femmes, Jane Birkin, en premier.Seul bémol, l’incroyable titre qu’il vient écrire pour que sa copine Dani le chante à l’Eurovision a été refusé : trop provocateur ! Serge s’est vexé, pas question de changer quoi que ce soit. Alors pour se prouver qu’il peut faire un tube comme il veut, quand il veut, il a enregistré L’ami caouette. Gros succès évidemment, tout le monde le lui demande, même les gosses dans la rue, l’apostrophent en disant : Hé, l’ami Caouette !Le fond du fond est atteint quand, un soir au restaurant, il sympathise avec le maître d’hôtel et sort avec lui après son service boire des coups. Bonne ambiance avec ce partenaire de ribote d’un soir. Et si on allait boire le dernier chez moi ? OK ! Arrivés chez lui, le fameux maître d’hôtel dit alors sur le ton d’un ordre : Et maintenant, tu vas me chanter l’Ami Caouette ! Ah non mon p’tit père, je ne chante que pour du blé et jamais en privé, pas même dans ma salle de bain. Le gars furibard saisit alors un fusil de chasse et crie : Tu vas chanter l’ami Caouette, oui ou merde ! Gainsbourg sans se démonter prend Jane par la main et lui dit : allez, on se casse. Voilà ce qui se passe quand on chante des conneries. Et dire qu’ils n’ont pas voulu de son Boomerang, c’est pourtant pas la chanson de tout le monde. Il a raison Serge, et pourtant, on va mettre des décennies avant de l’entendre.
1er septembre 1973, nous sommes au cœur de l’Afrique, au Nigeria, un pays étonnant dont les incroyables ressources en pétrole, gaz, fer et charbon ont produit une société à deux vitesses. Sa capitale, Lagos, est une ville étonnante, grouillante de population, polluée sous un climat tropical, et ceinturée de forêts luxuriantes.Alors qu’est-ce que vient y faire Paul McCartney, ancien leader des Beatles qui n’ont jamais vendu autant de disques avec les rééditions de tous les 45 Tours et des deux doubles 33 Tours, rouge et bleu ? Pas y fêter son premier succès mondial, Live and Let Die… Un triomphe, comme le film d’ailleurs, qui impose un nouvel acteur dans les habits de James Bond.Et bien figurez-vous que c’est encore une de ses idées à lui pour tirer le meilleur de sa créativité. Maintenant qu’il est bien rôdé avec un nouveau groupe, il compte y retrouver les grandes heures qui lui ont permis d’enregistrer des disques novateurs comme Sgt Pepper Lonely Hearts Club Band, tellement génial que quelques jours après sa sortie, Jimi Hendrix, en faisait déjà un cover sur scène, Paul avait éprouvé un indicible frisson en assistant au concert.Et donc, il demande à EMI, la multinationale qui le distribue, où ils possédent des studios. Un peu partout dans le Commonwealth. Los Angeles, Paris, Berlin, Tokyo, Athènes. Oui, euh, vous n’avez rien de plus … exotique ? Exotique ? Attendez … Johannesbourg, Bombay, Hong Kong, Lagos … Lagos, c’est où ? Au Nigeria.Paul se voyait en touriste la journée avec son band, au boulot le soir et la nuit, ce n’est pas exactement ça qui se produit. Déjà, juste avant le grand départ, il perd son bassiste et son batteur qui n’ont pas envie de risquer leur vie dans ce coupe-gorge. On leur en a parlé de Lagos !Et donc, les Wings sont réduit à trois quand, sortis de l’aéroport, ils découvrent des rues encombrées et des trottoirs débordant de miséreux, de malades, errant devant des maisons délabrées … et un studio entouré de hauts murs protégés par des bouquets de fils barbelés. Ambiance. Un studio … pas exactement comme celui d’Abbey Road. Un matériel très ancien, des micros qui ont souffert, des pièces mal insonorisées où il règne une chaleur humide insupportable. Et si ce n’était que ça. Rentrant un soir avec Linda, Paul subit un vol à main armée, entendez-moi, les mecs ont des armes de guerre, et perd ainsi les cassettes démos de tous ses titres. Il est aussi dérangé par Ginger Baker, l’ancien batteur du groupe Cream et partenaire d’Eric Clapton, expatrié là-bas, et franchement menacé par Fela, pape du jazz africain, et surtout chef tribal, qui n’entend pas non plus qu’un ex-Beatle enregistre à Lagos sans son autorisation.Mais rien n’y fait, on n’arrête pas un passionné, Paul arrondit les angles, sympathise avec tout le monde et enregistre un album aux sonorités franchement nouvelles, la pochette d’ailleurs, fallait oser. Le disque fait un triomphe montrant que, contre toute attente, non seulement, il peut y avoir un après Beatles mais surtout qu’il en était la machine débridée à entraîner la création. Et un musicien de scène qui n’a depuis jamais perdu l’enthousiasme de se retrouver face à un public …
Alors que John Lennon a quitté Londres pour New York après avoir retrouvé le sommet des classements et que George Harrison est devenu l’improbable N°1 des ex-Beatles toutes catégories de classement, Paul McCartney écume les cercles étudiants des Midlands au sud de l’Angleterre en passant par le Pays de Galles. L’aventure s’est d’ailleurs terminée à Oxford avec le ras-le-bol des musiciens qu’il a recrutés. C‘est vrai, les gars croyaient avoir une vie de palaces, avions et restos 3 étoiles en tournant avec un ex-Beatles, ils n’ont que le droit de s’entasser dans un mini van et partager la recette de concerts improvisés.Alors la suite, c’est-à-dire le continent européen, doit être un peu mieux organisée. Déjà, le bus de la tournée est un vieux double deck britannique repeint aux couleurs des Wings. Ça le fait pour la promo, en arrivant en ville, personne ne peut les louper, et sur la route, on peut profiter du ciel ouvert aménagé pour admirer le paysage pleinement et bronzer avec les enfants.Alors bien sûr, c’est pas top quand on doit annuler, faute de réservations. Oui, ça arrive, comme à Lyon. Les jeunes Français ont la tête ailleurs avec Led Zeppelin et Pink Floyd, la musique a vraiment changé, hein. Mais à l’Olympia, c’est le frisson, huit ans après la fameuse série avec les Beatles. Et que dire de ce vieux cinéma d’Anvers, juste après, le tout premier concert d’un Beatles en Belgique, car ils n’y ont jamais joué ! Vous y étiez peut-être, l’atmosphère est magique, et surtout, la surprise de pouvoir le regarder d’aussi près est totale. Mais bon ! Où est-il, le génie qui nous a donné Sgt Pepper, qui a entraîné tout le mouvement psychédélique, cassé les codes de la chanson, amené la musique baroque dans le rock ? La comparaison que font les journalistes, alors tout puissants sur les ventes de disques, n'est pas à l'avantage de la musique que propose McCartney. Lui, repart de zéro volontairement, à tous les niveaux, eux exigent la suite, un toujours plus haut, toujours plus fort.Et c’est là qu’intervient à nouveau George Martin, l’ancien producteur des Beatles, l’homme qui a composé leurs fabuleux arrangements orchestraux car il lui a été justement proposé de composer la BO du nouveau James Bond. Pourquoi ne demandez-vous pas à Paul McCartney de composer la chanson, dit-il au producteur Harry Saltzman ? OK, mais juste écrire alors, les génériques de James Bond, ce sont des interprètes soul. Après avoir lu le roman, McCartney, très inspiré, écrit le titre d’un trait au piano mais exige que son groupe en soit l’interprète.Quand Saltzman s’apprête à dire non, il resonge à ce moment où dix ans plus tôt, il a refusé de produire le film des Beatles A Hard days Night, n’y croyant pas un instant, et laissant la société de Charlie Chaplin, la United Artists, réaliser une excellente affaire. Alors il se ravise, dit oui, ouvrant, sans le savoir, un boulevard au retour de Paul McCartney sur le devant de la scène mondiale …
Février 1971, Paul McCartney enfile le veston qu’il portait deux ans plus tôt sur la pochette de l’album déjà mythique, Abbey Road. Seule différence, il ne se rendra pas pieds nus mais avec de belles chaussures, à son audience devant la Haute Cour de Londres où il va demander la dissolution des Beatles et de son contrat avec leur manager. En effet, le redoutable requin américain leur avait fait accepter de mettre même les revenus de leurs carrières solos dans leur label Apple. Il gardait donc la main sur tout et McCartney pouvait vendre autant de disques qu’il voulait, il allait continuer à gagner peu d’argent.Oh ça ne le dérange pas, vous savez. La preuve : il s’apprête à faire un truc impensable, une fois son procès gagné, un procès qui l’a affecté car il a été obligé de l’intenter contre ses copains d’adolescence. C’est la guerre ! Ainsi, il fait venir de New York les musiciens avec qui il vient d’enregistrer son nouvel album solo, RAM, une merveille entre nous, hein, même si la presse le descend joyeusement. Et quand les gars arrivent dans son repère de la presqu’île de Kintyre, ils découvrent qu’ils ne sont pas là pour des vacances écossaises mais pour créer un vrai groupe qui va enregistrer, là, dans cette ferme spartiate, au milieu des moutons.Le guitariste repart aussitôt pour New York mais les autres restent, alors Paul file au village téléphoner à Londres à son pote Denny Laine, ex-guitariste et chanteur des Moody Blues … ah non, c’est pas lui qui chante ce tube immortel des Moody blues, c’est Justin Hayward, le gars qui l’a remplacé quand il s’est barré en 1966. Qu’est-ce qu’il est devenu depuis, Denny Laine ? Et ben, pas grand chose, la preuve, après le coup de fil, il rapplique aussitôt après avoir accepté un salaire à la semaine.Paul a trouvé un nom pour ce groupe, Wings, les ailes, comme s’il allait s’envoler à nouveau. Et repartir vraiment à zéro, avec un premier album quasiment improvisé à la pochette bucolique, un peu trop d’ailleurs, on le reconnaît à peine. Tout comme la tournée. C’est vrai ! Après quelques coups de fil donnés depuis le village, les voilà partis avec un petit camion de location et un mini van dans lequel ils s’entassent. Oui, alors qu’il aurait été si simple de jouer sur le nom de Paul McCartney, ex-Beatle, toutes les portes se seraient ouvertes, Paul veut rejouer ses débuts. Ainsi en février 1972, une étudiante responsable d’un cercle de l’université de Nottingham se retrouve devant deux jeunes chevelus qui lui demandent s’ils ont une salle. Ben oui ? Vous pourriez venir, on est avec un artiste qui voudrait jouer ici ce soir ? Imaginez sa tête quand arrivée sur le trottoir, elle reconnaît dans le van, Paul McCartney qui lui tend la main, en disant qu’il est d’accord de jouer aux entrées.Le concert aura lieu le lendemain finalement, devant plus de 750 jeunes, imaginez l’ambiance. Et même s’il n’y aura pas une seule chanson des Beatles, le premier concert de Paul depuis ce stade de San Francisco en 1966 est une réussite. Ils ont même gagné 30 livres sterling chacun.
Quand Paul McCartney a acheté ce tas de pierre en 1966 pour une croûte de pain, il ne se doutait pas qu’il s’y réfugierait trois ans plus tard. Là-bas, au bout de la presqu’île de Kintyre en Ecosse, dans l’inconfort le plus total, il a entrepris de tout installer ou réparer lui-même, avec Linda, sa femme, leurs deux enfants et bien sûr, Martha, son chien, qu’il a rendu célèbre grâce à une chanson des Beatles.Paul est comme ça depuis l’adolescence. Il gamberge sans cesse, il a besoin d’être occupé sur un projet. Le duo Lennon-McCartney, le premier cahier de chansons composées à l’adolescence, les albums Sgt Pepper, Abbey Road, Let It Be, c’est lui. Faut toujours qu’il ait une idée pour aller plus loin. Mais aujourd’hui, il n’y a plus rien, John Lennon a jeté l’éponge, alors Paul apprend à bricoler dans sa maison, vivant avec la nature, il est sans cesse occupé, ce qui l’empêche de réfléchir et lui permet de sortir de la dépression.Les journalistes qui arrivent à le retrouver malgré son éloignement de tout, l’énervent, surtout quand il les aperçoit au sommet d’une colline avec des jumelles. Alors, à contrecœur, il reçoit la BBC et le magazine Life pour couper l’herbe sous le pied des candidats au scoop.Pour la première fois depuis l’adolescence, Paul affronte le vide vertigineux de ne plus penser à la musique, et cela, durant des semaines, vous pensez ! John et lui écrivaient puis enregistraient avec George et Ringo tout un album, tout en donnant une vingtaine de concerts, en l’espace de cinq-six semaines. Heureusement, il y a la joie des enfants. C’est aussi une première pour lui. Deux filles en plus ! Lui qui, orphelin à l’adolescence, a vécu avec un père et un frère, trois gars à la maison ! Et donc, un soir Heather, la fille de Linda qu’il adoptera bientôt, lui demande de jouer une nouvelle chanson. Paul essaie de refuser gentiment, tente un pas ce soir, mais la petite lui tend déjà une guitare en disant : allez, une chanson qui parle de maman. Paul saisit l’instrument et se lance dans une improvisation … Est-ce un hasard ? Un besoin de soleil, de mer et de plage se fait alors sentir. Voilà la famille envolée quelques jours plus tard vers une île des Antilles puisretour à Londres où Paul se fait livrer à domicile un enregistreur à quatre pistes. Il pourrait se faire aider par la terre entière, et ben non ! Puisqu’il est désormais seul, il va faire un truc incroyable pour l’époque, fin 1969, il va enregistrer un album tout seul, en jouant de tous les instruments. L’album s’intitulera tout simplement Paul McCartney, il ne lui vaudra aucun hit, c’est vrai, même s’il est N°1 à sa sortie.Mais Paul n’attendra pas longtemps, l’année suivante déjà, ce sera le premier hit, le début d’une domination sur la décennie suivante après avoir été le maître des sixties. Non, qui aurait dit que ce gamin de Liverpool connaîtrait un tel destin.
Je ne vous apprends rien, on en a raconté de belles histoires, des trucs de fou sur la musique pop et on en raconte encore tous les jours. Et pourtant, la plus incroyable d’entre elles, on ne l’a jamais vraiment racontée. Ou plutôt, on ne l’a pas écoutée. Elle n’avait pourtant aucune chance de passer inaperçue puisque ses protagonistes étaient alors les gens les plus médiatisés au monde. Non vraiment, qui aurait pu se remettre en selle pour courir à la victoire après une chute pareille ? En effet, ce 20 septembre 1969, les Beatles sont réunis dans le quartier général de Apple, la firme de disques qu’ils ont créée il y a même pas deux ans. Et pourtant, il s’y est passé tellement de choses que cela semble déjà une éternité. En janvier dernier, ils jouaient sur le toit devant des caméras et un public médusé, après être passés à deux doigts de la séparation. Et puis Paul McCartney avait réussi à réunir tout le monde durant l’été pour un album qui allait sortir bientôt et qui s’annonçait déjà comme le meilleur qu’ils aient jamais enregistré. Une merveille ! Et justement, Paul, qui depuis deux ans, joue le rôle de locomotive pour que le groupe compose et enregistre, face à un John Lennon complètement démobilisé, est aujourd’hui, gonflé à bloc. Leur nouveau manager, dont il se méfie comme de la peste entre parenthèses, a en effet renégocié le contrat des Beatles avec EMI à un très bon tarif pour les 7 années à venir. Alors ils sont venus tous les quatre pour le signer quand John Lennon annonce à Paul qu’il quitte le groupe. C’est fini, les Beatles ! Mais bon, on n’en dit rien, hein, ce ne serait pas bon pour les affaires et le disque qui va sortir.Paul quitte les bureaux rapidement, en premier, il fait bonne figure devant les fans fidèles qui font le pied de grue, puis monte dans sa mini Morris pour regagner son domicile. Et là, durant tout le trajet, il est en pilote automatique. Mettez vous à sa place. Depuis l’adolescence, il n’a connu que les Beatles, un groupe local d’une ville ouvrière, devenu le plus grand phénomène que la Terre ait jamais porté. Lui, la superstar, est à présent sans-emploi.Alors Paul rentre chez lui et n’en sort plus. Il boit du soir au matin au grand désespoir de sa jeune épouse Linda. La rumeur idiote mais persistante prétendant qu’il est mort et a été remplacé par un sosie n’arrange rien, elle fait les gros titres, et voilà qu’il plonge dans la dépression. Il n’a plus rien dans la vie, même l’argent est bloqué à cause de leurs affaires. Plus rien ? Ah bon.Linda et lui, enfin surtout Linda, décident donc de repartir de rien, c’est-à-dire d’une ferme abandonnée du bout du monde qu’il a achetée trois ans plus tôt, en Ecosse. Aucun équipement, ça tombe bien, personne ne viendra l’ennuyer. Le début de l’histoire d’un improbable retour, celui d’un artiste condamné selon toute probabilité à prendre sa retraite à l’âge de 27 ans car brutalement privé de ses partenaires. Elle va démontrer que Paul avait bien été le moteur de la créativité spectaculaire des Beatles car il a continué à tourner à plein régime chez lui. Cette chanson que vous ne connaissez probablement pas et qui date de 1971, le prouve à l’envi.
En 1986, la musique est en France, à l’heure des radios libres, du Top 50 et de Champs Elysées. Comme autrefois les yéyés, ces médias ont mis en lumière une nouvelle génération d’artistes de leur temps, de Mylène Farmer à Indochine, en passant par Jean-Jacques Goldman et Niagara.Et les Téléphone dans tout ça ? C’est vrai, ils viennent des années 70, eux ! Mais bon, après cinq albums, ne nous dites pas qu’ils n’ont plus rien à nous dire, comme le groupe anglais The Police !Ben faut croire que si. Quelques mois plus tôt, alors qu’ils sont à la recherche du producteur de leur prochain album, ils envisagent Quincy Jones, Monsieur Thriller, puis rapidement d’autres noms dont celui de Steve Lillywhite, le producteur des premiers U2. Ça vous étonne, hein ? Mais à ce moment, les Téléphone sont les petits chouchous de Richard Branson, le patron de Virgin qui a juré de faire d’eux des stars mondiales. Et on ne dit pas non au boss de Virgin, la boîte de disques la plus branchée de la planète.Alors le fameux Steve Lillywhite débarque à Paris lors d’une répétition de Téléphone puis passe la soirée dans une boîte parisienne avec Corinne, la bassiste. Une soirée où, la nuit aidant, elle déballe tout son mal-être. Oh elle ne fait dire que la vérité : au cours de l’enregistrement de leur dernier album, Dure Limite, ils ont fini chacun dans un hôtel différent tellement c’était la bagarre.Et donc le lendemain, Steve Lillywhite annonce au manager de Téléphone qu'il ne fera pas l’album d’un groupe en train de se séparer. Pour lui, il en est sûr, ce disque ne se fera pas. Le 24 mars 1986, alors que l’unique single qui est finalement sorti de tout ça est un énorme tube qui résonne sur les radios et les télés, le fidèle ami des débuts et manager de Téléphone annonce que le groupe prend une année sabbatique, précisant qu’il ne s’agit nullement d’une séparation déguisée. Mais c’est un album de Jean-Louis Aubert avec Richard, puis de Bertignac et Corinne qui suivront. Deux pour le prix d’un, serait-on tenté de dire quand on voit le verre à moitié plein. Mais force est de constater que pour formidables qu’ils soient, ce n’est plus pareil : il y avait en Téléphone quelque chose de nous. Ces quatre rockers nous renvoyaient et nous renvoient toujours au XXI° siècle, l’image de notre jeunesse et d’une époque. La fin des années 70 et le début des années 80 resteront comme la fin des sixties, ces moments où une génération a fait l’Histoire, rejetant le modèle dépassé des plus âgés. Une expression, une culture dans un temps où tout changeait, tout basculait et où il fallait écouter certains disques ou voir certains films pour comprendre ce qui se passait. Mais voilà, les meilleures choses ont une fin ; il faut qu’elles en aient une pour qu’on puisse refermer le livre et le ranger soigneusement afin qu’il ne s’abîme pas.
Milieu des années 80, The Police est devenu le plus grand groupe rock au monde, et Téléphone, celui de la francophonie. Pour nous en Belgique, c’est pareil, ça ne fait aucune différence, on les adore. Ça fait sept ans déjà qu’ils sont là, avec nous. Ah, nous ne sommes plus les mêmes qu’à l’époque de Roxanne ou La bombe humaine. On est des grands hommes maintenant. Mais eux, on voudrait qu’ils ne nous quittent jamais. On a un contrat. Ils doivent nous maintenir en vie, en contact avec ce qui nous a éblouis quand on avait 13-15 ans !Mais ce n’est pas à ça que songe Louis Bertignac, l’autre voix de téléphone quand il branche sa guitare, en répète ou récemment, en studio. Ben oui je joue fort, comme toujours. Qu’est-ce qui lui prend, Jean-Louis ? Il a oublié quand on se faisait saigner les doigts sur les cordes ou quoi ?Parfois, quand ça bloque, Jean-Louis pense aux autres. Pas par jalousie, hein, noon, par comparaison. Pour se rappeler pourquoi il fait ça. Et alors qu’ils se prennent la tête avec Jean-Louis et Corinne sur comment doit sonner Téléphone en 1986, une question lui traverse l’esprit : comment font les Rolling Stones ?Ils se supportent à peine depuis des années, on le sait. Ils se sont trahis, engueulés, quittés, retrouvés. Ils ont fait des carrières solo, des procès, des interviews assassines. Et pourtant, à plus de quarante piges, ils montent sur scène, ils jouent, et ça tient. Ne dites pas que c’est parce qu’ils s’aiment. Mais parce qu’ils ont décidé que le groupe passait avant tout.Jean-Louis cherche autre chose. Une musique plus claire, plus pop, plus française. Je le respecte pour ça, c’est pas le problème. Mais moi, je ne veux pas devenir un groupe qui s’explique lors d’interminables soirées qui se terminent la tête à l’envers et le cendrier plein. Je veux un groupe qui déborde, qui dérape, le rock, pour moi, c’est ça.Les Stones ont pigé un truc que nous, on n’a peut-être pas envie d’accepter : tu peux ne plus te comprendre, ne plus te ressembler, ne plus te parler et continuer quand même, parce que le nom du groupe est devenu plus grand que les humeurs et les ambitions de chacun.La différence avec les Stones, c’est peut-être ça. Eux ont accepté de jouer un rôle. Nous, on a toujours voulu être vrais.Louis repose la guitare. Il comprend soudain que la vraie question n’est pas comment ils font. Mais est-ce qu’on a envie de faire pareil ?De l’autre côté de la Manche, c’est pareil pour Sting qui est aux abonnés absents comme ses deux complices de Police. Je devrais dire ses anciens complices de Police. Et si Téléphone va en guise d’adieu, offrir un 45 Tours mélancolique dans lequel les quatre musiciens ne pourront pas tous se reconnaître, Police publiera un cover d’un ancien hit dans lequel nous, on aura de la peine à retrouver leur folle et furieuse folie d’être jeune et leur joie d’être ensemble.
Si 1986 a été une nouvelle année formidable au firmament de la musique pop, c’est aussi celle où on a appris qu’on avait perdu en chemin les groupes Téléphone et The Police. Avouez que, malgré l'incroyable foisonnement créatif de l’époque, ça faisait beaucoup pour leurs fans. Surtout pour ceux qui étaient fans des deux, et croyez-moi, en Belgique, il y en avait.Mais comme je vous l’ai raconté, nous aurions été bien étonnés d’être dans la pièce avec eux, lors des derniers instants. Dans leur tête, même. C’est vrai, imaginez Jean-Louis Aubert, au milieu des années 80… Je me lève avec une chanson en tête, comme toujours. C’est idiot mais c’est comme ça que je mesure si ça va encore. J’attrape ma guitare, je gratte deux accords, je note une phrase sur un bout de papier. Le problème, ce n’est pas d’écrire. Le problème, c’est de savoir pour qui.Téléphone existe encore officiellement. Officieusement, ça fait un moment que le courant ne passe plus. Les malentendus sont permanents, nos attentes ne se rejoignent plus. J’arrive en studio. Louis est déjà là. Il joue fort, il envoie, il occupe l’espace comme d’hab. Corinne est en retrait, concentrée, trop peut-être, comme toujours. Quant à Richard, il tape, solide et fidèle, mais je crois qu’il en a marre d’être le lien entre nous tous.On parle d’un nouvel album, enfin, on va essayer. Je propose un morceau, pas une idée aboutie, non, juste une direction, Louis joue dessus immédiatement mais il joue contre, pas avec. J’arrête, je dis qu’il faut qu’on respire un coup. Les autres ne disent rien, Richard regarde sa montre. Ce silence-là, je le connais, c’est celui de la dernière tournée dans les loges, quand on arrivait chacun de notre côté. Les concerts étaient bons parce qu’on est devenus des pros mais plus personne n’avait envie de rester après, de prolonger la fête. Avant on parlait de tout, de rien, de conneries et surtout de musique. Aujourd’hui, chacun reste sur son territoire. Moi, je protège le mien, c’est-à-dire l’idée que Téléphone doit encore signifier quelque chose. Et là, je commence à comprendre que je suis peut-être le seul.Alors on réessaie après la pause, ça sonne. Ouais, objectivement, ça sonne. C’est du travail bien fait, mais il y manque l’essentiel : la joie. Je range ma guitare plus tôt que prévu, on va boire un verre pour en parler au bistrot d’à côté. Je sors avec cette sensation étrange que tout fonctionne mais que plus rien ne circule. Mes autres chansons ? Est-ce que je vais oser leur dire ce qui me fait le plus peur ? Que je ne peux pas les amener car le groupe ne saura pas ou ne voudra plus les jouer. Elles ne leur appartiennent plus.
Même si rien n’a pu assombrir cette brillante année 1986, on a quand même morflé une paire de fois avec la disparition des groupes Téléphone et The Police. On leur en a voulu de se séparer. Ils n’avaient pas le droit, pas vrai ? C’était moche de leur part de ne pas penser à nous, de croire qu’on allait dire Ah bon ? Pas grave, on achètera leurs disques solos. Non, nous, ce qu’on aimait c’est ce qu’ils dégageaient ensemble, la musique qui en sortait.On ne pensait pas à eux, évidemment, à ce qu’ils vivaient. Tenez, si on se mettait le temps d’une journée dans la peau de Stewart Copeland, le batteur de Police ? Et le fondateur, le leader du groupe, on l’oublie. Et pas en 86, non, car tout a commencé à se lézarder déjà trois ans auparavant, lors de l’enregistrement de l’album Synchronicity.Ce matin, je me suis levé tôt, mais pas aussi tôt que Sting. Nous sommes dans les Caraïbes, face à une mer turquoise, sous les palmiers, mais il est déjà au studio quand j’y arrive. On ne se dit plus bonjour, on communique à travers les ingénieurs du son et les assistants. Sting a déjà tout décidé pour ce nouveau morceau. Quant à Andy, il enregistre ses guitares à part.A midi, plus personne ne mange ensemble. Chacun disparaît de son côté. Alors j’essaie d’exister là où il reste de la place, je reste avec les ingénieurs, on parle de micros, de sons, de prises alternatives. C’est plus commode que d’évoquer le reste, on bosse mieux quand on évite les sujets dangereux.L’après-midi, on tente une nouvelle prise, puis Sting demande que je ne joue pas sur cette version, histoire de voir ce que ça donne. Je sais très bien ce que ça veut dire. Je sors de la cabine de prise de son, j’écoute derrière la vitre. Le morceau fonctionne sans moi et ça me fait mal. En fin de journée, Andy arrive, on échange trois mots, pas sur la musique, hein, la météo. Il place sa guitare sur la bande et je rentre seul. Et le lendemain ce sera pareil. Et le jour d’après aussi. Le plus terrible dans l’histoire, c’est que l’album sera énorme. Le plus gros succès que nous ayons jamais connu, ce qui n’est pas peu dire. Dans la presse, je lirai que nous sommes au sommet. Mais au sommet de quoi ? Je ne sais qu’une chose : un groupe capable de faire un disque pareil sans se parler n’est plus un groupe de rock. L’histoire est finie mais cela ne s’entendra que sur cette nouvelle version d’un tube du temps où on se marrait vraiment et qu’on a réenregistré juste avant notre rupture, en juillet 86. Ma clavicule me faisait souffrir. Quel idiot de me l’être pétée en jouant au polo. Résultat : je ne joue pas comme je devrais, comme je l’entends dans ma tête. On me parle de boîtes à rythme, de solutions, alors je râle, ce groupe s’est construit sur l’énergie rock et là, on me demande de devenir optionnel. Alors je donne le maximum mais c’est moins fort.
On a beau, à raison, encenser les années 80, ceux et celles qui les ont vécues savent qu’on a aussi paumé pas mal de nos héros en cours de route. Il y a eu des disparitions, on ne va pas les énumérer, on nous les rappelle régulièrement, mais surtout des séparations.Car si on n’y a pas tous fait gaffe sur le coup, se disant comme avec les Beatles qu’on allait y gagner, avec les carrières solos ça ferait plus de disques, force est de constater que ces groupes qui ne durent que le temps d’une jeunesse, d’une adolescence, ont laissé un goût de trop peu. Et dans le registre de ceux dont on apprécierait aujourd’hui avoir deux ou trois albums de plus à écouter et réécouter, il y a Téléphone et The Police. Vous saviez qu’ils se sont formés et séparés à quelques semaines d’intervalle. Avouez que comme coïncidence, c’est quand même troublant, non ?Fin 76, début 1977, ces Français et Brittons sont tout sauf des punks mais ils s’engouffrent joyeusement dans ce mouvement qui traduit alors ce qui colle le plus à leur jeunesse. Et c’est parce qu’ils sont dans les deux cas des musiciens chevronnés, passionnés, qu’ils vont aussi rapidement prendre leurs distances et ouvrir leurs horizons. Un peu trop d’ailleurs et c’est là que des dissensions vont apparaître entre les membres.C’est une époque où on sort un album par an, au moins, alors c’est vrai qu’entre 1977 et 1984, Police et Téléphone vont livrer chacun de leur côté cinq albums de chansons originales qui seront de plus en plus sophistiqués. La seule vraie différence entre les deux groupes, ce sont les racines jazz de Sting et Andy Summers, c’est vrai. Mais quel parallèle entre ces deux monstres, l’un français, l’autre britannique. Leur autre point commun, c’est la Belgique, notre petit pays, surtout si on en retient que sa partie francophone, où ils ont connu un succès phénoménal. C’est vrai, qui n’a pas chanté Roxanne, qui n’a pas eu quelque chose en lui qui ne tourne pas rond ?Alors en cette année 1986, on a pris le dernier single de Téléphone et de Police pour ce qu’ils étaient : leur nouveau disque, aucun des deux groupes n’ayant signifié spécifiquement qu’ils se séparaient, du moins pas tout de suite. Sans doute avaient-ils du mal à se l’avouer eux-mêmes, qu’il était temps de voler de leurs propres ailes, qu’on ne s’amusait plus ensemble, que le groupe n’était désormais plus aussi grand que toutes les individualités réunies ou simplement qu’on ne jouait plus la même musique. On change. Les seuls dindons de la farce, c’était nous, le public. On aurait aimé que la magie du temps passé à attendre leurs nouveaux disques, leur prochain concert, dans notre chambre avec les posters accrochés aux murs soit prolongée encore d’un ou deux tours, que toute cette histoire n’ait pas été juste une illusion.
La pochette de l’album The Freewheelin' Bob Dylan est aujourd’hui une des images les plus iconiques des années 60. On y voit deux jeunes gens qui marchent bras dessus bras dessous dans une rue enneigée de New York, serrés l’un contre l’autre pour résister au froid. Et on grelotte avec eux, c’est vrai, mais ce qu’on ne peut pas louper, c’est la lumière qui se dégage leur sourire. Une lumière dont on devine, bien évidemment, l’origine : l’amour et la jeunesse, le monde est à leurs pieds.Quand il la rencontre, Bob a vingt ans, pas vraiment d’adresse, et est financièrement raide. Il dort chez des gens sur des canapés, parfois par terre, traîne toute la journée à Greenwich Village, joue dans les petites salles pour le chapeau et vit avec une guitare, un harmonica, un carnet et l’idée obstinée que quelque chose va arriver.Suzanne Rotolo, c’est son nom, est plus jeune que lui, mais plus stable. Elle a un toit, un vrai travail, comme disaient les parents à l’époque, mais aussi des idées politiques et une curiosité immense. Quand Dylan arrive chez elle, il a vite fait de poser tout ce qu’il possède. Suze lui fait à manger : une soupe et des pâtes, rien d’extraordinaire, sauf que pour lui, ça compte énormément.Bob reste. Il parle beaucoup, écrit tout le temps, vit comme si chaque jour était décisif. Suze écoute, l’emmène au théâtre, aux manifestations, lui fait écouter autre chose que du folk. Ils marchent beaucoup, surtout le soir, parce que rester dehors ne coûte rien. Ils s’aiment fort, se disputent aussi. Bob peut être dur, absorbé par son art. La photo de cette pochette d’album qui va se vendre par millions, est prise en plein hiver 1963, dans Jones Street, à Manhattan. Il fait très froid et ils n’ont pas vraiment ce qu’il faut pour s’en protéger. Dylan n’est pas encore une voix mythique, c’est un garçon qui tient debout parce qu’une jeune femme marche à son bras. Vous devriez voir cette autre photo prise un instant plus tard, quand il l’embrasse, et elle fermant les yeux, le visage collé à son épaule à en mourir, c’est bouleversant.Quand l’album sort, et qu’on se met à entendre Blowin’ in the wind partout, les choses vont changer, c’est vrai. Bob va devenir Dylan. Suze, elle, va s’effacer peu à peu. Mais pour l’éternité, il reste cette image : avant la légende, un hiver, deux manteaux trop fins, et un amour en guise de soleil.Avant d’être une pochette mythique, The Freewheelin’ Bob Dylan est le souvenir d’un hiver new-yorkais, d’un artiste en attente de reconnaissance, et d’une jeune femme formidable qui l’a aidé à tenir le temps que sa voix trouve sa place. Alors on reste figé, comme cette photo que des milliers et des milliers de couples sont allés reproduire depuis dans Jones street. La vieille camionnette Volkswagen n’est plus garée sur la gauche de la rue mais le vent d’amour et de cette jeunesse insolente y souffle toujours. Rien ne pourra le faire tomber, pas même le ciel.
Ce 25 septembre 1976, c’est une histoire d’adolescents que je vais vous raconter, une vraie, que l’on pourrait situer quelque part entre La Boum et un film social britannique. Elle se passe à Dublin, à deux rues du port, dans une école secondaire un peu trop grande pour ceux qui la fréquentent. Et rien qu’en citant le nom de la ville, vous avez deviné déjà qui vont en être les héros, pas vrai ?Début d’année scolaire à Mount Temple, nous y retrouvons Paul Hewson, gamin du nord de la ville, orphelin de mère depuis l’enfance, élevé avec son frère par un père débordé. À la maison, ils forment un trio de mecs qui bricolent comme ils peuvent. Mais dans une Irlande ultra catholique des années 70, grandir sans femmes autour de soi ne donne pas le mode d’emploi pour comprendre les filles. Or Paul en a une en tête. Il l’a remarquée trois ans plus tôt, le jour de son arrivée dans l’école. Nouveau, un peu perdu, il avait demandé son chemin dans un couloir à deux filles avaient ri et étaient parties sans répondre. L’une d’elles s’appelait Alison Stewart. Ali. Depuis ce jour-là, Paul est amoureux à distance. Et puis ce 25 septembre, voilà qu’il tombe sur une petite annonce punaisée aux valves de l’établissement : Batteur cherche musiciens pour former un groupe. Le batteur s’appelle Larry Mullen. Paul le connaît de vue. Larry est un gars qui a de l’allure, une réputation, et surtout une copine superbe. L’après-midi même, Paul se retrouve dans la cuisine des parents Mullen, avec une poignée d’autres garçons, serrés les uns contre les autres. Dans la pièce surchauffée, Larry tape comme un forcené. Il a déjà trouvé son style avec la grosse caisse qui cogne dans le ventre et la une caisse claire qui claque. Il y a aussi un certain Adam Clayton à la basse, et surtout les frères Evans, des types un peu étranges, capables de fabriquer leurs propres guitares et, paraît-il, de faire exploser une cabane de jardin avec leurs expériences de chimie amusante.À la fin de la journée, quelque chose est né. Le groupe n’a pas encore de nom, mais il existe déjà. Ce sera bientôt U2. Pour Paul, c’est une révélation. Mais il y a un problème. Le plus jeune des frères Evans, Dave, futur The Edge, tourne lui aussi autour d’Ali. Et Paul le sent : s’il attend, il va perdre la partie. Alors il fait ce qu’il n’a jamais appris à faire. Il se lance et se déclare. Sans savoir comment ça marche, et donc, sans certitude de ne pas se prendre un râteau, le cauchemar des adolescents.Mais Ali dit oui.C’est le début d’une histoire qui commence bien avant la gloire, avant le Bono charismatique, avant les albums, les clips, les tournées, le triomphe. Elle commence avec un adolescent un peu paumé, une fille qu’il observe de loin et une décision prise à temps. Depuis ce jour-là, il y a un demi-siècle à présent, Paul et Ali Hewson ne se sont plus quittés. Et pendant que le monde apprenait à connaître Bono, lui savait déjà exactement qui il était, et avec qui il voulait avancer.
On a lu partout que Vanessa Paradis et Johnny Depp s’étaient rencontrés par hasard. La formule est jolie mais elle n’est pas exacte. L’histoire commence un soir à New York, dans une boîte de nuit où Vanessa accompagne son compagnon de l’époque, Lenny Kravitz. J’emploie le mot « accompagner » à dessein, car ces soirées-là ne sont jamais vraiment les siennes. Où qu’ils aillent, leur arrivée, ou plutôt celle de Lenny, déclenche une foule de regards, de mains tendues, de prénoms répétés à voix haute. Lenny présente, serre des mains, sourit, et puis le même scénario se répète sans cesse. Et là, au milieu de cette mécanique bien huilée, brusquement, une poignée de main différente. Une décharge. Vanessa lève les yeux et reconnaît Johnny Depp, verre dans la main gauche, Kate Moss accrochée à son bras. La foudre lui tombe dessus. Lui, en revanche, ne semble même pas l’avoir vue.Depuis Edward aux mains d'argent, Johnny Depp est devenu, pour beaucoup, l’homme le plus désirable de la planète. Vanessa n’est pas différente des autres. Durant les mois qui suivent, elle reste sur ce moment suspendu, elle en parle à ses amies. Mais rêver ne suffit pas. Vanessa est à nouveau célibataire, Johnny ne l’est pas. Et l’histoire pourrait s’arrêter là.Sauf que deux ans plus tard, elle apprend la séparation de Johnny Depp et Kate Moss. Et là, quelque chose s’enclenche. Vanessa aime les contes de fées, c’est sûr, mais elle sait aussi que les princesses trop passives finissent seules. Si elle ne s’aide pas elle-même, le ciel ne fera rien pour elle. Et le temps presse : un homme comme Johnny Depp ne reste jamais longtemps célibataire.Elle tente donc tout ce qui est possible. Elle se présente au casting du prochain film de Roman Polanski, prête à accepter un rôle secondaire, n’importe lequel, simplement pour être sur le même plateau que lui. Elle n’est pas retenue. Alors elle se fait inviter à une soirée très fermée où Johnny doit être présent. Mais il annule à la dernière minute.Heureusement, le cinéma est un monde en mouvement. Des tournages amènent en effet tout ce petit monde à Paris. Il y aura bien une occasion. Une occasion qui arrive, presque par surprise : Vanessa se retrouve en effet invitée à un dîner donné par Johnny Depp pour quelques amis. Mais qui l’a mise sur la liste ? Mystère. Ils se sont échangé trois mots, deux ans plus tôt, et pourtant elle est là.Quand Johnny entre dans la salle, il ne voit d’abord qu’un dos, à quelques mètres de lui, découvert par un décolleté vertigineux. Puis la femme se retourne, l’aperçoit, c’est Vanessa Paradis qui s’avance vers lui sans hésiter. Ce que Vanessa ignore encore, c’est que Johnny l’avait bien remarquée ce fameux soir à New York. Simplement, il n’avait jamais imaginé qu’elle ait été, elle aussi, frappée par le même coup de foudre. Johnny est un timide maladif, il déteste les mondanités, ne sait jamais où se poser, encore moins comment demander à quelqu’un de s’asseoir près de lui. Heureusement, d’autres ont compris. On les installe côte à côte.Et pour la première fois, Vanessa parle longuement avec un homme qui ne la regarde ni comme une icône, ni comme un trophée, elle est simplement elle-même. Même si l’on connaît la suite, il faut bien l’admettre : cette histoire-là est belle.
Au printemps 1967, les Beatles dominent le monde. Leur nouvel album Sgt. Pepper qui va une nouvelle fois le révolutionner est dans les tuyaux, la machine de génies tourne à plein régime. Mais sentimentalement, Paul McCartney est ailleurs, coincé dans un entre-deux inconfortable. Officiellement il est fiancé à l’actrice Jane Asher, la petite fiancée des Britanniques. Officieusement, leur histoire est figée, encombrée de silences et de va-et-vient, et Paul repousse depuis des semaines une conversation qu’il sait inévitable.Il vit depuis quelque temps une liaison secrète avec une jeune femme célibataire, Francie Schwartz, dont personne n’entendra jamais parler : une relation faite de rendez-vous discrets dans la peur permanente des médias. Francie tient à sa liberté, refuse toute idée de mariage, et Paul, pour la première fois, sent qu’il commence à vouloir une vie plus simple, plus stable, au milieu de ce tourbillon de succès.Ce soir-là, il sort seul, dans un club du centre de Londres. Il observe plus qu’il ne participe. Il connaît les lieux, les regards, les façons de s’approcher de lui. Et puis il remarque une jeune femme qui circule librement, un appareil photo en bandoulière. Elle s’appelle Linda Eastman. Américaine. Photographe. Du moins, c’est ce qu’elle dit. Quand elle lui parle, elle ne fait pas semblant de ne pas savoir qui il est, mais elle ne s’en sert pas non plus. Paul hésite une fraction de seconde avant de répondre. Avec elle, il ne sait pas très bien quel rôle jouer. Alors il n’en joue aucun, il est juste Paul.Soudain, le DJ lance un disque que personne ne connaît encore vraiment : A Whiter Shade of Pale. La salle ralentit. Paul tend la main. Ils vont sur la piste. Un slow. Paul sait qu’il est en train de faire quelque chose qu’il ne pourra pas expliquer facilement s’il rentre chez lui très tard. Ils dansent sans parler. Linda ne se colle pas, ne recule pas non plus. Paul sent le regard des autres, sait qu’on peut le reconnaître, qu’un détail peut circuler, qu’une photo peut exister. Mais il reste quand même. À la fin du morceau, il traverse la piste pour demander au DJ ce qu’il vient de passer. Il veut le nom. Lui seul saint pourquoi.Quand il revient, ils parlent encore. Pas des Beatles, ni de sa vie publique. Ils parlent des villes, des avions, de la fatigue, de ce que ça fait de vivre toujours ailleurs. Linda écoute sans relancer, sans orienter. Paul parle plus qu’il ne l’aurait soupçonné. La soirée se termine. Paul regarde l’heure. Il sait qu’en rentrant, il devra répondre à des questions. Il sait aussi qu’il ne pourra pas raconter cette soirée comme une simple sortie. Il accompagne Linda jusqu’à la porte. Ils échangent peu de mots. Pas de promesse. Pas de rendez-vous fixé. Juste un regard un peu plus long que les autres.Quand Paul se retrouve seul dans la rue, il comprend une chose très précise : s’il n’a encore rien commis d’irréparable, il sait déjà qu’il vient de se compliquer la vie. Mais il ne regrette rien.
On a tant raconté Rumours, l’album de Fleetwood Mac qui figure parmi les plus vendus de tous les temps, comme l’album des problèmes de couple de ses membres, qu’on en finit par oublier que, si certaines histoires d’amour finissent mal, elles n’en sont pas moins toutes belles quand elle commencent, grandes pourvoyeuses de joies, d’espoir et de lendemains qui chantent.Ainsi nous retrouvons la jeune Stevie Nicks, dix-huit ans, dans la Calfornie « peace and love » des années 60, elle se trouve dans une salle fort bruyante, le verre à la main, quand un garçon nommé Lindsey Buckingham monte sur scène avec sa guitare. Il joue sérieusement, très concentré, presque trop pour son âge. Oh, il ne cherche pas à séduire les filles en jouant au surdoué perdu dans un univers magique. Stevie le regarde faire et comprend immédiatement que ce garçon-là ne va pas seulement compter dans sa vie : il va en devenir le centre.Très vite, ils se mettent ensemble. Le couple quitte l’université, enchaîne les petits boulots, rentre le soir dans des appartements trop chers pour lui. Il y a des factures sur la table, un matelas posé à même le sol, peu d’argent, mais une guitare toujours à portée de main. Lindsey travaille les arrangements de ses morceaux avec une précision presque obsessionnelle. Stevie écrit dans des carnets, parle de ce qu’elle ressent, de ce qu’elle vit, de ce qu’elle espère. Ils avancent à deux au jour le jour, convaincus que la musique finira bien par payer.Et de fait 1973, enfin, ils enregistrent un disque à deux, Buckingham Nicks, dans lequel ils mettent tout : leur voix, leur amour, leurs tensions aussi. Mais quand l’album sort, il passe totalement inaperçu et le couple-duo se retrouve avec le sentiment d’avoir tout donné pour rien.Pendant ce temps, un groupe anglais à succès, Fleetwood Mac, est dans le doute alors qu’il doit enregistrer son dixième album. Déjà qu’il avait perdu son fondateur et compositeur, Peter Green, auquel il avait survécu miraculeusement, voilà que son remplaçant se barre aussi. Il reste un nom, c’est vrai, un public fidèle, mais plus vraiment de direction et les deux derniers fondateurs Mick Fleetwood et John Mac Vie se demandent sérieusement si l’aventure va continuer.Et là, alors que Mick Fleetwood est à Los Angeles pour tester le son d’un studio, il reste pétrifié lorsqu’il entend l’enregistrement témoin qu’un technicien a lancé. Cette guitare ! Claire, précise, originale. Mais qui est-ce ? Lindsey Buckingham.Fleetwood pense avoir trouvé le guitariste qui va sauver son groupe. Lindsey écoute sa proposition, puis précise calmement que s’il vient, ce sera avec sa femme Stevie car ils fonctionnent ensemble. Le croirez-vous, Fleetwood Mac accepte. Quand Stevie Nicks et Lindsey Buckingham rejoignent le groupe en 1975, ça s’entend immédiatement sur leur l’album qu’ils vont intituler Fleetwood Mac, tout simplement, comme si l’arrivée de ce jeune couple marquait un nouveau départ. Leurs voix se répondent, se complètent. Sur scène, ils se regardent, se soutiennent. Le succès arrive vite, il est prodigieux, la belle histoire de ces deux jeunes musiciens sans le sou, convaincus que l’amour et la musique suffit à tout faire tenir debout.
Quand vous écoutez sur Spotify l’album Unorthodox Jukebox de Bruno Mars, vous voyez celui avec le gorille qui choisit un morceau sur le clavier d’un vieux Wurlitzer, et ben, vous l’avez vu, l’ancien label de la marque Atlantic tourner en permanence sur l’application, comme si vous écoutiez un vieux 33 Tours. Maintes fois imité depuis quinze ans, Bruno Mars est pour nous le roi du funk et du rock vintage. Oh il n’a pas été le premier sur la balle, Lenny Kravitz a publié son premier album rock rétro que Bruno était encore ce petit prodige qui chantait et jouait sur la scène d’une chaîne d’hôtel à Hawaï avec le groupe de ses parents. Oui, Bruno Mars a suivi la voie de Lenny Kravitz, mais avec une sensibilité soul, alors qu’il est latino, à nul autre pareil. Laissant à Kravitz les six cordes de Jimi Hendrix, il ressort les batteries et percussions des rythmes funk comme sur son incroyable collaboration avec Mark Ronson ... Considéré comme le morceau de la décennie, le moins qu’on puisse dire c’est qu’on y entend la batterie et les cuivres de Earth Wind & Fire et les accents de la voix de James Brown … Il y a dans la musique de Bruno Mars, non pas des airs de marketing vintage qui n’a jamais aussi bien marché mais une allure de destination finale. C’est vrai que la musique pop d’aujourd’hui est sympa mais avouez qu’on n’a jamais rien fait de mieux que dans les années 80, 70, 60. Que la messe est dite ! Quand on le voit aujourd’hui, costume large, micro à l’ancienne, groove impeccable, on parle souvent de nostalgie, de rétro, d’hommage, d’un gars vivant dans un rétroviseur. Mais en réalité, Bruno Mars n’est jamais revenu en arrière. Il n’est jamais parti. Tout commence bien avant les Grammy, bien avant les stades, bien avant Uptown Funk. À Hawaï, quand il était encore enfant, Bruno montait sur scène déguisé en Elvis Presley. La banane, le costume, le déhanchement, ce n’était pas une attraction, pour lui. C’était son quotidien. Alors quand, adulte, on lui demande d’où viennent ces sons, ces grooves, cette façon d’occuper l’espace, il reste interloqué, comme si la question n’avait pas de sens. Ce qu’il fait aujourd’hui, c’est simplement la musique qu’il a toujours entendue à la maison. D’ailleurs, après Uptown Funk, on va lui proposer d’être plus moderne. Plus dans l’air du temps. Mais il refuse. Bruno ne joue pas à l’ancien. Il ne fait pas semblant. Il ne singe personne. Il continue simplement une conversation commencée bien avant lui. Le petit garçon qui imitait Elvis sur une scène de Waikiki n’a jamais changé de langage. Il a seulement appris à parler plus fort, à plus de monde. Et c’est peut-être ça, le secret de sa longévité. Dans un monde qui change de look sans arrêt, Bruno Mars a compris une chose essentielle : on peut évoluer, grandir, conquérir la planète entière sans jamais renier l’enfant qu’on a été. La modernité la plus intègre, c’est simplement de rester soi-même.
Je vais vous parler d’un temps où le rétro était ringard. Dans les années 70 quand les producteurs disco retournent dans les années 20 et 30 chercher des chansons pour les mettre au goût du jour, certaines font des succès, énormes parfois, mais il faut bien en convenir, c’est ringard, à tout le moins qualifié de vintage ou joliment désuet.C’est vrai, sauf s’il s’agit de faire une référence au texte de la chanson, on n’imagine pas un Michael Jackson, même s’il est fan de Fred Astaire, ou Alice Cooper, le voisin de Groucho Marx à Hollywood, chanter du Foxtrot. C’est pourtant ce qu’un certain Bruno Mars va faire dans les années 2010.Car même si les temps ont changé depuis les seventies, que les enfants écoutent les mêmes chansons que leurs parents, leur musique, à eux, est très différente. Que ce soit la pop ou le rap, on est dans le tout électro. Les vedettes mises en avant, ce sont des DJ, des producteurs, plus des musiciens. Et tout est extrêmement calibré, on est obligé de suivre une recette pour passer à la radio. En clair, on ne fait pas de la musique en suivant son inspiration mais en essayant de donner au public ce qu’il a envie d’entendre.Du moins, c’est ce qu’on croit. En tout cas, c’est ce que les gars du métier disent.Alors, après un premier essai d’album solo couronné de succès, dans un style qui est bien dans l’air du temps, pop crooner sucré, Bruno Mars pourrait se contenter de garder le cap puisqu’il vient déjà d’accomplir un miracle : personne ne croyait en lui. Et ben non, lui qui est fan de Prince, Sting, Michael Jackson, Elvis, James Brown va tous les convier dans son deuxième album. C’est vrai, les gars lui ont dit qu’avec ce qu’il venait de vendre, il pouvait faire tout ce qu’il voulait. Alors, allons-y !Et c’est vrai qu’on a tous reconnu la référence à Sting et The Police. Et que ça nous a fait vachement du bien d’entendre ça à la radio. On s’est dit que tout n’était pas perdu, que dans cette mer de produits qui se ressemblent tous, il y a toujours la possibilité d’une île.Une île qui va s’avérer être un continent puisque non seulement Bruno Mars va devenir l’artiste N°1 mondial de la décennie mais il va décomplexer tous ceux qui luttaient contre les esprits formatés de l’argent facile. On n’entendra rien de neuf, c’est vrai, Bruno Mars et ceux de sa génération ne sont pas les nouveaux David Bowie ou Stevie Wonder, mais ils marquent le retour des musiciens qui savent jouer, des surdoués de la chanson qui avaient trop manqués aux Ultratop et autres Billboards.
On connaît tous ce morceau, non ? On l’a entendu mille fois et pourtant en 2009, quand il est N°1 dans de très nombreux pays, on ignore tous le nom de ce chanteur featuring un titre de B.O.B. On ignore qu’il s’agit d’un certain Bruno Mars arrivé à Los Angeles six ans plus tôt dans le but de vivre de sa musique.Je devrais dire Peter Hernandez, ou plutôt Bruno Hernandez, ce sera finalement Bruno Mars. Pourquoi ? Parce qu’il lui arrive souvent de répondre aux filles qui lui demandent d’où il vient : de Mars !Six ans, c’est long quand on dort à droite, à gauche, sur un canapé. Los Angeles, c’est pas Honolulu, c’est vrai, les possibilités sont immenses pour un musicien. Mais voilà, Bruno est petit, n’a pas un physique de star pour les maisons de disques et pire que tout : on n’arrive pas à lui coller une étiquette. Mais quel genre de musique faites-vous ? Du rock, de la pop, du reggae, du R’N’B, faut vous choisir un public, mon vieux ! Choisir ? Mais c’est impossible ! J’aime toutes ces musiques.Et le moins qu’on puisse dire, c’est que commercialement, le présent que vit Bruno Mars ne donne pas tort à tous ces gars qui ne veulent pas de lui. C’est vrai, quand il signe avec la Motown, c’est déjà inespéré, incompréhensible. Pour lui, ce devrait être bingo, il devrait crier vous voyez ? Vous avez tous eu tort, bande de nazes !Mais ce n’est pas ce qui se passe. Les années de développement, de tests, de réunions se succèdent sans qu’un disque ne sorte. Un artiste sous contrat qui ne sort pas de disques. Mais quand Bruno finit par se faire remercier par la Motown, tout n’est pas perdu. Il s’y est fait copain avec deux gars qui ont les mêmes intérêts que lui dans cette musique d’hier, qu’on dit vintage, mais, il faut bien le dire, qu’on a jamais vraiment réussi à surpasser.Bruno et eux forment donc un trio de songwriters. Ils vont proposer leurs chansons aux autres, des gars qui ont un physique, une image, et parfois, comme les rappeurs, besoin d’une vraie voix pour chanter les refrains. C’est tout trouvé, ce sera celle de Bruno qui, lui, a appris dès son plus jeune âge à tout donner au public quand il se trouve devant un micro.Et ça se vérifie carrément à chaque fois. Vous voulez un autre exemple ? … (Billionaire) et vous avez remarqué, il assure tellement que c’est lui qui attaque, l’intro de la chanson, c’est dire si on a affaire à une perle rare. Et donc après avoir consécutivement volé deux fois la vedette à l’artiste qui a son nom sur la pochette du single, des producteurs se disent enfin : ce Bruno Mars ? Oui, t’as raison, même quand on le laisse au fond de la pièce, c’est quand même lui qui l’éclaire. Alors si on le mettait sur le devant de la scène pour voir ce que ça donne ?Deux cents millions de disques vendus et des dizaines de milliards de streams plus tard, ils ne l’ont toujours pas regretté.
1997, c’est la fin d’un monde pour le jeune Peter Hernandez, 12 ans. Nous sommes à Hawaï, et comme l’a montré le très beau film Les descendants, avec George Clooney, ce n’est pas seulement une île idyllique au milieu du Pacifique, mais une terre habitée avec tous ses drames humains. Jusque-là partagé entre l’école et surtout les spectacles dans le groupe de ses parents où il était le petit prodige imitant, entre autres, Elvis Presley, voilà que le groupe éclate avec le divorce de son père et sa mère.Les parents n’ayant plus de revenus, tout disparaît y compris le domicile familial. Avec sa mère, frères et sœurs, Peter vit au rythme du système D, logeant à gauche et à droite, là où on veut bien les héberger, toujours provisoirement.Avec papa, c’est encore pire, on dort dans la voiture, ou n’importe quel squat comme cette fois où un zoo abandonné fait l’affaire. Alors on l’imagine, le jeune Peter, passer son adolescence à essayer de terminer des études secondaires et enchaîner les petits boulots, et les spectacles, bien sûr, pour ce soir, finir avec le paternel sur un toit où ils seront à l’abri, à la fois du regard des gens sur leur misère et de la délinquance. Dans la rue, on vous agresse pour vous voler trois fois rien. Le soleil se couche sur un pays incroyablement beau et pourtant, Bruno, c’est comme ça que son père l’appelle depuis qu’il est tout môme, rêve d’un ailleurs.C’est vrai, c’est beau ici mais tout est vraiment compliqué. Il faut croire que son père a été exaucé quand, devant l’admiration du public pour cet enfant prodige du quartier de Waikiki chantant et dansant comme un adulte, il disait pourvu qu’il ne grandisse jamais. A 17 ans, Bruno ne mesure même pas 1m65. Alors il rêve de pousser de manière spectaculaire avant le cap fatal des 18 ans, et puis aussi, surtout, de devenir une star de la musique.C’est tout ce qu’il sait faire et tout ce qu’il a envie de faire. Mais le rêve tant attendu d’avoir un jour un grand producteur américain en vacances dans un resort qui vienne le voir après le spectacle pour lui proposer un contrat, a fait long feu.Non, Hawaï est trop petit pour ses rêves de réussite. D’ailleurs, que répondrait-il à ce producteur ? Quel est son genre de musique ? Le rock, le reggae, la pop, la soul ? Bruno aime tout. C’est à cause de ses parents, ça, ils écoutent de tout, de Police à James Brown. Alors, il ne lui reste qu’une chose à faire : le grand saut. Partir pour Los Angeles, là où sont les grandes firmes de disques, où habite Michael Jackson et puis Metallica et autrefois, Elvis Presley, quand il tournait ses films, dans les années 60.Mais comment vas-tu te débrouiller, là-bas, sans rien ? Et ben ici, alors, comment on fait ? L’errance et l’instabilité à LA vaut bien celle d’Honolulu. Là au moins, il pourra saisir sa chance qui, dit-on, ne sourit qu’aux audacieux.
Été 1989, la haute saison bat son plein sur l’île d’Hawaï, il y a des touristes partout. Plage et sports aquatiques pour les jeunes, excursions et soirées spectacles pour les parents. Des spectacles musicaux qui ne manquent pas. On a beau être à la fin d’une décennie marquée par les rythmes synthétiques de Depeche Mode à Technotronic et par les guitares survoltées de Metallica, il faut surtout faire plaisir à la génération précédente.C’est pourquoi sur la scène d’un de ces hôtels, ce soir, comme tous les soirs, le groupe de covers The Love Notes, va faire un carton avec des reprises qui vont rappeler bien des souvenirs aux touristes venus du continent. Les Love Notes, les notes d’amour, tout un programme pour une soirée lounge, c’est un groupe familial, formé par les Hernandez. Peter est New Yorkais d’origine, de Brooklyn, un beau cocktail de sang portoricain et d’Europe centrale, Bernadette, sa femme, elle, est d’origine philippine mais aussi portoricaine, comme lui. C’est ici à Hawaï qu’ils se sont rencontrés et étant musiciens tous les deux, l’idée du groupe familial est venue naturellement.Je dis familial car le clou du spectacle c’est l’arrivée sur scène de leur fils de quatre ans, habillé en Elvis Presley dans la tenue miniature de son légendaire concert à Hawaï en 1973. L’image de ce costume a beau être, pour cause de diffusion en mondovision par satellite, une première à l’époque, tellement ancrée dans la culture populaire, ce n’est pas ce déguisement ni la coiffure en banane qui provoquent l’émerveillement du public. C’est surtout la parfaite imitation du chant et du déhanchement d’Elvis par le petit Peter qui soulève l’enthousiasme. Quel talent !Les gens applaudissent, rappellent, Peter se démène à fond comme un adulte, mieux, comme vingt ans auparavant le petit Michael Jackson car Peter fait aussi bien qu’un adulte. Et c’est ça qui est époustouflant : sa façon d’aller chercher le public, le timing et la justesse absolus dans le chant, tout y est déjà. Et il n’a que quatre ans. A cet âge-là, les enfants commencent à peine à apprendre à lire et compter. Lui, sait déjà comment porter toute une salle.Une salle qui l’acclame debout, la soirée a été excellente. Le public, les patrons, les parents et le petit prodige sont heureux. Il faudrait que Bruno ne grandisse jamais, dit Peter en plaisantant. Ah oui, Bruno est le surnom qu’il lui a donné car, bébé, il était tellement costaud et trapu qu’il lui faisait penser à une star du catch des années 60 et 70, Bruno Sammartino. Un truc idiot dit comme ça mais c’est souvent ainsi que ça se passe dans nos vies, une référence, une identification rassurante à notre jeune temps. Comment pourraient-ils deviner que ce surnom va être celui que portera Peter Junior quand, devenu adulte, il deviendra la plus grande star de la planète sous le nom de Bruno Mars, une star qui revendique toujours le Elvis Presley des années 50 comme influence majeure.
Vous connaissez ce morceau ? C’est un des tubes de Grace Jones et qui est en fait un titre signé Chrissie Hynde, enregistré sur le premier album des Pretenders. Il faut dire qu’à partir du milieu des années 70, Chrissie a fréquenté tout le monde. Tout d’abord elle a travaillé dans le magasin de Vivien Westwood et Malcolm McLaren, l’homme qui va inventer les Sex Pistols. Dans le quartier de sa coloc habite un gars nommé Captain Sensible ; il vit toujours chez ses parents mais son groupe, les Damned, c’est quelque chose. Il y a toute la bande des Sex Pistols, évidemment, et puis bien sûr, les Clash. Seul bémol, aucun de ces groupes ne veut d’une fille comme guitariste. Chrissie en rêve pourtant. Enfin, disons plutôt qu’elle remise à y rêver. C’est vrai, à 23 - 24 ans, on ne démarre plus une carrière dans le rock’n’roll ! La trentaine approche et on ne connaît aucun rocker digne de ce nom qui a la trentaine ? Oui, Elvis mais il est fini, retraité à Vegas !Alors oui, Chrissie arrive à se faire adopter par un groupe ou l’autre mais bon, soit ils n’arrivent pas à trouver le moindre concert, soit ça part en eau de boudin comme ce jour où elle découvre dans une petite annonce que son groupe cherche un nouveau guitariste. Elle téléphone au numéro indiqué et à l’autre bout du fil, un membre du groupe lui dit, merde, il a complètement oublié de lui dire qu’elle était virée. Rock’n’roll, hein ? D’autant plus qu’elle sera la seule à appeler pour l’annonce.Heureusement que les Clash l’invitent à les accompagner sur leur première tournée nationale. C’est un grand moment de joie et de rigolade sur la route, dans les cercles d’étudiants où ils enchaînent les verres après avoir mis le feu à toute une salle. Car il fallait voir ce que c’était la scène punk, ska, reggae dans les années 70 en Grande-Bretagne : les Clash, Jam ou Police faire pogoter un hall entier plein à craquer, comme un seul homme.Car Joe Strummer, le leader charismatique du groupe, n’était pas qu’un gars dont le but était de s’éclater jour et nuit, il avait un véritable message social, une idéologie face à un monde qui exploitait les masses en leur racontant ce qu’elles veulent entendre pour mieux les utiliser. On sortait gonflé à bloc d’un concert des Clash, on le sentait que le monde allait changer parce qu’on le voulait, qu’on était la génération qui un jour serait à la place des vieux.Oh il y a bien ce gars, Tony, un patron de label de disques qui ayant entendu qu’il y avait une guitariste américaine : il voudrait la produire mais elle lui a répondu OK mais le jour où j’aurai un groupe.Quelques semaines plus tard, alors qu’elle est en train de laver les vitres de la personne qui l’héberge, Chrissie voit passer sur Portobello Road un musicien que Lemmy, le leader de Mötörhead, lui a recommandé. Il lui a décrit son look d’enfer avec jean moulant, perfecto et ceinture à clous. Ça ne peut être que lui ! Chrissie se bat avec le bow window pour l’ouvrir, passe la tête par la fenêtre et hurle Hé, c’est toi Gass Wild ? Qui le demande ? Ça te dit de jouer dans un groupe ? Ouais mais j’ai plus de batterie. T’inquiète, j’en trouverai une, monte ! Chrissie lance un trousseau de clés depuis l’étage : ainsi que commence la fabuleuse histoire des Pretenders.
Ceux qui ont assisté à la première apparition de Chrissie Hynde à la télé dans le clip de Brass in Pocket fin 1979 - début 80, savent de quoi je parle : on a été charmé, à défaut d’avoir été vachement ému. Mais ce qu’on ignore bien sûr à cette époque, c'est que la serveuse qu’elle incarne pour illustrer cette magnifique chanson qui nous tombe dessus comme une révélation, c’est que ce n’est pas un rôle de composition.Car Chrissie a bien travaillé dans l’horeca. Vous voyez ces rades, restos routiers, genre Breakfast in America, avec ces femmes en tablier blanc sur une robe rouge avec un filet dans les cheveux, donnant du vous le voulez à la fraise ou à la banane votre milk shake ? Grand, moyen ou petit ? Oh et bien sûr, au fil des jobs dans la ville universitaire de Kent dans l’Ohio dont elle a aussi fréquenté les bancs, elle a aussi connu la jupe noire et chemise blanche où là, c’était : votre steak, à point ou saignant ?.Chrissie était étudiante en art, enfin un peu, mais elle rêvait surtout d’une chose : l’Angleterre. Ça peut paraître fou pour une Américaine, la terre d’Elvis Presley et Bill Haley mais depuis les années 60, la capitale du rock, c’est Londres. Et c’est surtout les filles qui en rêvent pour une bonne raison. Chrissie a ainsi au milieu des années 60 possédé tout le brol de produits dérivés que les Amerloques ont créés autour des Beatles. Elle a tout jeté à la poubelle lors de ses 16 ans comme d’autres générations l’ont fait avec les Spice Girls ou les Pokemon. Et même si elle le regrette aujourd’hui, elle n’a par contre pas raté son rendez-vous avec ses rêves d’adolescente. A l’âge de 21 ans, elle est partie.Arriver à Londres en 1973, pour une Américaine, c’est un choc. Premièrement, il faut apprendre à être poli avec les commerçants, on dit d’abord bonjour comment ça va, et puis s’il vous plaît aussi. On ne demande pas la salle de bains pour aller aux toilettes, le métro, c’est un tube. Et puis aussi, les gens sont tous minces, les parents écoutent la même musique pop que les mômes dans les pubs, on n’y vend pas de vin ni de Tequila mais de la bière crèmeuse ou du whisky. Et puis c’est là qu’on va commencer à l’appeler Chrissie au lieu de Christine ou Chris.Par contre, où sont passées toutes les filles en mini jupes couleurs flashy et les mecs en costards hyper chics, les Mods, les psychédéliques ? Chrissie est arrivée trop tard pour voir l’Angleterre qu’elle avait rêvée étant ado en regardant les photos dans les magazines. Les Beatles ne sont plus là, les filles sont amoureuses de chanteurs glam rock comme Gary Glitter et Slade mais attention, pas de garçons dans les colocs après 22 heures ! Mais bon, malgré le décalage avec l’Amérique, Chrissie adore la ville qu’elle découvre. Les gens surtout. On peut devenir ami avec quelqu’un en parlant à un arrêt de bus, comme ça ! Et attention, c’est une vraie conversation, pas un étalage de phrases convenues, comme dans son pays d’origine. Non, vraiment, si un Américain à Paris, c’est fait depuis longtemps, une Américaine à Londres, ça commence aujourd’hui. Chrissie va entrer partout, fréquenter et jouer avec les membres des Kinks, des Clash ou futurs Culture Club, bref, elle va être la petite fiancée des punks, autant dire qu’elle ne verra pas souvent son lit.
Ce 22 septembre 1972 est une date que la jeune Christine Hynde n’oubliera jamais. Cela fait plus un an qu’elle a découvert un type extraordinaire grâce à un album : David Bowie. Un album qui parle d’un tas de choses, de littérature et de contre culture, sur une musique à nulle autre pareille … (Life on Mars ?). Elle en parle à tout le monde, y compris ses collègues serveuses, car elle jobbe pour financer ses activités, les études ne l’intéressent plus du tout.Et bien figurez-vous que c’est dans son trou perdu de l’Ohio que David Bowie alias Ziggy Stardust va donner son tout premier concert aux Etats-Unis. La voilà partie avec sa meilleure copine, Sue, pour Cleveland, c’est pas loin, dans la voiture de sa mère. Chrissie, 21 ans à peine, adore les concerts. Elle aime TOUT dans les concerts, y compris l’ambiance avant et après. Et donc, arrivée très tôt et patientant dans le froid, elle entend le groupe répéter quelques morceaux pour la balance. Et peu de temps après, que voit-elle ? David Bowie en Ziggy, immédiatement reconnaissable avec ses cheveux rouges, sortir à pied avec son entourage pour se rendre àl’hôtel.Vêtu d’un blouson vert et un jean sur ses plateformes, il passe à moins d’un mètre d’elle, comme dans un rêve. Puis, au moment de traverser la rue, il se retourne, la voit, semble hésiter, puis regarde de l’autre côté en disant quelque chose. Un de ses gardes du corps, du moins c’est ce qu’elle croit, le plus beau en plus, propose à sa copine et elle, de les accompagner. Chrissie n’a pas à se retourner, c’est bien à elles qu’il parle, il n’y a qu’elles deux sur ce trottoir. Pourtant avec leurs fringues en laine torsadée, elles n’ont pas le profil de fans de Ziggy.C’est tremblante d’émotion que Chrissie entre dans la suite du groupe anglais. Elle meurt d’envie d'engager la conversation alors, sans regarder Bowie, enfin Ziggy, dans les yeux, elle lui dit que le public de Cleveland va l’adorer s’il chante le titre de Lou Reed et du Velvet Underground qu’ils ont joué à la répétition. Ah, on va peut-être la faire, alors, répond Bowie en plaisantant. Il joue ce titre chaque soir, mais comment le saurait-elle ?L’histoire devient vertigineuse quand il lui demande si elle connaît un chouette endroit pour aller manger, carrément dingue quand elle abaisse le siège passager de la voiture de sa mère pour qu’il monte à l’arrière. David Bowie dans l’Oldsmobile de sa maman, elle rêve !C’est d’autant plus incroyable que ce à quoi Chrissie va assister ce soir-là est un show comme on n’en a jamais vu et qui va influencer des générations de musiciens. Quinze jours plus tard, Chrissie le rejoint sur un autre concert, à Detroit, même extase, et quand la salle se vide, Chrissie reste comme à son habitude pour prolonger la vibration et s’approche de la scène où s’activent les roadies.Allez Chris, faut y aller, dit Sue. Et là, dans le parterre, au milieu du personnel, un grand blond shote dans des gobelets, désabusé. C’est Iggy Pop ! Chrissie est pétrifiée quand il plante ses yeux verts dans les siens. A-t-il deviné qu’elle est sa plus grande fan ? En tout cas, Chrissie ne sortira pas un mot dans la voiture au cours des 100 miles du chemin de retour.
L’actualité nous fait sans cesse tourner les yeux vers l’Amérique. Et les images que nous avons reçues de Minneapolis, Los Angeles ou Chicago ne sont pas sans rappeler les mouvements de la jeunesse des années 60 contre la guerre au Vietnam et pour les droits civiques.Ainsi ce jour maudit du 4 mai 1970 est-il entré dans l’Histoire contemporaine américaine. Nous sommes sur le campus de la Kent State University. Kent est une jolie ville de 25.000 habitants au sud de Cleveland dans l’Ohio, à mi-chemin entre Chicago et Washington. C’est sur les bancs de l’Université de Kent, une petite fac pas très regardante sur ses notes moyennes de secondaire, que la jeune Chrissie Hynde a finalement trouvé la voie de l’enseignement supérieur. En clair, elle ne s’est pas encore fait virer de ses cours, ce qui pour elle, qui n’en touche pas une, pas plus que le strict nécessaire, est un exploit.C’est pour ses parents qu’elle fait des études car elle n’a d’intérêt que pour deux choses : la musique rock et la défonce. Et puis son statut de jeune Américaine qui va, avec des centaines de milliers de ses semblables, changer l’horrible monde des adultes. Ces gens qui ne pensent pas à vivre, seulement à gagner de l’argent, d’en amasser, pour ne rien en faire. Et dans les années 60, c’est aussi un monde qui impose le cauchemar au présent de sa génération en l’envoyant se faire tuer dans l’enfer d’une guerre lointaine qui n’est pas la sienne.Alors elle proteste. Sauf que le Give Peace a Chance de John Lennon, c’est bien gentil, mais c’est pas ça qui va faire entendre raison au président Nixon qui envoie tous ces jeunes au Vietnam et à présent, au Cambodge ! C’en est trop, le 2 mai, les étudiants mettent le feu avec des fusées éclairantes au bâtiment en bois des officiers de réserve sur le campus de Kent. La garde nationale intervient, c’est la pagaille, Chrissie s’en sort de justesse, et oui, elle en est. Mais le surlendemain, lors d’une nouvelle manifestation malgré le couvre-feu imposé, les soldats qui gardent les cendres du bâtiment incendié tirent sur la foule.Des gens tombent, des ambulances arrivent, il y a des morts, entend-elle crier. Chrissie est dégrisée. Elle regarde ces militaires qui sont des jeunes gosses de 19-20 ans, comme elle, et qui ont l’air tout aussi surpris par ces coups de feu. Elle s’assied et reste prostrée, figée, en contestation, quand des mains la saisissent. Et pendant qu’on l’emmène de force, Chrissie se dit qu’elle ne reconnaît plus son pays. Le lendemain, le campus est vidé, les étudiants sont renvoyés chez eux, entassés dans des voitures qui alimentent des bouchons vers Chicago, Philadelphie, New York. Le Sex and drugs and rock’n’roll semble être la solution immédiate face à ce monde qu’elle ne peut plus voir, les sixties qui ont vu fleurir son adolescence sont bien terminées. Et pourtant, au bout de cette errance que vont être les années 70, il y aura les Pretenders.
Je n’aurais pas pu raconter tout ça du vivant de mes parents. Ainsi commencent les mémoires de la voix des Pretenders, Chrissie Hynde, une des plus grandes figures féminines du rock’n’roll, cette musique qui fait vibrer le monde depuis 70 ans.Apparue dans un clip à la toute fin des années 70 en serveuse de coffee shop dans cette Angleterre qui s’apprêtait une nouvelle fois à devenir la vitrine du monde avec à présent, la New Wave, on la croyait logiquement Britannique. Chrissie était en fait Américaine, originaire de l’Ohio, elle vivait en Angleterre depuis six ans avec une longue parenthèse parisienne.Comme Debbie Harry et Blondie, Chrissie est un pur produit du mouvement punk américain de la fin des années 60. Il suffit de citer les noms d’Iggy Pop et de Lou Reed, les deux plus célèbres icônes, pour qu’on comprenne à quel point le rock’n’roll était à l’époque un mode de vie destroy.Et Chrissie Hynde en a été. Sauf que son parcours dans l’ombre a été très long, faisant d’elle un témoin rare et privilégié de cette époque où le punk s’est installé à Londres. Un mouvement que les British vont s’approprier pour le mettre à leur sauce, l’histoire se répétait dix ans après les Beatles et les Stones. C’est vrai, c’est tout juste si les gens savent que cette musique est née en Amérique tellement l’empreinte de groupes comme les Clash et les Sex Pistols a définitivement associé le mot punk à l’Angleterre à coups de God Save the Queen et de London Calling.Pas étonnant donc que la voix de Chrissie Hynde ne soit pas sortie d’un squat de New York mais d’un studio londonien. A la Noël 1979, quand Brass in Pocket passe partout à la radio et à la télé en Europe et en Amérique, elle vit toujours sans le moindre penny. Une coloc à Covent Garden avec un matelas par terre, une guitare, quelques vêtements et un radio cassette, le truc le plus cher qu’elle ait possédé jusque-là. Et encore, un cadeau.Ses colocataires et elle ont reçu un avis d’expulsion, les cartons seront vite faits. Dans quinze jours, ce titre dont Chrissie était la seule du groupe à ne pas vouloir le sortir tel quel, sera N°1 mais rien ne changera. Elle ne s’écoutera pas à la radio, ne se regardera pas à la télé et ne jettera jamais un œil sur le montant de son compte en banque. La célébrité, ce n’est pas pour elle, c’est une cage dorée. Elle, la rockeuse, veut être libre de sortir, prendre le métro, faire la fête avec qui elle veut, quand elle le veut, sans être désignée du doigt le lendemain en découvrant une photo ou un article désobligeant dans la presse. Maman, Papa, je suis désolée d’avoir menti sur ce que j’ai fait durant tout ce temps où j’ai été partie. Je sais que vous étiez fiers de moi. Je regrette la moitié de mon histoire, la seconde, c’est la musique que vous avez entendue …
Il était une fois trois géants de la chanson française. Ce 6 janvier 1969, pourtant, on peut dire que la société dans laquelle ils sont devenus, il y a quinze ans, ces fameux géants n’existe plus.La télévision occupe toutes les soirées de Monsieur et Madame Tout le Monde tandis que leurs enfants écoutent les Beatles et Michel Polnareff sur un tourne-disque dans leur chambre équipée d’un grand miroir en pied. Et oui, la jeunesse de 1969 aime se regarder même si une partie se laisse pousser les cheveux et la barbe dans tous les sens, préférant les peaux de mouton au manteau gris de papa.Franchement, depuis les yéyés au début de la décennie, est-ce qu’on a vu venir ce nouveau courant venu d’Angleterre et d’Amérique ? Les hippies, les rockers, les folkeux, les beatniks qui chantent love, love, love au lieu de trouver du boulot et fonder une famille comme on a toujours fait !Alors, que vont dire Brel, Brassens et Ferré qui se retrouvent pour la première fois ensemble autour d’une table. Le rédacteur en chef du jeune magazine Rock & Folk n’y croyait pas et pourtant, l’interview des trois mythes va bien avoir lieu dans ses colonnes et c’est l'œuvre d’un de ses pigistes. Et d’un photographe, ravi de les avoir pour lui tout seul car pas d’encombrantes caméras de télévision, juste quelques micros. Mais labellisés une grande station périphérique, tiens. Les trois auteurs, compositeurs, interprètes le remarquent en arrivant, adressant à leur hôte un regard en point d’interrogation. Oui, je n’ai pas eu l’occasion de vous le dire mais au départ, comme je viens d’entrer dans la maison comme assistant, je leur avais proposé et ils m’avaient répondu, oui, euh, pourquoi pas, puis plus rien.Et finalement il y a quelques jours ils m’ont dit d’enregistrer, qu’ils comptaient diffuser des extraits dans la semaine. Mais si vous voulez, je les enlève et on en reste au magazine. Brel et Brassens se connaissent depuis leurs débuts mais c’est la première fois qu’ils se trouvent face à Ferré dans de telles circonstances, alors, aucun des trois ne dit quoi que ce soit. On laissera tout comme ça et c’est du bonheur pour la postérité car une telle rencontre, ça n’arrive qu’une fois, comme l’avenir le prouvera. D’ailleurs en s’asseyant, Brassens ne dit-il pas : vous êtes le seul à avoir réalisé ce tour de force.Alors on va parler de tout, on va évoquer la poésie, sont-ils les plus grands poètes de leur temps, ils s’en défendent, ils sont chanteurs, et puis on va parler d’amour, du travail, la solitude, la mort, l’anarchie, la publicité et même, le croirez-vous, des Beatles. Que faites-vous face à un mur ? Jacques Brel répond : je le défonce, Ferré le contourne, Brassens réfléchit. Et Jacques Brel de conclure : en tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’on veut tous savoir ce qu’il y a derrière !
On connaît tous cette image de Brel, Brassens et Ferré, ah vous l’avez déjà en tête, vous la voyez. Elle est en noir et blanc. Il en existe beaucoup d’autres, avec des attitudes différentes et puis des films couleurs captés durant les deux heures qu’a duré cette rencontre aujourd’hui historique entre les trois géants de la chanson française.Mais pour autant sont-elles intéressantes et frappantes, surtout les images en couleurs, rien à faire, ce n’est pas la même chose que celle qu’on a en nous. Celle qu’on a vue partout dans la chambre d’une copine, la salle d’un restaurant, d’un bistrot, d’un centre culturel. Car aujourd’hui, une affiche de récital de Jacques Brel, le portrait stylisé de Léo Ferré sur une pochette de 33 Tours, une photo de concert de Brassens, la guitare posée sur la jambe, ça relève du mythe. Alors que la photo des trois parlant autour de verres de bière, de magazines et de cendriers, c’est trois hommes, simplement. Oui, des hommes qui ont vécu un quotidien comme celui qu’on est en train d’observer : même s’il est d’exception, qu’il a marqué une époque, suscité des passions, écrit une légende, c’est un quotidien quand même.Quand Ferré exprime sa joie d’être enfin face à Brel qu’il n’a fait que croiser jusque-là, il y a la sincérité, l’empathie d’un homme comme les autres : son art est resté au vestiaire, son humanité n’en est que plus touchante. Alors quand ils parlent de la société dans laquelle ils vivent avec l’humour, la poésie et la provocation qui les caractérisent, qu’ils se font rire les uns les autres, se vannent aussi et surtout font part d'énormément d’autodérision, on se dit que vraiment, on ne s’est pas trompé sur les artistes dont on a usé les disques. Que les raccourcis bouleversants dont ils ont truffé leurs textes qui nous ont bousculés avaient un véritable accent de sincérité.Et donc, tout dans cette photo, antithèse du show bizness, sans projecteurs de scène, costume de scène ni maquillage, ramène notre chanson française à ce qu’elle est depuis ses débuts. Elle parle de nous, avec des mots qu’on n’a pas, enfin souvent, sur une partition plus ou moins inspirée.Voilà pourquoi plus d’un demi-siècle plus tard, cette photo nous parle toujours, même à ceux qui n’étaient pas nés, ou pas encore en âge, ou qui n'aimaient pas à l’époque, parce qu’ils étaient branchés au 220 volts sur les Rolling Stones et Pink Floyd. Léo Ferré a parlé d’un moule dans un de ses plus grands classiques. Un moule que certains voudraient faire croire qu’on a cassé après lui, après Brassens, après Jacques Brel. Disons au contraire que le moule de ce genre de solitude qui habitait les trois hommes sur la photo, sur ce poster, n'a jamais existé, sinon, il n’y aurait pas eu assez de place autour de la table.
La photo est connue, celle des trois hommes autour d’une table, Brel, Brassens et Ferré, héros de la chanson française qui se rencontrent durant deux heures dans un appartement parisien, un 6 janvier 1969. La société de cette fin de décennie est complètement chamboulée. Les jeunes parlent de Mao, de Cuba, de la fin du capitalisme, d’une nouvelle ère de fraternité, d’une société où on ne serait plus obligé de se tuer au travail ni de faire son service militaire. La publicité entre partout dans nos vies, les couleurs explosent en flashy, les jupes sont de plus en plus courtes, les mecs se laissent pousser des barbes à la Jésus Christ superstar, bref, les jeunes n’en ont plus que pour les bonnes vibrations.Pourtant, dans cet appartement du VI° arrondissement, rien n’y paraît. Pour peu, on se croirait encore après-guerre, il y a vingt ans, une éternité, pourtant. Ben justement, c’est l’occasion d’en parler de cette société, et puis de la chanson, non ne sommes pas les plus grands, la question les ennuie, les met mal à l’aise. Brel avait bien raison en s’asseyant de dire : Alors, qu’est-ce qu’on va bien raconter comme conneries ?C’est une conversation comme on en aurait eu une au bistrot. Et c’est sans doute ça qui la rend exceptionnelle car c’est Brel, Brassens et Ferré. Imaginez ça aujourd’hui ! Déjà en 1992, on avait réuni Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman, Yves Simon et Alain Souchon, en écho à cette fameuse table ronde. Mais qui, déjà, pour s’en souvenir ? La preuve que ces trois-là étaient des mythes de leur vivant. Brel n’avait que 39 ans, Brassens 47, Ferré 52. La réunion d’une œuvre monumentale et d’une personnalité exceptionnelle est déjà chose rare mais imaginez-en trois autour de la même table. Et trois artistes qui n’ont que faire à ce moment précis de leur égo, de prouver qu’ils sont meilleurs en ceci ou cela que celui assis à côté de lui. Non, il y a cette absence totale de concurrence qui donne un accent de sincérité comme on n’en a entendu que trop rarement voire jamais. Ferré admire Brel et Brassens, il l’avait déjà dit, mais ça se voit, ça se sent durant ces deux heures de rencontre.Brel et Brassens sont copains de galères, celles des débuts, d’avant la reconnaissance du public. Et puis finalement, aucun n’exerce un métier. Ils revendiquent tous les trois être des hommes qui ont eu la chance de ne pas devoir entrer dans le moule d’une société qui broie les personnalités et les rêves d’enfant. Ce sont des gamins lucides, travailleurs, qui donnent de leur personne, allez chanter 300 galas par an loin de chez vous et puis en plus écrire des chansons, faire des disques et donner des interviews. Ce n’est en clair pas trois interviews parallèles mais une conversation de trois copains d’alors, trois copains d’abord qui ont soulevé plus de passion et d’admiration sincères que l’ensemble de tous les réseaux sociaux réunis.
On a tous vu au moins une fois cette photo en noir et blanc dans un magazine, sur un mur : Jacques Brel, Léo Ferré et Georges Brassens engagés dans une discussion qui semble passionnante. Brel et Ferré écoutent, la cigarette à la main, attablés devant des micros, des verres et bouteilles de bière vides, Brassens, tenant son éternelle pipe, raconter quelque chose qu’on voudrait bien partager aussi.La magie d’une photo captant un 60ème de seconde d’une rencontre aujourd’hui historique. Car contrairement à tous ceux qui ont laissé leur nom dans la grande histoire, ceux-là n’ont tué personne, n’ont pas propagé la haine, ni harangué les foules pour le pouvoir. Ils sont tous le contraire. Ils ne sont pas parfaits ni irréprochables, personne ne l’est, mais ce sont des poètes, des musiciens, des chanteurs. Et les plus grands, en ce 6 janvier 1969.Brassens et Brel ont connu leurs premiers succès au milieu des années 50 après avoir écumé, parfois ensemble, les cabarets de Montmartre et de la Rive Gauche pour trois francs et six sous par récital. Et les voilà devenus les idoles d’à présent deux générations. Oh surtout ne leur dites pas ça, ils détestent ce statut qu’ils ont acquis un peu malgré eux.Et Léo Ferré ? Encore moins. Il est de loin le plus libertaire, individualiste et anti-système des trois, ce qui n’est pas peu dire. C’est le plus ancien, aussi. Si Brel aura 40 en avril et Brassens vient de fêter son 48ème anniversaire, Léo Ferré en a 52 ans depuis l’été dernier. Il est né durant la première guerre, lui, et avait déjà 31 ans quand il est monté à Paris, en 1946 pour faire ses débuts dans un cabaret.Alors, même s’ils nourrissent une immense admiration l’un envers l’autre, les voir réunis tous les trois autour d’une même table est de l’ordre de l’impossible. Cela fait des mois qu’un jeune journaliste de 24 ans tente de fixer ce fameux rendez-vous pour un mensuel, tout aussi jeune, Rock & Folk. Le casse-tête ! Brel est sur scène, à Bruxelles, au Théâtre de la Monnaie, rien moins, où il joue sa comédie musicale, L’homme de la Mancha. Mais le voilà à présent à Paris pour y jouer son œuvre qui rencontre un grand succès. L’occasion est trop belle ! Nous sommes fin 1968, il n’y a que des téléphones et des agendas, pas de répondeur, encore moins d’outils électroniques, et le temps passe. Mais ce 6 janvier 1969, ils arrivent, l’un après l’autre, dans l’appartement du journaliste, enfin de sa belle-mère, dans le sixième arrondissement, celui d’un Quartier où le printemps précédent il a régné une atmosphère révolutionnaire. En Angleterre, les Rolling Stones ont été arrêtés par la police, on a vu 2001 Odyssée de l’espace. Dans six mois, des hommes marcheront sur la Lune et 500.000 autres se réuniront à Woodstock, quant aux Beatles, ils joueront fin de ce mois de janvier sur le toit de LEUR propre maison de disques. Les temps changent, cette fois, c’est sûr, que vont en dire ces trois hommes qui n’ont pas la langue de bois, dans l’intimité de cet appartement au cours de ce qu’on pourrait appeler l’interview du siècle ? On aurait voulu y être, pas vrai ?
Je vous ai raconté récemment la photo de Robert Doisneau, et son fameux baiser de l’hôtel de ville, un des posters les plus vendus de l’histoire. Ça vous a fait sourire, vous l’aviez épinglé sur le mur de votre chambre quand vous étiez ado. On pouvait la regarder pendant des heures, hein, cette photo en noir et blanc qui montrait une époque révolue et pourtant, les murs étaient toujours là, intacts, et puis l’amour, surtout.Mais il n’y a pas que le baiser de l’hôtel de ville à avoir fleuri sur nos murs, tenez depuis les années 70, le poster français en noir et blanc le plus vendu, reste cette photo prise en 1969 dans un appartement du VI° arrondissement de Paris. Un appartement qui n’a rien de remarquable, on en est loin, trois hommes qui discutent autour d’une table encombrée, devant une grande fenêtre rideaux et tentures clairs, murs blancs et une porte ouverte sur une pièce plongée dans le noir. C’est le soir, pas de doute, ou alors un mois d’hiver en fin d’après-midi. Et c’est le cas, nous sommes le 6 janvier 1969 dans l’appartement de la belle-maman d’un jeune journaliste de 24 ans nommé François-René Cristiani. Bien sûr qu’elle est d’accord de recevoir chez elle un peu de monde si c’est pour permettre à son beau-fils de publier un article en couverture de magazine.Oh c’est pas Le Figaro, ni Paris Match, non, c’est un mensuel qui n’existe que depuis deux ans à tout casser. C’est pour les jeunes. Mais attention, Rock & Folk, c’est pas Salut les copains, non, ce sont des jeunes de leur temps, mai 68, ça leur parle, ils y étaient. La couverture de leur premier numéro à l’automne 66, c’était d’ailleurs Michel Polnareff, le petit nouveau de la chanson française, un génie. Oui, Rock & Folk c’est la version intello du magazine musical. Quand on y parle des Beatles ou Pink Floyd, c’est pour évoquer leurs textes de dingue et cette musique incroyable qui casse tous les codes. Alors, pourquoi pas une interview commune de Georges Brassens et Jacques Brel ? Brassens va faire sa rentrée à l’automne sur scène et Jacques Brel, qui a abandonné les récitals, fait un malheur dans une comédie musicale, jamais encore ce n’était arrivé à Paris. Génial ! Voilà qui va mettre un peu de beurre dans les épinards, dit François-René, à sa femme en rentrant. Il est seulement pigiste chez Rock & Folk, payé à la ligne, alors être en Une, c’est non seulement incroyable mais surtout, il va toucher plus. Mais enfin, François, tu n’as pas pensé à Léo ?Léo Ferré, le héros des jeunes anarchistes, des mouvements libertaires étudiants, ils sont allés le voir à La Mutualité en mai l’an dernier, l’atmosphère était chauffée à blanc dans la salle. Ils en étaient sortis enthousiastes, le cœur gonflé par la conquête du monde, l’avènement prochain d’une société nouvelle. Comment n’y a-t-il pas pensé ? En plus, il s’entend super bien avec lui, alors oui, ils seront trois. Du moins, on va essayer, ce n’est pas gagné. Mais comment le saurait-il, il n’a pas vu l’émission où Léo Ferré dit récemment que oui, Brel et Brassens, il les a déjà croisés comme ça, mais ce sont les deux seuls chanteurs qu’il aimerait vraiment rencontrer, alors, il regarde la caméra et leur dit, passez à la maison, ça me ferait plaisir de boire un coup avec vous.
Woody Allen et Martin Scorsese en ont fait des classiques du cinéma, Billy Joël et Frank Sinatra de la chanson, les New Yorkais sont d’autant plus attachés à leur ville qu’elle est follement réjouissante par son architecture mais surtout son immense réservoir de rencontres. A New York, une nouvelle histoire vous attend à chaque coin de rue.Et c’est déjà ce que vit le jeune Lenny Kravitz, onze ans, à la fin de l’année 1974 quand sa maman, comédienne, remporte un gros succès au théâtre sur Broadway, qui lui vaut d’être contactée pour jouer dans une sitcom, à Los Angeles. L’audition se passe on ne peut mieux, on lui propose tout de suite le rôle, mais attention, lui dit-on, elle doit bien comprendre qu’elle va jouer la femme du premier couple interracial de l’histoire de la télé, elle va devoir embrasser un homme blanc. Sans rien dire, Roxie sort de son sac la photo de son mari, Sy Kravitz, d’origine russe, le producteur sourit, tout est dit.De retour à New York, la réaction à l’incroyable nouvelle est mitigée pour Lenny qui craint de devoir vivre seul avec un père beaucoup trop rigide : il craint que sa vie se transforme en cauchemar. Roxie a beau le rassurer en lui disant qu’il faudra d’abord passer le cap du premier tournage et de la diffusion du pilote, la nouvelle ne tarde pas à tomber : immense succès public, la saison est confirmée, le départ est donc inévitable.Si Lenny est rassuré d’apprendre qu’il part avec sa mère, il est dévasté par le fait de quitter ses copains alors qu’il va entrer en dernière année de primaire. Il allait enfin être le grand de l’école et voilà qu’il part vers l’inconnu. L’inconnu est en fait la maison de Joan, une de ses cinq marraines, c’est dans un divan lit qu’il va passer ses nuits avec sa mère. Ça ne le dérange pas, il dort avec sa grand-mère Bessie le week-end, non, le problème, déjà, c’est le silence de la ville. Santa Monica, c’est pas Manhattan. Où sont partis les gens ? Se demande-t-il le premier matin. Ici, rien n’est vertical, tout est horizontal, les gens ne vivent pas les uns sur les autres, tout est loin de tout.Sa mère met d’ailleurs une heure et demie, deux lignes de bus, pour se rendre chaque jour au studio. Et là, quand Lenny s’y rend avec elle le premier jour, grosse surprise et paradoxe : l’histoire se passe à New York. Il vient donc de quitter le vrai pour se retrouver dans un décor de gratte-ciel en carton-pâte. Par contre, les enregistrements sont tops. Les acteurs jouent deux fois le même programme, un l’après-midi, un le soir, devant deux publics différents, on choisit la meilleure prise. Ne t’en fais pas, ça ne durera peut-être pas, tu sais le succès à la télé, ça ne dure pas.Mais Roxie, même si elle est new-yorkaise jusqu’au bout des ongles, va bientôt quitter le plan logement provisoire on ne sait jamais chez son amie, car elle va tourner 200 épisodes des Jefferson. C’est Sy Kravitz qui va devoir franchir l’Amérique pour les rejoindre, pour une vie plus confortable, certes, mais la nécessité pour Lenny de se faire à Los Angeles. C’est là qu’il va découvrir Elton John, le skateboard et les tagueurs des débuts du hip hop mais surtout Led Zeppelin sur la cassette d’un copain. Décharge électrique, dernière révélation, le tableau est désormais complet. On devra juste attendre une quinzaine d’années avant le premier album d’un Lenny Kravitzdans lequel on peut, déjà, entendre toute son histoire.
L’enfance de Lenny Kravitz a été partagée entre deux mondes, celui de la communauté juive, du côté de son père, et de la communauté noire caribéenne, du côté de sa mère. Fils unique, il aurait dû se sentir seul mais ça n’a jamais été le cas, que du contraire. Principalement grâce aux cinq marraines que sa mère lui a choisies. Cinq marraines, ça n’existe nulle part ! Ben si. Tout d’abord Cicely, qui a joué au théâtre avec sa mère. Tout comme Shauneille, écrivaine et actrice reconnue, dont l’immense salon a été transformé en centre culturel du mouvement Black Arts. Sa fille et Lenny ont été élevés comme frères et sœurs. La troisième marraine, Diahann, la première noire à avoir reçu le prix de la meilleure actrice de théâtre, a joué au cinéma avec sa mère, aux côtés de James Earl Jones, trois ans avant qu’il ne devienne la voix de Dark Vador. Ça s'appelle Claudine, et c’est à voir. Et puis la marraine de Los Angeles, tante Joan et enfin, tante Joy du Queens. Pour Lenny, c’est son étoile à cinq branches, l’impression d’être très entouré et qui l’empêche de pousser de travers car tout n’aura été que bienveillance et joie de vivre, malgré les malheurs, les problèmes, malgré le fait qu’on est noir et que la vie est une lutte.Au centre de l’étoile, la délicieuse Maman. D’autant plus délicieuse que tous les hommes semblent l’admirer. Et à qui Lenny doit la deuxième révélation de sa vie en l'emmenant un jour à l'Apollo Theatre, le temple de la musique soul à New York. Les voilà en train de remonter la 125ème rue à pied avec le son du rythm and blues qui sort par la porte ouverte de magasins de disques et d'instruments. Le monde se presse devant la salle de concert mais l’ambiance est sereine, à la fête, il va se passer quelque chose de pas banal pour tous ces gens, ils le savent, ça se voit, Lenny le sent quand il s’assied à la cinquième rangée avec sa mère, il ne l’oubliera jamais.Comme le soir où il a vu les Jackson Five, deux ans plus tôt, quand la lumière s’éteint, une ferveur indicible saisit la salle. Mais l’atmosphère de ce vieux théâtre alourdie par la fumée et les projecteurs est différente quand James Brown apparaît sur la scène : le public se lève aussitôt et ne va jamais se rasseoir. On croit sans peine en ce souvenir d’un garçon de huit ans au milieu de tous ces adultes qui tapent dans les mains. Comme il le dira : James Brown ne danse pas en rythme, il EST le rythme, chantant, criant, dansant, tournoyant et finissant à genoux en jouant avec son micro comme le magicien Gandalf avec son bâton pour maintenir la salle entière sous le charme.Après le spectacle, Lenny et sa mère arrivent à accéder aux coulisses. Comment a-t-elle fait ? Il ne s’en souvient pas. Mais par contre, l’image de James Brown en sueur, torse nu, dans sa loge lorsqu’ils passent devant, il ne pourra pas l’oublier, dans les coulisses de cette salle qu’il a lui-même rendue mythique en enregistrant un live mémorable l’année de sa naissance. Et puis Maman lui lance un petit bonjour, James lui répond, au milieu de la pièce remplie de gens. Elle s’apprête à entrer, pour lui présenter son fils, puis devant tous ces gens, elle se ravise et ils sortent par la porte des artistes, à l’arrière du théâtre.
Aimer le même disque que ses parents dans les années 70, ce n’est pas dans toutes les maisons que ça se produit. Le monde entre les deux générations s’est depuis quelques années tellement éloigné que c’en est devenu abyssal, jamais l’expression Le fossé des générations n’a été aussi vraie. Et pourtant, l’album préféré de Lenny Kravitz, 10 ans, est le même que sa mère, il se nomme Innervisions et est signé Stevie Wonder. Comment vous expliquer ? Déjà vous le savez pour l’avoir vécu, à cet âge-là, on est capable d’écouter le même disque cent fois sans s’en lasser. A chaque écoute, on découvre de nouveaux arrangements, de nouveaux instruments. Ce n’est pas un album de chansons, c’est une œuvre d’art. A ce stade, ça devient carrément spirituel, quand Lenny s’assied et regarde le disque tourner, le temps n’existe plus, il est, comme disait Stevie Wonder, dans la paume de Dieu.Et donc, quand au cours de cet été, ses parents l’envoient en colonie de vacances à la campagne, Lenny emporte avec lui la guitare électrique que lui a offert sa grand-mère Bessie. Et comme l’un des jeunes moniteurs en joue, il lui apprend des morceaux et lui fait intégrer la fanfare du camp. Quelle n’est pas la surprise de ses parents de le voir interpréter des morceaux à la guitare avec les autres lors d’une visite organisée. Mais c’est formidable, Lenny, lui disent-ils après, c’est la chose la plus drôle qu’on ait jamais vue.Plus drôle ? Je n’étais pas bon ?Lenny ne leur pose pas la question mais à son retour, une surprise l’attend. Ils l’ont inscrit à des cours de guitare qui se donnent à la Harlem School of Arts. Harlem, c’est pas à côté de Central Park, la maison, alors Maman lui montre comment prendre le bus pour s’y rendre. Vous vous rendez compte ? A dix ans, seul dans les rues de New York, avec sa guitare. Quel sentiment d’être déjà grand. Le rêve de beaucoup d’enfants de l’époque, trop pressés de vieillir pour être indépendants. Celui de Lenny se double du plaisir de jouer de la guitare, correctement, à présent. Bon, c’est vrai que les cours de solfège lui donnent bien du souci, car c’est fastidieux de retenir tous ces signes sur une partition.Mais Lenny a l’oreille. Depuis toujours, il est capable de retenir toutes les notes qu’il entend et désormais, il peut les reproduire sans avoir besoin de les lire. Voilà qui rend plus facile la vie avec un papa, aimant certes, y a pas à redire, mais qui ne supporte pas le désordre et ne comprend pas que son fils ne soit pas comme lui. Son retour du Vietnam après un an de guerre comme journaliste en armes, a été une bénédiction mais à part ça, le Lenny, range ta chambre, bon Dieu !, c’est pénible.Heureusement qu’il y a les sorties entre hommes. Les glaces, les courses, les visites chez les amis, dont le parrain Vinnie n’est pas des moindres. Il aime beaucoup Maman, à qui il fait de splendides cadeaux. Et comment oublier ce soir où, au restaurant, Sammy Davis Jr, le grand crooner, partenaire de Frank Sinatra, entre dans le restaurant où ils dînent et vient directement le saluer en l’embrassant sur les deux joues. Tu vois Lenny, c’est pas juste parce qu’on a fait le Vietnam, tous les deux, non, ton parrain Vinnie sera toujours là pour toi.
Madame demande ce que tu chantes, Lenny ?Le petit Lenny regarde, étonné, sa grand-mère Bessie tournée vers lui. Puis croisant le regard interrogateur de la caissière du supermarché, il répond que c’est du Tchaïkovski.Tchaïkovski ? Mais où as-tu entendu ça?Lenny explique alors qu’il s’agit d’un air diffusé par un de ses jouets. Comment expliquer à cette dame qu’il a beau être noir, le jouet lui a été offert par son grand-père juif russe, tailleur à Brooklyn. Nous sommes dans les années 60, il y a quelques mois encore, dans une grande partie des Etats-Unis, les noirs n’avaient pas le droit de s’asseoir avec les blancs.Mais c’est une mélodie très compliquée à retenir pour un enfant de son âge. Votre petit a un don, dit la caissière à la grand-mère. Lenny hausse les épaules : mais bien sûr que c’est de son âge, ça lui est très facile de retenir les musicals de Broadway, les symphonies de Beethoven, les Beatles, James Brown, il mémorise toutes les musiques qu’il entend.Tout aurait pu en rester là. Les enfants que nous avons tous été ont un rapport privilégié avec la musique, comme avec le dessin. Mais quelques jours plus tard, la vie de Lenny Kravitz, cinq ans, va basculer. Nous sommes en 1969 quand il entend ceci : I want you back. Avec leurs cinq premiers singles N°1, les Jackson Five sont plus qu’une révélation pour Lenny. Comme il le dit lui-même, c’est une chose de dire que vous aimez un groupe, c’en est une autre d’affirmer qu’il a changé votre vie. Car imaginez le petit Lenny, à présent six ans, devant le poste de télé à regarder les Jackson Five avec leurs tenues psychédéliques hyper colorées jouant et dansant une chorégraphie très élaborée. Avec bien sûr, au centre, un petit bonhomme qui fait beaucoup moins que son âge, onze ans. Et Michael, c’est pas juste un enfant auquel les autres mômes peuvent s‘identifier, c’est un prodige du niveau des adultes. Du jamais vu. Du moins dans le monde de la pop music.Et donc, vous le voyez l’enfant des Kravitz foncer dans leurs affaires pour en tirer des bottes, des écharpes et se planter devant le miroir sapé comme un Jackson ? Pardon, en tenant un grand feutre en main en guise de micro, C’EST un Jackson. Le sixième ! D’ailleurs il l’a écrit dans son cahier d’école, son nom est Lennie Jackson, le frère perdu de Michael.Alors, le jour de son anniversaire, quand son père vient le chercher à l’école, ce qu’il ne fait jamais, c’est pour l’emmener à un concert à Madison Square Garden, la grande salle aux 20.000 sièges. Et pourtant, ils sont assis au premier rang, juste devant la scène. D’ailleurs, quel brouhaha quand vient s’asseoir derrière eux Aretha Franklin, avec tout son entourage. Et puis boum, la lumière s’éteint et Lenny assiste à son premier concert live. Le groupe s’appelle les Commodores, il ne les connaît pas mais c’est formidable de les voir tous jouer. A la fin, croyant le spectacle terminé, son père lui dit que non, c’est juste la première partie. Les gens tapent du pied, une folie débordante saisit toute la salle autour de lui quand les Jackson Five déboulent sur scène. Lenny exulte, c’est mille fois mieux que sur son disque, avec Michael, juste devant lui. Sy Kravitz est venu avec son appareil sachant ce que cela représente pour son fils. Plus d’un demi-siècle plus tard, la photo est toujours là sur son mur. Il est de ces moments où notre avenir s’écrit dans le présent, et ce n’est pas tous les jours.
Nous sommes à Manhattan en 1963. Dans le quartier de l’Upper East Side exactement, un endroit où aujourd’hui le plus petit logement est hors de prix. Mais ce n’est pas le cas à l’époque, c’est là que vit Sy Kravitz, 39 ans, divorcé et deux enfants, journaliste producteur sur NBC, quand il entreprend de plaire à Roxy Roker, cinq ans plus jeune que lui, célibataire et assistante d’un des grands directeurs de la chaîne.Roxy n’est jamais sortie avec un blanc. Mais ce n’est pas cela qui la retient au début, quand elle imagine que ce Juif d’origine russe va avoir bien du mal à faire accepter à sa famille, une Goy chrétienne et noire de peau. Non, ce qui l’inquiète, c’est d’entretenir une relation avec quelqu’un du même bureau. Et puis, il est un peu inquiétant ce type, qui d’après ce qu’elle a compris, n’a plus aucun contact avec ses filles. Mais bon, il lui plaît, il l’emmène à des concerts de jazz mais aussi au théâtre, à Broadway, elle qui est diplômée de l’Université Shakespeare en Angleterre et comédienne à ses heures. Et surtout, il la soutient, enthousiaste, en venant la voir jouer, le soir, quand elle interprète sur une scène du Off Broadway, une pièce d’avant-garde que seule une élite new-yorkaise semble apprécier.Le mariage a lieu dans l’intimité. L’absence des parents de Sy est remarquée, ils ne reviendront qu’avec la naissance de leur enfant, qu’ils ont prénommé Leonard Albert, mais que tout le monde va très vite appeler Lenny.Si New York est déjà la ville rêvée pour le monde entier, le pâté de maisons où il grandit, et qui est longé par Central Park, n’est pas encore le plus glamour de Manhattan, même s’il est déjà chic. Mais les fenêtres du petit appartement loti dans une ancienne maison de quatre étages, j’allais dire seulement, donnent sur un mur. Lenny occupe l’unique chambre, ses parents dorment dans un canapé lit, dans le living, ce qui leur permet de recevoir leurs nombreux amis, sans le réveiller.Car oui, si Lenny vit une enfance très particulière, avec d’une part une famille juive russe et d’autre part, une noire américaine chrétienne, ça ne lui pose aucun problème, c’est une évidence. Le fait que les murs du domicile de ses parents soient recouverts de livres et de disques de jazz doit y être pour beaucoup. On peut vivre dans un petit espace avec l’esprit grand ouvert. Lenny garde d’ailleurs un beau souvenir d’une manifestation pour la paix au Vietnam à laquelle il ne comprend pas grand-chose. Assis sur les épaules d’un membre de sa famille, il éprouve un tel sentiment de sécurité au milieu de tous ces gens, lui qui se trouve au carrefour de deux mondes qui ne communiquent pas entre eux, ou si peu. Entre les squats pourris des frères noirs qui sortent sapés comme des princes avec leurs pantalons pattes d’eph et chaînes en or, et les boucheries casher, synagogues et boutiques de tailleurs, Lenny grandit dans le monde des grands-parents. On devine de quel côté sa musique vient. Mais pourtant, c’est bien le grand-père Kravitz qui lui met son premier micro en main, celui du magnétophone dans lequel il chante, à ses heures perdues.
En 2013, David Bowie revenait après dix interminables années de silence avec un album tonitruant, probablement le meilleur qu’il ait jamais enregistré. Trente ans tout pile après Let’s Dance, il accumulait les N°1 partout autour de la planète avec cet album réalisé dans le plus grand secret et sorti par surprise, comme un diable sortant d’une boîte. La pochette, des gimmicks sonores, des paroles évocatrices, les références à un passé fameux ne manquent pas et pourtant, The Next Day est une totale réussite, à la hauteur d’un artiste qui a toujours refusé de nager là où il avait pied. Sans doute la raison pour laquelle, il n’y avait pas eu de Let’s Dance bis ou deux, 30 ans plus tôt, en 1984. C’eût été trop facile. Et puis, son entourage le sait : David Bowie s’ennuie vite en studio. C’est ainsi qu’il refuse en novembre de chanter les deux premières lignes de la chanson Do they know it’s Xmas time ? pour, par contre, s’impliquer totalement dans le Live Aid. On l’ignore mais en plus de la magistrale prestation qu’il livre sur scène, juste après Queen, Bowie ayant vu le reportage tourné au Soudan, renonce à interpréter une dernière chanson pour qu’on ait le temps de le diffuser. Son discours et le document sont tellement forts que le montant des dons explose … David doit d’ailleurs interpréter en duo une chanson avec Mick Jagger, lui à Wembley, Mick à Philadelphie. Mais conçu comme l’autre attraction technologique de l’événement avec la prestation de Phil Collins des deux côtés de l’Atlantique grâce au Concorde, il doit y renoncer lors de répétitions : malgré les efforts des techniciens, un décalage entre l’image et le son subsiste, rendant le duo en live impossible.Et donc, ce samedi du mois de juin 1985, alors que Bowie est occupé à enregistrer la chanson d’un film dans lequel il joue, Absolute Beginners, un titre qui, de l’avis de tous, va faire un malheur, il dit : Est-ce qu’on peut finir à 6 heures, ce soir, j’ai Mick qui doit venir. Ah ben oui, à défaut de pouvoir la jouer en live, ils vont faire un clip de ce duo phare du Live Aid. Alors, une heure avant l’arrivée de Mick, on sort le 45 Tours dont on va faire un cover et on l’écoute, avant de s’y mettre. Ce sont des pros, et pas des moindres, mais la première tentative est catastrophique, on dirait un orchestre de bal de province. Pas mieux. Qu’est-ce que c’est que ce merdier ? Le producteur n’a pas le temps de finir sa phrase qu’entre Mick Jagger, et qui file directement à la cabine de son d’un air Mick est là, on y va. Ça tombe bien, Bowie est en train de chanter, Jagger accroche son wagon et c’est parti, tous les musiciens du band se mettent à jouer comme des dieux comme s’ils n’avaient jamais joué autre chose.Ce fut en 1985 le dernier N°1 britannique de David Bowie, avant ce fameux, inattendu et nostalgique Where are we now ? en 2013, sonnant la fin d’un long entr’acte, c’est vrai, mais débutant un cinquième acte, toujours aussi misérablement court.
Il suffit que dans une conversation, je mentionne, pas souvent hein, avoir rencontré David Bowie pour lire dans la réaction des gens à quel point son statut est passé de personnage légendaire à aujourd’hui, historique. La preuve : lors de ce dixième anniversaire de sa disparition, on n’a pas compté le nombre de chroniqueurs qui ont parlé de sa trilogie berlinoise comme d’une évidence. Il n’y en a sûrement pas un pour savoir qu’en réalité, Bowie n’a enregistré qu’un album et demi à Berlin. Mais c’est justement quand les gens évoquent un fait comme certain sans le vérifier qu’on voit qu’il est devenu historique. Ah c’est vrai que le titre Heroes et l’album du même nom, enregistrés intégralement à Berlin, ceux-là, ont marqué les esprits. La pochette déjà, immédiatement identifiable et identifiée, est iconique. Et si l’album est loin d’être le plus vendu de sa carrière, peu d’entre nous le connaissent par cœur, la chanson titre est aujourd’hui la plus streamée de son répertoire.Une réussite que Bowie ne doit qu’à lui et à son producteur et ami Tony Visconti. Le choix du studio Hansa, tout d’abord, avec sa cabine de son immense, et pour cause, une ancienne salle de concert, qui avait d’ailleurs servi de salle de réunion à la Gestapo. Tony a donc prévu de ne pas isoler David dans une cabine son comme on le fait habituellement pour les chanteurs, afin de bénéficier d’une réverbération dans la voix, 100% naturelle. Un enregistrement qui se fait quasiment en même temps que l’écriture. David va plusieurs fois demander une pause pour changer des phrases. Et c’est là que le génie se manifeste. Car arrivés au studio, quel n’est pas l’étonnement des musiciens en ouvrant grand les tentures lourdes de découvrir une baie vitrée donnant sur le Mur de Berlin, avec à 500 mètres, des gardes soviétiques qui les observent à la jumelle depuis un mirador. Berlin est alors une ville sinistre, du moins les quartiers, les rues et les boîtes où Bowie son équipe le soir, après la session. Il ne veut pas qu’elle soit distraite par autre chose que le travail auquel elle est occupée : son disque. Quant à lui, il fait flèche de tout bois. Ainsi, la chanteuse d’un cabaret que Tony a ramenée, participe aux chœurs sur la chanson. Et au cours d’une des pauses demandée par David, Tony sort avec elle pour le laisser écrire et au cours de leur promenade, l’embrasse près du mur. Bowie les voyant depuis la fameuse baie vitrée a alors l’idée d’un fameux couplet. En moins de deux heures, tout est terminé.Oui, David Bowie est entré dans l’Histoire. Non pas parce qu’il nous a quittés il y a dix ans mais parce que plus aucune page de son fabuleux parcours ne sera écrite. Sans doute la raison pour laquelle il a tenu la plume jusqu’au dernier week-end de son existence.
On ne peut pas ne pas en parler avec l’image que ses dirigeants nous renvoient de nos jours, David Bowie a vécu une histoire d’amour complexe avec l’Amérique, faite de passion, de fantasmes, de peur et de malentendus. Les Etats-Unis, c’est tout d’abord pour le jeune artiste dans l’âme qu’il est, la terre des libertés et de la musique. Un immense décor fait des grands espaces vus dans les films au cinéma, des longues routes vers l’aventure avec la voiture pleine de copains façon Jack Kerouac, avec la musique d’Elvis Presley, etc Ses premiers séjours à New York ne font que le conforter dans le genre l’Amérique est un pays de liberté avec s. Rien à voir avec l’éducation étriquée des Anglais, ses rencontres avec Andy Warhol, Iggy Pop et Lou Reed puis ses premières tournées en Ziggy Stardust le confirment. Évidemment, il s’est fait traiter de femmelette, de gonzesse par des mecs au chapeau de cowboy. Ca aurait dû l’alerter mais bon, il s’installe quand même à Los Angeles où il se fait dévorer par ses excès d’alcool et de drogue. David n’est plus qu’une ombre, un homme encore jeune mais aux yeux creusés quand il rentre en Europe en 1976, on le voit à Paris, à Berlin et à Londres, sa musique est métamorphosée, elle ne se vend plus qu’à certains initiés.Et quand en 1980, alors qu’il triomphe à Broadway dans la pièce Elephant Man, son ami John Lennon est assassiné par un gars venu exprès de Hawaï pour se faire un nom, David Bowie prend brutalement conscience que l’Amérique n’est pas seulement le pays de l’énergie artistique et de l’avant-garde, mais aussi celui où une légende du rock peut finir sur un trottoir. Lui, mieux que tout autre, savait que John Lennon avait quitté l’Angleterre pour vivre libre à New York, il y avait trouvé la mort à tout juste 40 ans. David rentre à nouveau en Europe, en Suisse cette fois, où il trouve refuge près du lac Léman. Il aime toujours New York, certes, mais à distance. Il n’y revient que deux ans plus tard, au sein d’une équipe de cinéma, en compagnie de Catherine Deneuve et Susan Sarandon qui deviendra sa maîtresse, le temps du tournage d’un film où il incarne un vampire lié à la même femme depuis des siècles. Et pourtant c’est à New York que va repartir de plus belle son histoire d’amour avec le public pop, une rencontre avec Nile Rodgers le propulse au sommet des années 80. L’Amérique lui rend la gloire, celle qu’il avait d’ailleurs, ironie du sort, chantée en duo avec John Lennon au milieu des années 70 et lui avait valu son dernier N°1 américain en date. Oui, David Bowie a peur des Américains, c’est certainement un des singles les plus marquants des années 90 et l’un des plus autobiographiques … Et pourtant, Bowie va finalement se fixer à New York, à un moment où il s’est fait beaucoup plus discret sur sa vie privée qui est désormais totalement apaisée. Homme marié assumé, papa gâteau mais avec une âme d’artiste intacte, grand faiseur de chansons et éclaireur de l’avant-garde, pour autant que ce mot signifie encore quelque chose, ici, comme en Amérique. Mais qu’est-ce que l’Amérique si ce n’est un mythe ?
Mi-novembre 1981, les fans de David Bowie que nous sommes commencent à trouver le temps long. Cela fait à présent plus d’un an qu’il a fait ce retour incroyable et inattendu au sommet des hits parades avec son fabuleux album Scary Monsters, et son redoutable single Ashes to Ashes. Mais pas de concerts à Bruxelles, ni ailleurs, pas de tournée, ça l’a foutu mal. Il paraît qu’il était pris par une pièce de théâtre à New York. Puis il y a eu le film, Moi Christiane F… On avait couru le voir au cinéma mais il n’y apparaissait que quelques minutes dans son propre rôle. Mais bon, ça nous permettait de voir des images de concert sur grand écran, alors rien que ça, ça valait le déplacement. Un copain avait acheté le 33 Tours pour sa collection, un autre avait le poster épinglé sur un mur de sa chambre. David Bowie était devenu un chanteur culte, un type qui faisait une musique très compliquée, c’est pas un truc pour toi qu’on disait aux potes, et puis aux filles, histoire de se rendre intéressant du haut de notre adolescence.Alors quand paraît le nouveau disque de Bowie en cette mi-novembre où on ne jure plus que par la New Wave, on est déçus car Changes Two, c’est la suite du Changes One, un best of qui n’en est pas un, David ne fait rien comme les autres. Et ce n’est pas prêt de changer. Bien sûr, on ignore que le théâtre où il a joué l’an dernier se trouvait à quelques dizaines de mètres de l’endroit où a été assassiné John Lennon, le 8 décembre. John et lui étaient devenus potes au milieu des années 70 alors qu’ils habitaient tous les deux Los Angeles. Beaucoup de fêtes mais aussi quelques enregistrements mémorables ensemble, leur duo avait donné un N°1 au Billboard américain … et puis David avait aussi repris un titre des Beatles signé John Lennon ... Mais mis à part une formidable soirée passée ensemble lors d’une rencontre inopinée dans un hôtel de Hong Kong en 1977, ils ne s’étaient plus revus. John devait venir le voir sur la scène du Booth Theater, il n’en aurait jamais l’occasion. Si la terrible nouvelle affecte David quand il l’apprend, bien évidemment, il est horrifié d’apprendre dans la presse ce que son meurtrier a avoué aux enquêteurs : Chapman est en effet venu au théâtre voir Elephant Man, quelques jours avant son crime. Et ayant du mal à croiser Lennon au pied de son immeuble, il avait projeté de venir tuer David Bowie en pleine représentation, au cas où il raterait l’ex-Beatle. Vous vous rendez compte que pour ce genre de dingue, un artiste de scène, c’est du tir à pipe ! David avait annulé les prolongations, la tournée de la pièce et les concerts. On l’ignorait quand on a regardé le clip nouvellement enregistré de cet ancien titre, Bowie ne voulait plus alors apparaître seul, raison pour laquelle il allait se faire diriger dans des films, à l’abri de la foule et aussi, enregistrer quelques B.O.
Dix ans déjà que David Bowie nous a quittés. J’ignore si vous vous souvenez de ce que vous faisiez quand vous avez appris la nouvelle, le lundi 11 janvier 2016 au matin. Son dernier album, fascinant en diable comme à sa meilleure époque, était sorti le vendredi précédent, on attendait la suite de l’histoire, on avait eu droit à la fin. David Bowie avait orchestré sa sortie de scène de main de maître, lui qui avait eu tant de mal à y entrer sous les ovations et les projecteurs. J’avais accueilli la nouvelle presque en larmes, il fallait que je rejoigne la radio au plus vite, la nouvelle nous avait tous surpris. Ce n’était pas facile de se dire que désormais l’artiste qui nous accompagnait depuis tant de décennies était parti et que nous allions désormais devoir vivre dans un monde sans David Bowie.Et c’est vrai qu’il s’était donné tant de mal, David, pour être présent dans notre vie. Tenez, au printemps 1969, à Beckenham, dans le sud du Grand Londres, une certaine Mary Finnigan, jeune trentenaire fraîchement divorcée avec deux enfants, entend par la fenêtre ouverte de ses voisins du dessus, une musique magnifique mais très particulière. Elle appelle pour savoir qui peut sortir un son pareil dans son immeuble et voit passer la tête blonde d’un jeune gars. Ne voudrait-il pas descendre boire un thé ? L’homme s’avère de bonne éducation, conversation et surtout, c’est pas le gars genre qui va changer le monde comme on en rencontre à tous les coins de rue en cette époque hippie. Mais bon, il n’est pas très heureux. Sa compagne vient de le quitter et il est retourné vivre chez ses parents, à Bromley, le patelin d’à côté. Il a sorti un album qui n‘a pas marché, aucune promo, et son manager s’entête à vouloir faire de lui un chanteur de variétés qu’il n’est pas. Et s’il venait sous-louer une chambre chez elle ? La réponse est oui, immédiatement.Et donc quelques jours plus tard, le jeune artiste débarque avec une valise et la guitare à douze cordes qu’elle avait entendue par la fenêtre ouverte. Les deux enfants de Mary étant alors déjà rentrés de l’école, il propose de leur chanter une chanson. Oh ouiiii disent les deux mômes de 8 et 10 ans. Un pied posé sur la chaise, la guitare électrique sur la cuisse, l’auteur-compositeur-interprète, comme il s’est présenté, entame la chanson qu’il doit bientôt enregistrer avec son partenaire puisqu’ils comptent devenir les nouveaux Simon & Garfunkel. Cette chanson est magnifique, dit Mary en applaudissant avec ses enfants, mais ça va faire un hit énorme ! Le cadet des deux garçons revient de sa chambre avec le dessin que lui a inspiré la chanson du nouveau colocataire et bientôt amant de sa maman, on y voit un astronaute sortant d’une fusée dans l’espace avec en fond, la Terre et la Lune … il doit sans doute toujours y être, là où David Bowie l’a abandonné à la fin de sa chanson, le début d’un long chemin qu’il allait parcourir avec nous, le public.
Fin septembre 1999, Véronique Sanson étonne tout le monde en publiant un album constitué intégralement de reprises de Michel Berger, disparu quelques années plus tôt et dont sa veuve France Gall vient également de sortir un CD. La démarche a de quoi étonner venant d’une des très rares auteures et compositrices de la chanson, qui plus est une artiste qui a imposé un style. La musique de Véronique Sanson est unique et son succès ne s’est jamais démenti depuis le début des années 70.L’autre surprise à l’écoute D’un papillon à une étoile, c’est la manière dont Véronique Sanson s’approprie le style de Berger. Bien sûr, en 1999, on sait dans le métier qu’ils ont eu une histoire ensemble à leurs débuts mais internet ne révèle pas encore les détails biographiques dans chaque chaumière. De toute façon, comment raconter une histoire qui n’a jamais vraiment commencé. Même eux n’auraient pu dire quand exactement ils s’étaient rencontrés. En effet, leur maman respective se connaissant, Michel et Véronique se croisaient régulièrement depuis toujours. Mais aucune camaraderie n’était ressortie des goûters d’anniversaire et autres dîners où ils s’étaient vus. Il faudra une passion commune pour la musique pour les réunir alors qu’ils sont devenus de jeunes adultes.Ce jour-là, Michel Berger est convié par Madame Colette Sanson à un goûter où elle demande à ses deux filles d’interpréter leur répertoire. Violaine et Véronique forment en effet un trio avec un certain François Bernheim qu’elles ont nommé les Roche Martin. L’invitation n’est pas innocente car Berger est à présent le très jeune directeur artistique d’une firme de disques qui ne veut pas rater la future star Yéyé, même si ce mot ne veut alors plus dire grand-chose. Et elle ne sera pas sans conséquence car Michel semble découvrir Véronique pour la première fois : il n’a d’yeux que pour elle. L’affaire est dans la poche : son collègue Claude-Michel Schönberg et lui vont s’occuper des Roche-Martin.Si leur premier 45Tours paraît au printemps 1967, le second bien que pressé n’a pas le temps de sortir que François Bernheim quitte le navire en décembre. En coulisses, on n’en fait pas un drame : passe ton bac d’abord disent les Sanson à leur fille Véronique qui le rate à deux reprises. Entretemps, lors d’un weekend organisé chez Claude-Michel Schönberg, futur compositeur des Misérables et d’un grand tube, Véro devient la maîtresse de Michel Berger.Commencent alors plusieurs années de vie cachée mais commune, tant amoureusement qu’artistiquement, au cours de laquelle ils forgent leur style qui de l’avis de tous sera d’une gémellité rare dans l’histoire de la chanson. Lequel a déteint sur l’autre ? Allez savoir, à moins qu’aucun n’ait vraiment dominé. Une formation classique, une même approche du chant, un goût identique pour le rock américain et britannique, un amour intense, Michel et Véronique se complètent et trouvent leur identité côte-à-côte, sans doute la raison pour laquelle la célébrité les a séparés. Bien des années sont passées sur cet amour malheureux qui a laissé de terribles traces chez l’un et chez l’autre, comme une blessure jamais cicatrisée.
Fin des années 70, Véronique Sanson est la plus grande star féminine du métier français. Elle est ainsi la première chanteuse à tenir l’affiche du Palais des Sports, à Paris, trois soirs à 4600 sièges en 1979, ce seront trois semaines deux ans plus tard. Mais si sa carrière atteint des sommets, on ne peut pas en dire autant de sa vie privée : le rêve américain du mariage sans attendre avec Stephen Stills a cédé la place au cauchemar de la femme battue. Mais si l’alcool, cocaïne et violence conjugale sont au menu du quotidien, rien ne transparaît en public. Pourtant, en 1980, Véronique Sanson est de retour en France. Elle a obtenu le divorce de Stephen Stills mais pas le passeport de leur fils de six ans, qui lui permettrait de le faire sortir des États-Unis. La bataille judiciaire va durer des mois et des années, une bataille durant laquelle la panne d’inspiration s’installe. Elle qui pouvait composer le matériel d’un album en une semaine ne sort plus rien, trouvant sa musique vieille et dépassée, au milieu du grand tourbillon de ces années-là. Le retour a lieu avec un album à la pochette blanche : un immense point d’interrogation pour ceux qui le sortent du bac des disquaires en cette année 1985. Car oui, Véro a raison, la musique a sérieusement changé avec la New Wave et le hard rock britannique, le funk et le métal américain. France Gall occupe toute la place, Jean-Jacques Goldman s’impose, alors la question est : son public existe-t-il encore ? La réponse est oui : les réactions de la presse sont excellentes et les ventes d’albums suivent car les nouvelles chansons de Véronique Sanson tournent sur les toutes nouvelles radios libres de la bande FM. Rien n’a donc changé dans le cœur des Belges et des Français, elle joue tout le mois de novembre à l’Olympia avant d’innover l’année suivante, avec Chacun son tour, la double tournée en compagnie d’Alain Souchon.Trois ans plus tard, son nouvel album confirme qu’elle fait plus que survivre aux années 80, un succès qui lui vaut à la fin de la décennie de rejoindre la bande des Enfoirés en compagnie de Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Michel Sardou et Jean-Jacques Goldman. Tant d’artistes dits de Variétés n’ont pas réussi à garder leur public durant les années 80, probablement les plus foisonnantes de l’histoire de l’industrie musicale. Ce ne fut pas le cas de Véronique qui après un coup de mou pour cause de vie privée gardera sans faille son statut de star établie, bien que plus discrète, et bien que toujours aussi fragilement reliée au monde qui l’entoure.
Mars 1973, Véronique Sanson est partie. Entendez par là qu’elle a brusquement quitté la France pour l’Angleterre où elle s’est mariée dans l’urgence avant de s’envoler pour les Etats-Unis où elle va vivre désormais. L’élu de son cœur n’est autre qu’une star du rock, l’Américain Stephen Stills, oui le Stills de Crosby, Stills and Nash. Véronique est aux anges de vivre là-bas : imaginez pour une jeune artiste française dans les années 70, le privilège de vivre au quotidien avec des musiciens américains, a fortiori, les fabuleusement doués partenaires de son mari. Personne à Paris ne dispose d’un tel environnement musical, c’est le paradis. Car c’est vrai, si depuis Serge Gainsbourg, beaucoup de chanteurs français enregistrent en Angleterre, peu arrivent à réunir les fonds pour franchir l’Atlantique où se trouve le son original du rock’n’roll.Un paradis dont la fresque idéale se complète par la naissance d’un garçon, Christopher, le 19 avril 1974. Alors imaginez la sortie de son nouvel album, 100% américain, Le Maudit, qui lui vaut un double disque d’or en France et deux titres qui deviendront des classiques … (Alia Souza et On m’attend là-bas). Voilà qui lui donne enfin la force de monter sur scène en vedette. On commence par la maison, entendez le Canada, Vancouver, juste de l’autre côté de la frontière américaine, avant de jouer en France. Et non, les spectateurs de l’Olympia ne rêvent pas, c’est bien Stephen Stills de Crosby Stills Nash and Young, qui est à la basse. Ah l’Amérique ! La fascination des grands espaces, et des grands studios, avec ses musiciens de légende. Pourtant, c’est en Angleterre que Véronique Sanson enregistre en 1976 ce qui reste son plus grand classique … Vancouver. Il faut dire que nous sommes au studio Trident, dans une étroite rue londonienne qui voit à l’époque passer George Harrison, David Bowie, Elton John, Queen, inutile de continuer l’énumération. C’est le seul succès de l’album mais quel hit ! Triple disque d’or, deux semaines à l’affiche de l’Olympia, Véronique Sanson est devenue une des grandes vedettes de la chanson en France et chez nous. La peur du public est désormais une affaire classée, Véro est à présentcataloguée bête de scène, la preuve avec son premier album live qui paraît également en cette année 1976. Mais malgré le fait qu’elle soit mariée à une star mondiale du rock et qu’elle habite Denver, dans le Colorado, Véronique ne va jamais tenter une carrière américaine. Il lui serait pourtant si facile de frapper à la porte de l’immense label Atlantic qui édite Stephen Stills et son groupe. Si son nouvel album se nomme Hollywood, c’est juste parce qu’elle vient d’y emménager avec sa famille. Il comprend deux nouveaux tubes, classiques, Bernard’s Song et surtout ce Féminin qui lui sied tellement bien.
Le couple Véronique Sanson et Michel Berger a aujourd’hui sa place dans la légende de la chanson française. Outre le fait essentiel qu’il s’agisse de deux auteurs compositeurs qui ont révolutionné le genre, leur histoire d’amour qui s’est mal terminée avait tout pour créer un mythe. Et pour ceux qui l’avaient oublié ou l’ignoraient, Véronique avait sorti au grand jour cette histoire qu’on ne racontait jusque-là qu’à mots couverts, grâce à l'énorme succès de son improbable mais ô combien réussi, album de reprises à la fin du XX° siècle.Si Michel Berger et Véronique Sanson se connaissent depuis l’enfance, leurs parents sont en effet amis, ils ne se découvrent vraiment qu’à la fin de leur adolescence. Michel est à présent devenu le plus jeune directeur artistique de la firme de disques Pathé Marconi, qui vient de sortir le 45 Tours du groupe Les Roche Martin, formé autour du duo des sœurs Sanson. Il faut dire que la maman avait astucieusement convoqué Michel à une Tea Party où ses filles avaient interprété quelques morceaux. Michel était venu avec son collègue, Claude-Michel Schönberg, futur compositeur des Misérables. Ils avaient craqué, surtout Michel, sur Véro. Le succès des deux super 45 Tours n’est pas au rendez-vous. Dommage, le trio que les sœurs forment avec François Bernheim est un de ces condensés de génies, de faiseurs, comme on en voit rarement. Des Poppys à Quentin Mosimann, en passant par Renaud, Patricia Kaas et Melissa Mars, François Bernheim a en effet fait chanter des générations.Mais pas question de se décourager, Berger incite sa compagne à se lancer seule. Malheureusement le single ne marche pas. Trois échecs consécutifs pour la même voix, Pathé Marconi abandonne Véronique Sanson, nous sommes en 1969. Les deux jeunes artistes qui vivent alors une histoire d’amour développent à ce moment un style dont on serait bien en peine de dire qui a influencé l’autre. Un piano maître de cérémonie, un vibrato dans la voix, à la Julien Clerc, serait-on tenté de dire, il est immensément populaire en cette année 1971 où Véronique Sanson travaille dans l’ombre les chansons d’un premier album que beaucoup considèrent comme son meilleur. Ah on l’entend et on la voit partout ! Mais pas sur scène : Véronique est en effet échaudée par sa première mauvaise expérience de chanteuse pour touristes au Cabaret de la Tour Eiffel. C’est vrai, elle a beau chaque soir dominer la Rive Droite et la Rive Gauche de la ville lumière, le Jules Verne, c’est un restaurant, il ne faut pas s‘étonner que le public s’intéresse plus au contenu de son assiette qu’aux quatre chansons interprétées par une chanteuse qu’ils ne connaissent pas. Mais quelques mois plus tard, paraît déjà son second album, toujours produit par Michel Berger, évidemment. Un Michel Berger dont la vie va basculer le jour où celle qui partage sa vie descend acheter des cigarettes pour ne jamais revenir.
Comment imaginer Véronique Sanson autrement que, assise devant son piano ? Il faut dire que sa sœur Violaine et elle, s’y sont trouvées depuis leur plus âge, celui auquel leurs parents les ont inscrites au cours de piano.Violaine et Véro. Vous avez remarqué ? Deux prénoms en V. Ce n’est pas un hasard, leurs parents se sont rencontrés durant la guerre au sein du réseau de la Résistance et ont voulu marquer cette alliance dans l’initiale du prénom de leurs filles, V comme Victoire, signe des deux doigts affiché par Winston Churchill.Colette et René Sanson veulent donner à leurs filles la meilleure éducation qui soit dans la société d’après-guerre où on veut, plus que jamais, que les enfants aient un avenir meilleur que ce qu’ils ont vécu. Le piano va logiquement toute la place, au propre comme au figuré, dans la vie de la jeune Véronique et de sa sœur aînée. On ne s’étonnera donc pas quand à l’âge de 18 et 20 ans, elles enregistrent ensemble leur premier 45 Tours au sein d’un groupe nommé Les Roche Martin.Classe, hein ! La différence avec les Chaussettes Noires, les Toréros ou les Chats sauvages saute aux yeux. Mais le trio aura une vie aussi éphémère que la confidentialité de leur succès ; en 1969, Véronique Sanson publie son premier 45 Tours solo, un disque qui, lui non plus, ne trouve pas son public.Trois ans plus tard, nous la retrouvons au Cabaret Jules Verne, au premier étage de la Tour Eiffel. J’aime autant vous dire qu’après un numéro de jongleur et de prestidigitateur, ce lieu à touristes est une grosse galère pour une délicate et jeune chanteuse qui vient y interpréter ses propres compositions, autrement dit des chansons inconnues du public. Mais sa voix et son style sont exceptionnels, c’est pour cela qu’elle affronte chaque soir une audience aussi ingrate, il faut se faire connaître à tout prix, en allant au charbon, c’est ce que pense l’homme qui partage alors sa vie : Michel Berger. L’expérience, traumatisante pour Véronique, ne dure heureusement pas : la même année 1972 sort son premier album, produit par Michel, alors le jeune directeur artistique parisien qui monte. Amoureuse, la première chanson qui accroche les médias et le grand public, n’est pas encore le titre de cet album qui ne le prendra que bien plus tard, lors de la réédition en CD. Mais c’est le single suivant, Besoin de personne, qui est le déclencheur de la notoriété de Véro et lui vaut de passer partout à la télé, enfin, sur les deux seules chaînes françaises qui existent alors. Véronique Sanson s’impose comme une artiste atypique, du sang neuf, comme on en réclame sans cesse dans le monde de la musique qui en plein âge d’or. Fini le cabaret Jules Verne, elle assure la première partie d’autres artistes eux-mêmes atypiques que sont Julien Clerc, Claude François et Michel Polnareff.
Vous avez peut-être vu la vidéo hilarante que Elton John a publiée ces jours-ci dans laquelle il n’arrive plus à ouvrir une porte chez lui, que ce soit celle de son living, frigo et même le four dans sa cuisine, sans entendre une chanson de Noël en sortir. Elle lui a d’ailleurs valu une remarque sur la propreté de la porte intérieure de son four, alors que l’artiste est réputé pour ne pas supporter la moindre saleté ni le désordre.Mais bref, cela n’a rien d’étonnant car le mois de décembre en Grande Bretagne est un mois chargé comme on n’en voit nulle part ailleurs dans le monde. Ce n’est pas pour rien que c’est là qu’est née la fête telle que nous la pratiquons aujourd’hui, le Christmas Carol de Charles Dickens en est d’ailleurs la preuve.Mais bon, il aime ça aussi, Elton John, tout comme son ami Freddie Mercury. Aah, la Noël, c’était sacré. Ces deux gars qui avaient connu une enfance compliquée à tous les niveaux, avaient du retard à rattraper quand ils sont devenus des stars riches comme Crésus. Ca y allait les cadeaux chez Cartier, Fortnum & Mason ou Tiffany, à Londres et à New York, le samedi avant la Noël. Un ami de Freddie Mercury se souvient qu’une année chez Harrods, Freddie s’était vu refuser sa carte American Express, pour cause de solde dépassé, tellement il y était allé fort en bouteilles de parfum pour ses invités. Freddie était comme ça. Sûrement le plus calme de la bande en privé, quand il était chez lui, à Manhattan, Kensington ou Montreux. Il était loin d’être le plus extravagant avec ses proches, c’était plutôt les autres qui se déchaînaient, trop heureux d’être avec LUI, la rockstar. Freddie, lui, cherchait juste le réconfort d’un noyau de gens qui l’accepte pour ce qu’il est, pas ce qu’il chante. Voilà sans doute le pourquoi de l’avalanche de cadeaux. Pareil pour Elton John. D’ailleurs, vous vous souvenez dans le film Love Actually, quand il invite Bill Nighy alias le punk Billy Mack devenu N°1 du Top40. L’auteur n’a rien inventé, Elton John est connu pour ses fêtes de Noël à la hauteur de la ferveur populaire qui saisit les Britanniques. C’est vrai qu’on y fête plus le sapin, la dinde et la cuvée spéciale que le petit Jésus dans la crèche.On raconte qu’il y invitait souvent son voisin le prince Philippe et la reine, ses voisins à Windsor, et qu’ils déclinaient poliment. Par contre qu’il y ait compté dans les années 90, un certain Robbie Williams et les Spice Girls pour l’écouter jouer au piano jusqu’à huit heures du matin, ça c’est lui qui l’a raconté. Tout cela avait lieu, évidemment, dans sa maison de campagne, loin des voisins qu’on aurait pu déranger. Imaginez Geri Halliwell en robe de mère Noël ultra courte, en train de hurler dans la cour Merry Christmas avec Robbie Williams. Freddie était, sur ce coup-là, plus discret, je vous l’ai dit, comme en atteste l’unique disque de Noël publié par Queen en 1984, et dont la carrière a été, cette année-là, éclipsée par l’immense single du Band Aid.
Les contes de Noël ont bien changé depuis le 19ème siècle. Je crois que c’est dans les années 80 que tout a basculé. Que tout est devenu, disons, plus moderne. Il est vrai que jamais une décennie n’a été vécue autant dans le présent que celle-là, elle restera celle où on a arrêté de croire qu’en l’an 2000 on volerait dans notre engin spatial individuel et donc, au père Noël.Le père Noël, c’est nous ! Ca, George Michael et Andrew Ridgeley l’ont bien compris du haut de leurs 20 ans. Et alors que leur duo, Wham!, vient d’être propulsé au sommet, et qu’ils sont tous deux chez les parents de George, celui-ci imagine un conte de Noël moderne. Vous connaissez cette histoire d’amour heureux puis malheureux, entre deux Noël, on l’a assez entendue … Une chanson dans laquelle George croit fermement et qu’il enregistre seul, en plein été, comme Nat King Cole des décennies avant lui, mais dont il compte tourner un clip crédible. Avec Andrew, l’histoire est entendue, il faut reconstituer une bande de jeunes qui font la fête aux sports d’hiver, sous la neige. Coup de bol, en novembre, il a neigé en Suisse, dans le Valais. On y va ! Mais qui va jouer la fiancée et la future ex ? Un mannequin, Kathy Hill, les choristes Pepsie et Shirley et quelques potes à eux sont du voyage, ils joueront la bande. Ils sont un peu fauchés, alors, trop contents de se faire un week-end à la montagne. Mais bon, on n’a pas trop de budget, dit le manager. Ça n'empêche toute la bande de faire le siège du bar de l’hôtel en attendant l’arrivée de George et Andrew. Ça commence bien.Tu as la broche ? demande le réalisateur à Andrew. Bien sûr. Celle que George est censé offrir à sa copine et qu’il va retrouver un an plus tard avec Andrew et en avoir le cœur brisé. Le tournage est prévu dans deux chalets, un pour les extérieurs et un pour le dîner entre copains où la consigne est claire : on doit y croire !Et on y croit. Ça rit avec une telle sincérité que c’en est bluffant à l’image. Il faut dire que c’est du vrai vin qu’on sert à tout va, c’est gratos. On n’a pas mis du jus de raisin pour le réalisme, bonne idée, mais là, on finit par y être un peu trop. Heureusement, on a de belles images où George offre à Katty, la fameuse broche, de la maman d’Andrew. Mais voilà, une pause, un moment d’inattention, lorsque Kathy reprend le manteau qu’elle avait ôté, plus de broche. Catastrophe pour le réalisateur, il faut encore tourner l’autre scène qui rend George triste, et puis, c’est un bijou de maman, crie Andrew, bien dégivré sur le coup ! Tout le monde se met à chercher la broche. Où a-t-elle bien pu la perdre ? Tout l’hôtel est passé au peigne fin, lits, oreillers, bar, couloirs, salles de bain. Et là, deux versions circulent, celle du portier qui dit l’avoir retrouvée sur la rue dans la neige, probablement tombée en sortant d’une voiture ; l’autre par Kathy qui dit l’avoir retrouvée au fond de son sac, accrochée à un autre vêtement.Happy end dans les deux cas pour ce conte des eighties. Le clip a merveilleusement fonctionné et tourné sur toutes les télés, et surtout la bande s’est éclatée grave à un point qu’on ne peut en raconter les détails sur antenne à une heure de grande écoute, surtout à un moment où TOUT commence à ressembler sacrément à Noël …
Les crooners ont depuis des décennies, liés leur art au répertoire de Noël. Quel plaisir d'entendre ces voix de velours nous chanter la période qui se veut être la plus douce mais aussi la plus scintillante de l’année. Et pourtant, il fut un temps où ces jazzmen n’étaient jamais chez eux à la Noël, comme un certain Louis Armstrong qui, dans les années 30, 40, donnait 300 représentations annuelles avec de grandes formations. Vous l’avez compris, il vivait dans des hôtels. Alors un 24 décembre, sa femme Lucille, décide de lui faire une surprise. L’après-midi, elle fait les magasins et revient avec un petit arbre de Noël et toutes ses décorations. Vous devinez l’attente de la réaction de son mari quand il rentrera dans la chambre et découvrira l’arbre de lumières et les cadeaux qu’elle a disposés en dessous pour lui et les musiciens qui sont ses amis. Trois heures du matin, quand il rentre dans la chambre, la surprise est totale. Armstrong est enchanté. Elle le savait, pas de suspense, il adore Noël. Mais quand il se met au lit, Armstrong ne quitte pas les lumières qu’il fixe avec un regard d’enfant. Aussi quand Lucile lui propose de les éteindre, il dit non, laisse-les allumées. Je vais continuer à les regarder. Tu sais, c’est mon premier sapin de Noël.Comment aurait-elle pu deviner ? Bien sûr, à presque 50 ans, il a toujours été sur la route à cette époque de l’année mais qui à cet âge, n’a JAMAIS eu un arbre de Noël chez lui ne fût-ce qu’une fois ? Mais c’est vrai, et elle aurait dû y penser, Louis a eu une enfance tellement pauvre que, évidemment, il n’a jamais connu ça. Alors Armstrong passe la nuit avec son sapin allumé. Et alors qu’à l’époque tout le monde démonte les décorations le lendemain de Noël, il demande à sa femme d’emmener le sapin avec eux. Les voilà partis à Kansas City avec le petit arbre et ses décorations : c’est d’ailleurs la première chose qu’on déballe arrivé à l’hôtel, avant d’ouvrir les bagages. Et à partir de là, on achètera chaque année un petit sapin pour la chambre d’hôtel, de la Noël jusqu’au Nouvel An. On n’a pas compté le nombre de fois où Lucile a monté et démonté les décorations dans autant de chambres d’hôtel, pour que son mari ait aussi droit à la magie de Noël, après l’avoir offerte au public venu le voir et l’écouter. Et quand il n’y aura pas de concerts de fin d’année, avec la diminution des engagements à cause de la concurrence de la télévision, il fera monter chez lui, à New York, un sapin jusqu’au plafond.Enfin un jour, quand viendra la dernière tournée à la Noël, Armstrong demandera à sa femme de faire envoyer l’arbre à la maison. Celui-là, je le garde. Mais voyons, Louis, ce n’est pas un sapin artificiel, il ne supportera pas le voyage du retour par la poste !
Probablement n’avez-vous jamais entendu ces 45 tours de Noël que les Beatles ont publié chaque année jusqu’à la fin du groupe, gravés dans un disque souple pour être envoyés exclusivement aux membres de leur fan club. Il faut dire que dès le départ, en 1963, ses membres sont si nombreux et actifs qu’il prend des allures de véritable entreprise, le modèle que vont essayer de reproduire beaucoup d’artistes par après, comme le groupe Kiss, aux Etats-Unis.Si ces 7 singles n’ont jamais été vraiment commercialisés, excepté un box à tirage limité il y a quelques années, c’est surtout parce qu’ils sont invendables. Il s’agit principalement de messages délirants des quatre joyeux lurons souhaitant leurs meilleurs vœux à leurs fans, quelques impros et, en 1968, nous sommes en pleine année psychédélique, des collages de sons bizarres. Mais cette année, est-ce un signe, les messages sont enregistrés individuellement. Ah ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ils ne sont pas en guerre. La preuve, une fête de Noël est organisée chez Apple, le label qu’ils ont créé, sur Savile Row, à Londres. Oui, la maison sur le toit de laquelle ils vont jouer dans un mois leur dernier et légendaire concert. Mais là, en cette période proche du réveillon où les Anglais ne savent plus se tenir tellement ils ont l’esprit à la fête, c’est le grand soir chez Apple dont la porte d’entrée n’arrête pas de sonner. Derek Taylor, le chef de la communication a en effet battu le rappel du personnel : les Beatles vont offrir des cadeaux à leur famille.Et qui joue le Père Noël ? Ben John Lennon, évidemment. C’est lui le fondateur des Beatles. Et même s’il est aux abonnés absents question d’être le chef, depuis maintenant deux bonnes années, il aime croire être à la barre. Il a d’ailleurs bombardé Yoko Ono, sa nouvelle compagne, mère Noël. Je ne vous dis pas la tête des mômes des employés qui déjà n'avaient jamais vu une mère Noël, encore moins perchée sur des hauts talons. Si Paul McCartney et sa compagne Linda ne sont pas présents, tiens, tiens, Ringo Starr et George Harrison sont bien là, avec leur femme. Et bien sûr, en pleine période hippie, c’est le grand foutoir : tout le monde a invité tout le monde. Alors que John Lennon y va de grands Ho-Ho-Ho en distribuant des cadeaux, Derek l’interrompt en disant, John, y a une bande de Hells Angels à la porte. Quoi ? C’est moi qui les ai invités, dit George, avec son flegme habituel. Soyez sympas avec eux, ce sont de braves gens. Des Hells ! Mais tu les as rencontrés où ? A San Francisco. Quoi ? Je te dis qu’ils sont sympas. Et c’est vrai qu’ils sont cools. Bon à un moment, ils vont s’énerver car la dinde de 21 kilos 500 que Derek a achetée n’en finit pas de rôtir dans le four. Alors tout le monde se rue sur les roulades de saucisses de l’apéro. Derek s’est d’ailleurs réfugié dans les toilettes avec une assiette débordant de ce met typiquement british, par crainte de ne rien manger d’autre ce soir. C’est vrai, des Hells Angels à Londres, à une soirée de Noël ! Pourquoi pas une chanson de Noël en plein mois de juillet, enregistrée par 30°C à l’ombre. S’il savait que ça a été le cas de la plus célèbre de toutes …
Noël 1974, beaucoup de messieurs, jeunes et moins jeunes, achètent en librairie et en kiosque le numéro de Noël du magazine Lui. Énorme succès : on s’arrache ce numéro dans lequel on peut regarder à loisir des photos scandaleuses de Jane Birkin qui est devenue, contre toute attente, une des grandes stars du cinéma français. Des photos qui ont été mises en scène par son compagnon, Serge Gainsbourg. Dois-je vous dire que dans sa maison du 5bis rue de Verneuil, il se réjouit de son coup médiatique. Ah ben oui, c’est uniquement par cynisme et par passion pour le succès public, qu’il a fait ça. C’est vrai que sous le costume du provocateur pervers, Gainsbourg cache un tendre, une peluche qui en étonnerait plus d’un mais qu’il réserve à ses intimes, à sa famille. D’ailleurs Noël en famille, Serge Gainsbourg adore ça. Spécialement en Angleterre où la fête est beaucoup plus colorée et spectaculaire qu’en France. Avez-vous déjà vu les vitrines et les rues de Londres, Édimbourg à cette époque ? Retour en enfance garanti.Ainsi de ce dîner de Noël chez Jane, à Londres, où le soir du réveillon, on sonne à la porte. Serge va ouvrir, c’est un sans-abri qui demande s’ils n’auraient pas une pièce ou quelque chose à manger. Et voilà que Serge lui fait une place à table, elle est abondante, il n'aime pas manquer de quoi que ce soit. Serge est très animé ; il met à l’aise le pauvre homme qui se retrouve au chaud, devant un sapin illuminé du sol au plafond. Le repas terminé, Serge lui dit tu ne vas pas partir comme ça et il lui remplit un sac de victuailles comprenant une bonne bouteille de vin, bien sûr. Il lui offre même sa montre, cadeau ! Noël, c’est ça aussi. Et Serge n’en reste pas là car lors d’un réveillon avec la famille Birkin sur l’île de Wight, cette fois, car avec Andrew, le frère de Jane, avec qui il s’entend comme larron en foire, thick as thieves, comme ils disent, Serge s’est mis en tête de faire venir un prestidigitateur. Où comptes-tu en trouver sur cette île ? dit Andrew. Justement, je viens de lire un article dans la gazette locale. Un type qui s’appelle Fred The Conjuror. Appelle-le.Andrew saisit le téléphone et contacte le dit Magicien, bien étonné en arrivant, de ne trouver comme public, six adultes, alors que son numéro est réservé à un public d’enfants. Sans se laisser démonter, il déballe son matériel et se lance dans une série de tours consternants. Les Birkin sont morts de rire mais Serge encourage l’artiste en applaudissant à tout rompre. A la fin de la représentation, Gainsbourg arrondit fortement la somme convenue pour le cachet de l’artiste. Merry Christmas.Oui Gainsbourg adore l’Angleterre ; pas uniquement pour l’ambiance de Noël et la splendide femme que ce pays lui a donnés. Cela fait depuis six ans qu’il trouve l’inspiration dans les pubs de Londres et les meilleurs musiciens dans ses studios, alors les Noël, ça se fête en Grande-Bretagne et à la maison.
Mettre un disque d’Amy Winehouse et écouter sa voix, son souffle, cette technique incroyable qu’elle a acquise très jeune en imitant les grands saxophonistes de jazz. Et oui, c’est ça son secret. L’amour est un jeu perdu d’avance, c’est une expérience absolument bouleversante que d’écouter Amy Winehouse chanter ça, seule à la guitare. Toute la tristesse du blues noir américain sur des accords jazzy. Au début, Amy le chantait pour elle-même puis pour un petit public dans les clubs où tous étaient saisis par l’émotion que suscitaient ses textes. Un artiste a-t-il déjà trimballé une telle sincérité dans des chansons aussi désespérées ? Et puis le succès vient. Il y a de plus en plus de monde dans les salles qui deviennent de plus en plus grandes. Un public qui paie de plus en plus cher au fur et à mesure que le succès devient un triomphe puis prend des proportions inédites. Amy Winehouse est la première auteure-interprète britannique à battre les records de Kate Bush (largement d’ailleurs). Alors c’est un public qui vient communier avec une star et en veut pour ses sous. Il chante et hurle les refrains et parfois toutes les paroles avec elle. Un tel succès pour du jazz dans les années 2000, c’est fou, non ? Un jazz qu’elle joue à sa façon certes, et puis ses textes, mon Dieu, aucun crooner n’aurait jamais osé chanter ça. Si vous saviez à quoi elle fait allusion dans ses chansons, même Gainsbourg et Prince n’ont jamais osé aller aussi loin. Mais Amy est comme ça, Cash, et elle envoie du bois aussi bien dans ses chansons que dans la vie de tous les jours. Le premier album n’a pas trop bien marché mais le suivant, quatre ans plus tard, est un triomphe. Amy a besoin de sécurité, que quelqu’un s’occupe de la manne qui lui tombe du ciel. Mitch Winehouse devient le papa qui règle tout. Malheureusement, il ne récolte pas que des honneurs et des livres sterling, il recolle aussi les morceaux de sa fille comme les lendemains de la veille des bamboches à répétition où elle est d’humeur massacrante et puis un désastre affectif permanent. Coiffée de son désormais célèbre chignon en choucroute à 150 livres, avec sa petite robe noire et son trait infini de eyeliner, c’est la Amy dont nous gardons le souvenir qui reçoit ce prix et quatre autres ; elle est à la fois la révélation de l’année mais aussi Award du meilleur single et meilleur album. Ces trophées, elle ne les recevra pas en mains propres car Amy est en duplex depuis Londres, avec son groupe et devant un public restreint ; elle n’a pas pu prendre l’avion pour Los Angeles car son visa lui a été refusé pour cause de consommation de drogue avérée. Alors oui, le coeur est à la fête ce soir, Amy interprète Rehab, bien sûr, mais aussi plusieurs autres chansons, toute sa vie en quelques lignes de poésie et accords de guitare dont elle joue divinement, tel un ange triste.
Vous les entendez partout à nouveau, hein, les crooners. Et ça fait du bien en décembre d’entendre Bing Crosby ou Nat King Cole chanter Noël, ces voix suaves venues d’une Amérique d’une autre époque qui nous souhaitent de joyeuses fêtes et déjà, une bonne année. Qui aurait cru ça dans les années 70 et 80 où ce genre de chanson était totalement dépassé. C’était un truc que les vieux écoutaient pour se bercer d’émotions d’un temps qui n’avait rien de moderne. C’est de ça dont parle le tube de Guy Marchand en 1977, en pleine époque disco et new wave : Hey CroonerTu t'sens pas ridicule la main sur le cœur Tu fais marrer tous les rock'n rollers Quand tu roules tes épaules de mait'nageur Qu’est-ce qu’on a entendu cette chanson à la radio et à la télé. Il faut dire que ce n’était pas un hasard, non, au milieu des années 70, une grande mode rétro années 40 et 50 avait touché l’Amérique puis s’était exportée chez nous via le monde de la variété. Dalida avait repris une vieille rengaine en mode disco (énorme tube), Dave y était allé de sa chansonnette avec le même succès. Oui, vous allez me dire, comme Bruel 25 ans plus tard, avec Entre-deux, mais avec cette différence que dans les années 70, un chanteur âgé de 40 ans était bon pour la retraite. Est-ce le succès d’Elvis qui n’en finissait pas à Vegas, allez savoir, en tout cas, les crooners avaient connu un bref retour en grâce, comme le montre d’ailleurs l’excellent et explosif film de Woody Allen, Broadway Danny Rose.Et donc oui, ça peut paraître fou aujourd’hui mais il y a une cinquantaine d’années, cela faisait des années qui nous semblaient être une éternité que Sinatra n’avait plus fait de tubes, Hollywood avait remisé les comédies musicales au placard avec les crooners. On n’en a plus vu fonctionner une seule jusqu’à Grease, en 1978, et encore, c’est une exception et il fallait bien se garder d’utiliser le terme de Comédie Musicale. Cette année-là, David Bowie enregistrait un improbable duo avec Bing Crosby, le pionnier du genre, dans une émission de Noël qui serait sa dernière apparition publique. Bowie jouait alors le rôle de l’improbable fan, présent uniquement sur le plateau parce que Bing était le chanteur favori de sa mère. Oui, c’était sa madeleine à lui, le rocker avant-gardiste.Alors, un demi-siècle plus tard, on se demande ce qui s’est passé. Pourquoi les enfants et petits-enfants de ces jeunes des années 60, 70, 80 trouvent ce répertoire de velours jazzy hyper cool, classe. Durant ce premier quart de siècle, on n’a d’ailleurs jamais vu autant de nouvelles stars se faire accompagner par un grand orchestre en tenue de soirée, de Lady Gaga à Robbie Williams, en passant par Jamie Cullum, la réincarnation d’un Frank Sinatra qui aurait fusionné avec Billy Joël. C’est vrai, quand il reprend un vieux titre des années 30, on dirait une chanson d’aujourd’hui.
Et non, Dean Martin n’a pas été que le faire valoir crooner et amusant de Frank Sinatra. La preuve, quand il se rapproche de lui en 1957, il est au sommet de sa gloire et pas n’importe laquelle puisqu’il forme avec Jerry Lewis le plus populaire des duos aux Etats-Unis. Ils viennent en effet de tourner 17 films en 7 ans. Toujours avec les mêmes réalisateurs, alors avant que la corde ne casse, Dean et Jerry décident de se séparer.Pour Jerry Lewis, ce n’est qu’une formalité. Il était le clown auguste du duo qu’ils formaient depuis dix ans à la radio, télé et au cinéma, c’est lui qui focalisait toutes les réactions du public. Dean était le gars sérieux, viril et séduisant, le clown blanc. Alors, il décide de continuer au cinéma en se dirigeant vers des rôles dramatiques, où il va exceller, aux côtés de Marlon Brando ou John Wayne, et puis de retourner à la chanson. C’est comme ça qu’il a connu Jerry Lewis, en jouant dans le même cabaret à New York, juste après la guerre. Ils avaient commencé par des improvisations et la réaction du public avait fait le reste.Mais voilà, au moment où Dean revient à la musique crooner de ses débuts, une nouvelle mode éclate : le rock’n’roll. Et le rock, dans la personne d’Elvis Presley et Little Richard, ce n’est pas une mode, c’est une déflagration, un déchaînement d’énergie comme on n’en avait jamais vu. Le public adolescent qui était le sien n’a plus d’yeux que pour ces nouvelles stars. Dean Martin a donc toutes les raisons de se faire du souci à propos de sa carrière de chanteur, tout comme un autre Italo Américain : Frank Sinatra. Et Frankie est d’autant plus concerné que s’il est au sommet de sa gloire, lui aussi, il revient de loin, de très loin. Il y a peu, il était fini, plus personne ne voulait de lui : ni les producteurs Hollywood, ni les firmes de disques de New York. Sinatra déprime, fait de terribles déclarations dans la presse pour exprimer son dégoût du rock’n’roll et début 1957, on le retrouve sur scène avec Dean Martin. Dean Martin, alias Dino Crocetti, est resté jusqu’à ses cinq ans un Italien pur jus, il ne parlait même pas anglais en entrant à l’école. Mais attention, s’il a dans sa jeunesse passé du whisky à la frontière canadienne et même tenu une table de jeu, il n’a pas suivi la voie que ses parents redoutaient : s’il a des potes mafieux, il garde ses distances. Ce qui n’est pas le cas de Frank Sinatra. Et donc quand ils forment un groupe de 5 chanteurs et comédiens surnommé le Rat Pack et qui va faire d’eux des superstars encore plus grandes _ les Ocean’s Eleven originaux, c’est eux _ Dino Martini devenu Dean Martin ne fait que jouer à l’ami de Sinatra. Ainsi à la télé, il joue au gros buveur de whisky, mais c’est du jus de pomme dans son verre. Toujours couché avant minuit, levé tôt le matin, Dean Martin est le crooner qui ne se voyait pas chanteur au départ. Comme il disait : nous autres crooners, on passe bien car on est relativement inodores. Une autre époque.
Alors, on le voit, le plus célèbre d’entre tous les crooners, Frank Sinatra, avec son complet bleu qui inspirera plus tard celui de son disciple, Charles Aznavour. Le voilà qui sort en effet d’une grosse cylindrée sur Broadway, à la tombé de la nuit. Nous sommes en décembre, la vapeur sort des bouches du métro pour s’élever des trottoirs vers le sommet des gratte-ciels. Il fait déjà froid, aussi Frankie enfonce un peu plus son chapeau iconique, relève d’une main le col du manteau qu’il vient d’enfiler, puis de l’autre, il saisit la main d’une jeune femme qui sort à présent de la voiture. Les voilà tous les deux qui pressent le pas puis se mettent à courir vers l’enseigne d’un club de jazz pendant qu’au coin de la rue, des soldats de l’armée du salut entonnent un chant de Noël, à côté d’une échoppe de vendeur de marrons chauds.A 30 ans, la guerre terminée, Sinatra a la vie devant lui. Cela fait dix ans déjà qu’il a enregistré son premier 78 Tours, il est passé d’une formation de jazz à l’autre et depuis le début des années 40, Frank est une vedette de la radio et du cinéma. Comme tous ceux qui passent par Hollywood, il incarne le standard obligatoire de la classe qui, chez lui, est naturelle ; c’est vrai qu’il n’est pas tombé loin de Manhattan à sa naissance. Même si c’était dans un milieu compliqué, celui de pauvres immigrés, Frankie s’est bien débrouillé, n’a pas été regardant du tout sur des amitiés qui sont plutôt fatales, on a tous grandi dans la rue d’un mafieux dans ces quartiers oubliés de l’Amérique quand on est Sicilien d’origine. Mais ce qui importe, c’est le bonheur que Frank apporte au public sur les disques qu’il enregistre. Il y a pas deux gars comme lui pour faire oublier le grand malheur qu’on vient de traverser dans les années 40. Quand Sinatra chante l’amour, on se croit aimée comme une princesse si on est une femme, irrésistible si on est un jeune homme. Alors oui, 80 ans plus tard, on les voit ces projecteurs baigner de lumières le micro sur la scène du club, et puis l’orchestre de Tommy Dorsey prêt à accompagner la star de la soirée. Ceux qui ne le verront pas, l’entendront à la radio, le show est retransmis dans tout le pays. On imagine les familles, les couples, réunis autour du grand poste de bois, ils ne vont pas rater ce moment vanté dans les programmes radios des magazines. On n’écoutera pas le feuilleton ce soir mais le concert de Frankie Blue eyes Sinatra sur une radio concurrente. L’imagination fera le reste, loin de concevoir que vingt ans plus tard, le chanteur sera toujours là, survivant miraculeusement à la déferlante du rock’n’roll. Sinatra est comme la Noël, un refuge dans la magie d’un monde idéal dans lequel on croit, loin du bruit et de la fureur.
La sortie de Sur un air de blues avec Hugh Jackman et Kate Hudson va remettre le couvert sur le répertoire d’un des plus grands artistes pops américains, Neil Diamond. Ecrit et réalisé par le New Yorkais Craig Brewer, un disciple de Quentin Tarantino genre j’assume ma passion référence pour le vintage, le film raconte l’histoire vraie de deux artistes oubliés avant d’avoir été connus qui vont connaître le succès en faisant des covers de l’homme aux 50 tubes. Ça vous étonne, hein ? Et pourtant, c’est le cas, si on a surtout l’image d’un crooner, celui de Jazz Singer, un album qui a rencontré un succès considérable au début des années 80, Neil Diamond à ses débuts, est catalogué pop rock. Dans la deuxième partie des années 60, on le classe avec les Simon & Garfunkel et Leonard Cohen. On l’a oublié mais Neil Diamond a alors aligné un nombre impressionnant de tubes qui sont devenus immortels, dans leur version originale ou grâce aux artistes qui l’ont repris. Allez au hasard, on commence par cet incontournable, dans le Pulp Fiction de Tarantino … puis le fameux Believer popularisé par les Monkees, je m’en voudrais d’oublier le Song Sung Blue qui vient de donner son titre original au film … et enfin celle-ci dont UB40 a livré une version reggae 15 ans après, on était dans les années 80. Et si Neil Diamond a été chanté par tout le monde, de Frank Sinatra à U2, en passant par Joe Dassin et Elvis Presley, il a aussi donné vie à des chansons françaises dans le monde anglo-saxon comme celle de Jacques Brel … ou encore Gilbert Bécaud … Et comment l’oublier, Neil Diamond est à l’affiche de la dernière du groupe The Band de Bob Dylan en 1976, aux côtés d’Eric Clapton, Joni Mitchell ou encore Ron Wood des Rolling Stones, devant les caméras de Martin Scorsese, ça s’appelle The Last Waltz, et c’est à voir, c’est du patrimoine aujourd’hui. Enfin, je vous mets au défi de ne pas trouver dans la maison (salon, bureau, grenier) d’un ami ou membre de votre famille, un exemplaire du fameux Jonathan Livingstone Seagull, la B.O. du film signée et chantée par Neil Diamond. Tenez-vous bien, il s’en est vendu 200.000 rien qu’en Belgique durant les années 70, et après. E-Nor-Me !Sûr qu’on va écouter du Neil Diamond, en mode folk rock années 60 et 70 ou crooner, cet hiver, c’est une occasion unique de le redécouvrir, son dernier retour fracassant date des années 2000 avec l’immense succès de son album acoustique 12 songs. L’artiste s’est retiré de la vie publique il y a quelques années, annulant une tournée mondiale, après avoir fait part de sa maladie de Parkinson. Mais son catalogue folk rock, pop, crooner et symphonique est toujours aussi présent, comme en témoignent les 135 millions d’albums qu’il a vendus au cours de l’âge d’or du vinyle et de la cassette.
Vous êtes déjà allés à Belleville ? Ah il ne figure pas dans le circuit des 90 millions de touristes qui se pressent chaque année dans les rues de Paris. Belleville, c’est pile entre le parc des Buttes Chaumont et le cimetière du Père Lachaise. Un quartier qui portait mal son nom au début, avec ses baraques miséreuses et branlantes, rasées il y a un siècle, après la première guerre mondiale. C’est alors qu’on y a vu pousser des grands immeubles d’habitation, vaguement art déco, séparés par de larges boulevards comme celui d'Algérie, tiens ! Regardez celui qui porte le numéro 9 et qui est plutôt pas mal avec ses briques rouges et qui occupe tout le pâté de maison. C’est là que vit la famille Moine, dans un petit quatre pièces, deux chambres, une salle à manger et une cuisine qui fait aussi salle de bains. Faut donc se lever tôt le matin pour se laver, enfin en fonction de la complexité du menu du soir. Le petit Claude, teenager des années 50, voit depuis le balcon les anciennes fortifications de Paris abandonnées, dans lesquelles il va jouer aux cowboys et indiens avec ses copains du quartier.Un quartier étonnant que celui de Belleville. Il y a des gens de toutes les nationalités, on ne voit ça nulle part ailleurs. C’est bien simple, le mec qui fait des sandwiches en face, c’est un Tunisien, dans la rue d’à côté, y a un restaurant chinois, et les voisins de palier sont Antillais. C’est toujours l’ambiance le soir, y a un monde là-dedans, mais ils sont gentils, ils apportent souvent des trucs à manger, des spécialités de leur pays. C’est exotique. Pas besoin de partir en vacances, qui d’ailleurs peut se payer un billet d’avion dans ce quartier. Alors bien sûr, on n’est pas à Bisounoursland. Claude sait qu’il y a des mafiosi corses et pieds noirs qui se fritent avec des Magrébins. Et ils n’y allaient pas avec le dos de la cuillère, comme il m’a dit un jour dans sa loge avant un concert. Plus personne ne l’appelle Claude Moine, depuis longtemps, mais Eddy Mitchell. Les bagarres entre bandes de blousons noirs sur la place du marché où tournaient les vespas étaient passées par là avec l’adolescence. Puis il y avait eu la rencontre avec Johnny à la Trinité, de l’autre côté de Paris, l’audition chez Eddie Barclay avec les potes de son groupe qui s’étaient vu bombarder du nom de Chaussettes Noires. Mais malgré les disques d’or, les grands espaces de l’Amérique que son succès lui a permis de visiter, les éblouissants plateaux de télévision, Eddy n’a jamais oublié les souvenirs de cinéma du p’tit Claude aux Tourelles, à la porte des Lilas, avec ses portes battantes à hublot, le soleil en céramique sur le sol du hall d’entrée et l’étoile bleue au plafond. Il avait même un toit ouvrant en été. C’était génial mais faut éviter la séance de l’après-midi pour la lumière et surtout les cris et plongeons des nageurs de la piscine juste à côté. Et puis il y avait le théâtre de Belleville où avait lieu l’émission de l’unique chaîne de télé, 36 chandelles. Claude se souvient avoir été très impressionné par un jeune chanteur en complet bleu, Charles Aznavour. On ne voyait que lui ! Le Eddy d’aujourd’hui ne regrette qu’une chose : les jeunes de toute nationalité semblaient s’entendre très bien, tous ensemble, quand il était môme.
Il y a des mômes, comme on dit à Paris, qui ont vécu une enfance différente. Regardez la petite Isabelle. Dans les années 50, les enfants n’existent pas dans la société : en dehors du cadre familial, ils apparaissent un instant quand il y a des invités à la maison avant de rejoindre leur chambre. Leur univers, c’est l’école, la maison et le chemin qui les relie. Et puis il y a Isabelle que son père réveille régulièrement en pleine nuit pour l’emmener à son travail. Où ça ? Dans des théâtres, après un parcours à moto dans les rues de Paris by night. Et la voilà en coulisses. Tiens, tu es venu avec ma petite fiancée, dit par blague un monsieur qu’elle ne connaît que trop bien, Charles Aznavour. Son père travaille avec lui, il l’accompagne parfois en tournée, Isabelle le suit. Imaginez les loges, restaurants, hôtels avec ces gars en costume cravate qui discutent jusqu’à pas d’heure, le verre à la main et la clope au coin du bec.Les années 50 ne sont des années en noir et blanc dans les photos d’albums de famille. Pour Isabelle, elles ont les couleurs du showbiz français, foisonnant de rencontres, de gens qui rient, râlent, se donnent au public, gravent des disques. Il n’y en a qu’une qui est toujours, ou déjà, en noir et blanc, c’est Edith Piaf. Quand Isabelle accompagne son père dans son appartement, elle est impressionnée par le personnage et encore plus sur scène, car elle a le privilège de l’observer depuis les coulisses. Et le dimanche ? Isabelle fait le garçon manqué en allant jouer au foot dans le bois de Vincennes avec ses deux frères et leur père. Elle adore ça, c’est d’ailleurs elle qui a insisté au début pour aller jouer avec eux. C’est vrai, mise à part sa mère, elle est la seule fille du clan Gall, et ne veut pas rester en plan, alors si pour jouer avec eux il faut faire du football, ça lui va. A tel point qu’Isabelle sera championne de son lycée avec son équipe. Un sacré caractère qu’elle ne va pas perdre quand elle changera de prénom pour la scène : France Gall ? C’est une emmerdeuse, mon vieux, si tu veux mon avis. Ah ben oui, on a entendu dire ça dans le métier à l’époque, et pas seulement quand elle est devenue la championne du nombre de l’affluence en salles, non. De toute façon pour moi, ce n’est pas une insulte, disait-elle, c’est un compliment. J’ai du caractère ! C’est vrai, si refuser de dire oui systématiquement à tout ce qu’on vous demande, c’est être une enquiquineuse, alors, oui, j’assume.Il faut dire qu’on parle d’une époque où des profs de piano frappent sur les doigts de leurs très jeunes élèves avec une règle. Doit-on s’étonner qu’Isabelle Gall préfère les cours de guitare qu’elle prend avec ses deux frères, eux aussi contaminés par le virus de parents musiciens. Et puis tout a été si vite. Si bien, mais si vite. Avec des complications et de terribles drames, mais vaincus grâce à la résilience que France Gall a acquise quand elle était môme.
On sait peu de choses sur l’enfance de Freddie Mercury. Du moins par lui. Le chanteur se confiait très peu à la presse et même aux amis, sur ses années de Freddie Bulsara.Bulsara ? Tiens c’est le nom des deux Indiens qui se sont un jour pointés après un concert de Queen demandant à le voir, ils disaient qu’ils étaient ses cousins. Et alors ? Ben, il a refusé de les voir. Est-ce pour faire un trait sur les traumatismes qu’il a vécus ? Freddie était un enfant de bons bourgeois de Zanzibar, cette terre africaine paradisiaque en bord de mer, le père était un fonctionnaire de l’empire britannique. Mais une révolution a tout fait s’écrouler : en quittant précipitamment son poste, Bomi Bulsara et sa famille ont tout perdu. De privilégiés en Afrique, ils sont devenus des riens du tout à Londres où ils ont débarqués après avoir tout abandonné derrière eux. Les voilà devenus des Pakis comme les autres, eux qui sont pourtant issus d’une très ancienne communauté. Mais le premier traumatisme, Freddie l’avait vécu bien plus tôt. C’est celui de l’abandon, du grand départ alors qu’il était encore enfant, pour un internat indien élitiste : soixante jours de voyage au milieu des années 50 pour l’amener au milieu de la jungle, en altitude, dans un collège où il va selon ses dires, devoir soudain grandir terriblement vite pour assurer ses arrières. Port de l’uniforme, lever à six heures, coucher à 21.30, devoirs le soir, inspection dans la cour de récréation, coiffure, uniforme, Freddie a vraiment intérêt à faire tout ce qu’on lui demande. Un collège avec son inévitable attirail de harcèlements divers et variés, celui de Freddie est tout trouvé, on l’a surnommé Bucky, comme Bugs Bunny, à cause de ses dents de lapin. Un harcèlement tellement épuisant qu’il prend des cours de boxe où il excelle. Mais quand elle l’apprend, sa mère prend peur, écrit au directeur et Freddie se retrouve devant une table de ping-pong pendant les heures de gymnastique.Heureusement qu’il y a la chorale une fois par semaine et puis les cours particuliers de piano où il se montre excellent. Il est vrai que tout petit, à Zanzibar, Freddie restait des heures devant le pick-up à écouter des symphonies de Beethoven, concertos pour piano de Mozart et même, des cantates de Bach. Mais Freddie ne montre pas d’excellentes prédispositions que pour la musique, il y a aussi la poésie et le dessin. Il écrit et dessine partout et tout le temps. Comme ce jour que sa tante, celle qui vit près de son internat, n’est pas prête d’oublier. Freddie arrive en effet près d’elle et lui offre un dessin représentant deux chevaux pris dans une tempête au bord de la mer. C’est magnifique. Mais qu’est-ce que c’est, Freddie ? Ma sœur et moi, répond-il. Il n’en dira pas plus, Freddie est très réservé. Mais pas asocial, non. A l’école, il s’est entouré d’un petit groupe, comme si, en quête d’affection, il cherchait à se recréer un environnement familial.
Il y a ceux qui ont connu, pleinement vécu les années 80. Et puis il y a ceux qui y sont nés. Et franchement, on en est tous fiers, hein, d’avoir eu le compteur qui tourne au cours de ces fameuses années. Tenez, en 1988, nous sommes allés voir Rain Man, Le Grand Bleu et Piège de Cristal, c’est l’année où Ayrton Senna était champion du Monde de F1 et Tottenham terminait sixième du championnat de foot britannique. Ah c’est vrai que ce club a fait connaître le nom de ce quartier de l’extrême- nord du grand Londres dans le monde entier. Pas toujours en bien d’ailleurs, à cause de ses supporters hooligans. Et ben justement, c’est dans ce quartier très remuant et populaire qu’en 1988, naît la petite Adele Adkins, et c’est là qu’elle va se construire une personnalité et une histoire qui lui vaudront un succès prodigieux dans les années 2000.Oui c’est dans le quartier de Tottenham, avec ses deux cents nationalités différentes recensées, ses gangs qui livrent des batailles rangées avec la police ou avec d’autres bandes que la môme Adele a grandi. Si elle a été élevée par une mère seule, elle a été très entourée par une trentaine d’oncles, tantes et cousins qui vivent tous dans le voisinage. On ne tombe jamais bien loin de l’arbre dans la banlieue londonienne. On n’avait pas d’argent mais j’ai eu la meilleure enfance qui soit, dira Adele. A cinq ans déjà, on ne la met pas au lit le soir lors des fréquentes réunions de famille. Elle reste à table, au milieu des rires et des cris de la tribu qui se retrouve autour d’une bonne tourte et d’une flopée de bouteilles en tout genre. Et bien sûr, tout le monde chante, on est en Angleterre, et quand Adele reprend Gabrielle (Dreams) et les Spice Girls, là, tout le monde se tait et écoute, tout sourire, le petit prodige de la famille, avant d'applaudir.Non vraiment, Adele n’a pas loupé son rendez-vous avec la musique durant son enfance. Si je vous dis qu’elle assiste à son premier concert de rock cette année-là, vous n’allez pas le croire et pourtant c’est vrai. Nous sommes à Finsbury Park, un autre quartier métissé de la capitale. Et vous avez raison, elle est trop petite pour voir ce qui se passe sur scène. Alors sa mère demande au mec bâti comme une armoire à glace à côté d’elle s’il ne pourrait pas prendre la petite sur ses épaules. Et là, la gamine s’envole, vous vous souvenez quand vous étiez môme et qu’on vous soulevait, avec cette impression de voler, si pas, de flotter dans les airs. Et puis surtout de découvrir un point de vue incroyable. Plus besoin de lever les yeux pour avoir de toute façon la vue bouchée par une armée d’épaules, voilà Adele voguant sur une mer de têtes avec à l’horizon, des musiciens, des lumières et de la musique à fond les manettes. Ça va si fort qu’elle en a les larmes aux yeux. Pas étonnant que sur son album le plus vendu, on y retrouve un cover des Cure chargé d’émotion. Et même si ce n’est pas ce jour-là qu’Adele a décidé qu’elle serait chanteuse et rien d’autre, il est des moments de notre vie en mode jeune pousse qui impriment en nous tout ce que nous allons inexorablement devenir.





