16 Le monde en crise: « Les Banques centrales ont maintenant, dans leurs voûtes, plus d’or que de dollars américains ! » Entretien avec le gestionnaire de portefeuille Sylvain Goulet
Gestionnaire de portefeuille et ingénieur de formation, Sylvain Goulet observe depuis des années la trajectoire singulière de l’or et de l’argent. « Quand le casse-tête économique, financier et géopolitique devient d’une complexité inouïe, l’or redevient central », explique-t-il d’emblée, rappelant que ce métal demeure « la seule devise qui ne s’imprime pas ». L’entretien retrace l’histoire longue de l’or, depuis son rôle fondateur dans les systèmes monétaires jusqu’à la rupture de 1971, lorsque les États-Unis mettent fin à l’étalon-or. Goulet souligne à quel point cette décision a transformé notre rapport à la monnaie : « Le papier-monnaie tend toujours vers sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire zéro », rappelle-t-il en citant Voltaire. Dans un monde dominé par l’endettement souverain et les monnaies dites fiat, l’or conserve selon lui une singularité : « Tout l’or produit depuis des milliers d’années existe encore quelque part ». La volatilité des marchés, la défiance envers les obligations, l’achat massif d’or par les banques centrales et l’envolée spectaculaire de l’argent sont aussi au menu de cette conversation qui intéressera tous les investisseurs. « Depuis quelques années, l’or a plus que doublé, et le silver a littéralement quadruplé », observe Sylvain Goulet, qui y voit moins une spéculation qu’un symptôme. « Ce n’est pas seulement de la peur, c’est l’opacité du monde qui se reflète dans le prix de l’or ».
17 « Il faut comparer le Moyen-Orient depuis le 7 octobre 2023 à un jeu de dominos. On a balancé la première pièce et après on a eu tout un engrenage d’événements. » Entretien avec la journaliste Maya Khadra
Spécialiste reconnue du Proche et du Moyen-Orient, chroniqueuse régulière sur les plateaux d’information et professeure en communication à Paris, Maya Khadra répond à mes questions pour éclairer l’un des foyers géopolitiques les plus instables du moment : l’Iran. Alors que l’actualité régionale connaît de profonds bouleversements depuis le 7 octobre 2023, elle propose une lecture rigoureuse de la République islamique, de ses réseaux d’influence et des fragilités internes du régime. « Ce que nous vivons depuis le 7 octobre, c’est un véritable séisme régional, bien au-delà d’Israël et de Gaza », résume-t-elle d’entrée de jeu. Maya Khadra revient sur les fondements idéologiques du régime iranien, nés de la révolution de 1979, et sur la mécanique d’exportation de la révolution islamique, de Beyrouth à Sanaa, de Damas à Bagdad. Elle explique comment l’Iran a bâti un empire d’influence politique, militaire et financier, souvent sous-estimé en Occident, mais aujourd’hui fragilisé. « L’Iran a péché par orgueil. Il s’est cru intouchable », affirme-t-elle, évoquant l’affaiblissement des proxies iraniens, la chute de Bachar al-Assad et les effets cumulés des sanctions internationales.
18 « L’école ne permet pas l’émergence de l’intelligence, l’école est un instrument d’idéologie. » Entretien avec le philosophe Michel Onfray
19 « Le plus gros risque mondial aujourd’hui, ce ne sont pas les changements climatiques, ce sont les déplacements de populations. » Entretien avec le fondateur de GardaWorld Stéphan Crétier
À la tête de GardaWorld, géant mondial de la sécurité comptant plus de 130 000 employés et générant plus de 8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, Stéphan Crétier évolue au carrefour du renseignement, de la protection et du pouvoir. Parti de presque rien, devenu milliardaire sans jamais, dit-il, avoir « pensé le succès en termes de dollars », l’entrepreneur québécois décrit un monde où la sécurité est désormais globale, intégrée, et profondément marquée par l’intelligence artificielle. « La sécurité, aujourd’hui, est holistique », affirme-t-il, évoquant aussi bien la protection des infrastructures que celle des grandes fortunes, des chaînes d’approvisionnement ou des zones de crise. Au cœur de l’entretien, Crétier dévoile les coulisses d’une industrie où l’anticipation est devenue la clé. Grâce à des outils d’IA développés notamment en partenariat avec Palantir, son groupe mise sur une « intelligence anticipative » capable de cartographier les vulnérabilités et de prévoir les risques avant qu’ils ne surviennent. « La réponse est probablement oui », concède-t-il lorsque Stéphan Bureau évoque Minority Report et la possibilité de prévenir certains crimes avant leur commission. Mais cette puissance prédictive pose aussi un vertigineux dilemme démocratique. Plus personnel, l’échange se conclut sur le parcours intime de Crétier : fils d’immigrants européens, marqué par la précarité, la mort précoce de son père et la fragilité des services publics. Sa réussite s’est construite dans une logique de survie autant que d’ambition. « On a le choix de lire le menu ou d’être au menu », résume-t-il, décrivant un monde qu’il juge « prédatorial », où l’Occident vit désormais retranché, assiégé, tandis que les inégalités de protection et d’accès aux soins explosent. Un constat lucide, parfois brutal, sur la sécurité comme nouveau révélateur des fractures contemporaines.
20 « Le crime organisé veut exercer le pouvoir à distance ». Entretien avec Jean-François Gayraud, commissaire général de la police nationale
Commissaire général de police, ancien membre de la cellule de coordination du renseignement à l’Élysée, aujourd’hui directeur de l’Académie du renseignement, Jean-François Gayraud revient au micro de Contact pour explorer la face cachée du crime organisé. Auteur du récent Les sociétés du silence, il propose une lecture dérangeante mais lucide d’un monde criminel qui prospère d’abord sur l’invisible. Pour lui, l’angle mort majeur de notre compréhension n’est ni la violence, ni l’argent, mais le mutisme : « Ce qui est silencieux, ce qui est invisible… on ne le combat pas, tout simplement. » Au fil de l’échange, Gayraud déconstruit les illusions médiatiques et politiques entourant mafias, cartels et crimes en col blanc. Il rappelle que l'hyper-visibilité — comme celle de la « DZ mafia » marseillaise — ne représente souvent qu’une distraction. L’essentiel, dit-il, se joue ailleurs : dans des organisations matures qui préfèrent l’influence à la brutalité, la compromission à la terreur, la discrétion à la gloire. « Les territoires où le crime organisé devient hégémonique transforment les citoyens en sourds et en muets », explique-t-il, évoquant ces zones grises où souveraineté politique et pouvoir criminel s’enchevêtrent. L’entretien se fait plus large, plus sombre aussi, lorsqu’il aborde les dérives systémiques : la puissance réelle des cartels, les liens anciens entre États et mondes interlopes, l’usage stratégique du silence dans la finance comme dans la géopolitique. Sans paranoïa, mais sans naïveté, Gayraud rappelle que ces forces savent infiltrer, corrompre, se déguiser. Pourtant, il conserve une foi intacte dans l’État de droit : « J’ai toujours foi en mon église », dit-il, convaincu que la connaissance doit précéder l’action et que la lucidité demeure la seule voie pour « regarder derrière les apparences ». Une conversation dense, grave et éclairante sur ce qui se voit… et surtout ce qui se tait.
21 « On n’a pas besoin que vous soyez intelligent. Tout ce qu’on veut, c’est que votre temps de cerveau disponible soit présent le plus longtemps possible sur la plateforme. » Entretien avec l’économiste et essayiste Olivier Babeau
Olivier Babeau - essayiste, économiste, président du think tank Sapiens - déploie une réflexion ambitieuse sur le monde qui vient, dans la continuité de ses ouvrages La tyrannie du divertissement et Ne faites plus d’études. D’entrée de jeu, il raconte comment la révolution technologique bouleverse la hiérarchie traditionnelle des valeurs : « L’intelligence, qui était le truc le plus rare, est devenue une commodité », résume-t-il. Cette bascule affecte profondément l’école, le travail, l’accès à la compétence et la structuration des élites. Babeau avance une thèse dérangeante : l’IA ne bouleverse pas seulement l’économie, elle menace de transformer l’humain lui-même. Héritiers d’un « cerveau de chasseur-cueilleur » mal adapté au déluge technologique moderne, nous sommes vulnérables à la sédentarité cognitive et à l’économie de l’attention, qui « fabrique des crétins » en exploitant nos réflexes neurobiologiques les plus archaïques. Entre ceux qui utiliseront les technologies comme levier d’ascension et ceux qui s’y abandonnent comme à une prothèse, il voit se dessiner « deux humanités » : l’une disciplinée, l’autre happée par l’immédiateté. Enfin, l’auteur pointe la fragilisation des sociétés démocratiques, notamment par la surproduction d’élites diplômées mais sans débouchés, source d’amertume et de tensions explosives. L’université, selon lui, traverse une crise existentielle : massifiée, coûteuse, déconnectée. « Il n’y a plus d’excuse au fait de ne pas savoir », dit-il, rappelant que la connaissance est désormais à un clic de distance. Face à ce monde où les machines feront toujours mieux que nous, Babeau plaide pour un retour aux humanités, à l’esprit critique et à la formation d’un individu capable non seulement d’apprendre, mais de juger : car « la vraie valeur ajoutée, demain, ce sera de savoir aller plus loin que la machine ».
22 « Quand les mœurs s’effondrent, les lois se multiplient » Entretien avec le sociologue Mathieu Bock-Côté
Au cours de l’entretien, Mathieu Bock-Côté revient sur son installation en France et sur la manière dont cela a fait évoluer son rôle intellectuel. Il explique avoir quitté l’enseignement universitaire pour s’engager pleinement dans le débat public, se décrivant désormais comme un « éditorialiste engagé » dans un moment qu’il juge déterminant pour l’histoire politique française. Nous serions en train de vivre aujourd’hui la fin du cycle ouvert en 1989 avec la chute du mur de Berlin et l’entrée dans une nouvelle époque où les questions nationales et identitaires redeviennent centrales. MBC analyse la montée des mouvements qualifiés de « populistes » en Occident, non pas comme une dérive radicale, mais comme une « révolte » populaire contre un ordre politique qui cherche à se maintenir. À ses yeux, les élites institutionnelles perçoivent ces mobilisations comme des menaces à contenir plutôt que comme des expressions légitimes du débat démocratique. Dans certains pays, l’architecture juridique et administrative tendrait même à empêcher l’alternance politique réelle, ce qui alimente encore davantage la défiance citoyenne. Enfin, il aborde la situation québécoise et la possibilité d’un retour de la question de l’indépendance dans un contexte international en mutation. Il estime que la conjoncture pourrait créer une « fenêtre d’opportunité » pour le mouvement souverainiste, notamment parce que certains acteurs politiques américains pourraient y voir un intérêt géopolitique. Pour lui, cette hypothèse s’inscrit dans un mouvement plus global de « réveil des peuples » face à une crise du modèle politique occidental.
23 « C’est comme si depuis 40 ans, nos dirigeants voulaient installer l’instabilité. Ils appellent ça fluidité, mobilité, flexibilité, et ça empêche les gens de dormir la nuit. » Entretien avec l'homme politique français François Ruffin
François Ruffin est à ranger dans la catégorie des politiques atypiques. Homme de gauche, il refuse de se faire épingler une étiquette. Après avoir marché aux côtés de Jean-Luc Mélenchon chez les Insoumis, il a rompu le cordon, incapable peut-être de se soumettre aux diktats d’un chef. Journaliste devenu député de la Somme, fondateur du journal Fakir et réalisateur de Merci Patron, François Ruffin rappelle d’emblée d’où il vient : un territoire meurtri par les délocalisations et longtemps ignoré par les médias. « Il est certain que je suis né par la critique des médias, moi », dit-il, en évoquant ces années où « je voyais partir les usines de chez moi […] et on n’en disait rien ». C’est ce silence qui l’a poussé à créer son propre journal et à adopter un regard frontal sur la réalité sociale : « Je suis rentré dans le journalisme par ce que j’ai considéré comme étant un mensonge par omission, un mensonge géant par omission. » Au fil de l’entretien, Ruffin laisse aussi apparaître un territoire plus intime : celui d’un homme façonné par l’expérience de l’humiliation. « Je ressens vachement fort l’humiliation… j’ai comme des antennes qui vibrent à l’humiliation », confie-t-il. Cette sensibilité devient chez lui un ressort politique majeur, qui donne son sens à son travail de représentation : « Représenter ceux qui ne sont pas représentés. » Une mission qui s’enracine dans sa propre histoire familiale et dans ce qu’il appelle son « cœur à gauche ». Ruffin décrit la mondialisation comme la grande fracture politique du dernier demi-siècle : « La mondialisation trace comme un fil à couper le beurre entre les vainqueurs et les vaincus. » Il reproche à la gauche d’avoir fermé les yeux sur cette réalité et d’avoir manqué de courage : Elle « a nié ces enjeux », laissant aux populismes de droite le soin de capter la colère.
24 « Je pense que d’une manière inconsciente, je me suis auto-saboté. » Entretien avec Guillaume Lemay-Thivierge
Three strikes and you're out. Trois prises. « J’ai été tassé complètement de mon milieu artistique, de ma vie de travail, je n’ai plus eu accès à absolument rien. » Guillaume Lemay-Thivierge a été retiré au bâton et envoyé directement aux douches, avec l'ordre de ne plus se présenter sur le terrain. C'était en mars 2024. Après avoir refusé de se faire vacciner, l'interruption d'un Gala des Gémeaux et la publication d'un post qui se voulait « drôle » sur ses réseaux où il enlace un bouleau sur lequel est gravé le mot « nègre », le populaire comédien est annulé. Canceled. Ses excuses et son explication ne passent pas la rampe. Dix-neuf mois plus tard, il accepte, pour la première fois, de répondre à toutes les questions, sans faux-fuyants. « Je pense que d’une manière inconsciente, je me suis auto-saboté. » Une rencontre où je lui expose mes doutes — j'en ai —, et qui révèle une histoire, avec ses nombreux rebondissements, beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît.
25 « Les femmes veulent un homme gentil et simple 28 jours dans le mois, et trois jours dans le mois, un tueur » Entretien avec l’écrivaine Nancy Huston
Dans cet entretien, Nancy Huston revient sur la réception houleuse de son plus récent essai, Les Indicibles, accusé par certains milieux néo-féministes d’essentialisme. Huston y voit pourtant une tentative de réhabiliter la biologie comme composante fondamentale de la condition humaine et des rapports entre les sexes. Selon elle, la négation des différences biologiques entre hommes et femmes empêche de comprendre la réalité des comportements sexuels et des dynamiques de pouvoir, notamment la persistance des violences et des malentendus amoureux. Elle affirme que le désir, loin d’être purement individuel, reste enraciné dans la reproduction et la continuité du vivant. Cette position, qu’elle qualifie de « contre-intuitive » dans un monde hyper-individualiste, s’oppose aux approches culturelles qui, selon elle, ont fini par devenir quasi religieuses. En rappelant la part animale, instinctive et biologique du rapport entre les sexes, Huston plaide pour une lucidité nécessaire afin d’éviter que l’humanité ne se déconnecte complètement du réel. L’écrivaine déplore le boycott médiatique dont son livre a fait l’objet - signe selon elle d’un climat intellectuel où certaines idées ne peuvent plus être discutées sans être disqualifiées. Refusant de répondre à ses détracteurs, Huston affirme que Les Indicibles constitue en soi sa réponse : une défense du dialogue et de la complexité face à une époque qu’elle juge intolérante à la nuance.
26 Le scepticisme opportuniste : « Puisque je ne sais pas ce qui est vrai ou faux, autant croire ce qui m’arrange » Entretien avec le sociologue Gérald Bronner
À l’heure de l’intelligence artificielle et de la prédominance des réseaux sociaux, il devient de plus en plus difficile pour le citoyen de distinguer le vrai du faux dans le monde virtuel. Les théories complotistes et les fake news se multiplient, créant un chaos qui embrouille les esprits au lieu de les éclairer. Alors que nous avons connu beaucoup de « post-vérité » en 2016 lors de la première élection de Donald Trump, le sociologue Gérald Bronner parle dans son livre À l’assaut du réel de « post-réalité ». « Nous vivons dans la même société, mais plus tout à fait dans le même monde », s’inquiète-t-il. Cela a pour effet de fracturer le socle commun, puisque la société se divise non plus sur des opinions, mais sur des faits. Cela dit, le constat n’est pas que négatif. Sur le plan historique, les sociétés devenues trop complexes ont tendance à s’effondrer, et Bronner croit que l’IA pourrait précisément simplifier nos modes d’organisation. Mais saurons-nous utiliser cette technologie intelligemment, pour le bien commun ? En regardant vers les États-Unis, Gérald Bronner s’inquiète de la rapidité à laquelle tout peut s’effondrer et de la manière dont une société peut sombrer dans une forme de tyrannie démocratique. Sommes-nous aussi menacés ?
27 « Normalement, on est capable de faire des prévisions sur 2, 3, 5 ans. En ce moment, quand tout peut changer avec un tweet, il faut reconnaître qu’il y a une incertitude qu’on n’a jamais connue. » Entretien avec l’économiste et prévisionniste François Trahan
28 « Les populistes parlent au peuple, et ceux qui ne parlent pas au peuple semblent décontenancés à l’idée que le peuple existe » Entretien avec le professeur de criminologie Alain Bauer
Alain Bauer propose une lecture critique de l’histoire française et de la géopolitique mondiale. Selon lui, la France n’a jamais connu de transformations politiques majeures sans violence. De la Révolution française à Mai 68, en passant par la décolonisation, l’État n’a jamais négocié avant que la contestation ne devienne irréversible. « L’État a peur de la négociation, il veut se montrer fort », explique-t-il. Cette culture du rapport de force façonne encore aujourd’hui le rapport des citoyens aux institutions et à la politique. Pour Bauer, la violence est souvent, et malheureusement, dans l’histoire inévitable. Elle a permis aux Français de devenir citoyens et de construire une démocratie. Le progrès social, en France comme ailleurs, passe souvent par des crises et des confrontations, plutôt que par des processus doux. Le criminologue se tourne ensuite vers la scène internationale. Le monde est devenu multipolaire, avec le retour ou l’émergence de puissances comme la Russie, la Chine, la Turquie ou l’Iran. La Chine, pour sa part, combine technologie avancée et masse militaire pour démontrer sa puissance, notamment vis-à-vis de Taiwan et des États-Unis. Washington et l’OTAN, en retard sur les technologies militaires comme les drones, peinent à interpréter ces démonstrations de force. Pour Bauer, la diplomatie contemporaine se caractérise par la volonté de gagner plutôt que de négocier, quand comprendre les intentions et l’histoire des acteurs est essentiel pour anticiper les crises. Entre analyse historique et prospective géopolitique, Alain Bauer offre ainsi une réflexion éclairante sur le rôle de la violence, de l’État et des rapports de force dans le monde d’aujourd’hui.
29 « La posture apocalyptique n’a pas de valeur explicative ni analytique ». Entretien avec le géopolitologue Frédéric Encel
Le monde s'embrase, des fronts ukrainiens aux rivalités dans le Pacifique, et la peur d’une escalade totale est devenue un lieu commun. Pourtant, notre invité, le géopolitologue, essayiste et professeur à Sciences Po, Frédéric Encel, coupe court à la panique. Pour lui, la Troisième Guerre mondiale n’aura pas lieu, à court ou à moyen terme, car il manque un facteur fondamental : l’absence d’alliances militaires globales qui pourraient déclencher la logique domino du « syndrome de l’été 14 ». Nous décortiquons, avec sa grille de lecture, les foyers de tension actuels. Encel révèle le danger de ces forces qui, en France comme ailleurs, sont des « forces du chaos », fascinées par l’impérialisme et la violence. Il analyse la guerre en Ukraine, insistant sur le fait que Vladimir Poutine n'agit que par calcul et en prenant de faibles risques. Il pose une dure réalité sur la table : face aux nationalismes irréconciliables en présence, la perspective d'une nation ukrainienne sans la Crimée est une issue incontournable que la diplomatie devra pourtant envisager. Cette leçon de clarté s'étend jusqu'aux derniers plans de paix à Gaza. Frédéric Encel compare la « guerre des plans » pour Gaza : tandis que le plan français est davantage un simple « discours » sur la nécessité de deux États, le plan de Donald Trump comporte des propositions « plus concrètes, plus abouties ». Il constate un basculement de l’opinion américaine frappée par les images de destruction à Gaza, mais rappelle la nature « très évanescente » de l’émotion occidentale. Une conversation essentielle pour décrypter un monde où les analyses se succèdent, mais où les fondamentaux, eux, changent si lentement : comme le rappelle Encel, de la bataille de Kadesh à l'ère des drones, « il y a une course permanente vers l’avantage », et jamais vers l'immobilisme.
30 « Nous vivons la période la plus dangereuse de l’histoire de l’Europe et de l’humanité ». Entretien avec le diplomate Vladimir Fédorovski
Le conflit ukrainien dure maintenant depuis trois ans et demi. Alors que les tentatives de médiation échouent et que la guerre s’enlise, une question se pose : et si la lecture occidentale de la Russie était erronée depuis le début ? Notre invité, Vladimir Fédorovski, est un familier des plateaux de télévision en France. Diplômé de l'Institut des relations internationales de Moscou et ancien diplomate soviétique, il a été au cœur des événements, au plus près de Mikhaïl Gorbatchev, au moment de la Perestroïka. Né d’un père russe et d’une mère ukrainienne, ce prolifique auteur, connu pour des livres comme « Le Roman du Kremlin » ou « Poutine, l’itinéraire secret », apporte un éclairage unique. Dans cet entretien, il critique le manque de nuances de plusieurs médias et expose une vérité qui dérange : les relations entre Moscou et Washington n’auraient jamais été aussi tendues que sous la dernière administration Biden. Une discussion sur l’histoire, les dessous de la diplomatie et le futur de la géopolitique.
31 Enfant-roi : « Aujourd’hui, ça peut prendre jusqu’à 35 ans pour devenir adulte ». Entretien avec le chercheur Samuel Veissière
Intolérance à l’endroit de la diversité d’opinion, polarisation, cancel culture : les maux de notre époque viendraient-ils d’un modèle d’éducation défaillant ? Alors que les mots comme « fragilité » et « vulnérabilité » sont devenus des étendards moraux, l’anthropologue et clinicien Samuel Veissière, de retour au micro de Contact pour une deuxième fois, nous invite à un voyage aux origines de notre époque formidable ! Son essai, Homo Fragilis, explore une thèse audacieuse : notre espèce a été façonnée non par la force, mais par le soin et l’interdépendance. Mais cette fragilité, qui a fait de nous une espèce unique, peut aussi se retourner contre nous. Son travail nous pousse à examiner les racines de ce que notre invité appelle la culture de la fragilité, qui s’est élevée sur le terreau d’une jeunesse surprotégée par une « parentalité positive ». Cette approche, qui a troqué l’autorité pour l’écoute, a pu se transformer en un culte de « l'enfant-roi » , incapable de tolérer la frustration. Dans cette dynamique, les rapports de couple s’enlisent dans une « syndicalisation des émotions » et une compétition de la souffrance. C'est dans ce contexte que la détresse masculine émerge comme un sujet brûlant. Au-delà des discours sur le « patriarcat », Samuel Veissière nous force à considérer les racines profondes de cette angoisse, liée à la « jetabilité masculine », où les hommes sont plus nombreux à mourir ou à être sacrifiés. Samuel Veissière est professeur associé au département de psychologie de l’UQAM.
32 Transidentité: «Ouvrir les têtes avant d’ouvrir les corps». Le cri du cœur de l’ex-sexologue Jocelyne Robert
33 « Comment expliquer que les grands projets coûtent trois ou quatre fois plus cher au Québec ? » Entretien avec Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois
Le scandale SAAQclic ne serait-il que la pointe d’un iceberg autrement plus inquiétant ? Près de 15 ans après le début des travaux de la Commission d’enquête Charbonneau, les coûts de construction au Québec inquiètent beaucoup Paul St-Pierre Plamondon. Le chef du Parti Québécois estime qu’il s’agit peut-être de complaisance intentionnelle dans l’attribution des contrats, manière prudente de parler de corruption. Le chef et le PQ trônent dans les sondages depuis plus d’un an et demi alors que la souveraineté qu’il veut mettre au centre de son programme est loin d’obtenir une majorité. L’ambition de Donald Trump de faire du Canada le 51e État américain pourrait-elle favoriser le calcul de PSPP ? Au cours de l'entretien, il aborde les rapports souvent difficiles des politiques avec les médias, réfute l’idée que l’immigration soit la seule solution aux problèmes de main d'œuvre et décrit l’influence de l'Église luthérienne sur sa manière de voir le monde !
34 Mineurs transgenres : « Il y a des modifications cérébrales qui se produisent à la puberté qui n’auront pas lieu pour eux. » Entretien avec l’écrivaine Claude Habib
Avez-vous l’impression de marcher sur des œufs quand vous essayez de faire l’état des lieux dans les rapports entre les sexes ? La tempête #metoo a-t-elle changé durablement et positivement la dynamique entre les hommes et les femmes ? Le mouvement trans est-il allé trop loin ? Poser la question est-il même une transgression, une forme de provocation ? L’auteure et professeure émérite, spécialiste de la littérature du XVIII, Claude Habib n’hésite pas à prendre frontalement les enjeux les plus explosifs de notre époque formidable. Dans son plus récent essai, Le privé n’est pas politique, elle rappelle les risques, grands, de transformer en champ de bataille nos zones de vie privée les plus intimes.
35 « On a besoin plus que jamais de rassembler les Québécois nationalistes pour faire pression sur Ottawa, pour réduire le nombre d’immigrants ». Entretien avec le premier ministre du Québec François Legault
36 « On assiste à quelque chose comme une révolution anthropologique, c’est-à-dire une révolution des repères de l’existence humaine. » Entretien avec le philosophe Marcel Gauchet
37 Suaire de Turin et Sainte Tunique : « Je ne vois pas comment on peut démontrer que ces reliques ne sont pas en correspondance ». Entretien avec l’historien Jean-Christian Petitfils
Jean-Christian Petitfils est un auteur prolifique qui a consacré plusieurs livres aux grands rois de France. Ces dernières années, il s’est intéressé aux Saintes reliques du christianisme, plus particulièrement à la Sainte Tunique d’Argenteuil et au légendaire Saint Suaire de Turin. Ces artefacts font l’objet d’immenses débats dans la communauté scientifique et continuent d’être étudiés par des chercheurs dans tous les domaines. Jean-Christian Petitfils est lui convaincu, il n’y a plus aucun doute : les recherches démontrent que ces reliques sont authentiques, et prouveraient l'existence historique de Jésus. Le suaire de Turin et l’image imprimée que l’on découvre à la faveur des premières photos faites en 1898 est indiscutablement un des mystères les plus intrigants qui est posé à la science.Petitfils reconnaît volontiers qu’il est un homme de foi mais refuse que celle-ci ait pu contaminer son travail d’enquêteur. « Je vous ai dit, pour moi, ce n’est pas une question de foi, c’est une question d’enquête historique et scientifique. Et là, je ne vois pas comment on peut démontrer que ces 3 reliques ne sont pas en correspondance, d’abord, et puis ces 3 reliques n’ont pas été en contact avec un seul homme. »
38 Métropoles du XXIème siècle : « Des espaces homogènes socialement où les catégories modestes n’ont plus leur place ». Entretien avec le géographe Christophe Guilluy
Christophe Guilluy alerte depuis plusieurs années du danger de fracture qui sépare les gens « d’en bas » et les gens « d’en haut ». Il ne faut plus chercher à gauche ou à droite les réponses aux crises qui traversent nos fragiles démocraties. Les classes populaires, partout, se sont affranchies de ces vieilles étiquettes politiques qui ne les représentent plus. Les vrais frontières politiques sont d’abord inscrites dans la géographie, le territoire, qui oppose les villes à ce que Guilluy appelle la périphérie. « Les cartes, en France, mais aussi en Europe occidentale, quand vous les regardez bien, elles tendent toujours à survaloriser les très grandes villes, les métropoles, et à invisibiliser le reste. C’est cette idée qui est rentrée dans la tête de la technostructure et la bourgeoisie d’aujourd’hui: la population, les classes populaires n’existent plus. » Dans un essai très prophétique, La France périphérique, paru en 2014 , Christophe Guilluy donnait déjà les clés pour comprendre le monde qui se dessine depuis quelques années. Toute la classe politique française avait salué l'acuité de son diagnostic … sans jamais en prendre acte. Le mouvement des camionneurs pendant la crise du Covid au Canada ou les Gilets jaunes en France n’étaient que les symptomes annoncés d’un conflit plus violent que le géographe pense, malheureusement, inévitable entre les élites métropolitaines, donneuse de leçons, et le monde d’en bas, celui de la périphérie. Christophe Guilluy publiait cet hiver Metropolia et Périphéria, un voyage extraordinaire.
39 « Hong Kong, ce sera beaucoup plus gros que Wall Street dans 20 ans » Entretien avec Charles Gave, fondateur de l’Institut des libertés.
40 Trump contre le reste du monde : « La loi du plus fort, ça peut prendre la forme d’une guerre commerciale, ça peut prendre la forme d’une guerre. » Entretien avec Olivier Blanchard, économiste
41 Crise climatique : « On est dans un syndrôme de l’autruche complet » Entretien avec Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes
Marine Tondelier, « l’autre Marine » de la vie politique française, est la Secrétaire nationale des Écologistes depuis décembre 2023. Pugnace et animée d’un redoutable sens de l’humour, la femme à la veste verte ne risque pas de la retourner sur les grands enjeux qui l’animent ! Le monde serait à un point de bascule, l’avenir des plus jeunes directement interpellé. « Les enfants qui naissent cette année, personne ne peut leur garantir que la planète sera encore habitable dans 30 ans. Ce qu’on prépare à nos enfants, c’est une planète à +4 degrés en 2100. » Dans cet entretien la dame en vert revient sur son parcours personnel et défend ce combat politique, existentiel. « Sur les neuf limites planétaires, il y en a déjà six, voire sept qui sont déjà dépassées. Et ces limites planétaires, elles sont irréversibles. C’est comme quand une espèce disparaît, alors une espèce en voie de disparition, on peut parfois arriver à la régénérer, une espèce disparue, elle est disparue. Jurassic Park ça n’existe que dans les films ! » Faut-il interdire la consommation de viande pour sauver la planète ? Les fameuses Zones à Faibles Émissions sont-elles une bonne idée pour réduire la pollution ? L’entente de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada doit-elle être ratifiée par l’Assemblée nationale ? Marine Tondelier répond à toutes ces questions et à beaucoup d’autres dans cet entretien mené… au grand galop !
42 « Je suis complètement perdu sur cette Terre, c’est d’ailleurs pour ça que j’écris. » Entretien avec l’écrivain Frédéric Beigbeder
Frédéric Beigbeder ne fait pas consensus, c’est le moins qu’on puisse dire. Il refuse cependant l’étiquette de provocateur. Chroniqueur littéraire au Figaro, il est l’auteur de plusieurs romans qui lui ont valu la réputation d’écrivain polémique, au style caustique. Reconnu pour son image de fêtard, il dit aujourd’hui préférer le silence des monastères. La fête permanente n’était-elle donc qu’une fuite ? Beigbeder confie ses prises de conscience des dernières années, qui l’amènent à réfléchir à sa génération et à notre époque. Derrière cette expression de « drague à la française » aux allures de licence, il tente de penser la séduction à l’ère post-Me Too. Exercice audacieux après avoir été accusé d’agression sexuelle, une affaire classée sans suite par la Justice française. « C’est un rééquilibrage nécessaire, il faut maintenant que les femmes prennent le pouvoir », dit-il. Il y a quelques années, il publiait Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé, un livre qui a déclenché une très violente campagne pour le faire taire. Intimidations, manifestations, sa maison familiale a même été taguée alors que ses enfants y dormaient. C’est à ce moment qu’il prend la pleine mesure du danger de la cancel culture, qu’il assimile à une forme de totalitarisme. Frédéric Beigbeder vient de publier Un Homme seul, portrait impudique et très émouvant de son père distant.
43 « Les grandes saloperies dans l’histoire humaine se font presque toujours au nom du bien. » Entretien avec l’écrivain Alexandre Jardin
Alexandre Jardin a d’abord bâti sa réputation avec des romans qui ont rapidement conquis un vaste public. De Bille en tête, en passant par Le Zèbre, Le Zubial ou encore L’Île des gauchers, le prodige des lettres françaises accumule les succès. Le jeune premier de la littérature a cependant fait place, depuis 2015, au citoyen engagé. Une sortie côté cour pour revenir à Jardin ! Il s’engage dans l’aventure politique, par le haut, en tentant de recueillir les 500 signatures de parrainage requises pour se présenter aux élections présidentielles. L’opération n’aboutit pas mais marque un changement pour Alexandre Jardin. Émancipé du « mépris de classe » d’une certaine élite parisienne, il part à la rencontre du peuple français.Il s’intéresse aux injustices qui frappent les gens d’en bas, et s’engage auprès de ces oubliés, les « gueux ». « Cela fait assez longtemps que je vois fonctionner ce système assez déconnecté avec un peuple qui va de plus en plus vers les extrêmes et qui se radicalise, parce que les gens sont en colère. On les traite de nazis, ils ne le prennent pas très bien, dans la réalité c’est pas ça, c’est une colère, une vraie colère. » Une colère qui pourrait s’accélérer avec la création de Zones à Faibles Émissions et rendra bientôt plusieurs villes inaccessibles aux voitures jugées trop polluantes. Une mesure vertueuse, verte, qui pénalise des millions de Français parmi les plus pauvres, incapables de changer de voiture pour adhérer aux nouvelles règles. De la discrimination sociale au nom de la menace écologique. Cherchez l’erreur.
44 « C’est presque louche de ne pas être traité de fasciste de nos jours. » Entretien avec Jean Birnbaum, journaliste et essayiste
Jean Birnbaum est journaliste et dirige depuis 2011 le Monde des livres, supplément hebdomadaire du journal Le Monde. Homme de gauche, il s’interroge sur la place de la nuance dans nos sociétés polarisées, tout particulièrement dans les médias qui ne sont pas les arbitres neutres du débat. L’heure est aux injonctions, nous sommes sommés de choisir notre camp. Dans les guerres idéologiques qui nous déchirent, on ne prend pas de prisonniers ! Quelle place alors pour réfléchir avec nuance ? Peut-on même prendre le risque de penser contre soi pour essayer de mieux comprendre l’autre ? Dans notre entretien, Jean Birnbaum reconnaît volontiers qu’il a lui-même succombé à cette tentation dans son travail au Monde des livres. C’est peut-être cette appréhension de ses propres angles morts qui lui donne envie d’écrire Le courage de la nuance en 2021. Un livre qui invitait au dialogue alors que nous étions à couteaux tirés depuis plusieurs mois en raison de la pandémie. « La nuance, c’est tout sauf de la tiédeur. C’est une capacité à être mobile, à bouger par rapport à ses propres préjugés, à ses propres idéologies, à remettre du jeu dans ses arguments, dans sa vie. » En 2023, il publiait Seuls les enfants changent le monde, aux éditions du Seuil, un essai sur le pouvoir miraculeux de la naissance d’un enfant dans l’existence de ceux qui choisissent d’en faire. Face à une génération réticente à l’idée de fonder une famille, Birnbaum plaide pour l’intrusion subversive de la vie !
45 « Le rôle d’un diplomate c’est de parler avec des gens qui ont du sang sur les mains ». Entretien avec le journaliste Régis Le Sommier
Régis Le Sommier est journaliste, grand reporter, longtemps au service de Paris Match dont il a aussi été le rédacteur en chef adjoint avant d’en être congédié en 2021. Un désamour entre lui et l’équipe éditoriale qui s’amorce, peut-être, après avoir décroché un entretien exclusif, un scoop dans le jargon, avec le président syrien, Bachar al-Assad. Le journaliste aurait été trop complaisant avec un dictateur qui avait du sang sur les mains. Ce qui m’a surpris, et je vous le dis du fond du cœur, c’est de m’en prendre autant plein la figure simplement pour avoir tendu un micro à un dictateur. Je n’ai jamais, dans mes questions, été d’une quelconque façon indulgent avec Bachar al-Assad. J’ai cherché à comprendre les motivations du personnage pour mener l’action qu’il menait. Au lieu de juger les réponses de Bachar al- Assad, ou de les critiquer, certains confrères, mais aussi des politiques, s’en sont pris à moi. Le vers était probablement dans le fruit. La suite du parcours de Le Sommier le mène à animer son propre média, Omerta, un nom en forme de programme. Une certaine loi du silence serait-elle une règle tacite du métier de journaliste ? Régis Le Sommier semble poser la question. Se portant à la défense d’un journalisme qui écoute les points de vue de tous les camps, on l’a accusé plus récemment d’être pro-russe. Un passage au média Russia Today n’a certainement pas contribué à faire taire ceux de ses collègues qui ont instruit son procès. Au cours de sa longue carrière, Régis Le Sommier a couvert de nombreuses guerres, en Irak, en Afghanistan, en Syrie, et en Libye, entre autres. Il est l’auteur de plusieurs livres. Le plus récent, Qui est le diable, l’autre ou l’Occident ? vient de paraître aux éditions Max Milo. Il pose une question importante: Si l’ennemi d’aujourd’hui est l’ami d’hier, peut-il redevenir un ami demain ?
46 « Avant 68, on pensait que l’individu devait quelque chose à la société. Après 68, on pense que la société doit quelque chose à l’individu. » Entretien avec l’historien et journaliste Jean Sévillia
47 « Nous avons le plus grand mal à trouver des solutions complexes à des problèmes complexes ». Entretien avec le professeur et essayiste Alain Bauer
48 Intelligence artificielle « Quasiment tous les emplois peuvent être remplacés, maintenant » Entretien avec le philosophe et essayiste Luc Ferry
49 « Si le client est roi, et si nous sommes tous des clients rois, il faut une armada d'esclaves pour nous servir ! » Entretien avec le sondeur Jérôme Fourquet
Jérôme Fourquet est une référence connue de tous en France pour comprendre les grandes mutations de la société au fil des quarante dernières années. Directeur à l’LFOP, expert en sondages, le pays n’a plus de secret pour lui : il s’intéresse aux changements de valeurs, de culture, à l’économie et aux mutations politiques. État des lieux : La France, comme plusieurs grands pays occidentaux, est déconnectée de son histoire et de sa culture, d’où son expression de France « hydroponique », à l’image de ces cultures hors-sol qui uniformisent le goût des aliments. Le nouveau clivage de notre temps, pour Jérôme Fourquet, c’est celui qui oppose les gagnants et les perdants de la mondialisation. Écoeurés d’être méprisés par les premiers, les seconds se rebellent en mettant au pouvoir des candidats et des partis qui choquent les élites des grandes villes. Mais avec quelles conséquences ? Et à quel prix ? En octobre dernier, Jérôme Fourquet publiait Métamorphoses françaises.
50 « Dès qu’on parle de la question des étrangers et qu’on dit qu’il faut réguler l’immigration, on est mis sur un plan moral et non sur un plan politique. » Entretien avec l’essayiste Vincent Coussedière
51 « Pour rester en santé, il faut cultiver une légère paranoïa, un peu de mégalomanie, un soupçon d’hypocondrie et ne pas exclure d’être mythomane un chouia aussi. » Entretien avec l’auteur, économiste et ancien conseiller d’État Jacques Attali.
52 « On a toujours un peu méprisé les Russes, on a pensé qu’ils allaient vite s’effondrer » Entretien avec le géopolitologue Pascal Boniface
53 « Dans le groupe élitaire il devrait y avoir des oppositions, et il n’y en a pas, puisque ce sont les mêmes qui occupent toutes les places. » Entretien avec le journaliste d’investigation Vincent Jauvert
Les histoires d’espionnage passionnent depuis toujours. On ne compte plus les monuments culturels qui mettent au cœur de leur histoire des affaires d’espionnage : les James Bond, Jason Bourne, Tintin, et compagnie. Pourtant, l’espionnage n’est pas qu’une affaire de fiction, ni chose du passé. Vincent Jauvert est journaliste d’investigation au Nouvel Observateur et couvre depuis plus de vingt ans les histoires d’espionnage et les scandales aux sommets de l’État. Auteur de nombreux livres, il signe en mars dernier À la solde de Moscou, une enquête menée dans les archives du renseignement tchèque qui révèle le grand nombre de personnalités françaises a avoir trahi pendant la guerre froide. Le journaliste s’intéresse aussi aux élites administratives françaises qu’il juge complètement déconnectées du peuple d’en bas : « Si vous commencez tout en haut, vous employez le vocabulaire de ceux qui sont tout en haut, et vous ne comprenez pas ceux qui sont tout en bas, parce que vous ne l’avez jamais été. Ça rend idiot. » Entre révélations sur le monde de ceux qui nous espionnent et réflexions fines sur les élites politiques d’aujourd’hui, Vincent Jauvert nous livre une entrevue passionnante pour appréhender le monde d’aujourd’hui.
54 « Une société où tout le monde est toujours d’accord, c’est une société qui crève. Vous faites de la peine à personne, mais il ne se passe plus rien. C’est la mort. » Charles Gave, fondateur de l’Institut des libertés, auteur et investisseur
Les Américains pourraient-ils perdre le contrôle de leur propre monnaie ? Donald Trump et son équipe hors norme vont-ils casser Washington et la manière de gouverner ailleurs en Occident ? Le chaos est-il à nos portes ? « L’histoire de l’humanité depuis le début du capitalisme, c’est à peu près 70 ans de stabilité, 30 ans de merdier. On est bien rentré dans les 30 ans de chaos. Et c’est là où on se marre le plus, pour les gens qui aiment la liberté. Il est simplement l’expression de gens qui trouvent que l’État s’est imposé d’une façon tellement insupportable qu’ils préfèrent le voir disparaître et retrouver leur liberté que de rester avec les contraintes précédentes. » Charles Gave, fondateur de l’Institut des libertés, auteur et investisseur est de retour à Contact pour jeter un coup d'œil rétrospectif sur l’année 2024.
55 Colère des peuples: « Je n’ai pas envie que ça se termine avec des têtes au bout des piques. » Entretien avec la journaliste Natacha Polony
56 Chute du régime de Bachar Al-Assad : « Le gouvernement syrien a été informé déjà il y a quelques semaines de cette attaque. » Entretien avec le colonel Jacques Baud, spécialiste des conflits et du renseignement
Changement de régime en Syrie: quel rôle ont joué la Turquie, les États-Unis et Israël dans cette chute accélérée après 13 ans d'une violente guerre civile ? L'Iran est-elle aujourd'hui la prochaine cible dans le collimateur des puissances qui font la lutte au fameux axe de la résistance ? Le colonel Jacques Baud, analyste stratégique, a accepté de venir compléter l'entretien que nous avions réalisé la semaine dernière, avant la chute de Bachar Al-Assad !
57 « Quand vous regardez a posteriori tout ce qu’on a entendu sur les différents conflits qu’on a eus, dans nos médias traditionnels, on nous a menti pratiquement sur tout. » Entretien avec Jacques Baud, spécialiste du renseignement et des conflits.
De retour à Contact, un des invités les plus plébiscités de notre podcast, Jacques Baud. Un entretien qui sera présenté en deux volets pour permettre une mise à jour depuis notre enregistrement, le vendredi 6 décembre à Paris. La chute rapide et surprenante du régime de Bachar Al-Assad pendant la fin de semaine annonce de profonds bouleversements au Proche-Orient que nous avions commencé à esquisser sans penser que l'effondrement était si proche. Un deuxième épisode, complémentaire, sera mis en ligne à la fin de la semaine. En première partie, nous revenons en détail sur le conflit en Ukraine et les possibles pistes pour arriver à une entente de paix. Jacques Baud se dit convaincu que Vladimir Poutine ne se contentera pas d'un simple cessez-le-feu, quoi qu'en pense le président Trump, et n'arrêtera donc pas les hostilités sans avoir obtenu de solides garanties. Contrairement à ce qui est beaucoup écrit dans nos médias, il doute de la présence de milliers de soldats nord-coréens bataillant aux côtés des forces russes. Baud est d'ailleurs d'avis que les médias mentent, très souvent, dans leur couverture du conflit. La reprise accélérée des combats contre le régime syrien depuis 10 jours serait selon lui l'ouverture d'un nouveau front de la guerre en Ukraine. Un front où la Turquie, membre de l'OTAN, appuie des forces qui se trouvent sur la liste d'organisations terroristes selon les États-Unis ! Nous revenons aussi sur les opérations militaires israéliennes à Gaza et au Liban. Jacques Baud a travaillé au renseignement militaire suisse, aux Nations Unies, à l'OTAN et est l'auteur de plusieurs livres.
58 Mission impossible ou mission divine ? L’aventure de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Entretien avec l’architecte en chef des monuments historiques, Philippe Villeneuve
59 « Les européens sont dans un suicide collectif ». Entretien avec la présidente d’Identité-Libertés Marion Maréchal.
Marion Maréchal a longtemps été précédée de son patronyme, Le Pen. Un nom qui annonçait peut-être le programme ? En 2012, à 22 ans, elle devient la plus jeune députée de l’histoire de la Cinquième République, élue sous la bannière du Front National, parti fondé par son grand-père, Jean-Marie Le Pen. Après une pause politique de quelques années, la jeune femme remonte dans le ring aux côtés d’Éric Zemmour lors des présidentielles de 2022. Elle est députée au parlement européen depuis juin 2024, en froid avec Zemmour dans la foulée de cette élection et à la tête d’un nouveau parti, identité-libertés, qu’elle fondait cet automne. Si elle ne partage pas avec sa tante Marine une même vision de tous les enjeux politques, elle est inflexible sur la nécessité de fédérer à ses côtés les forces de droite pour gagner le pouvoir. Qu’on se le tienne pour dit, Marion Maréchal ne fait pas de politique pour occuper les banquettes de l’opposition ! Dans cet entretien atypique, la cheffe de parti accepte de revisiter son histoire personnelle, un exercice qu’elle préfère normalement éviter. Prétexte pour mieux comprendre aussi sa vision de la France et des enjeux qu’elle estime ne plus être simplement politiques mais existentiels pour le pays !
60 « Je n’aurais jamais imaginé voir la démocratie américaine menacée. » Entretien avec l’essayiste et conseiller politique Alain Minc
Alain Minc est un familier du pouvoir, au plus haut sommet. Assez pour consacrer à son exercice un Dictionnaire amoureux ! Depuis plus de quarante ans, celui qui a été l’apôtre enthousiaste de la mondialisation heureuse chuchote à l’oreille des princes de notre époque. Il préfère dire qu’il a, à l’occasion, laissé « sa petite crotte » à l’Élysée ! Il publie cet automne Somme toute, son 47ème ou 48ème livre ? « Je ne me souviens plus ! ». Ce livre de souvenirs esquisse un premier bilan de sa vie et de son action, avant qu’il ne se retrouve en « période de prolongation ». L’heure n’est pas encore aux Mémoires pour le jeune homme de 75 ans ! Au cours de l’entretien, Alain Minc s’inquiète pour l’avenir de la démocratie aux États-Unis, un danger qu’il admet ne pas avoir anticipé. Les conséquences des politiques Trump pourraient être considérables sur le système judiciaire, la sécurité mondiale et risquent de raviver l’inflation. Il estime par ailleurs que la France est aujourd’hui profondément affaiblie et qu’elle risque une crise financière qui pourrait forcer Bruxelles à imposer des arbitrages douloureux. Attention danger, les prochains mois ne seront pas un jardin de roses !
61 « C’est aujourd’hui le retour des murs, des frontières, de barbelés, et je dirais en terme de dirigeants, c’est le retour des mâles alphas du troupeau » Entretien avec Éric Danon
Le conflit israélo-palestinien exacerbe les passions. La tragédie qui frappe ne laisse personne indifférent, avec raison. Pour mieux en comprendre la complexité, nous recevons Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël de 2019 à juillet 2023. Le diplomate connaît bien les protagonistes et dresse le portrait d’une guerre où il propose de ne plus employer le mot solution pour décrire les possibles éléments de convergence entre eux. Un choix sémantique pour préparer les esprits au temps long, nécessaire à la paix. Danon estime que les protagonistes n’ont pas en ce moment, et depuis longtemps déjà, de réel intérêt à s’entendre. Il n’hésite pas à rappeler une conversation avec un diplomate algérien qui décrivait les Palestiniens comme les idiots utiles d’un monde arabe qui les instrumentalise depuis des décennies pour faire unité. Une sorte de ciment idéologique à rabais pour compenser les profondes divergences qui les divisent. Au menu de cette conversation, plusieurs questions. L’Arabie Saoudite peut-elle jouer un rôle dans le processus de paix ? Que feront les États-Unis de Donald Trump au cours des prochains mois ? Les institutions internationales comme la Cour pénale internationale, l’ONU et l’UNRWA sont-elles neutres dans ce conflit ? Les frontières, au Proche-Orient, comme en Ukraine, sont-elles dictées par les rapports de force, n’en déplaise à ceux qui aimeraient une moralisation de l’ordre international ?
62 « J’avais envie d’être célèbre, j’avais envie d’être aimé, j’avais envie d’être regardé. » Entretien avec l’humoriste Gad Elmaleh
Gad Elmaleh est indiscutablement un des plus grands humoristes de sa génération. Né au Maroc, il vient « publiquement » au monde sur les planches du Cabaret Juste pour Rire en décembre 1994. Le début de ce qui pourrait ressembler à l’itinéraire d’un enfant gâté. Après des études de théâtre à Paris, le jeune homme ambitieux amorce une carrière qui le mène très rapidement aux plus hauts sommets de l’humour. Un succès qui lui ouvre toutes grandes aussi les portes du cinéma. Le rêve américain ne pouvait pas être très loin ! C’est pendant qu’il bataille pour se faire une place aux États-Unis que Elmaleh est accusé de plagiat, d’avoir piqué des blagues et même des séquences complètes de sketchs. Des « emprunts » faits à des Américains mais aussi à plusieurs humoristes québécois qui n’apprécient pas du tout la méthode. Alors qu’il se prépare à venir célébrer ses trente ans de carrière au Centre Bell, à Montréal, le 11 décembre, Gad Elmaleh accepte de s’expliquer, sans faux-fuyant, sur cette controverse. Un entretien où il parle aussi très librement de sa foi, de son besoin irrépressible d’être aimé et de son regard de juif, sépharade, sur le conflit israélo-palestinien.
63 « L’OTAN n’a pas les moyens de mener une guerre frontale à la Russie » Entretien avec la géopolitologue Caroline Galactéros
Caroline Galactéros est une empêcheuse de penser en rond ! Géopolitologue, ancienne directrice de séminaire à l’École de guerre (Paris), longtemps Colonel dans la Réserve opérationnelle des armées, elle tranche avec le discours ambiant, surtout depuis l’invasion russe de l’Ukraine. Certains aiment dire qu’elle épouse aujourd’hui la propagande de Moscou. Droite dans ses bottes et se disant d’abord « patriote », Galactéros propose une lecture géopolitique débarrassée de la « moraline » qui servirait de cache-sexe aux intérêts américains, et par extension atlantistes. D’un monde unipolaire pendant une quinzaine d’années, nous sommes aujourd’hui entrés dans une dynamique multipolaire, avec des puissances comme la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran et plusieurs autres qui refusent de céder le pas. « Nous sommes dans une crispation, d’un ordre ancien qui meurt, d’une manière absolument flagrante, manifeste. Le monde entier le voit, il n’y a vraiment que nous qui ne comprenons pas que l’ère de l’unipolarité, l’ère de l'hégémonie - américaine - mais avec aussi l’Europe en bon petit soldat derrière, tout ça c’est terminé, le monde a changé ! ».
64 « L’évaluation des médicaments a été complètement abandonnée à l’industrie pharmaceutique ». Entretien avec l’auteur et journaliste Brice Perrier.
65 « J’espère que nous nous « ressaisirons » avant la catastrophe majeure. » Entretien avec l’écrivain et secrétaire perpétuel de l'Académie française Amin Maalouf
Entre la fascination et son « immense inquiétude », Amin Maalouf observe l’état du monde et nous met en garde contre l’évolution du cours de l’histoire. « L’extension à l'infini de la liberté et de la prospérité » aurait une date de péremption pas si lointaine. L'aventure humaine serait au bord d’un précipice, nous révèle l’académicien qui se considère avant tout comme un « rêveur éveillé ». Sans doute la meilleure planche de salut devant la multitude des périls qui nous menacent. Pour la première fois, riche d’un savoir scientifique et technologique inégalé, « l’humanité a la possibilité de résoudre tous les problèmes ». Pourquoi avons-nous si peu d’appétit à le faire, se désole Amin Maalouf. Pour celui qui a fui la guerre au Liban dans un bateau de fortune il y a 48 ans, l’ultime question est de savoir quand précisément l'humanité va se ressaisir : avant ou après une catastrophe majeure ? Notre invité appelle à de nouvelles formes de sagesse et de gouvernance qui nous permettraient collectivement d’outrepasser les conflits identitaires. Élu secrétaire perpétuel de l'Académie française en 2023, Amin Maalouf publiait la même année son essai Le labyrinthe des égarés. L’Occident et ses adversaires.
66 « Le racisme n’est pas un délit, c'est une opinion débile ! » Entretien avec Jack Le Fou, militant athée, youtubeur et tiktokeur algérien
67 « Je suis quelqu'un de souvent très heureux et souvent très malheureux, c’est une espèce de combat. » Entretien avec l'humoriste Martin Matte
Fragilité et vulnérabilité ne sont pas les premiers mots qui viennent à l'esprit pour caractériser Martin Matte. Quand il exprime ses insécurités ou ses doutes, « souvent, les gens partent à rire. » Dans l’entretien, l’humoriste s'affranchit de la superbe qui a fait les beaux jours de son personnage de scène pour aborder avec aplomb ses sensibilités. « C’est un petit combat d’être heureux. Faut que je travaille mon bonheur. » L’ombre d’un père, très exigeant, est peut-être pour quelque chose dans ce combat pour trouver l’équilibre ? Le livre de chevet de ce paternel sorti de la misère à la force des poignets, Vivre c’est vendre, s’est-il transformé en programme subliminal pour le fils ambitieux ? Alors qu’il entreprend l’écriture d’une série de fiction très autobiographique pour le géant Amazon, Martin Matte se permet une candeur introspective qui est sans doute proportionnelle au temps qui passe. L’humoriste parle de la maturité qui le gagne, de thérapie et de son besoin d’être « progressiste ». Il revient sur son automne chargé, qui l’a « usé ». « Y’a quelque chose de violent dans le live à la télé aujourd’hui. » Bon élève ayant l’habitude de naviguer sur scène où tout est écrit d’avance, il avoue « ne pas être un animateur télé qui s'adapte à son public. » La scène ne lui manque pas pour autant. Aucun spectacle ne se dessine à l’horizon.
68 « Les phénomènes aérospatiaux non identifiés, ce n’est pas une hallucination, ça existe! » Entretien avec Luc Dini, ingénieur en constructions aéronautiques
Peut-on calmement s’intéresser à ce que nous avons appelé les OVNIS ? Poser la question, pendant longtemps, était y répondre. Il suffisait d’aborder le sujet pour être immédiatement disqualifié. Les témoins, crédibles et sérieux de phénomènes étranges, souvent des pilotes d’expérience, préféraient se taire plutôt que de mettre leur carrière en danger. Les choses ont beaucoup changé depuis qu’une « fuite » dans le New York Times, en décembre 2017, a révélé l’existence d’un groupe chargé de l’étude de phénomènes aériens inexpliqués. Une brèche dans le mur du silence qui force les autorités américaines à reconnaître que certains de ces phénomènes, dûment documentés, dépassent notre entendement! Un lanceur d’alerte, colonel de l’armée américaine, soutient même, devant une commission d’enquête du Congrès, que le Pentagone dispose de morceaux d’épaves « d’OVNIS » ! Vraie nouvelle ou opération d’intox? Comment expliquer ce grand déballage? Pourquoi des pilotes de la US NAVY acceptent-ils depuis quelques années de raconter leurs expériences ? Luc Dini est ingénieur aéronautique, président de la commission SIGMA 2 de l’Association Aéronautique et Astronautique de France et auteur d’Ovnis- lumière sur les dossiers déclassifiés du Pentagone. Il admet avoir été « parmi les non-pensants sur le sujet » pendant très longtemps. Une indifférence qu’il a secouée depuis!
69 « Nous sommes en 1938. Si nous ne voulons pas subir le sort de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, il faut nous armer. » Entretien avec l’écrivain et romancier Pascal Bruckner
Les nouveaux héros n’auraient plus exactement l’étoffe de ceux d’hier. « Les X, Y et Z sont beaucoup plus sensibles. » Une alchimie unique à notre époque serait en train de transformer les victimes en héros ! Un renversement complet des polarités qui ont fait l’ordre du monde jusqu’à aujourd’hui. Avec Je souffre donc je suis, l'essayiste Pascal Bruckner constate que cette « souffrance est un puissant fonds de commerce », alors que « chacun veut être auréolé de la toute-puissance de la victime ». La figure du Christ n’est pas étrangère à cette posture qui est peut-être la nouvelle tentation de l’Occident ? Depuis la publication du Nouveau Désordre amoureux, coécrit avec Alain Finkielkraut en 1977, Bruckner passe au peigne fin l’héritage de ce petit tremblement de terre qu’a été mai 68 pour nos sociétés riches et modernes : l’individualisme, l’écologie et le bonheur, nouvel impératif radical de toute une génération. Notre invité accepte d’aborder avec candeur « l’obssession antisémite d’un père violent », qui a probablement façonné sa vision du monde. Les guerres à Gaza et en Ukraine mais aussi le nouveau féminisme et l’état de nos fragiles démocraties complètent cette conversation…tonique ! Pascal Bruckner est l’auteur d’une trentaine de romans et d’essais récompensés de plusieurs prix prestigieux.
70 CONTACT IN MEMORIAM - Paul Auster
Paul Auster est une des plus grandes voix de la littérature américaine contemporaine. À l'occasion de son décès, Contact propose un bond de plus de trente ans en arrière -33 pour être précis - pour réentendre l'auteur au sommet de sa forme, alors qu'il s'imposait enfin aux États-Unis. Mon ami Hubert Nyssen aux éditions Actes Sud avait été l'un des premiers à sentir l'immense talent de Paul. C'est à l'occasion d'un séjour chez Hubert, à sa belle maison du Paradou, en Provence, que j'ai été mis en contact avec l'œuvre de Paul et encouragé à faire ... contact avec lui. L'aventure de notre petite émission est pour beaucoup liée à ces deux hommes qui ont cru en moi. Leur confiance a changé le cours de ma vie. La rencontre de deux jours s'est faite chez Paul Auster, à Brooklyn. Je m'excuse par avance de la qualité de l'image et du son, victimes de ce que le ruban maître n'existe plus. Mes excuses aussi pour le jeune intervieweur inexpérimenté !
71 « Dire que la justice est laxiste est un mensonge éhonté. » Entretien avec Éric Dupond-Moretti, ministre français de la Justice
Redoutable avocat pénaliste pendant plus de trente ans, Éric Dupond-Moretti est nommé ministre de la Justice française en 2020. Une carrière qui n’est sans doute pas étrangère à un sentiment d’injustice ressenti pendant l’enfance, nous confie-t-il durant l’entretien. Son quotidien dans l’arène politique, espace « d’une grande violence » où la parole est souvent « dénaturée », le place constamment sur un siège éjectable. Mais le garde des Sceaux résiste. Poursuivi, puis relaxé en novembre 2023 dans une affaire de prise illégale d’intérêts, il en a aujourd’hui long à dire sur le traitement réservé à la présomption d'innocence. Artisan d’une « justice plus sévère », Éric Dupond-Moretti entend bien la faire triompher avec une série de nouvelles lois. Face aux organisations criminelles qui prospèrent - et dont les budgets dépassent ceux de certains États -, il intensifie la lutte. Le ministre qui est aussi père de famille voit les réseaux sociaux comme un « accélérateur de délinquance ». Il a présenté un projet de loi visant à durcir les sanctions contre les parents de jeunes contrevenants. Si l’appareil judiciaire est souvent critiqué, Éric Dupond-Moretti demeure convaincu qu’il n’y a pas de véritable alternative. « La justice, c’est notre pacte social. C’est ça qui distingue la barbarie de la civilisation! »
72 « Les médias sociaux ont détruit le monopole de la vérité révélée d’en haut. » Entretien avec l’animateur et journaliste André Bercoff
André Bercoff est un acteur du paysage médiatique français depuis plus de 50 ans. Les années ont passé mais son esprit a conservé quelque chose de la légèreté mutine du jeune homme. « Le piège à éviter, c’est de catégoriser. Y’a des papis qui sont cons, y’a des jeunes qui sont d’une connerie manifeste. » Le papi est donc encore dans le coup. La retraite, non merci. Le journaliste et auteur prolifique conserve la forme en travaillant ! Deux heures de radio, tous les jours, à l’antenne de Sud Radio. Une tribune où il donne volontiers la parole à des gens qui sont moins entendus dans les grands médias, au risque de commettre le crime de lèse narratif ! Il peste contre la « médiocrité » du débat public mais se réjouit que « le monde s’est mis à bouger comme il n’a pas bougé depuis plus de 80 ans, un siècle peut-être. » André Bercoff a côtoyé tous les grands personnages de la République, écrit une trentaine de romans et d’essais et collaboré à plusieurs grands journaux. Dans notre entretien, Bercoff revient sur sa jeunesse au Liban et la déception que son père a ressentie en apprenant que son fils voulait être journaliste. Au passage, il fustige « l’asphyxie généralisée » qui nous fait renoncer à nos libertés fondamentales dans une tiède indifférence.
73 « Je suis prisonnier d’une caricature médiatique! » Entretien avec le philosophe et essayiste Michel Onfray
Michel Onfray est de retour à Contact ! Dans la foulée des sorties rapprochées du plus récent opus de sa Nef des fous, de Patiences dans les ruines et de sa Théorie de Jésus, nous recevons le philosophe pour tenter de faire un bilan - provisoire, bien entendu - de notre époque formidable. Tout athée qu’il soit, Onfray revendique l’héritage judéo-chrétien qui a été le ciment de notre civilisation aujourd’hui lézardée de partout. « On fabrique des générations d'incultes, biberonnés à l'écran. » Il parle volontiers du « cancer civilisationnel » pour décrire le mal qui nous afflige. Serions-nous possiblement en phase terminale ? Dans notre entretien, Michel Onfray accepte de faire quelques détours biographiques pour mieux mettre en lumière sa pensée. « Je n’ai pas une grande estime de moi. » Cette petite phrase dit-elle quelque chose de celui qui écrit plus rapidement que nous ne sommes parfois capables de le lire ? Au programme aussi, la guerre à Gaza, l’Iran et la montée de l’islamo-gauchisme et quelques réflexions sur l’usage de la philosophie pour arriver à mieux vivre.
74 « Mettre son corps à la disposition des clients. » Clémence Trilling, militante abolitionniste de la gestation pour autrui (GPA)
À l’heure où plusieurs gouvernements tentent d’encadrer la gestation pour autrui (GPA), des voix s’élèvent pour interdire cette pratique. Ce mouvement, ouvertement abolitionniste, peine à se faire entendre, particulièrement dans les grands médias. Clémence Trilling milite contre le recours aux mères porteuses et dénonce ce qu’elle qualifie de marchandisation du corps des femmes. C’est une pratique qui va « à l’encontre de la dignité humaine » et ouvre la porte à la confection de bébés à la carte. Clémence Trilling est mère de trois enfants et milite au sein du groupe WDI Québec. Prière de noter que cet entretien a été enregistré en novembre 2023.
75 Iran : le régime des mollahs est-il vraiment menacé ? Entretien avec Yann Richard, historien spécialiste de l’Iran.
Dans la crainte généralisée d’une escalade des tensions après l’attaque menée par l’Iran contre Israël le 14 avril dernier, Contact vous propose un entretien sur la Perse contemporaine. « L’Iran aujourd’hui est craint par les Israéliens parce que, peut-être, qu’il a la même froideur et le même cynisme que les Israéliens ?! » L’historien Yann Richard a consacré une carrière entière à décrypter les stratégies militaires et les alliances géopolitiques iraniennes. L’ancien traducteur à l’ambassade de France en Iran était présent à Téhéran lors de la révolution islamique de 1979. Un moment de rupture qui aurait contribué à fomenter un nationaliste si particuler et du même coup, à brouiller la manière dont les Américains et l’Occident perçoivent le pays. « On est victime de déformation. » L'entretien enregistré le 8 avril dernier présente une précieuse lecture des relations irano-américaines, pour mieux comprendre la crainte associée à l’Iran et plus largement, son implication dans les conflits en cours au Moyen-Orient. Auteur de plus de vingt ouvrages, Yann Richard a signé Le grand Satan, le shah et l'imam en 2022 et La guerre de près et de loin. XXe-XXIe siècles en 2023.
76 Combien de millions de Congolais massacrés au nom de la transition verte? Entretien avec Charles Onana, journaliste et politologue spécialiste des conflits armés
« Le régime de Kigali est un sous-traitant des grandes puissances, notamment les États-Unis et la Grande-Bretagne, des multinationales et de tout le système mafieux minier.» Les accusations sont accablantes. L’homme qui les formule ne mâche pas ses mots. L’enjeu ne se prête pas aux tièdes constations. Charles Onana a passé vingt ans à enquêter sur une sale guerre qui se joue sous l’écran radar de nos bonnes consciences. L’Ukraine et Gaza font la une des grands médias, mais qui parle du Congo ? Des millions de morts, des centaines de milliers de femmes violées, des enfants réduits à l’esclavage, rien ne semble secouer notre indifférence. Dans son plus récent livre, Onana décrit l’invasion masquée du Congo par le Rwanda afin d’en exploiter les nombreuses ressources minières. Son constat est sans équivoque : depuis 30, le Congo est victime « de pillage, de massacre de masse et d’extermination méthodique des populations ». Le Coltan et le Cobalt, minerais indispensables à l’industrie de la téléphonie mobile et de la voiture électrique sont l’or des temps modernes. « Tout le monde parle de transition énergétique en disant que c’est de l'énergie propre, c’est tout sauf propre ! » Charles Onana est politologue et journaliste, il revient d’un séjour à Kinshasa. Son plus récent livre Holocauste au Congo est paru en 2023.
77 Macron versus Poutine : « On dirait un petit caniche qui aboit contre un grand ours blanc. » Entretien avec Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français
Le Parti communiste n’a pas la même traction auprès des électeurs français qu’à une certaine époque, mais il continue d’exister dans le paysage politique. Alors que la gauche s’occupe de plus en plus des combats sociétaux, les communistes ne renoncent pas au champ social. En d’autres temps, nous aurions parlé de la lutte des classes ! Fabien Roussel est, depuis 2018, le dynamique patron de ce grand parti historique. Aux dernières présidentielles, il arrachait un peu plus de 2% des voix. Un score qui n’était pas à la hauteur des espoirs, mais qui témoigne de la force pérenne d’une « marque de commerce » mise à mal au siècle dernier. Notre invité met en garde la classe politique contre les risques d’explosion sociale. C’est d’ailleurs la faillite du président Macron à désamorcer ces crises qui le pousserait à nourrir un discours belliqueux à l’endroit de Moscou. Dans notre entretien, Roussel revient aussi longuement sur la crise humanitaire qui sévit à Gaza et critique sévèrement le gouvernement Netanyahou. En plus d’affirmer que le Hamas n’a désormais plus l’autorité pour être un interlocuteur valable lors d’éventuelles négociations.
78 « Le marché est totalement décorrélé de la réalité de la croissance. » Entretien avec Raphaël Rossello, auteur et banquier d’affaires
À l’heure des déficits record en France, au Québec et ailleurs dans le monde, le banquier d’affaires Raphaël Rossello pose une question troublante : la croissance des 50 dernières années s’est-elle faite à crédit ? Avons-nous emprunté pour continuer à protéger notre confort, alors que les gains de productivité ne suffisaient plus ? Une illusion construite par une classe managériale qui ne s’encombre plus du monde réel pour créer ce que l’on appelle de la richesse. L’hypothèse du banquier soulève d’autres questions, troublantes. Le cours de l’or est-il artificiellement verrouillé depuis des années ? Le dollar américain est-il le reflet de sa véritable valeur ? Notre richesse, nos petits patrimoines, sont-ils aussi dopés par une croissance artificielle ? La réponse du banquier à cette dernière question n’est pas rassurante. Prenez le solde de vos actifs et divisez-le par 2, voire par 3, pour obtenir la juste valeur ! Raphaël Rossello est un banquier dissident qui rejette l’idée de la mondialisation heureuse. Un pacte signé, dit-il, avec le Diable marché qui a engendré la fragilisation de 500 millions de citoyens occidentaux, victimes de ce qu’on pourrait qualifier de délocalisation de la classe moyenne. Rossello a introduit plus de 100 entreprises en bourse au cours de sa carrière et signé plusieurs ouvrages économiques. Le plus récent s’intitule Demain : La fin de l'insouciance ?
79 « Je préfère mourir plutôt que fermer ma gueule. » Entretien avec Christian Perronne, médecin et spécialiste des virus
Quel bilan faire de la pandémie, quatre ans plus tard ? Le Dr Christian Perronne est au nombre de ceux qui conservent un goût très amer de cet épisode et, plus encore, estime que les autorités, en France et ailleurs, ont menti aux citoyens. Sa parole, respectée et sollicitée pendant de nombreuses années dans les grands médias, est aujourd’hui disqualifiée. « Du jour au lendemain, j’ai basculé dans la trappe des charlatans. » Traîné devant le comité d’éthique de l'Ordre des médecins, Christian Perronne est totalement blanchi par la chambre disciplinaire, en octobre 2022, de tout ce qui lui était reproché … dans l’indifférence générale. Le Dr Perronne dénonce tout particulièrement l’influence démesurée de l’industrie pharmaceutique sur les politiques de santé publique et la pratique de la médecine « déshumanisée » d’aujourd’hui. Christian Perronne a été chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches en France. Spécialiste des virus internationalement reconnus, il a conseillé plusieurs gouvernements en matière de santé publique. En 2009, en tant que vice-président du European Advisory group of experts on immunisation «ETAGE», il conseille la politique vaccinale européenne pour l’OMS et occupe des responsabilités dans des groupes de travail à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Son plus récent livre, publié en 2022, s’intitule Les 33 questions auxquelles ils n'ont toujours pas répondu.
80 « Il faut toujours aller à contre-courant, parce que ce sont les poissons morts qui suivent le courant. » Entretien avec le journaliste et auteur Franz-Olivier Giesbert.
Franz Olivier Giesbert a tutoyé pendant plus de quarante ans tous les géants de la politique française. Mitterrand et Chirac ayant une place toute particulière dans le cœur de ce grand journaliste, chroniqueur de l’époque et romancier à ses heures. FOG, pour les intimes, est pendant des décennies, partout, dans toutes les photos quand on cherche bien, comme le fameux Charlie! Journaliste et patron de presse, il travaille au Nouvel Observateur, au Figaro et au Point. Un parcours professionnel qui se calque sur son parcours politique; s’il a déjà eu le cœur à gauche, ce n’est plus le cas. Il dénonce aujourd’hui les « escrologistes » et toutes les dérives de la gauche identitaire. L’immigration incontrôlée et l’endettement calamiteux de nos fragiles pays demeurent cependant pour lui, les pires dangers qui pèsent sur nos destins. Des échecs colossaux qui sont le fait d’un manque de courage égal, à droite comme à gauche, dans le diagnostic rendu par FOG. Il publiait l’automne dernier Tragédie Française, troisième tome de son Histoire intime de la Vème République.
81 « Ce que font les Israéliens est totalement contraire au droit international. » Jacques Baud, spécialiste du renseignement
La guerre que livre Israël contre le Hamas pourrait-elle s'avérer contre-productive ? Est-il seulement possible d'éradiquer l'organisation qui a mené les attaques sanglantes du 7 octobre ? Jacques Baud, auteur de plusieurs livres sur la guerre en Ukraine, vient tout juste de publier un nouvel ouvrage sur le conflit israélo-palestinien : Opération le déluge d'al-Aqsa : 75 ans d'une guerre entre Israël et la Palestine. À l'opposé de ce qu'il qualifie de narratif dominant, l'ancien espion suisse est très critique de la campagne militaire israélienne à Gaza, en contravention avec les principes du droit international. Les gains tactiques enregistrés par Tsahal sur le terrain masquent, selon Baud, les périls stratégiques qui s'annoncent pour Israël. « En chassant des terroristes, ils créent du terrorisme. » Pour notre invité, la résistance palestinienne à l'occupation explique l'attaque du 7 octobre et doit être vue comme une opération militaire davantage que terroriste. Une lecture des événements qui ne fera certainement pas l'unanimité ! Jacques Baud a travaillé à l'OTAN et a été chef de la doctrine des opérations de maintien de la paix aux Nations Unies.
82 « Vous croyez vraiment que les familles bourgeoises de ma ville vont mettre leurs enfants dans une école où y’a 80% d'enfants issus de l’immigration ? » Entretien avec Robert Ménard, maire de Béziers et fondateur de Reporters sans frontières
« Je ne mens pas aux gens qui votent pour moi. » Sont-ce là les paroles d’un homme qui pourrait être candidat aux présidentielles françaises de 2027 ? Robert Ménard ne refuse plus l'hypothèse et confirme dans l'entretien qu'il nous accordait lundi le 4 mars qu'il y pense sérieusement. Ménard est le maire très médiatisé de Béziers depuis 2014. Ancien journaliste et fondateur de l'organisation Reporters sans frontières, Ménard a fait de sa ville le puissant haut-parleur de sa vision politique. L'homme est de droite, l'assume pleinement mais réclame aussi le droit d'inventaire. Il n'est pas toujours là où on l'attend sur l'échiquier. Pas question pour cet inclassable de signer un bail à long terme avec une formation politique. Il se donne le droit de changer d'opinion ET de se tromper. Un espace et un discours rarement réclamés par les politiciens traditionnels. Il est émotif aussi et ne le cache pas. Les souvenirs de son père, évoqués lors de notre entretien, vont venir embrumer son regard et moduler sa voix. Le politicien n'a cependant aucun état d'âme quand vient le temps de dénoncer la menace que fait peser la Russie sur l'espace européen. Il appuie le président Macron qui refusait d'exclure l'envoi de soldats européens pour soutenir l'armée ukrainienne. Robert Ménard s'interroge même sur la nécessité de déclarer la guerre à la Russie avant qu'il ne soit trop tard, tout en se refusant à formuler une réponse définitive à cette angoissante possibilité.
83 « Je suis chanceux d’enseigner dans une université du Kazakhstan où on a une réelle liberté académique. » Entretien avec Jean-François Caron, politologue, professeur à l’université de Nazarbaïev, Kazakhstan.
« Je suis chanceux d’enseigner dans une université du Kazakhstan où on a une réelle liberté académique. » Entretien avec Jean-François Caron, politologue, professeur à l’université de Nazarbaïev, Kazakhstan. Jean-François Caron est un professeur de science politique canadien, exilé au Kazakhstan depuis 8 ans, où il enseigne la philosophie politique à l'université Nazarbaïev. Exil conscient et volontaire, se plaît-il à dire, sans doute avec une légère envie de provocation ! Il a récemment été annulé - sans explication, aucune - deux heures avant de prendre la parole devant un comité de la Chambre des communes qui l'avait invité à témoigner sur l'évolution de la politique étrangère du pays. Le wokisme est entré de plain-pied au Parlement canadien. Un exemple de censure flagrant qui fait dire au professeur Caron que la liberté d'expression est peut-être aujourd'hui plus grande dans certains pays totalitaires qu'elle ne l’est au Canada ! Avec le recul, il est convaincu que d’avoir rappelé, lors de certaines entrevues dans les médias, la collaboration entre l’Ukraine et les forces nazies pendant la Seconde Guerre mondiale est très probablement son crime originel. Une vérité historique qu’il aurait été préférable de taire au début du conflit déclenché en 2022 par la Russie ? Dans cet entretien, Jean-François Caron explique comment la morale dispensée par les diplomates canadiens depuis 20 ans a miné le fameux soft power dont le pays s'enorgueillissait. Il revient sur les dangers du communautarisme canadien, la guerre en Ukraine, la crise de la Covid et la tentation du totalitarisme soft qui guette nos vieilles démocraties libérales. Le professeur Caron a écrit une douzaine de livres, le plus récent est Homo Superstes, publié aux Presses de l’Université Laval.
84 « L'Occident, c’est tout ce que nous avons! » Entretien avec l’écrivain et journaliste Kamel Daoud
Faut-il venir d’un pays qui a traversé la guerre civile et obtenu l’indépendance au bout du fusil pour chérir, sans mauvaise conscience, l’héritage de notre civilisation ? Kamel Daoud est Algérien, journaliste, romancier et un observateur unique de ce déclinisme qui nous gangrène. La figure la plus fascinante en Occident, c'est le crucifié, le martyr. Vous êtes une culture à la fois de l'agression et de culpabilité, et c'est pour ça qu'on vous culpabilise très facilement, que vous êtes une société divisée en deux. Pourtant, avons-nous déjà vu des réfugiés, illégaux, partir de Syrie ou de Libye pour cogner à la porte de l’Arabie Saoudite, de la Russie ou de la Chine ? Comment expliquer que ceux qui nous livrent la guerre sainte rêvent aussi d’envoyer leurs enfants vivre et étudier en Allemagne ou en France ? Des questions fécondes, fascinantes qui émergent dans un des dialogues les plus musclés et exigeants de la courte aventure de Contact. Une conversation sur la crête d’un volcan entre un arabe et un chrétien, identités courtes et trompeuses qui portent en elles les germes du malentendu. Kamel Daoud a remporté le Goncourt du premier roman en 2015 avec Meursault, contre-enquête. Il écrit, chaque semaine, un texte éditorial dans le magazine Le Point. Dans notre entretien, il nous parle aussi de son envie de briller, de son respect de l’argent, toute liberté se paye et des risques de la pensée commune ; ce qui nous dispense de penser, c’est d’être avec le troupeau. Il refuse d’ailleurs, sur la question palestinienne et des attentats du 7 octobre, de se laisser enfermer dans le discours…attendu.
85 J’essaie de combattre cette pensée que le racisme définit notre expérience dans la vie. Entretien avec Murielle Chatelier, cofondatrice de l'Association des Québécois unis contre le racialisme (AQUR)
Quand la parole est susceptible d’être perçue, à tort ou à raison, comme une offense raciste ou une micro-agression, plusieurs préfèrent se taire. Murielle Chatelier, fille d’immigrants haïtiens et cofondatrice de l’Association des Québécois unis contre le racialisme (AQUR), a choisi de ne pas se taire. Pire, elle a une parole dissidente. Elle refuse d’être réduite à sa couleur de peau et se demande pourquoi nous avons collectivement remis la race au centre du débat. « Vous êtes noir, vous vivez nécessairement du racisme. Vous êtes blanc, vous avez des privilèges. » Éliminer la race pour penser, voire panser, le corps social, devrait plutôt être notre objectif commun. Loin de nier l’existence du racisme au Québec, Murielle est néanmoins convaincue qu’ « aujourd’hui, la race ne peut pas t'empêcher d’accomplir ce que tu as à accomplir. » Ses propos, qu’elle juge pourtant banals, font d’elle une cible de choix sur les réseaux sociaux. « Je ne sais pas combien de fois on m’a traité de nègresse de maison! » Je suis perçue comme une « traître ». Cela n’est sans doute pas étranger non plus à sa critique soutenue des formations Équité, Diversité et Inclusion (EDI), de plus en plus imposées dans les milieux de travail.
86 « Pour la Russie, l'arme principale c'est l'information pour peser sur les destinées mondiales. » Entretien avec David Colon, historien spécialiste de la désinformation
La vérité serait la première victime de la guerre. Un truisme qui nous est ponctuellement rappelé par les nombreux conflits qui marquent notre actualité. La question, la vraie, est cependant plus inquiétante : la vérité n’est-elle occultée qu’en période de guerre ? Poser la question, c’est y répondre, malheureusement. Les fameuses « fake news » ne sont que la plus récente incarnation de ce que nous avons déjà appelé de la propagande. Désinformation et mésinformation sont aujourd’hui les armes d’intoxication massive employées par les ingénieurs du chaos pour livrer une guerre de tous les instants à des États démunis devant cette menace. Si elle n’est pas nouvelle, cette menace est augmentée par les outils de la communication moderne et, plus singulièrement, par l’intelligence artificielle générative qui menacerait le bon fonctionnement des démocraties, naturellement plus ouvertes et donc fragiles. « Vous pouvez affaiblir le système immunitaire des sociétés démocratiques. » David Colon, professeur d’histoire à l’Institut d’études politiques, est l’un des grands spécialistes de la guerre de l’information. Il reconnaît volontiers que les Américains ont largement participé à mettre au point les outils modernes de la désinformation, mais redoute davantage l’usage qu’en font les grandes puissances autoritaires d’aujourd’hui : Chine, Russie, Iran et Corée du Nord. Il n’hésite pas à qualifier le cadre de pensée du renseignement russe de « virus informationnel. » Il publiait l'automne dernier, La guerre de l’information : Les États à la conquête de nos cerveaux.
87 « On a utilisé l'Ukraine pour lutter contre la Russie. » Entretien avec Jacques Baud, spécialiste du renseignement
Fallait-il attendre deux ans et compter les morts par centaines de milliers pour réaliser que la Russie n’allait pas perdre la guerre en Ukraine ? Un constat qui confinait tous ceux qui avaient l’audace de le faire au rôle d’apologiste de Vladimir Poutine. Dans cette perspective, la lecture du réel s’est vite transformée en discours de propagande. La fiche Wikipédia de notre invité, Jacques Baud, ne laisse d’ailleurs pas de place au doute, nous serions en face d’un personnage à la solde de Moscou ! Jacques Baud n’aurait-il pas plutôt annoncé et répété très tôt une vérité que personne ne voulait entendre à l’ouest? Baud a travaillé pour le renseignement stratégique suisse, ancien chef de la doctrine des opérations de la paix de l’ONU, il a aussi collaboré à des programmes de l’OTAN en Ukraine. Selon lui, « la cause ukrainienne est perdue », « Zelensky a fait un pacte avec le diable. » La guerre n’est entretenue par l’Occident que dans l’espoir secret d’affaiblir Moscou. Jacques Baud est l’auteur de plusieurs livres sur le conflit en Ukraine, son plus récent, L’art de la guerre russe est sorti en janvier 2024 aux éditions Max Milo.
88 « Si vous n’êtes pas dans la pensée unique, vous êtes forcément un traîte.» Entretien avec Alain Juillet, expert en géopolitique et ex-DGSE
Que nous réserve l’année 2024? Alain Juillet, ancien patron des services secrets français, et animateur dynamique d’une chaîne YouTube consacrée aux grands enjeux géo-politiques, accepte de faire un vaste tour d’horizon des principaux événements qui risquent de marquer notre actualité au cours des prochains mois. D’entrée de jeu, nous abordons dans cet épisode le conflit à Gaza et les risques qu’il fait peser à la paix mondiale. « Le 7 octobre est l'histoire d'un mépris total des Israéliens envers leurs adversaires. » Israël par un excès « d’hubris » pourrait-il aller trop loin dans sa lutte, légitime, aux actions terroristes du Hamas? Les escarmouches à répétition entre les rebelles houthis et l’armada occidentale chargée de protéger le transport maritime pourraient-elles déclencher une nouvelle guerre? Les coûts de transport engendrés par cette escalade risquent-ils d’avoir un impact inflationniste sur nos économies? Les hypothèses d’effets domino donnent le vertige, notre invité conserve, lui, la tête froide devant ce qu’il décrit comme une configuration exceptionnelle. L’ombre de Beijing sur Taiwan, les élections en Russie et aux États-Unis et l’impasse en Ukraine sont aussi au menu de ce numéro de Contact très protéiné!
89 « Aujourd’hui, ce qui fait le label d’un bon journaliste, c’est aussi les plaintes en diffamation. »
Denis Robert est une des grandes légendes, bien vivante, du journalisme d’enquête. L’affaire Clearstream, cette banque des banques, une boîte noire où l’argent circule sous l’écran radar des autorités, c’est lui. Une grosse affaire qui éclabousse pas mal de monde au début des années 2000 et vaut au journaliste une soixantaine de procès. Le prix à payer pour fouiller là où il ne le faut pas! C’est d’ailleurs le problème du fameux quatrième pouvoir aujourd’hui, il hésiterait beaucoup à investir dans le travail d’investigation. Robert explique qu’il Il faut aussi comprendre que la presse est pour beaucoup entre les mains d’un petit groupe d’individus puissants qui ont, bien entendu, des intérêts à protéger. Les scoops à BFM ou CNews, c’est peanuts! Denis Robert dirige maintenant un média indépendant, Blast, qui continue à faire du travail d’enquête. Les millions investis par le Qatar pour arroser quelques personnalités influentes en France ont beaucoup été dans le collimateur de Blast. Un travail qui a généré son lot… de procès, il faut des ronds pour lutter contre cette forme de censure explique Robert et faire confiance à la Justice. À ce jour, elle lui donne plutôt raison.
90 « Nous ne vivons pas une époque sexiste, mais une époque misandre. » Entretien avec la journaliste et essayiste Noémie Halioua
La jeune journaliste et essayiste Noémie Halioua était très consciente qu'en dénonçant la chasse au masculin, elle transgressait une frontière interdite. C'est un livre scandale! L'amour hétérosexuel est aujourd'hui montré du doigt, battu en brèche par une poignée de néo-féministes qui, comme l'avant-garde du peuple de Lénine en d'autres temps, fomenteraient une révolution, sexuelle cette fois-ci. L'hétéropatriarcat comme vice constitutif et indépassable des rapports amoureux entre hommes et femmes est dans le collimateur. L'histoire de La Belle au bois dormant n'est-elle pas d'ailleurs la mise en scène banale de la culture du viol ? Comme en d'autres temps révolutionnaires, Halioua pense que nous traversons une période de terreur, une terreur qui s'impose dans la zone intime, jusque sous les draps. Il faudrait purger les rapports hétéro-amoureux de toute forme d'inégalité, abolir la souffrance et paramétrer les sentiments pour arriver à un équilibre, aussi terne qu'impossible, dans les rapports de pouvoir au sein du couple. Non, dit Halioua, le pouvoir dans le couple hétéro n'est pas un monopole masculin, pas davantage que la souffrance en soit un féminin ! Noémie Halioua est Chef de service du média Factuel, auteure de plusieurs livres, dont L'Affaire Sarah Halimi et Les uns contre les autres. Son plus récent, La terreur jusque sous nos draps, a été publié chez Plon le 15 janvier 2024.
91 « L'indépendance, c’est la capacité à ne jamais accepter un ordre. » Entretien avec Didier Maïsto, ancien patron de Sud-Radio et journaliste indépendant
La liberté d’expression appartient au passé. L’avertissement est formulé par Didier Maïsto, ancien patron et architecte du succès de Sud-Radio, une radio qui a beaucoup bousculé le paysage, souvent très politiquement correct, des grands médias français. L’homme à le sens de la formule: Au fur et à mesure que nos écrans télé se sont aplatis, l’info a perdu en profondeur. La déferlante Gilets jaunes marque un point de rupture dans l’itinéraire jusque-là assez conforme de ce patron de presse, certes un peu différent. Maïsto attribue la montée des colères citoyennes aux gouvernements et aux médias qui ne joueraient plus leur rôle. « Ils empoisonnent et polluent les sujets, ils les maltraitent. » Dans un monde normé et numérisé, les autorités feraient de nous « des moutons ». Il montre tout particulièrement du doigt la nouvelle réglementation européenne - Digital Services Act- qui donne de vastes pouvoirs de censure aux autorités de Bruxelles au nom de la lutte, toujours légitime, à la désinformation. Didier Maïsto a choisi de laisser son job de patron à Sud-Radio à l’automne 2020, de prendre ses distances par rapport au monde des médias mainstream. Il est aujourd’hui journaliste indépendant. Un choix de cohérence qui se paie cash dans la vie privée. La colère et l’engagement du citoyen journaliste produisent leur lot de dommages collatéraux. Didier Maïsto a écrit plusieurs livres. Son dernier, Passager clandestin, publié en 2020, est un récit biographique en forme de pamphlet sur la corruption du monde médiatico-politique.
92 « Je me sens blessé par l'identitarisme. » Entretien avec le traducteur, éditeur et poète André Markowicz
S'il y avait vraiment quelque chose de réductible à ce que l'on appelle l' « âme russe », André Markowicz en serait certainement un des meilleurs interprètes. Il est, à coup sûr, un des plus grands traducteurs des géants de la littérature qui construisent la Russie moderne. Markowicz arrive sur les écrans radars en s'engageant dans le projet un peu fou de traduire tout l'œuvre de Dostoïevski, en dix ans. Un pari audacieux qu'il remporte sur lui-même et qui participe à faire de son éditeur, Actes Sud, un joueur conséquent de la république des lettres. Le traducteur et poète est devenu, à sa manière, chroniqueur de guerre depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Tous les jours, il commente sur sa page Facebook l'actualité de ce conflit sombre qui a volé la vie à des centaines de milliers de Russes et d'Ukrainiens. Il estime que Vladimir Poutine doit être défait et « humilié ». Toute forme d'atermoiement et d'ouverture à une solution négociée ne ferait que consacrer la logique belliqueuse de Moscou. Markowicz publiait le printemps dernier un petit essai aux allures de pamphlet, Et si l'Ukraine libérait la Russie?
93 Recrutement de scientifiques nazis : « Le problème, c’est qu’on n’en parle pas et qu’on raconte une autre histoire. » Entretien avec le documentariste Michel Tedoldi
Le miracle des Trente Glorieuses reposerait-il un peu, beaucoup, sur la contribution active - et occultée- de scientifiques allemands, certains nazis, recrutés et très bien traités par les autorités françaises après la Seconde Guerre mondiale? L'histoire de Paperclip, cette vaste opération américaine visant à siphonner les meilleurs cerveaux allemands au lendemain de la guerre, est très bien documentée. Le légendaire père du programme spatial américain, Wernher von Braun, nazi patenté, membre du parti dès 1937 et inventeur du premier missile balistique, le V2, est accueilli à bras ouvert par ses parrains américains trop heureux de recycler son petit « fond de commerce ». La raison d'État ne connaît aucune morale! Des milliers d'autres chevilles ouvrières du régime hitlérien vont refaire leur vie chez l'oncle Sam et contribuer à étendre son nouvel empire. Cette histoire, on la connaissait donc assez bien. Son pendant français était, à ce jour, plutôt ignoré. Le scénariste et documentariste Michel Tedoldi est le premier à faire un travail d'investigation en profondeur et à documenter cette filière allemande qui vient très discrètement appuyer l'industrie française jusqu'au début des années soixante. Les secteurs de l'aéronautique, de l'automobile et de l'aérospatial sont particulièrement redevables de cette contribution « Made in Germany » camouflée. Le coq qui cache un aigle! On comprendra les autorités de l'époque qui ne se vanteront pas trop de cette récolte qui aurait profondément choqué l'opinion publique. « Un type comme Otto Ambros, c'est fabuleux. C'est un ingénieur qui travaillait à Auschwitz, c'est lui qui a mis au point le Zyklon B. Donc il est responsable directement de l'anéantissement de centaines de milliers de personnes ? Et ben, on l'a embauché. Après, les Américains l'ont réclamé. Pendant 2 ans, on l'a embauché, il a travaillé avec les Français. » Tedoldi estime que de 4 à 5 mille scientifiques, ingénieurs et techniciens allemands ont participé à faire carburer les industries de pointe françaises après la guerre. Une histoire fascinante racontée dans le livre Un pacte avec le diable, publié aux éditions Albin Michel.
94 « Les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres, c’est complètement inacceptable! » Entretien avec le financier et essayiste Charles Gave
Charles Gave est un économiste, financier et essayiste français. Il fait une importante partie de sa carrière en Angleterre et à Hong-Kong avant de rentrer chez lui, en France, il y a quelques années. Il y fonde l’Institut des libertés, un think tank très ouvertement libéral, courant de pensée qui tranche dans le paysage français. Son essai, Des lions menés par des ânes, dénonce dès 2001 les politiques monétaires européennes et leur principal outil, l’Euro. Dans un texte récent, Charles Gave mettait en garde contre une détérioration rapide des conditions économiques et démocratiques aux États-Unis en 2024, pays sur lequel planerait une menace de « guerre civile ». Il estime aussi que la dette publique, partout en Occident, met en danger les actifs immobiliers et leurs propriétaires. Nous serions bientôt taxés comme des citrons pressés pour éviter la banqueroute de nos gouvernements. « Le problème avec votre maison, c’est qu’elle ne peut pas prendre le train! » Pourrions-nous être les otages de notre patrimoine dans un contexte de crise budgétaire prononcée? Les indices sont peut-être à chercher dans nos comptes de taxes récents.
95 « Plus c'est risqué, plus ça vaut la peine de faire rire. » Entretien avec l’humoriste Guy Nantel
Si les humoristes sont très souvent les baromètres de la température sociale et politique, Guy Nantel est l’un de ceux qui dépeint le mieux les travers de la société québécoise depuis une trentaine d'années. Son regard de documentariste et d'observateur a sans doute beaucoup été entraîné par sa participation à l'émission de Radio-Canada, La Course destination monde, en 1993/94. Même s'il remporte cette sympathique compétition, Nantel choisit plutôt le stand up comme véhicule pour raconter le monde. Son humour, très politique, s'inscrit dans le sillon tracé par le grand Yvon Deschamps. En 2020, l'humoriste prend le risque de perdre son sens de l'humour en briguant la chefferie du Parti Québécois. La campagne n'est pas un succès mais lui inspire son plus récent spectacle; Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire… Guy Nantel est aussi l'auteur de deux essais, Je me souviens...de rien et Le livre offensant.
96 « Les miracles font beaucoup pour la recherche médicale! » Entretien avec l’écrivain Didier Van Cauwelaert
Les miracles sont entêtés! Voilà tout le problème qui confronte les esprits cartésiens, rationnels et généralement athées qui cherchent à démonter la mécanique du miraculeux. Même les autorités ecclésiastiques semblent manquer de ce petit supplément de foi et hésitent toujours beaucoup avant de crier aux miracles. Une manière probablement de protéger la marque. Dans son dernier livre, L'insolence des miracles, Didier Van Cauwelaert fait le pari de nous déciller les yeux en nous exposant à des phénomènes inexpliqués qui continuent de bluffer la science moderne, ce que l'on pourrait décrire comme des ...heu...miracles! Lourdes et ses eaux guérisseuses, le Suaire de Turin, une religieuse vue à deux endroits en même temps, le corps du Padre Pio qui refuse de se décomposer quarante ans après son enterrement, autant d'histoires qui échappent au registre du monde normal. Didier Van Cauwelaert s'inscrit directement dans la tradition de Charles Fort et du célèbre Matin des magiciens de Jacques Bergier et Louis Pauwels. Romancier prolifique, il est gagnant de nombreux prix littéraires, dont le Goncourt en 1994. Il a aussi publié un fascinant Dictionnaire de l'impossible, préambule sans doute nécessaire, à l'exploration de ces miracles insolents!
97 « L'appel à la délation sur les réseaux sociaux est normalisé, c’est un comportement que je trouve abject. » Entretien avec le sociologue et auteur Mathieu Bock-Côté
Saviez-vous que le sociologue, franc-tireur de l'actualité, l'abonné aux tribunes de débat et sérieux chroniqueur au Figaro chante Astérix est là en se rendant vers les plateaux de télé? Oui, la chanson de Plastic Bertrand, pur jus 1985. Vintage! Les paroles sont importantes, révélatrices peut-être? « Ça va faire mal, ça va cogner la bagarre. Seul contre les Dieux, contre l'odieux César...» Mathieu Bock Côté serait-il alors l'Obélix du commentaire politique, véritable menhir de la résistance face aux légions wokes qui menaceraient la civilisation? Chose certaine, le brillant essayiste livre maintenant le combat chez les Gaulois, terre féconde de la résistance à ces invasions barbares contre lesquelles il n'a de cesse de nous mettre en garde. Franz Olivier Giesbert disait du sociologue québécois que sa « fusée était montée très vite » dans le ciel français. Pourrait-il choisir de ne plus jamais atterrir chez lui, au Québec? Dans l'entretien, MBC dit redouter « devenir étranger dans son pays »… le Canada. À choisir, il fera donc le pari de Paris si la fenêtre référendaire devait se fermer pour de bon. Au menu de cette conversation riche; l'extrême droitisation de ceux qui ont une parole dissidente, la délation qui devient vertu, la tyrannie de la technocratie ET la quête de gloire! Il publiait cet automne, Le totalitarisme sans le goulag.
98 « C’est un métier de mégalo. » Entretien avec l’actrice et réalisatrice Monia Chokri
Monia Chokri amorce d’abord sa carrière au cinéma comme comédienne. Les réalisateurs Xavier Dolan et Denys Arcand lui donnent, rapidement, une vitrine hors Québec. Son talent est alors vite remarqué par la critique. Son appétit créatif n’est pourtant pas complètement satisfait. Elle passe de l’autre côté de la caméra en 2013 en signant un premier court métrage, Quelqu’un d’extraordinaire. Le film remporte une quinzaine de prix. Lucide, elle mesure l’ivresse qui vient avec son nouveau rôle ; « On se prend pour Dieu. On invente un monde à soi. » Naviguant entre la France et le Québec, la réalisatrice ne cultive pas la grosse tête. « Le seul moyen de se préserver du succès ou de l’échec, c’est le travail. » Son dernier film, Simplement Sylvain, a été présenté à Cannes et jouit d’une belle diffusion sur les écrans du monde.
99 « Le cinéma va disparaître, ça c'est sûr. » Entretien avec le réalisateur Denys Arcand
Cette prophétie n'est pas celle d'un observateur distant, c'est le grand réalisateur québécois Denys Arcand qui le dit lors de son passage à Contact. Il ne se veut pas pessimiste mais plutôt réaliste, peut-être un peu fataliste aussi, comme il l'a souvent été tout au long de sa carrière. Derrière les scénarios qu'il signe, la sensibilité du documentariste aux bruissements de l'époque n'est jamais très loin. Le wokisme, la peur des mots, la censure, la décolonisation, rien n'échappe à son regard attentif dans Testament, son dernier film. Après un succès au box-office québécois, il a été accueilli très favorablement par la critique française. À 82 ans, le réalisateur du Déclin de l'empire américain, des Invasions barbares et du Confort et l'indifférence, goûte aux doux plaisirs de la vie accomplie. Une sérénité qui lui donne une rare liberté de parole. « À mon époque, si je m'étais plaint de mon professeur, j'aurais été congédié, moi, de l'université. Alors que là, c'est l'inverse. C'est le monde à l'envers. »
100 « Tout va se mettre à tomber. On va avoir l'impression qu'il n'y a plus de plancher aux données économiques, incluant le marché boursier. » Entretien avec l'économiste François Trahan
Le prévisionniste François Trahan persiste et signe, il maintient ses hypothèses faites en début d'année sur la rapide détérioration de l'horizon économique dans toutes les grandes économies prochainement. « Ce sera l'histoire de 2024. » Les embellies sur les marchés boursiers au cours des derniers mois ne sont que des illusions qui émoussent la vigilance des investisseurs selon lui. « Je m'attends à ce que ce soit potentiellement le plus gros événement économique de ma carrière. » Économiste principal chez Bear Stearns, il avait choisi de quitter la grande banque avant son effondrement dans la foulée de la crise des subprimes en 2008-2009. En mai 2000, il était l’un des seuls à recommander de vendre Nortel et les titres technos dopés par une puissante bulle spéculative. François Trahan a longtemps été considéré comme l’un des meilleurs prévisionnistes de Wall Street et a été nommé au Temple de la renommée des stratèges de la finance. Son indépendance lui donne aujourd'hui les moyens d'avoir une « candeur » rarissime. Au menu de l’entretien, l’inflation, les taux d'intérêt, la crise de la dette et la corrélation inquiétante entre toutes les grandes économies. Trahan en explique l'impact sur les marchés boursiers et assaisonne le tout de quelques commentaires sur les maîtres du monde : les banquiers centraux!
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