La Suisse rallume la FM qu'elle avait éteinte
C'est un revirement sans équivalent en Europe. Après avoir éteint ses émetteurs FM au tournant de 2025 pour passer au tout-numérique, la radio publique suisse les rallume à partir de la mi-novembre 2026. Non par choix industriel, mais sur décision du Parlement. Au moment où la France s'apprête à imposer le DAB+ dans les voitures neuves, le cas suisse mérite d'être regardé de près.

La chronologie d'un revirement
| Date | Étape |
|---|---|
| 2020 | La diffusion en FM cesse d'être obligatoire en Suisse |
| Tournant de 2025 | La SSR éteint ses émetteurs FM et bascule au tout-DAB+ |
| 31 décembre 2026 | Date prévue pour l'extinction de la FM des autres radios |
| Décembre 2025 | Le Parlement adopte une motion annulant cette échéance et prolongeant les concessions |
| 2026 | L'OFCOM relance l'appel d'offres sur les fréquences ; la SSR obtient une concession |
| Mi-novembre 2026 | Réactivation des premiers sites FM |
La concession est entrée en vigueur à l'expiration du délai de recours. La première étape doit permettre à environ 80 % de la population de recevoir à nouveau la FM. Tous les programmes radio de la SSR sont concernés, dans les trois régions linguistiques — y compris les stations culturelles de SRF, de la RTS et de la RSI, ainsi que les journaux régionaux alémaniques.
Ce que coûte le retour en arrière
La facture est assumée publiquement. La réactivation représente environ 6,5 millions de francs suisses par an, à comparer aux quelque 15 millions que coûtait autrefois une couverture complète.
Le détail qui pique : cette dépense s'inscrit dans un programme d'économies en cours. La SSR remet donc en service une technologie qu'elle avait abandonnée pour réduire ses coûts, au moment même où elle cherche à en réduire d'autres.
Sa directrice générale, Susanne Wille, l'assume sans détour : « La SSR considère la décision du Parlement de maintenir la diffusion FM comme un mandat. » La formulation dit l'essentiel — ce n'est pas une décision d'entreprise, c'est une obligation politique.
Pourquoi le Parlement est intervenu
L'origine de la motion est instructive, et elle devrait intéresser les lecteurs français.
Ce sont les radios régionales de Suisse romande qui ont protesté contre l'échéance de fin 2026. Leur crainte : qu'en perdant la FM, elles perdent leurs auditeurs au profit des stations françaises, captables de l'autre côté de la frontière. La commission des transports et des télécommunications du Conseil national a repris l'argument et déposé une motion demandant au Conseil fédéral d'annuler l'échéance. Le Parlement l'a acceptée en décembre 2025.
Autrement dit, le retour de la FM suisse n'est pas né d'une demande des auditeurs, mais d'un risque concurrentiel transfrontalier.
Le paradoxe : neuf minutes sur dix sont déjà numériques
Le plus étonnant est que la Suisse n'avait pas raté sa transition. Selon la SSR, près de neuf minutes d'écoute radio sur dix passent déjà par le DAB+ ou par internet. L'écoute à la demande, en streaming ou en podcast, s'y ajoute.
La FM rallumée ne sert donc qu'une fraction résiduelle de l'écoute — et c'est précisément ce qui rend l'opération coûteuse par auditeur servi. La SSR présente le dispositif comme un pont : laisser plus de temps à ceux qui n'ont pas encore basculé. Elle ne donne aucune date de fin, et indique qu'elle décidera de la suite selon l'usage constaté.
L'opinion suisse est d'ailleurs partagée. Les uns saluent une décision pragmatique, les autres jugent absurde de ressusciter une technologie dépassée ou estiment que l'argent serait mieux employé ailleurs.
Ce que la France peut en retenir
Le calendrier fait du cas suisse un contre-exemple utile au débat en cours. Le Sénat a adopté le 13 octobre une proposition de loi imposant un récepteur FM et DAB+ dans les véhicules neufs, et le texte doit encore passer devant l'Assemblée.
Trois enseignements s'en dégagent.
- Éteindre un émetteur est réversible, mais coûteux. Rallumer la FM revient ici à 6,5 millions de francs par an pour une couverture partielle.
- La décision échappe à l'opérateur. Même avec 90 % d'écoute numérique, un Parlement peut imposer le maintien d'une diffusion analogique.
- Le dernier dixième d'auditeurs pèse politiquement. C'est lui qui a fait basculer la décision, pas la majorité déjà passée au numérique.
Le parallèle vaut aussi pour le débat sur l'équipement : lorsque Tesla a retiré la FM et le DAB+ de sa Model 3 en Australie, la question posée était symétrique — que se passe-t-il quand le récepteur disparaît, et non plus l'émetteur ?
L'essentiel
- La SSR réactive ses émetteurs FM à partir de la mi-novembre 2026, deux ans après les avoir éteints.
- La première étape vise une couverture d'environ 80 % de la population.
- Le coût est d'environ 6,5 millions de francs suisses par an, contre 15 millions autrefois pour une couverture totale.
- La décision vient du Parlement, qui a adopté une motion en décembre 2025 après la protestation des radios régionales romandes.
- Près de neuf minutes d'écoute radio sur dix passent pourtant déjà par le DAB+ ou internet en Suisse.
- Aucune date de fin n'est fixée pour cette nouvelle période de diffusion FM.